PARTAGES ; Gwenaëlle Aubry
Présentation
Posé contre un mur, devant une échoppe, il y avait un grand miroir. Je me suis arrêtée pour me voir tout entière, de la tête aux pieds. Devant moi une fille, une touriste ou une Juive, je ne sais pas, se regardait dans un miroir plus petit accroché à côté. Elle portait une robe qui dénudait ses jambes et ses bras mais soudain elle a sorti un foulard de son sac et l'a noué sur ses cheveux. J'ai trouvé ça bizarre, j'ai cherché son reflet. Et là, un instant, j'ai vu dans le cadre étroit deux visages si semblables que je n'ai plus su qui je regardais. Cela m'a fait peur, vite je suis partie, je me suis effacée.
En 2002, c'est la seconde Intifada. Sarah, Juive d'origine polonaise, née et élevée à New York, est revenue vivre en Israël avec sa mère après les attentats du 11 Septembre. Leïla a grandi dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Toutes deux ont dix-sept ans. Leurs voix alternent dans un passage incessant des frontières et des mondes, puis se mêlent au rythme d'une marche qui, à travers les rues de Jérusalem, les conduit l'une vers l'autre.
Partages est un roman sur la communauté et sur la séparation, sur ce qui unit et divise à la fois. Sœurs ennemies, Leïla et Sarah sont deux Antigone dont le corps est la terre où border et ensevelir leurs morts.
LA CAPITANA ; Elsa Osorio
Description de l'ouvrage
Il y a des vies qui sont des romans qu'aucun romancier n'oserait écrire par crainte d'être taxé d'invraisemblance.
Mika, Micaela Feldman de Etchebéhère, a réellement vécu en Patagonie, à Paris, à Berlin, en Espagne, elle a tenu toute sa vie des carnets. À partir de ces notes, des rencontres avec ceux qui l'ont connue, des recoupements de l'Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n'être qu'une biographie en littérature.
Mika a lutté pour l'égalité, la justice et la liberté. À Paris, elle a participé, avec son mari, au mouvement intellectuel dans les années 30. Puis ils sont allés vivre à Berlin dont les ont chassés le nazisme et les manipulations du mouvement ouvrier par le stalinisme. Enfin ils ont rejoint les milices du POUM dans la guerre civile en Espagne.
Dans des circonstances dramatiques, elle, qui ne sait rien des armes et des stratégies militaires, se retrouve à la tête d'une milice. Son charisme, son intelligence des autres, sa capacité à prendre les décisions la rendent indispensable et ce sont les miliciens eux-mêmes qui la nomment capitaine. Poursuivie par les fascistes, persécutée par les staliniens, emprisonnée, elle sera sauvée par les hommes qu'elle a commandés. Elle a fini sa vie d'inlassable militante à Paris en 1992. Elsa Osorio, portée par ce personnage hors du commun, écrit un roman d'amour passionné et une quête intellectuelle exigeante en mettant en oeuvre tout son savoir-faire et son talent littéraire pour combler les trous de l'Histoire.
LIRA BIEN QUI LIRA LE DERNIER ; Hubert Nyssen
Quatrième de couverture
"La fin du livre? On l'annonce pour demain depuis le berceau des incunables. S'adressant à une lectrice (imaginaire) qui s'inquiète de l'avenir de la lecture, Hubert Nyssen, fort de sa double expérience d'écrivain et d'éditeur, passe au tamis, avec humeur et humour, les craintes, les espérances, les révisions et les prophéties qu'inspire le spectre continuellement brandi de la crise du livre."
LITTÉR'À LIRE
CLIC sur le titre pour lire la quatrième de couverture :
AUBRY, Gwenaëlle ; Partages
BANKS, Russell ; Histoire de réussir
CARVER, Raymond ; Neuf histoires et un poème
COOK, Kenneth ; Le koala tueur
DECK, Julia ; Viviane Élisabeth Fauville
DE LUCA, Erri ; Le poids du papillon (une chronique pleine d'émotion chez Lire & Merveilles)
DE SA MOREIRA, Régis : La vie
DHUODA ; Manuel pour mon fils
FÉREY, Caryl ; Mapuche
GRANNEC, Yannick ; La déesse des peties victoires
KARINTHY, Frigyes ; Au tableau
KEEGAN, Claire ; Les trois lumières
LEWIS, Roy ; La véritable histoire du dernier roi socialiste
LIND, Asa & LEROY, Violaine ; Le loup des sables
MAKINE, Andreï ; La musique d'une vie
MAZETTI, Katarina . Le caveau de famille
MINGARELLI, Hubert ; Un repas en hiver
MORRISON, Toni ; L'oeil le plus bleu
NYSSEN, Hubert : Lira bien qui lira le dernier
OSORIO, Elsa ; La Capitana
PENNAC, Daniel ; Le roman d'Ernest et Célestine
PENNAC, Daniel ; Le 6ème Continent
RIVERA LETELIER, Hernan ; La raconteuse de films
ROTH, Philipp ; Portnoy et son complexe
SCHWOB, Marcel : Vies imaginaires
SEPULVEDA, Luis & MORDZINSKI Daniel ; Dernières nouvelles du Sud
SEPULVEDA, Luis ; Histoires d'ici et d'ailleurs
SEPULVEDA, Luis ; L'ange vengeur
SEPULVEDA, Luis : Le monde du bout du monde
SEPULVEDA, Luis ; La lampe d'Aladino
TROUILLOT, Lyonel ; La belle amour humaine
TSVÉTAÏEVA, Marina & RILKE, Rainer Maria ; Est-ce que tu m'aimes encore ?
VERSAILLE, Marie France ; Sur la pointe des mots
VILLALOBOS, Juan Pablo ;Dans le terrier du lapin blanc
VINAU, Thomas ; Ici ça va
LA VÉRITABLE HISTOIRE DU DERNIER ROI SOCIALISTE ; Roy Lewis
Présentation de l'éditeur
Une fable philosophique pleine d'humour, d'humanisme et de sagacité, qui examine les mérites et les désastres comparés des utopies communisantes, du progrès et du libéralisme effréné.
Quatrième de couverture
AU TABLEAU ; Frigyes Karinthy
Présentation de l'éditeur
Frigyes Karinthy, dans ce petit livre d'humour - son oeuvre la plus populaire aux côtés de ses caricatures littéraires (encore inédites en français) et de son fameux Voyage autour de mon crâne -, se représente confronté à son moi de collégien, à la soif d'absolu de son double adolescent. L'écrivain ouvre grand les yeux sur ce que sa vie d'alors a pu contenir de gaieté, d'étrangeté, d'espoirs et de chagrins. Au tableau ! présente ainsi une série de scènes - le plus souvent drolatiques - de la vie quotidienne à l'école : le retard, la bonne et la mauvaise copie, l'interro surprise, le fou rire, l'irrévérence, le bulletin scolaire, l'exploit sportif, le mensonge, le mystère total des filles : " Je sens qu'un jour je comprendrais. " Karinthy, superposant magistralement les plans temporels, le temps passé du récit - l'enfance - et le temps présent de l'énoncé - l'âge adulte - entoure son livre d'un halo de nostalgie pénétrant. Usant d'un langage tendre comme l'enfance sans jamais être enfantin, d'un humour profondément humain adossé au sens tragique de l'existence, il revisite cette émouvante mythologie universelle. L'identification est d'une rare justesse.
LA VIE ; Régis de Sà Moreira
Quatrième de couverture
Des personnages se succèdent et se croisent, auxquels on s’attache le temps de quelques lignes, d’une pensée, d’un fragment d’histoire, par une fenêtre ou un rideau, un souvenir, un quai de métro, un souffle, tout ce qui tisse le fil du hasard. L’étudiante, le jardinier, la star, l’astronaute, l’enfant, le boulanger, le prof d’histoire, et même des morts ou le Pape… ont pourtant un point commun : cette vie continue, qui coule, circule d’âme en âme, et nous relie. Pris de vivacité et de fraîcheur, on entre surpris, promené comme à la marelle par un texte profond et tendrement drôle. Vite on en savoure chaque paragraphe, on le relit, on reconnaît les personnages, on se demande où cela va nous mener. Peu à peu, on devient l’autre, tous les autres, le texte déborde nos vies. On se surprend à regarder autour de soi, à observer son voisin. La vie est un miraculeux hommage à la communion muette des âmes, à notre humanité.
BETHSABÉE ; Torgny Lindgren
LA LÉGENDE DE NOS PÈRES ; Sorj Chalandon
« Après avoir été journaliste à la Voix du Nord, Marcel Frémaux est devenu biographe familial. " Toute vie mérite d'être racontée ", disent ses publicités, et c'est pour cela que ses clients se confient à lui. Il les écoute, met en forme leurs souvenirs, les rédige puis fait imprimer un livre destiné aux amis ou au cercle familial.
Un matin, Lupuline Beuzaboc se présente au biographe.
Tescelin, le père de Lupuline, ancien cheminot du Nord de la France, était un Résistant, un partisan de l'Armée des ombres. Dédaigneux des hommages, il n'a raconté sa bravoure qu'à sa fille. Alors, pour ses 85 ans, Lupuline veut offrir à son père les mémoires de son combat. Elle veut ramener son passé glorieux en pleine lumière. Le vieil homme est réticent. Embarrassé. En colère même de tout ce tapage. Et puis il accepte.
Marcel Frémaux va s'atteler à cet ouvrage avec passion. Pierre Frémaux, son père, fut un Résistant. Comme le vieux Beuzaboc, un partisan de l'Armée des ombres, silencieux et dédaigneux des hommages. Mais son père n'a jamais rien raconté. Et il est mort, laissant son fils sans empreinte de lui. En écoutant Beuzaboc, c'est son père que le biographe veut entendre. En retraçant sa route, il espère enfin croiser son chemin. Mais rien ne se passe comme il le pensait. Et plus Beuzaboc raconte, plus le doute s'installe. C'est par une poignée de mains, que le biographe et le vieil homme avaient scellé leur pacte de mémoire. Ensemble, ils franchiront les portes de l'enfer. »
Qui, de Tescelin Beuzaboc ou de Pierre Frémaux, son père, Marcel Frémaux souhaite-t-il entendre les souvenirs ? De laquelle de ces deux mémoires veut-il et pourra-t-il se faire l'écho ?
Lupuline, la fille de Tescelin, a connu le bonheur d'entendre son père narrer son histoire de Résistant, alors que Marcel n'a jamais rien recueilli de Pierre. L'un et l'autre de ces guerriers de l'ombre ont pourtant vécu les mêmes événements. L'un et l'autre de ces héros silencieux ont refusé les hommages, conservant pour eux seuls les faits d'une guerre clandestine.
Le roman de Sorj Chalandon n'est pas une publication de plus sur la Résistance. Non.
L'un des sujets profonds de ce texte ce sont LES MOTS. Ceux qui sont dits, ceux qui sont entendus, ceux qui sont écrits, ceux qui sont lus. Concis, incisifs, sobres, précis. Des phrases courtes, épurées, porteuses de sens. Porteuses du sens que chacun, de là où il se trouve, leur accorde. Lupuline, enfant, a fait entrer son père dans la gloire en l'écoutant parler de son passé. Marcel, en quête des non-dits du sien, veut faire raisonner les propos de Beuzaboc pour qu'ils évoquent la trace paternelle manquante.
Les mots sont nés de LA MÉMOIRE, l'autre thème de ce roman. Marcel, le « biographe familial », est un passeur de mémoire, celui qui met en perspective les faits - réels ou imaginaires – et les dits. En écoutant Tescelin, en transcrivant ses propos, en enquêtant sur leur véracité, il contribue au devoir de mémoire. Empreinte de l'Histoire collective, certes. Mais aussi témoignage sur l'histoire humaine de ceux qui nous ont précédés : nos pères.
Quelques extraits :
« Parce que les mots écrits font parfois mal, ou peur. »
« Oui, tout, j'écoute, je garde, même le plus gris des mots. Même s'il ne sert à rien. »
« Simplement pour que Lupuline se souvienne, il avait recueilli des éclats de vaillance et choisi des bravoures qui n'étaient pas les siens. Il avait volé quelques hommes, s'était glissé dans la peau de l'un, le courage de l'autre, la douleur du troisième, pour les ramener tous les trois à la vie. Il n'était pas la somme de ses renoncements, mais l'addition de leurs courages. Il avait une vie en plus. Il leur rendait hommage. Et toute son existence, jusqu'à son dernier souffle, il se demanderait ce qu'il aurait fait, s'il avait eu deux jambes pour porter ses vingt ans. »
CENT ANS . Herbjørg Wassmo
"Herbjørg Wassmo recompose ainsi quatre générations, se glissant dans ces aventures familiales, à la fois observatrice et sujet. Unions arrangées, ribambelle de bébés plus ou moins désirés, exils et deuils émaillent cette fresque somptueuse, qui décrit aussi un pays exigeant beaucoup des individus. Dans le Nordland, on vit de la pêche intensive, les hommes partent longtemps sur des bateaux de fortune, les femmes restent à terre, trimant comme des esclaves pour nourrir les enfants par dizaines. Herbjørg Wassmo nous transporte dans ce quotidien rugueux où le progrès met du temps à venir...
Cent Ans est une oeuvre intime et charnelle autant qu'une épopée éblouissante et déchirante. (Christine Ferniot - Télérama du 16 mars 2011 )
Une vie de labeur et de dévouement, tel est le lot de Sara Susanne, Elida et Hjørdis. Elles sont l'arrière-grand-mère, la grand-mère et la mère de la narratrice, petite fille inquiète qui noircit de son crayon jaune les pages de son journal, réfugiée dans l'étable ou sous un rocher. Cent ans raconte l'histoire de leur vie. Fidèle à ses habitudes, Herbjørg Wassmo ancre ce roman entre ciel et mer, dans le cadre rude et grandiose du Nordland, terre désolée à l'extrême nord de la Norvège. Habitant elle-même une île située au-delà du cercle polaire, la romancière se fait la porte-parole de ses habitants, souvent méprisés par les Norvégiens du Sud...
Mais la terre du Nordland se montre parfois généreuse : pêche au hareng miraculeuse, récolte abondante de pommes de terre. Et l'on assiste à des instants de grâce, comme les séances de pose de Sara Susanne pour le pasteur, qui peint un retable destiné à la cathédrale des Lofoten, ou encore ces veillées de lecture qui perpétueront le goût des livres (et de l'écriture) dans la famille...
On referme sans l'avoir vu filer ce livre au verbe lyrique et au souffle puissant, qui jette des passerelles entre hier et demain. (Sophie Conrard - Le Monde du 17 mars 2011 )
Comme dans Le livre de Dina, Wassmo sait parfaitement imbriquer la réalité et la fiction, parler des grandes familles où le bonheur rime avec chaos. Dans cet archipel, berceau de son enfance, les hommes partent longtemps dans les fjords pour pêcher la morue par un froid de loup. Les femmes ont tant à faire avec leur ribambelle d'enfants, le commerce à tenir, la maison à protéger. L'écriture de Wassmo est celle des grandes narratrices qui décrivent le vent sur la lande, la neige qui balaye les rochers et la sensualité des femmes. Chez elle, on aime à la face du monde, on choque, on crie, mais on écoute aussi les peurs des enfants qui grandissent trop vite et se cachent avec un carnet et un crayon jaune pour résister. C'est tout cela que nous offre Herbjørg Wassmo dans ses livres magiques. (Christine Ferniot - Lire, mars 2011 )
Cent ans pile séparent la narratrice de sa bisaïeule, et c'est Sara Susanne, née en 1842, Elida, une de ses filles, et Hjørdis, mère de la narratrice, qui occupent le devant de la scène. Six cahiers pour trois femmes - comme un «pentateuque plus un» - nous font découvrir leurs trajectoires. On se croirait presque dans la bible : tribus d'enfants, généalogies, malédictions, miracles, cruauté du sort - à ceci près qu'aux patriarches se substituent des matriarches. De là aussi naît l'exotisme de cette fresque qui balaie un siècle, nous faisant passer du télégraphe au téléphone, du chemin de fer aux lignes aériennes, de l'exploitation du sol à l'exploitation de l'homme. On est saisi, à la lecture, par une forme de surprise bien particulière : une femme nous parle de femmes et c'est comme si c'était la première fois. Les hommes sont pourtant présents, admirés, convoités, craints, aimés, tendrement, passionnément aimés, mais c'est un peu comme s'ils occupaient la place habituellement réservée aux épouses et aux mères, un deuxième plan plus flou, parfois plus poétique. Herbjørg Wassmo est l'héritière de ses voisines danoise et suédoise, Karen Blixen ou Selma Lagerlöf. Conteuse puissante et déterminée, elle s'inscrit dans une tradition d'écriture féminine scandinave qui n'a pas froid aux yeux et empoigne la fiction avec une vigueur rayonnante. (Agnès Desarthe - Libération du 17 mars 2011 )."
À onze ans, la narratrice, Herbjørg, comprend "jusqu'à quel point les mots peuvent être dangereux" parce qu'elle craint son père, que le lecteur présume incestueux dès les premières lignes, "Ce n'est que lorsque je vois le bateau qui l'emporte prendre le large que je me sens en sécurité".
Elle écrit. elle cherche à découvrir l'histoire de son ascendance ("Dans ce livre je suis à la recherche de mes aïeules et de leurs époux") ; sa fille lui parle d'un retable qui aurait été peint entre 1869 et 1870 par un pasteur qui se serait servi d'un modèle vivant pour représenter l'ange qui accompagne le Christ. Cet "ange" serait Sara Susanne Krog, née Bing Lind, le 19 janvier 1842 à Kjopsvik dans le Nordland. Il s'agit là d'une autobiographie romancée.
Le cadre de ce consistant roman est posé dès les premières lignes. Qu'importe si Sara Susanne n'est pas la véritable ancêtre de l'auteur ("Celui qui raconte une histoire choisit ce qui lui convient de raconter"), celle qui a fondé la lignée de femmes que le lecteur va accompagner tout au long des presque 600 pages qui se lisent sans lassitude aucune ? Sara Susanne est le fil rouge de cette saga familiale ; sixième enfant d'une famille modeste, elle deviendra la mère d'une nombreuse descendance et apprendra à considérer le mari qui lui fut conféré à l'aube de sa vie de femme. L'une de ses filles Elida sera elle-même la génitrice d'une ribambelle de petits, dont Hjørdis, la mère d'Herbjørg Wassmo. Mais Elida sera plus épouse que mère et choisira d'abandonner quelques uns de ses enfants à quelques familles d'accueil pour suivre son époux, fragilisé par une maladie cardiaque. Hjørdis ne lui pardonnera jamais et conservera ce traumatisme ancré si profond qu'elle se réfugiera dans une sorte de mutisme et dans le non-amour, la non-tendresse.
Cent ans, c'est ce qui sépare la naissance fictionnelle (mais "la vérité pure existe-t-elle chez les humains ?") de Sara Susanne de celle, bien réelle, d'Herbjørg. Une épopée où la violence est omniprésente. Violence des éléments naturels dans l'extrême pointe septentrionale de la Norvège, où l'infinitude des nuits rend les conditions climatiques rudes et éreintantes. Violence du cadre de ce Nordland où l'eau et la terre se mêlent, glaciales, inhospitalières. Violence du labeur des hommes, qui vivent exclusivement de la pêche à la morue et au hareng et partent en mer sur de frêles et précaires esquifs. Violence de la vie des femmes restées à terre, épousées, plus ou moins contraintes, par des hommes rugueux, peu enclins à la tendresse, épuisées par les maternités itératives. Déracinements, pertes, malheurs s'entremêlent dans cette saga, intensifiant, si besoin était, son caractère déchirant. Violence, mais aussi fierté de ces femmes.
Sara Susanne... celle qui engendre un secret de famille qui hantera sa descendance au fil des générations. De femmes en femmes, de mères en mères, de mères en filles, le fardeau de l'irrévélé pèse avec violence et les poursuit jusqu'à l'irréversible sur Herbjørg elle-même.
Spectatrice et actrice en même temps, l'auteure se faufile dans les intimités, sublime les chagrins et les douleurs, transcende les joies brèves mais intense de ce monde âpre dont elle vient et qui l'a construite."Le contenu est terrifiant" annonce-t-elle en préambule, et "c'est la vie qui fait de nous ce que nous sommes". L'écriture de Herbjørg Wassmov est rythmée, poétique, évocatrice. Le roman se décompose en six cahiers, introduits chacun par les mots de la narratrice, de Herbjørg. Puis elle laisse ces générations de femmes prendre leur place dans des événements avérés, certes, mais aussi dans une fiction émotionnelle qui cadence le roman. Il est palpable que ces moments d'écrture furent salvateurs et libérateurs pour cette femme pétrie par la violence de la vie de celles et ceux qui l'ont précédée, qui lui ont transmis cette âpreté de la condition humaine en général, féminine en particulier.
Un roman intense, dense, profond, qui donne à voir l'évolution de la condition féminine en un siècle. "Parler de sentiments sans faire de psychologie"... Herbjørg Wassmo y parvient magistralement, talentueusement. Un roman rare, exceptionnel.
Merci à Anne de m'avoir donné envie de le lire (je vais maintenant pouvoir enfin découvrir sa chronique, ici).
LE VIEUX QUI LISAIT DES ROMANS D'AMOUR ; Luis Sepulveda
"Lorsque les habitants d'El Idilio découvrent dans une pirogue le cadavre d'un homme blond assassiné, ils n'hésitent pas à accuser les Indiens de meurtre. Seul Antonio José Bolivar déchiffre dans l'étrange blessure la marque d'un félin. Il a longuement vécu avec les Shuars, connaît, respecte la forêt amazonienne et a une passion pour les romans d'amour. En se lançant à la poursuite du fauve, Antonio José Bolivar nous entraîne dans un conte magique, un hymne aux hommes d'Amazonie dont la survie même est aujourd'hui menacée."
Pour parler de ce roman, qui est mieux placé que son auteur lui-même ? Le texte qui suit, je l’ai extrait d’un de ses autres écrits, extraordinaire, lui aussi : « La lampe d’Aladino… et autres histoires pour vaincre l’oubli ».
- Eh bien, mon vieux, nous y revoilà, murmura le docteur Rubicundo Loachamin, le dentiste qui, dans un passé très proche et donc à l’abri de la corrosion de l’oubli, parcourait les hameaux de l’Amazonie qui croissaient et décroissaient sur les berges des fleuves Zamora, Yacuambi et Nangaritza pour calmer les cauchemars dentaires à grand renfort des sermons anarchistes et réparer les sourires grâce aux prothèses qu’il exhibait sur un petit tapis digne d’un cardinal.
Son interlocuteur, Antonio José Bolivar Proaño, un homme d’âge indéfinissable qui préférait qu’on l’appelle le Vieux pour ne pas avoir à entendre toute cette litanie d’éminents personnages, mit la main dans la poche de son pantalon avant de parler et en sortit un dentier enveloppé d’un mouchoir, le plaça dans sa bouche, fit claquer sa langue, cracha et regarda le panorama désolé qui s’étendait sous ses yeux.
[…] Les deux hommes, liés par une amitié avare de paroles et vieille comme la mémoire, étaient arrivé jusqu’aux ruines d’El Idilio après une semaine de marche.
[…] Le dentiste et le Vieux avaient longuement considéré la possibilité de revenir à El Idilio.
[…] Les Shuars avaient aidé les fugitifs, uniquement parce que le Vieux les accompagnait. Ils ne comprenaient pas ces hommes et ces femmes arrivés en Amazonie pour vivre le cauchemar de la pauvreté et de la mort. […] Ces blancs étaient de drôles de gens mais ils respectaient le Vieux parce qu’il était différent.
Il était comme eux bien qu’il ne soit pas des leurs. Une erreur commise bien des années plus tôt l’avait obligé à quitter le territoire des Shuars et les hommes de la forêt le suivaient pour rendre son exil mois difficile. De plus, ils appréciaient sa drôle d’habitude de lire des romans d’amour qu’il leur racontait ensuite, tout ému, pendant les longs après-midi de la saison sèche.
LE ROMAN D'ERNEST ET CÉLESTINE ; Daniel Pennac
En attente
"Un ours et une souris amis ? Jamais ! Scandaleux ! Absolument interdit !
- C'est compris Célestine ?
- Ernest, c'est compris ?¨
Pourtant, personne ne pourra empêcher Ernest et Célestine de devenir les meilleurs amis du monde. personne, vous m'entendez !
C'est le roman de cette amitié, conquise sur tous les préjugés, que Daniel Pennac nous raconte ici."
SEULE CONTRE LA LOI; Wilkie Collins
« Au lendemain de ses noces avec Eustace Woodville, Valeria découvre qu'elle a épousé un homme riche en mystère. Tout d'abord, son vrai nom est Macallan. Cette révélation pique la curiosité de la jeune mariée... qui n'est pas au bout de ses surprises. Il s'avère que le nom de Macallan est entaché de scandales, l'homme ayant été soupçonné d'avoir assassiné sa première épouse. Les poursuites abandonnées faute de preuves, Eustace a tenté de se faire oublier. Convaincue de l'innocence de son mari, l'impétueuse Valeria décide de mener l'enquête. Contre l'avis de tous, et bientôt en opposition violente avec son entourage, elle va s'employer, dans une angoissante solitude, à lever l'un après l'autre les masques supposés protéger la bonne société victorienne. Soucieuse de dissimuler ses propres turpitudes - meurtre, chantage, extorsion -, cette dernière semble avoir fait main basse sur la Loi. Thriller labyrinthique, âpre réflexion sur les faux-semblants, vibrant portrait d'une héroïne libre et intraitable, Seule contre la loi passe pour le premier roman policier dont le détective est une femme. A la lecture de cet opus, on comprend l'admiration sans borne que Borges et Hitchcock vouèrent au maître W. W. Collins (1824-1889), ami et rival de Dickens en son temps. »
Une lectrice, le 22 janvier 2012
Ma chère Valeria,
Vraiment, vous m'impressionnez par la ténacité, l'opiniâtreté, l'obstination, l'entêtement dont vous faites preuve ! Permettez-moi de vous dire, tout d'abord, à quel point j'admire votre audace (qui frise parfois l'intrépidité, voire l'inconscience).
L'amour est vite né de votre rencontre avec Eustache. J'ai même pensé qu'il était TROP VITE né, que vous seriez vite abusée par ce prompt engouement et que raison reviendrait au premier écueil que rencontrerait votre couple naissant.
Et le désagrément, que dis-je, le péril a pris place dès les premiers instants de votre union ! Cette Madame Woodville que vous êtes devenue, découvre in petto qu'elle aurait du prendre le patronyme de Macallan, si son époux avait accepté de lui offrir sa réelle signature.
La supercherie découverte, l'âme, le corps et le cœur abandonnés par un conjoint honteux d'un passé sinistre et non élucidé, vous voici transformée en courageuse va-t-en guerre.
Je ne peux que louanger votre détermination à laver l'honneur de votre mari, cet homme qui vous a caché son passé et auquel vous pardonnez incontinent.
Mais ce que j'ai apprécié par dessus tout, à la lecture de votre longue investigation, c'est la manière dont votre père « littéraire » (je nomme ici Monsieur Wilkie Collins) a délibérément bouleversé les principes victoriens qui régissaient l'époque dans laquelle vous avez vécu.
Alors que la femme, en ces temps, possède des droits similaires à ceux de l'enfant mineur, qu'elle est cantonnée dans un rôle de mère et de maîtresse de maison, vous, Valeria, partez vous exposer au Monde pour faire reconnaître l'entière innocence de l'homme que vous aimez.
Vos agissements sont précurseurs : une trentaine d'années plus tard, ce sont les suffragettes qui prendront le flambeau que vous auriez allumé si vous n'aviez pas été qu'une figure de roman.
Âprement, vous défendez ce que vous pensez être les droits d'Eustache Macallan sans hésiter à braver les convenances. N'oublions pas que nous sommes en 1875 !
Voici, d'une part, ce qui fait l'attrait du récit de votre entreprise.
En outre, votre « géniteur », Wilkie Collins, a l'art de distiller les détails de l'enquête que vous allez conduire, de manière à ce que vos hésitations de détective amateur deviennent matière à se perdre dans le dédale des suppositions et des présomptions.
Le dénouement est imprévisible ; chacun des personnages qui vous entourent est un suspect potentiel et la conclusion de votre quête absolument inattendue à aussi peu perspicace que moi !
Vous me voyez bien aise, ma chère Valeria, d'avoir parcouru en votre compagnie ce labyrinthe mondain et de commerce bien peu aimable, bien aise d'avoir fait la connaissance d'une jeune femme généreuse, déterminée, persévérante.
Je souhaite longue vie au couple que vous avez su défendre et sauver, contre vents et marées.
PARFUMS ; Philippe Claudel
"En dressant l'inventaire des parfums qui nous émeuvent - ce que j'ai fait pour moi, ce que chacun peut faire pour lui-même -, on voyage librement dans une vie. Le bagage est léger. On respire et on se laisse aller. Le temps n'existe plus : car c'est aussi cela la magie des parfums que de nous retirer du courant qui nous emporte, et nous donner l'illusion que nous sommes toujours ce que nous avons été, ou que nous fûmes ce que nous nous apprêtons à être. Alors la tête nous tourne délicieusement."
D'abord la couverture : "Les Trois Âges de la femme" de Gustav Klimt, un détail de "La maternité". Cette allégorie, utilisée pour réhausser les parfums de la vie, témoigne du désir de l'auteur d'entraîner son lecteur dans les fragrances quotidiennes qui "nous [donne] l'illusion que nous sommes toujours ce que nous avons été".
C'est emprunter quelques sentiers battus que de déclarer qu'il y a comme du Proust et comme du Prévert dans cet abécédaire effluent qui voyage dans le souvenir de l'auteur et qui invite le liseur à entreprendre son propre pélerinage.
De la senteur de l'accacia à celle du voyage, en humant délicatement l'odeur des draps frais et celle de la maison d'enfance, Philippe Claudel pérégrine dans la mémoire des âges de sa vie, questionne les parfums qui rémanent pour donner corps et sens à ses expérimentations humaines.
Mais le titre choisi évoque aussi "Le parfum"de Patrick Sunskid. Ce roman retrace l'étonnant destin de Jean-Baptiste Grenouille, qui possède un sens olfactif incroyale et qui mettra son nez au service des plus sombres desseins pour parvenir à la réussite ; "Qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le coeur des hommes", découvre-t-il. Mais la comparaison doit s'arrêter là : Grenouille cherche à inventer le parfum universel, alors de Philippe Claudel accorde à chaque instant de vie une spécificité capiteuse.
Extraits :
"Les vêtements retiennent la mémoire de ceux qui les ont portés, puis s'en séparent un jour, sans prévenir, avec une brutalité qui est la marque des choses. Il y a une trahison des matières bien pire que celle dont les hommes peuvent se rendre coupables."
"La mythologie de la communale fait de nous de parfaits modèles pour des Doisneau du dimanche, qui respirons enivrés, et parfois mangens l'onctueuse colle blanche au parfum d'amande fraîche."
C'est dans le cadre "des matchs de la rentrée littéraire" organisée par Priceminister que j'ai pu rencontrer ce livre. Merci à Olivier.
UN RÉGAL D'HERBES MOUILLÉES ; Anna de Sandre
En attente
"Dans la suavité d'un soir
Le ventre chaud
D'un nid de frelons
Éclipse
La maturité de la lune
Au creux
D'un arbre fourchu.
Une mômarde en extase
Bat des mains, jappe
«Montgolfière ! Montgolfière !»
Tandis qu'un
Soldat
La met en joue La pupille
Etrécie dans son oeil clair."
Anna de Sandre vit actuellement dans le Sud-Ouest. Avec une prédilection pour l'art du bref, elle écrit principalement des nouvelles et de la poésie, et ponctuellement des romans et des histoires pour la jeunesse.
La plupart de ses textes sont publiés dans divers recueils collectifs ou revues.
À paraître : L'escalier de la forêt (Gallimard jeunesse)
Couverture : Francesco Pittau
LE TROU ; Thomas Vinau
En attente
"Le vide, ce grand bâfreur avide, qui grignote gentiment. Chacun l’arpente à sa façon. Respirer n’est pas autre chose. Écrire, pleurer, crier, sourire, courir, non plus. C’est histoire de trou et de bosse. C’est histoire de souffle tout au fond de la nuit. C’est histoire d’outil, celui qui creuse et celui qui colmate. Celui qui dissout. Celui qui construit. C’est histoire de lumière aussi, puisque le ciel reste au dessus de nos têtes, jamais totalement prêt à nous tomber dessus. Puisqu’il faut bien construire, il importe de distinguer trois étapes. La première est au fond. La seconde, pays de l’entre-deux. De la dernière, on aperçoit déjà les milles bleus du ciel. Ainsi la question de la chute devient forme d’ascension."
CAHIERS DU JOUR : "Elle m'a dit"
J'ai osé ! Cela faisait longtemps que ça me démangeait, mais je pensais la manoeuvre trop complexe.
Littér'auteurs cesse ses publications ici,
et devient
(ici)
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L'emménagement n'est pas encore vraiment terminé ; je n'ai pas accroché toutes les étagères, ni rangé tous les tiroirs.
Merci de votre fidélité, et à très vite sur Écri'turbulence (avec quelques rubriques nouvelles à venir)
Page blanche : almanach
Décembre n'est pas un mois pendant lequel je peux écrire.
Décembre n'est même pas un mois pendant lequel je peux lire vraiment.
Décembre est un mois... blanc.
VIDE
DÉSEMPLI
NÉANT
STÉRILE
Janvier arrive,
J'ai des billets en suspens,
des lectures que je n'ai pas chroniquées,
des poèmes dont je ne me suis pas fait l'écho.
CAHIERS DU JOUR : retour sur Mars
Non, je ne prétends pas laisser mes dérisoires écrits quotidiens à la postérité ; je serais bien prétentieuse et, sans doute, un peu mégalomane ! D'ailleurs, qui peut prétendre à la mémoire, sur la toile éphémère ?
Mais pour moi, pour celles et ceux qui apprécient de lire ma gazette journalière, un récapitulatif mensuel me fait plaisir à partager. Un clic sur chaque date et on y est ! Et quelques clins d'oeil à savourer (OUPA) !
©Martine Littér'auteurs - 30 mars 2015
Le règlement des "366 réels à prise rapide" et la liste des 18 participants que j'ai répertoriés à ce jour sont ici.
1er mars : ¨Aujourd'hui un compliment.
2 mars ¨ Aujourd'hui difficile de.
3 mars ¨Fragment d'aujourd'hui raconté en statistique.
5 mars¨Aujourd'hui pensée parasite.
6 mars¨ Aujourd'hui il faudrait réparer.
7 mars¨ Aujourd'hui leçon à apprendre par cœur.
8 mars ¨ Aujourd'hui féminité.
9 mars¨ Aujourd'hui debout dans.
10 mars ¨ Aujourd'hui sentiment de déjà vécu.
12 mars ¨ Aujourd'hui facile facile.
13 mars ¨ Aujourd'hui il a dit.
14 mars ¨Aujourd'hui moment de solitude.
15 mars ¨Aujourd'hui petite satisfaction personnelle.
16 mars ¨ Aujourd'hui une belle image.
17 mars ¨ Aujourd'hui fallait pas que.
18 mars ¨ Aujourd'hui un moment où j'ai regardé l'heure.
20 mars ¨Aujourd'hui au pied du lit.
21 mars ¨Aujourd'hui ce qu'il en restera dans un an.
22 mars ¨Aujourd'hui le bien le mal.
23 mars ¨ Aujourd'hui toucher.
24 mars ¨ Aujourd'hui super héros.
25 mars ¨Aujourd'hui un air en tête.
26 mars ¨ Aujourd'hui j'éviterai de dire que.
27 mars ¨Aujourd'hui une personne nerveuse.
28 mars ¨ Aujourd'hui action éclair.
29 mars ¨ Aujourd'hui ça change tout le temps.
3o mars ¨ Aujourd'hui je pourrais écrire sur ma tête :
31 mars ¨ Aujourd'hui le monde est petit.
CAHIERS DU JOUR : 14 mars ¨Aujourd'hui moment de solitude
Attablée devant une succulente souris d’agneau aux épices et au miel, je suivais d’un œil et d’une oreille distraits les blablas d’animateurs culinaires qui, parfois, inspirent les plats que je concocte. C’est alors qu’apparut à l’écran un énergumène aussi frénétique qu’allumé qui prétendait expliquer à un groupe d’enfants ébahis que les oranges qu’ils apprécient ne sont que pipi de chat à côté de celles qu’il allait « créer » sous leurs yeux. Joignant le geste à la parole, il trempa les dits fruits juteux dans de l’azote liquide.
Cuisine moléculaire, ça s’appelle. Grand moment de solitude gastronomique !
© Martine Littér'auteurs - 14 mars 2015
https://www.facebook.com/martine.crasez
Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.
Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici
La bande des "aujourd'hiens" et des "aujourd'huistes", répertoriée à ce jour (clic sur le nom de leur blog) :
Valentyne, sur son blog "La jument verte", Fred Mili, sur "Histoire et Nouvelles", Marlaguette, sur "Destinée de pacotille", Jacou, sur "Les mots autographes", Dominique, sur "Un esprit sain dans un corsage", Asphodèle, sur "Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture", Martine, sur "Mon carnet à Malices" Croc, sur "Des mots et des images", Rebecca Zartarian-Arabian, ICI. Nadael sur « Les mots de la fin« . Prudence Petitpas, ICI, Marie-Jo64, sur Mijo espace
Prochain épisode : 15 mars ¨Aujourd'hui petite satisfaction personnelle.
INGRÉDIENTS POUR UNE VIE DE PASSIONS FORMIDABLES ; Luis Sepúlveda
Le talent d’écriture de Luis Sepúlveda ne se dément pas dans cette liste d’ingrédients indispensables à sa vie de passion(s). Le « Viejo », comme il aime être appelé par ses enfants et petits-enfants, le vieux, le patriarche, propose un récit multi-facettes sur tout « ce » qui le fait intensément vibrer. Et tous « ceux » qui le font vibrer.
Une galerie d’écrivains et de poètes (mais l’un n’est-il pas l’autre ?) à faire pâlir tout amateur de bibliothèque idéale. Avec humilité, Luis Sepúlveda convoque les Grands qui l’ont fait cheminer dans ces temps de crise, comme l’énonce le titre original de ce recueil, « Escrituras en tiempo de crisis » : Haruki Murakami, Kenzaburo Oe, Baldomero Lillo, Ryszard Kapuściński, Pablo Neruda, García Márquez (Gabo pour les intimes, qu’un importun a déclaré « plus vieux et plus moche que le vrai »), Salvador Allende, Tonino Guerra (son ami et son maître)…
L’Écrivain-Citoyen-du-Monde propose au lecteur un voyage qu’il « narre [pour] résister ». Les années passent et vieillissent avec moi, explique-t-il, faisant sienne une phrase de Juan Gelman.
« La valeur que je donne aux mots m’a appris qu’ils ont un sens profond du respect humain et souffrent quand on les utilise mal ».
Le sens des mots. Sepúlveda le possède complètement. Pour narrer quelques anecdotes du quotidien. Pour évoquer sa famille et son rôle de père et de grand-père. Pour avouer sa relation ambivalente avec le Chili et sa non moins facile histoire avec l’Espagne, son pays d’accueil. Pour rédiger une « Lettre à un crétin ». Pour rendre un hommage vibrant au « Sud ». Pour interpeler la conscience politique des lecteurs. Pour les contraindre à ouvrir les yeux sur la réalité du Monde, à réagir et à penser. Pour dénoncer « les trolls qui s’introduisent obstinément dans les forums sociaux pour dire n’importe quoi, pour insulter, fausser, salir… ». Pour parler de l’histoire, la grande et la sienne.
« Un viejo que leía novelas de amor » fut le titre qui fit connaitre Luis Sepúlveda. J’intitulerais ce recueil de chroniques douces-amères : « Un viejo que decía novelas de amor ».
Et que les "novelas" de Luis Sepúlveda sont troublantes, émouvantes, vivifiantes, dérangeantes... et que j'ai aimé lire ces "novelas" !
Une lecture que j'ai partagée avec Marilyne (Lire & Merveilles, (clic), et ce partage est encore plus que ça....
En souvenir d'un festival... où nous avons rencontré... El Viejo...
En souvenir d'un 24 juillet que l'on fête en août.
SI ON M'AVAIT DIT...
Si on m’avait dit
Ce qu’on ne m’a jamais dit
Je n’aurais pas appris
Ce que j’ai appris
Je n’aurais pas cherché
Ce que j’ai trouvé
© Littér'auteurs/2015.02.09
Clin d'oeil à Thomas Vinau (que l'on peut lire ici)
Écrit pour les Impromptus Littéraires (c'est là, et il y a plein d'autres textes à lire)
CAHIERS DU JOUR, 9 FÉVRIER 2015 : Thème du jour - VÉHICULE
Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.
Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici
Valentyne, sur son blog "La jument verte", Fred Mili, sur "Histoire et Nouvelles", Marlaguette, sur "Destinée de pacotille", Jacou, sur "Les mots autographes", Dominique, sur "Un esprit sain dans un corsage", se livrent aussi à cet exercice quotidien et périlleux.
« […] Il est conceptuellement envisageable de transmettre un être humain à travers une ligne télégraphique […]. Pour l'instant et peut-être pour toute la durée de l'espèce humaine, cette idée est impraticable mais elle n'est pas pour autant inconcevable. ». Norbert Wiener, l’auteur de cette citation en 1964, aurait sans doute été très utile à mon amie Lisa qui cherche une idée pour parcourir les six cent soixante-quinze kilomètres qui nous séparent et venir déguster un Waterzooï de volaille. Par la route, il lui faudrait quatre cents minutes ; par téléportation, quelques secondes suffiraient.
RENCONTRES POÉTIQUES : Thierry Cazals
Les enfants
aux mains et aux pieds
arrachés par les bombes
nous attendront à l'entrée du paradis
Il faudra leur rendre
chaque doigt chaque orteil
mais aussi
la mousse des sous-bois
les baisers de sable fin
la douce morsure des boules de neige
et tout l'infini du monde
qu'ils n'ont pas pu
caresser
Thierry Cazals,
Un éléphant au paradis
Éditons Motus
Ana Yaël, illustratrice espagnole
son blog, ici
et son site, là


























