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23 décembre 2012

LE YARK, Bernard Santini & Laurent Gapaillard

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Quatrième de couverture :

Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l'Homme est l'espèce la plus répandue.

Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue.

C'est le Yark.


Eh bien moi, en matière de Monstre, je préfère le Yark ! Parce que le Yark aime les enfants. Et ça, quand même c'est un sacré bon point, non ? Bon ! d'accord, le Yark mesure six mètres, il a des ongles crochus. Mais aussi, il adore l'odeur d'amande et de beurre frais", et puis "il ne mange jamais d'animaux, estimant qu'ils sont vraiment trop mignons pour être dévorés".

Pas trop envie d'en raconter davantage. Parce que dévoiler la personnalité du Yark serait démasquer les "bonnes" intentions de l'auteur. 

C'est un album qui peut être lu à partir de huit ans ; oui, je consens. Mais un lecteur un peu plus vieux, voire plus vieux, voire vraiment plus vieux pourra tirer grand bénéfice à sa découverte. Le Yark, c'est un peu le contre-exemple de l'Homme, qui fait semblant de croire aux bons sentiments alors que "les bons sentiments n'ont jamais nourri personne   [et que...] la Nature, qui ne connaît pas de morale, se fiche malheureusement de ce qui est bien et de ce qui est mal [et que...] depuis la nuit des temps, force est de constater que ce sont toujours les plus gentils qui se font bouffer en premier".

Un album jubilatoire et fantasque qui respire l'allégresse. Un album qui, mine de rien, donne à réfléchir (à celui qui veut bien) sur la nature humaine et sur certaines de ses "faiblesses". Quelques extraits savoureux et profitables :

"Il n'y a vraiment rien de plus sadique qu'une fillette bien éduquée"
"Les humains n'ont pas beaucoup d'imagination. Ils ne voient la beauté que dans ce qui leur ressemble"
"Depuis l'âge de fer l'homme n'a guère évolué"
"La liberté serait que tu puisses vivre sans dévorer personne"
"Il n'y a pas de loi. Il n'y a que ce que chacun décide pour soi"
"Ce qui la gênait c'était que pour vivre il faille tuer un être vivant"

Merci à Marilyne et à Noukette d'avoir convaincu Jérôme, au salon de Montreuil, de diriger ses pas vers le stand Grasset et d'y rencontrer le Yark. C'est une pépite de la littérature jeunesse, du pur bonheur ! 

(Message codé à l'intention de Jérôme : bisous à Charlotte, mais si tu les fais à Madeleine, je ne t'en tiendrai pas rigueur)

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1 janvier 2000

QUELLES NOUVELLES : Index des recueils

Par ordre alphabétique des titres de recueil, clic sur les titres des nouvelles, pour lire le billet. Les nouvelles chroniquées, apparaissent en caractères "gras" indigo.

 

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AMOUR BLEU CIRCULAIRE
Paroles d'amour, Yann Sévi
Larimar, Marie Dariel & Julien Peyrieux
L'atrappe-rêve, Yann Sévi
Ishtar et Vénus, Jean-François Schwaiger
Noir comme le soleil, Éric Moulard
Sundance, Elsa Langrené
Qui ?, Élisabeth Jobert
Miroir, mon vilain miroir !, Philippe Laperrouse
Le langage des fleurs, Éric Scilien
Monsieur Ibrahim, Françoise Bouchet
Emmurée, Elsa Langrené
Nous reconstruirons un beau mur d'amour, Thierry Lasource
Que dire après dix-sept ans d'absence ?, Éric Scilien
Oreilles décollées, Éric Scilien
Loup y es-tu ?, Frédéric Gaillard

 

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ASTRONAUTES ET AUTRES NOUVELLES, Matthew Iribane
Astronautes
Fais-les rire
Divines surprises
Le Don
Le soleil dans le ciel
Un rêve, pas seul
Une eau d'un bleu limpide
Ross Willow - Voitures neuves et d'occasion
Le bal de la mariée

 

 

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À TRAVERS LES CHAMPS BLEUS
La mort lente et douloureuse, Claire Keegan 
Le cadeau d'adieu, Claire Keegan
À travers les champs bleus, Claire Keegan
Chevaux noirs, Claire Keegan
La fille du forestier, Claire Keegan
Près du bord de l'eau, Claire Keegan
Renoncement, Claire Keegan
La nuit des sorbiers, Claire Keegan

 

 

 

 

 

 

 

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CONTES DE LA FOLIE ORDINAIRE
Le jour où j'ai rencontré Bukowski, Charles Bukowski
La plus jolie fille de la ville, 
Charles Bukowski
La vie dans un bordel au Texas,
Charles Bukowski
Le petit ramoneur,
Charles Bukowski
La machine à baiser,
Charles Bukowski
Trois femmes,
Charles Bukowski
Trois poulets, Charles Bukowski
Douze singes volants qui ne sont jamais arrivés à baiser,
Charles Bukowski
Vie et mort d'un journal underground,
Charles Bukowski
Le jour où nous avons parlé de James Thurber,
Charles Bukowski
La politique est l'art d'enculer les mouches, 
Charles Bukowski
Autant qu'on veut,
Charles Bukowski
La chatte blanche,
Charles Bukowski
J'ai vécu avec l'ennemi public n°1,
Charles Bukowski
Comme au bon vieux temps,
Charles Bukowski
Le grand mariage zen,
Charles Bukowski
Cons comme le Christ,
Charles Bukowski
Pas de chaussettes,
Charles Bukowski
J'ai descendu un type à Reno,
Charles Bukowski
Carnets d'un suicidé en puissance,
Charles Bukowski
Le Zoo libéré,
Charles Bukowski


 

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DÉBUTANTS (I) . Raymond Carver
Si vous dansiez ?
Dans le viseur,
Où sont-ils passé, tous ?
Gloriette,
Tu veux que je te fasse voir quelque chose ?
L'incartade,
Une petite douceur,
Je dis aux femmes qu'on va faire un tour,
Si tu veux bien,
Toute cette eau si près de chez nous,
Neuneu,
La tarte,
Le calme,
À moi,
Distance,
Débutants,
Un dernier mot, 

 

 

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DERNIÈRES NOUVELLES DU BOURBIER ; Alexandre Ikonnikov
Russie, grande Russie
La jambe,
Conte du cheval magique
L'hôte de marque
Mutinerie
Attention, la brigade arrive !
La journée de l'indépendance
Aliocha

Voisins, voisins
Bruits matinaux
En août
La maison des sept vieillards
Dans une petite ville
La Tsigane
Voisins

Temps modernes
Le modèle d'exposition
Monitoring
Le temps libre
Un nouveau travail
Vive Coca-Cola
Conférence
L'art authentique
Un vrai magot

Village éternel
Amour, sexe et mort à la campagne
La Ruelle verte
Les pêcheurs
Une journée de travail du tractoriste Zakharov
La fête de la moisson
À Yar
Chronique d'une guerre de sept ans
Berceuse

Histoires de vie
Romance àIekaterinbourg
Le cadeau
Le lieutenant
Le prof
Les concombres salés
Biologie
Le Tank

Dieu avec toi
À Metelievo
La légende de la mort
Le détecteur d'erreurs
Chez le docteur
Les dernières paroles de l'accusé
Dieu soit avec toi, Kirioucha !

 

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ENCYCLOPÉDIE DE L'ÉCHEC SENTIMENTAL
Apocalyse simple, Khun San
Brouillard intime, Khun San
Ciel clandestin, Khun San
Déclaration amnésique, Khun San
États d'elle, Khun San
Folie lucide, Khun San
Gifle cachetée, Khun San
Histoire vraie, Khun San
Idole intérieure, Khun San
Journal composite, Khun San
KO immobile, Khun San
Lunettes noires, Khun San
Morsures solubles, Khun San
Nouvelle confidentielle, Khun San
Oubli urgent, Khun San
Page blanche, Khun San
Quatuor évasif, Khun San
Rendez-vous textuel, Khun San
Sens unique, Khun San
Tangos affolés, Khun San
Utopies vacillantes, Khun San
Variations mécaniques, Khun San
Whisky blue, Khun San
X fragile, Khun San
Yota songeur, Khun San
Zoo humain, Khun San

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GÎTES, Julio Cortázar
Lettres à une amie en voyage
Maison occupée
La promenade
Récit sur un fond d'eau
Les ménades
Une fleur jaune
Dîner d'amis
Céphalée
Le fleuve
L'idole des Cyclades
La fanfare
N'accusez personne
Les poissons
Autobus
La porte condamnée
Lettres de Maman
Bestiaire

 

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LA MORT, L'AMOUR ET LES VAGUES, Yasushi Inoue
La mort, l'amour et les vagues
Le jardin de pierres
Anniversaire de mariage

 

 

 

 

 

 

 

 

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LE KOALA TUEUR , Kenneth Cook (clic)
Alcool et serpents
La vie sexuelle des crocodiles
Le koala tueur
Cent canettes
Vc, montreur de serpents
Actifs liquides
Quelques spécimens intéressants
Tours de chameau : cinq dollars
Cédric le chat
Le cochon furibond
L'or noir
Le chien qui aimait les animaux
Le mineur fou
Rencontres du type corallien
Six Taïpans

 

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LE LIVRE DE NOÊL
Le livre de Noël, Selma Lagerlöf
Légende de la fête de la Sainte-Luce, Selma Lagerlöf
La princesse de Babylone, Selma Lagerlöf
Le piège à rats, Selma Lagerlöf
À Nazareth, Selma Lagerlöf
Le rouge-gorge, Selma Lagerlöf
Le crâne, Selma Lagerlöf
La nuit de Nouvel An des animaux, Selma Lagerlöf

 

 

 

 

 

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LE PALAIS DU MANDARIN, Thanh-Van Tran-Nhut
Amuse-gueules
Banquet
Brioche
Convoitise
Couleurs
Dessert
Extrême-Orient
Goûter
Lait
Mandarin
Ogres
Pique-assiette
Secret
Soupes
Spécialités
Thé

 

 

 

 

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LES PAUVRES PARENTS, Ludmila Oulitskaïa
Bronka
La fille de Boukhara
Genelle-la-Sacoche
La parente pauvre
Les bienheureu
La maison de Lialia
Une vie longue, si longue...
Goulia
Le peuple élu

 

 

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NEUF HISTOIRES ET UN POÈME (clic)
De l'autre côté du palier, Raymond Carver
Ils t'ont pas épousée, Raymond Carver
Les vitamines du bonheur, Raymond Carver
Tais-toi,je t'en prie, tais-toi !, Raymond Carver
Tant d'eau si près de la maison, Raymond Carver
C'est pas grand chose, mais ça fait du bien, Raymond Carver
Jerry et Molly et Sam, Raymond Carver
L'aspiration, Raymond Carver
Dites aux femmes qu'on va faire un tour, Raymond Carver
Citronnade, Raymond Carver

 

 

 

 

 

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NOIR, COMME D'HABITUDE
Le fauteuil en rotin, Annie Saumont
Anniversaire, Annie Saumont
L'inconnu, Annie Saumont
Miettes, Annie Saumont
Alone, Annie Saumont
Laquell' prendrez-vous ? Annie Saumont
Aldo, mon ami, Annie Saumont
En una noche oscura, Annie Saumont
Le photographe, Annie Saumont
Histoire d'eaux, Annie Saumont
Gorilles, Annie Saumont
Plein ciel, Annie Saumont
J'ai un tatouage sur le bras droit, Annie Saumont
Marguerite, Annie Saumont
La soupe, Annie Saumont
Noir, comme d'habitude, Annie Saumont
La visite, Annie Saumont
Rose, Annie Saumont

 

 

 

 

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NOUVELLES CONTEMPORAINES
Comptes de Noël, Delphine de Vigan
Un parfum de rose et de sapin sec, Timothée de Fombelle
J'ai attendu, Timothée de Fombelle
Il était une fois, Timothée de Fombelle
Un peu de lenteur, Timothée de Fombelle
Scène de comptoir, Timothée de Fombelle
Mon jardin inconnu, Timothée de Fombelle
Il travaille, Timothée de Fombelle
Le dernier tour, Caroline Vermaille
La fille du déménageur, Caroline Vermaille

 

 

 

 

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SEPT HISTOIRES QUI REVIENNENT DE LOIN, Jean-Christophe Rufin
Passion francophone
Les naufragés
Le refuge Del Pietro
Nuit de garde
Les fiancés de Lourenço Marques
Garde-robe
Train de vie

 

 

 

 

 

 

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TOUT PASSE, Bernard Comment
Flottement
Un fils
Hors-jeu
Fugue
Ne rien laisser
L'annonce
En mer
Corrections
Une panne

18 novembre 2012

RENCONTRES POÉTIQUES : Serge Pey

Dialogue avec Jalâl ud Dîm Rumi (I)

Un plus un égale un

car deux est la séparation

 

La plus haute addition

soustrait car elle unit

 

Le nombre ne calcule pas

son unité

Il se renverse jusqu'à ne plus

se compter

 

Serge Pey
Rituel des renversemens
Poèmes soufis pour Michel Raji
danseur chorésophe

 

rumi-medium

 

Jalâl ud Dîm Rumi (1207-1273)

mystique et poète dont les disciples étaient chrétiens, juifs aussi bien que musulmans.

11 novembre 2012

RENCONTRE POÉTIQUE ; Serge Pey

La nuit éblouissante est restée dans les fleurs
Une lumière terrible résonne dans un visage
Un petit dieu comme un accident
surgit dans un arbre
Il est le clown de la lumière
qui fait rire les corbeaux
La petite robe de la poupée
nous appelle de ses cerceaux
Nous cousons son sourie
à sa chemise
C'est la condition de l'infini

L'alphabet des trimards - Rougier V éd.

Infini_modifié-1

"Qui cherche l'infini n'a qu'à fermer les yeux". Milan Kundera
(L'insoutenable légèreté de l'être)

1 octobre 2012

L'AUTOBUS ; Eugenia Almeida

l'autobus

"Dans une petite ville du fin fond de l’Argentine, un homme et une très jeune femme attendent un autobus dans un café, l’autobus passe et ne s’arrête pas. Il y a quatre jours maintenant que l’avocat Ponce amène sa sœur pour prendre cet autobus et qu’il ne s’arrête pas. Les jeunes gens partent à pied le long de la voie ferrée. Le village s’interroge. Le soupçon s’installe, la réalité se dégrade subtilement.

Il s’est passé quelque chose dans le pays que tout le monde ignore. Pendant cette attente, nous découvrons la lente plongée dans la folie de la femme de Ponce, provoquée par l’attitude de l’avocat qui ne lui pardonne pas les circonstances de leur rencontre.

La confusion s’installe dans la vie du village, ce sont les militaires qui commandent. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Des coups de feu éclatent à la tombée de la nuit, des cadavres de subversifs sont retrouvés, personne ne peut reconnaître le couple de la photo du journal. L’autobus s’arrête de nouveau alors que personne ne l’attend plus et la pluie se met à tomber."

Argentine. Une petite ville perdue au fin fond du pays. Une voie ferrée. Un café. La vie au quotidien d’habitants ordinaires qui se côtoient, se jaugent, se toisent, se jugent… D’un côté de la voie les « nantis », de l’autre les « parias ». Ni le train, ni l’autobus ne s’arrêtent plus dans la bourgade depuis quatre jours. L’avocat Ponce, chaque matin, accompagne en vain sa sœur pour qu’elle prenne cet autobus. Il croit en la toute-puissance de son statut. En vain, aussi. Un couple intrus, venu là d’on ne sait où, venu là on ne sait pourquoi, attend, lui aussi de pouvoir quitter le village. En vain, aussi. De guerre lasse, l’homme et la femme décident de partir à pied en longeant la voie ferrée.

Unité de lieu ; unité de temps. Dans un monde clos, dans un silence de plomb. Que se passe-t-il ? Pourquoi l’autobus ne s’arrête-t-il plus ? Pourquoi l’orage n’éclate-t-il pas alors qu’il gronde ? Pourquoi entend-on des coups de feu dans le lointain ?

Eugenia Almeida laisse extravaguer les émotions du lecteur. Même si elle a posé le cadre, elle ne donne pas toutes les clés. Tout est possible, mais elle le tait jusqu’à l’évidence. C’est ce qui donne force et densité à ce court roman. Alors que le malaise leste l’atmosphère, elle parvient à offrir une écriture souple et rapide qui ne laisse pas place à la fadeur et à la monotonie.

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J’avais lu ce roman avant de me rendre au festival America 2012, à Vincennes. Je l’avais apprécié. J’attendais donc avec impatience de rencontrer cette auteure. J’ai été enthousiasmée. Cette dame sait dire les choses, simplement, passionnément, sans fioriture. Elle sait les dire, elle sait les écrire aussi.

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15 septembre 2012

LUZ OU LE TEMPS SAUVAGE ; Elsa Osorio

luz

"A vingt ans, à la naissance de son enfant, Luz commence à avoir des doutes sur ses origines, elle suit son intuition dans une recherche qui lui révèlera l'histoire de son pays, l'Argentine. En 1975, sa mère, détenue politique, a accouché en prison. La petite fille a été donnée à la famille d'un des responsables de la répression. Personne n'a su d'où venait Luz, à l'exception de Myriam, la compagne d'un des tortionnaires, qui s'est liée d'amitié avec la prisonnière et a juré de protéger l'enfant. 
Luz mène son enquête depuis sa situation troublante d'enfant que personne n'a jamais recherchée. 
Un thriller loin des clichés dans lequel l'amour cherche la vérité."

Il est des mots qui gravent sur le papier des narrations monstrueuses, et laissent dans la mémoire du lecteur la trace indélébile de pans de l’histoire humaine qui n’auraient jamais dû exister, et qui, hélas, ont cruellement écorché l’humanité.

Il est des textes qui laissent à l’âme du lecteur le souvenir ébloui de les avoir rencontrés : « Le cœur cousu » de Carole Martinez est inscrit en moi depuis que j’en ai fait la découverte. 
« Luz ou Le temps sauvage » d’Elsa Osorio vient de me bouleverser de la même manière, mais pour d’autres raisons, évidemment.

La naissance de son enfant conduit Luz, une jeune femme argentine, à se questionner sur sa propre naissance. Son refus de se reconnaître comme appartenant à cette famille de tortionnaires qui l’a élevée est tant à fleur de peau qu’elle part en quête de la vérité. C’est un chemin de douleurs, d’atrocités, d’abominations qu’elle entreprend. Un chemin qui va la conduire vers son père, le vrai, avec lequel elle retissera les fils de sa vie, de LA vie. Mais un chemin qui va l’amener vers l’espoir de vivre en femme libérée d’une histoire qui la débecte au point de ne plus pouvoir garder la tête haute.

En dire plus serait à nouveau violer et violenter, humilier et torturer cette jeune femme, et Elsa Osorio qui, sous forme romancée, a narré l’histoire de sa reconstruction. L’hommage que l’auteur rend à l’Asociación Madres de la Plaza de Mayo, ces mères argentines dont les enfants ont « disparu » pendant la dictature militaire de 1976 à 1983 et à Abuelas de Plaza de Mayo, celle des grands-mères qui ont mis leur énergie, voire leur vie, en cause pour retrouver les « desaparecidos » (Noemi Gianetti de Molfino a été séquestrée et assassinée, à Lima, en 1980, par le « Bataillon d’intelligence 601 »), cet hommage donne à l’humanité la force de combattre pour qu’elle retrouve, trouve sa dignité, malgré les exactions que l’homme peut commettre.

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Un roman d’espoir, d’espérance pour surmonter les ténèbres de l’ignominie.

 

31 octobre 2012

C'EST DÉGOÛTANT; Francesco Pittau, Bernadette Gervais

 

pittau

"Dans ce livre, Francesco Pittau, Bernadette Gervais parlent avec délectation de tout ce qui écoeure, révulse et provoque des haut-le-coeur. Sans équivoque, ce livre montre les expériences d'une petite fille blonde, mignonne et souriante, que rien ne rebute : boire l'eau du bain, se couper les ongles à table, avoir des cheveux dans la bouche ou encore se moucher dans les rideaux."

Jusqu'à quel âge ne se délecte-t-on pas des "pipis-cacas-carottes de terre" et autres illustrations bien senties sur ce qui anime, tout compte fait, l'essentiel des réflexions de l'homo erectus moyen ? 
Je consens ! Un peu universaliste, ma première phrase. Les "Hommes" (avec un "H" majuscule) seraient-ils définitivement asservis par des pensées scatologiques, qu'ils utiliseraient en guise de réflexion hautement philosophique ? 

Parce que cet album, que l'on pourrait qualifier de... "dégoûtant" (ben oui !) et de peu ragoutant, ne peut que faire le bonheur des petits lecteurs de 2 à 77 ans...Que le premier qui n'a jamais plongé ses mains dans un pot de confiture lève le doigt (après l'avoir sucé) ; que celle qui n'a jamais mangé avec ses mains se dénonce. Et dans la série des petits plaisirs inavouabes, on pourrait évoquer les doigts dans le nez, ou le pipi dans le bain. Voire pire !

Pittau et Gervais ne craignent pas le pire, et c'est dit avec une telle simplicité, une telle sincérité, qu'on se demande vraiment pourquoi s'en offusquer !

Un petit bijou, ni obcène, ni grossier, qui dit à voix haute ce que tout le monde fait à gestes bas.

 

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24 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (6)

2014

RÉCATONPILU
(Ou le jeu du poulet)

 

Si tu veux apprendre
des mots inconnus,
récapitulons,
récatonpilu.

Si tu veux connaître
des jeux imprévus,
locomotivons,
locomotivu.

Mais les jeux parfaits
sont les plus connus :
Jouons au poulet.

Je suis le renard
je cours après toi
plus loin que ma vie.

Comme tu vas vite !
Si je m'essoufflais !
Si je m'arrêtais !

Comme ceci comme cela, Jean Tardieu, Gallimard, 1979

17 mai 2015

DIMANCHE POÉTIQUE : NÂZIM HIKMET

Nâzim Hikmet

Légende des légendes


Nous sommes au bord de l'eau,
le platane et moi.
Notre image apparaît dans l'eau,
le platane et moi.
Le reflet de l’eau nous effleure,
le platane et moi.


Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi et puis le chat.
Notre image apparaît dans l’eau,
le platane, moi et puis le chat.
Le reflet de l’eau nous effleure,
le platane, moi et puis le chat.


Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi, le chat, et puis le soleil.
Notre image apparaît dans l'eau,
le platane, moi, le chat, et puis le soleil.
Le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat et puis le soleil.
Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil, et puis notre vie.
Notre image apparaît dans l'eau :
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
Le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.


Nous sommes au bord de l'eau,
le chat s'en ira le premier,
dans l'eau se perdra son image
Et puis je m'en irai, moi,
dans l'eau se perdra mon image.
Et puis s'en ira le platane;
dans l'eau se perdra son image.
Et puis l'eau s'en ira,
le soleil restera,
puis à son tour il s'en ira.


Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
L'eau est fraîche,
le platane est immense,
moi j'écris des vers,
le chat somnole,
nous vivons Dieu merci,
le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.

 

Nâzim Hikmet

 

30 novembre 2013

LA LETTRE À HELGA ; Bergsveinn Birgisson ; Ed Zulma

LA LETTRE A HELGA

Bjarni, mon cher, tendre aimé,

Je lis ta lettre et renaît la souvenance de toutes ces années qu'ensemble nous avons vécues, si près, si proches, et si loin aussi.

Me revient le poème de Stefán Hördur Grímsson...

C'était par un clair matin
il y a de cela bien longtemps.

Ils suivaient tous deux le chemin
face au soleil levant
et la main dans la main.

Face au soleil levant
chacun songeant à sa propre route.

Ils suivent maintenant chacun sa voie
en se tenant par la main.

Se tenant par la main
Par ce clair matin.

 

Bergsveinn Birgisson, notre historiographe, en a fait au demeurant l'épigraphe de son roman. "Main dans la main". "Face au soleil levant". "Chacun songeant à sa propre voie". 
Oui, ce sont bien nos mémoires qui sont là, couchées dans ce magnifique texte.

Tu es dans ton avant-nuit, mon amant, aussi éphémère qu'éblouissant. Et cette lettre que tu as rédigée arrive dans ma propre nuit. Nous ne sommes plus que les fantômes de notre amour aussi fulgurant que temporaire.

L'Islande, notre terre. Celle à laquelle nous sommes attachés, qui nous a rapprochés, qui nous a liés. L'Islande et nos respectifs élevages de brebis. Ces brebis qu'ensemble nous avons palpées, massées. Comme tu as pétri mon corps, avidement. Comme tu as vécu ta vie de fermier. Intensément. Qu'ajouter, mon aimé, à ce que tu écris ? Alors que je t'ai cru lâche et veule, "un vieux tronc de bois flotté qui se dérobe au grand amour", tu te révèles un homme fier, indomptable. Puis-je dire ainsi ? Ta maîtresse, c'était l'Islande, la rude et sauvage Islande. L'intouchable, celle qui règne sur le coeur et le corps des hommes. Moi, tu as pu me toucher. Su me toucher. Mais c'est à l'Islande que tu es resté fidèle, au delà de nos émois, de nos ébranlements. Ton Islande, celle qui t'a mené la vie dure, celle à laquelle tu donnais toute ton énergie, ta force d'âme.

Et nous nous sommes aimés, follement, insensément... "chacun songeant à sa propre route". 
Et nous suivons maintenant "chacun sa voie" en nous tenant, par delà la vie, par la main.

Helga

 

23 janvier 2014

INTERBLOGS : le tag de la convivialité

tag lecteur convivial

C’est Mina qui l’affirme, il paraît que je suis conviviale. Je suis allée compulser le dico qui dit que convivial c’est chaleureux et amical. Bon, ça ne me semble pas totalement discordant. Mais on a parfois une forte propension à l’indulgence quand on se contemple.

Je vais donc éviter le nombrilisme exacerbé et remercier Mina pour ce petit cadeau. Mina, je ne la connais guère. Mina est apparue dans ma vie de lectrice, lorsqu’elle a créé avec Marilyne une éphémère association de protectrices de la littérature érotique, au début de l’année 2014. Contrairement à ce que certains mal-pensants auraient pu croire, il ne s’agissait pas de mettre en avant des textes canailles, mais plutôt de donner la parole à des auteurs qui ont su vanter l’amour et le désir en termes délicats et élégants. Et j’attends de Mina qu’elle poursuive mon éducation ! Ça me fait penser que dimanche prochain je présenterai des vers d’un poète que je trouve tout à fait inattendus. Mais chuttt !

 

Voici les règles du jeu

1. Lorsque tu apprendras que tu as été désigné(e), te réjouir tu devras. Danser la gigue et arborer le logo de ce tag sur ton blog tu feras.

Voilà la gigue  (la dame en robe noire, c’est moi). Quant au logo tout le monde le voit, non ? 

2. Pour remercier celui qui t’a désigné (e), un petit texte tu rédigeras.

Mina est apparue dans ma vie de lectrice… ah, mais ça, c’est déjà fait ! Confer quelques lignes plus haut.

3. Puis, les 10 internautes les plus réactifs ces derniers temps sur ton blog tu nommeras. (10… c’est sûr ?)

C’est à Aifelle que je vais décerner l’une des palmes, non parce qu’elle est plus réactive que d’autres que je vais nommer plus loin ; mais parce qu’elle supporte avec patience mes grands silences, lorsque les mots ne veulent plus me donner sens, qu’ils s’agitent et refusent de se mettre en ordre, et que je la retrouve dès que je reviens : parce que, chaque dimanche, elle « me » souhaite une bonne journée et que j’aime ses clins d’œil hebdomadaires. Aifelle est aussi l’une de mes ambassadrices normandes. La Normandie avec laquelle j’ai quelques attaches personnelles.

Au tour d’Anne, maintenant de bien vouloir accepter mes hommages. Anne de Belgique. Oui, mesdames messieurs, j’ai dans mon entourage littéraire une gente dame ! Et c’est une dame qui sait tout de la psychologie féline, qui aime Thomas Vinau, qui a tellement de livres à lire qu’elle fait parfois de belles découvertes dans sa propre bibliothèque, et qui, elle aussi, me laisse me taire.

Et, voici Jérôme, mon conseiller littéraire jeunesse personnel. Ses avis me sont précieux, surtout pour que je constitue une biblio-bambins qui « arrache » lorsque mes petits-enfants viennent en vacances à la maison. C’est du pur bonheur que de voir mes p’tits loups [qui, chez eux, lisent peu, ou pas] foncer sur « leurs étagères » pour découvrir les nouveaux albums que j’ai choisis pour eux. Mais Jérôme n’est pas qu’expert en littérature jeunesse ; ses choix de lecture me donnent souvent (trop souvent pour mon compte en banque) des idées compulsives.

Pour que Jérôme ne soit pas le seul homme de ma famille littéraire, je vais faire un clin d’œil à Daniel. Avec Daniel, nous avons, dans un autre temps de ma vie, exploré les textes de Frédéric Dard. Et j’en conserve un souvenir savoureux. C’est lui qui a repris à son compte le challenge initié par Anne (de Belgique) : « Le défi 1er roman » que je suis, silencieusement certes. Et Daniel poursuit avec une belle assiduité les dimanches poétiques qu’avait lancés Celsmoon : il affichait, le 19 janvier, sa 158ème participation avec Pierre Reverdy.

Dans ma vie de bloggeuse, encore un homme : Jack. Notre passion commune pour la belle littérature est complètement secrète. J’aime lire ses avis, j’aime la manière dont il les illustre.  Je le trouve sibyllin, et pourtant très éloquent.

Dans mon cœur, je garde Soukee, avec laquelle il fut un temps où nous « marmitonnions » de concert. Une Soukee dont je guette les nouvelles lectures. Une Soukee dont les choix, parfois, me déconcertent. Une Soukee dont les choix, souvent, m’appâtent. Une Soukee un peu rétive à la poésie (sauf, peut-être, quand ce sont des haïkus), et que j’aimerais bien convaincre.

Ma passion féministe est largement comblée par Anis. Elle dédie l’intégralité de son blog aux femmes en littérature et frémit lorsque, le dimanche, mon boudoir poétique est consacré à une poétesse. Et je lis ses chroniques avec intérêt, même si je ne suis pas aussi exclusive qu’elle.

Et puis, Marilyne. L’histoire d’une belle rencontre avec une professionnelle de la littérature jeunesse, à l’époque où je recherchais, pour mes élèves, autre chose que le puéril, alors que leur âge mental connaissait quelques difficultés à s’épanouir. Comme ses conseils m’ont été précieux ! Marilyne, même si elle n’a pas complètement abandonné ce genre littéraire, a, depuis, ouvert son champ de recherche à une « autre » littérature : celle d'escapades thématiques approfondies qui abordent les différentes dimensions de l’art et de la culture.

4. Les prévenir (sur leur blog) de ton méfait tu devras.

5. Faire ce tag une seule fois tu pourras : je crains bien que certain(e)s de mes bloggeurs(seuses) préféré(e)s n’aient déjà été salué(e)s pour leur amicalité. Pour ce qui me concerne, c’est sincèrement que je les remercie.

 

22 mars 2014

LIVRE MYSTÈRE ~ Écrivain mystère

livre mystère

Un ouvrage-mystère, à l’initiative de Jérôme, m’est parvenu, il y a peu. Un livre bien scellé, où toute indication d’expéditeur, d’éditeur, de date, d’auteur et de titre bien sûr est camouflée. Pas neuf, pages un peu jaunies, pas épais, juste une centaine de pages, pas grand, format livre de poche. Un livre posté de Beauvais… mystère, mystère….

Je soupçonne bien Jérôme et sa « loustic-band » d’être pour quelque chose dans cet envoi. Mais bon.

Posté de Beauvais, disais-je. Et dont l’intrigue de déroule à… Beauvais (ou dans les parages). Je situe ce récit dans les années 50 ou immédiatement postérieures (la TV noir et blanc est encore à l’honneur). Mhummm… quel(le) est cet(te) expéditeur(trice) qui souhaite me faire découvrir l’histoire de sa région (de naissance ou d’adoption) ?

Parce que d’histoire-terroir il est question (pas péjoratif). L’histoire « simple » d’un instituteur remplaçant tout frais bachelier, qui est administrativement contraint de quitter le pays d’oc et se retrouve dans celui d’oïl. Pas bien sûr d’être motivé, tant par la fonction qu’il va occuper que par la région où il va devoir demeurer, le jeune homme ; 18 ans et, comme il le dit, l’âme tourmentée.

Ce parcours, personnel et professionnel, dans une Picardie qu’il va devoir apprivoiser et qui devra l’adopter, va être relaté à petites touches narratives, descriptives, actancielles. Et, hors de l’histoire-terroir, le juvénile candide va découvrir ici, l’amitié (avec un jeune garagiste), la liberté (grâce à sa voiture brinquebalante), les amourettes des salles de cinéma, et le sentiment d’amour. Quant à sa rencontre avec l’enseignement, elle est pour le moins fastidieuse. Les minois « enchifrenés » de ses élèves ne l’émeuvent guère et leurs difficultés à ingurgiter les premiers rudiments de la lecture le laissent froid. Jusqu’au jour où… l’un des écoliers, Michel, retient son attention. Ce serait plutôt la maman de Michel qui … Autour de cet enfant, dont la santé chancelante entrave la progression scolaire, va se nouer entre la mère et l’enseignant une intrigue qui, certes, restera platonique, mais qui n’en sera pas désincarnée pour autant. L’exaltation du jeune homme à la vue et au contact de cette femme, belle et sensuelle, est subtilement dépeinte, comme une toile impressionniste qui se dévoilerait lentement.

Je suis absolument sûre de n’avoir jamais rien lu de cet auteur. Et j’affirmerais volontiers qu’il s’agit d’UN auteur. La plume me semble très masculine. Ce roman m’a fait faire un formidable retour dans le passé. C’est à la fin des années 60 que j’ai quitté l’Aude (pas natale, comme celle du personnage, mais l’Aude quand même), pour être propulsée, à 20 ans tout juste sonnés, dans le Pas de Calais, nantie d’une nomination de remplaçante, avec pour seul bagage un baccalauréat (et un livret de famille qui me conférait le statut de « madame »). Et mon insertion n’a guère été plus facile que celle de ce jeune enseignant.
Cependant, cette lecture m’a seulement « intéressée » ; pas émue, pas passionnée, pas captivée. L’écriture est déliée, les intrigues s’enchaînent habilement, le style est distingué. Mais j’ai ressenti comme une sorte de « fadeur », de manque de relief, dans ce texte qui me semble être un témoignage sur les régionalismes de la moitié du siècle dernier, sur les partis pris provinciaux, J’espère que l’auteur, s’il est toujours de ce monde et s’il lit ma chronique, ne me tiendra pas rigueur de faire une analogie entre son livre et celui de Germaine Acremant, « Ces dames aux chapeaux verts ». Et aussi, celui de Marcel Pagnol, dans « La gloire de mon père », qui, d’ailleurs, est cité dans cet opus.

Une expérience intéressante et amusante que cette lecture à l’aveugle. Je n’ai pas encore soulevé le voile (ni déchiré la couverture), parce que j’attends de mes lecteurs des propositions d’auteurs et/ou de titre. Histoire de savoir si elles résonnent dans ma bibliographie personnelle.

Alors, à vous les hypothèses… jusqu’au 29 prochain.

29 mars 2015

JEU DE LETTRES

J'ai rencontré ce jeu chez Lady Marianne. Je m'y suis amusée.

FLABELLIFORME

Voici la règle du jeu :

"Avec les lettres proposées, faire des mots de 5 lettres au moins et au moins 5 mots, puis les inclure dans un texte sur un thème de votre choix ou pour corser faire le texte en rapport avec le mot trouvé".

Et voici mon texte :

Ils sont là, tous les deux, à arpenter les travées de la jardinerie, indécis sur le choix des plantes qui pourraient embellir leur jardin. Fébrile, elle s’arrête devant un superbe bromelia.  

-       Regarde ! Cette hampe florale ! On dirait qu’elle flamboie ! Et cette abeille affolée qui croit pouvoir en tirer un nectar miellé !

-       Je te rappelle que nous sommes ici pour le jardin, pas pour décorer le salon. Que dirais-tu de cet arbre ? Nous pourrions distiller une fiole de mirabelle avec ses fruits.

-       Mais c’est de la folie, c’est interdit, se rebiffe-t-elle. Moi ce que je veux, ce sont des arbres qui nous fassent de l’ombre. Tu te souviens de l’énorme filao qui nous avait abrités pendant notre voyage de noce ? Sa ramée nous avait servi d’ombrelle et nous avait protégés des rayons du soleil.

-       Alors nous pourrions acheter un érable. Et le merle morfal que tu nourris tous les matins pourrait y nicher. Il va quand même falloir que nous nous décidions !

-       Ce dont je raffole ce sont des arbres dont les feuilles sont en forme d’éventail. Crois-tu qu’ils en ont ici ? Un ginkgo biloba, par exemple. On pourrait l’installer dans l’allée du fond. En automne, la couleur jaune ambrée de ses feuilles pourrait émailler le vieux mur pourri de la ferme du maire qui nous sape le moral.

Tout occupés à discuter joyeusement, ils découvrent soudain un vendeur en train de bailler d’ennui derrière une ombellale. Il a entendu leur conversation. Il s’approche du jeune couple :

-       Si j’ai bien compris, messieurs-dames, c’est un arbre flabelliforme que vous recherchez ? J’ai le ginkgo qu’il vous faut. C’est une fille. Attention, monsieur, il vaudra mieux ne pas vouloir distiller ses fruits qui ressemblent à s’y méprendre à de petites prunes jaunes. Chaque petite bille libère une odeur pestilentielle. Mon chien en a trouvé une l’autre jour, et il l’a flairée : il est parti en hurlant, ce n’est pas une fable ! Il était à filmer ! Faudra-t-il vous l’emballer ?

Les jeunes gens se regardent, perplexes. Elle est un peu affolée par cette perspective ; elle s’aperçoit qu’il a blêmi, qu’il ne fait plus le mariolle et qu’il ne frime plus. Si cette histoire n’est pas une faribole, ils planteront une ormaie

 

© Martine Littér'auteurs - 29 mars 2015

 

page FB

 

22 mars 2015

366 RÉELS À PRISE RAPIDE : règle du jeu et liste (non exhaustive) des participants

 

LOGO REELS

Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture inspiré des Exercices de Style de Raymond Queneau. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.

Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante.

Pas de chef d’orchestre, dans cette petite tribu de 18 « aujourd’huistes » que j’ai répertoriés et qui, comme moi, publient chaque jour leurs « réels ». Chacun écrit selon son inspiration quotidienne, en regard du thème imposé (ici). Pour les suivre plus facilement, j’ai établi cette liste non-exhaustive, dans l’ordre alphabétique du nom des blogs. Le lien (cliquez sur le nom du blog) renvoie à la page d'accueil. Si d’autres blogueuse[r]s souhaitent y ajouter leur plume,  ils sont bienvenus ! 


Chienne de vie
Comme il me plaît, Quand il me plaît
Des mots et des images
Destinée de pacotille
Domandalas
Histoires et Nouvelles
La Jument Verte
Les lectures d’Asphodèle
Les mots autographes
Littér’auteurs
Mijo Espace
Mon carnet à malices
My Name is Or
Passion Culture
Prudence Petitpas
Randonnez-vous dans ce blog
Rebecca Zartarian-Arabian
Un esprit sain dans un corps sage

 

Merci à Asphodèle pour son logo

30 septembre 2014

L'INCESSANT ~ Charles Juliet

L'INCESSANT CHARLES JULIET

L’incessant
Charles Juliet
Théâtre
P.O.L éditeur (22 septembre 2011)
38 pages

 

Deux voix intérieures… deux voix qui s’affrontent, se confrontent, se collettent, deux êtres qui dialoguent ou qui tentent de le faire. L’une et l’autre s’incarnent dans le même personnage. L’une est féminine, l’autre masculine. Les deux parties de l’être. Contradictoires, discordantes, incompatibles. Qui se mènent un combat sans merci. Qui évaluent et opposent les valeurs respectives qu’ils défendent âprement, chacun pour soi.

« L’homme » se complaît dans un engourdissement dont il se lamente. « La femme » défend la cause de la lutte contre la négation, « l’auto-négation ». Elle est la petite voix qui résonne et raisonne en chacun de nous. Certains la nomment conscience Il est l’apparent, l’ostensible, le paraître. Alors qu’il se plaint de toutes les misères du monde, elle prône l’accord avec une vie en cohérence : « Tu te répands en anathèmes sur l’incompréhension, l’intolérance, l’avidité, la haine, la barbarie…, mais toi, dans quel camp vas-tu te ranger ? Seras-tu de ceux qui vont ajouter à la confusion, l’injustice, la violence ? Ou au contraire, vas-tu t’employer, dans la mesure de tes moyens, à combattre ces fléaux. »

L’exploration intérieure est, comme dans beaucoup de ses autres écrits, au cœur de cette œuvre de théâtre. C’est la voix que l’on entend parler en nous, cette petite voix intérieure qui essaie parfois désespérément de nous amener à la raison. Mais c’est aussi la voix qui modélise les valeurs auxquelles nous sommes confrontés.

Le dialogue intérieur « incessant » qui secoue notre apathie naturelle ; qui bouscule nos lâchetés et nos lassitudes ; qui nous met face à nos réalités ; qui nous souffle quelques stratégies pour nous ressentir mieux au cœur de notre être profond. En harmonie. Sans masque.

Mon premier contact avec cet auteur. Un contact qui m'a donné envie de poursuivre la rencontre. C'est Flo qui sur son blog "Fragments du paradis" (ici) souhaite fêter les 80 ans de ce grand Monsieur en incitant le plus grand nombre possible à lire et publier un avis sur un des ouvrages de Charles Juliet. Le 30 septembre (c'est à dire aujourdhui), en fin de journée, elle mettra en ligne une compilation des chroniques qui lui auront été communiquées. Ne manquez pas de suivre les liens.

22 novembre 2014

TAKE OFF Pour LES PLUMES

 

CHAT VOLANT

Take off

 

Celui qui observe le vol d’un essaim de chats
(absolument chauves,
pour ne pas faire dans la guimauve)
dans le silence d’un petit matin forcément voluptueux
pense qu’il souffre de l’ivresse des voyages
sans sommeil.
Je dirais plutôt que cette sarabande
n’est que le prologue
d’une billevesée musicale 
(érotique,
c’est plus sympathique)
qui transfigure et surnaturalise la solitude des passeurs d’utopie :
ils espèrent ainsi se ressourcer dans chaque recommencement
de fêtes étoilées
à faire rêver
tous les ténébreux qui croient que
les raminagrobis flottants ne sont que de blancs
pavillons lépidoptériens,
voltigeant
autour d’un fondement mafflu.
C’est le pourquoi de la chanson
(de fesse,
je le confesse).

C’est évident, mon histoire est complétement extravagante.
Elle m’est apparue, ce matin, au terme d’une nuit épuisante,
lorsque je me suis arrachée des coquecigrues de ma nuiteuse torpeur.

Sans doute ma nouvelle tisane du soir ! C’est mon petit-fils qui me l’a préparée : 
« Tiens Mamie, m’a-t-il dit en me tendant la tasse, tu vas faire de beaux rêves ! ».

 

 

LES PLUMES

C'est sur le thème de LA NUIT qu'Asphodèle a emmené notre joyeuse bande de plumitifs. 

Les mots issus de nos imaginaires débridés : 

vol, chat, transfigurer, chauve, blanc, solitude, silence, matin, se ressourcer, ivresse, ténébreux, épuisant, insomnie, étoilé, fête, rêver, sommeil, voyage, chanson, fesse, recommencement, voluptueux, sarabande, passeur, prologue, pavillon.

Je les ai tous employés.

3 avril 2014

LA VIE, Régis de Sá Moreira

LA VIE REGIS DE SA MOREIRA

La vie
Régis de Sá Moreira
Au Diable Vauvert (août 2012)
119 pages

 

 

 

 

 

La vie, c’est la vie, c’est ça la vie ; un proverbe amérindien dit que « c’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au coucher du soleil ». L’auteur, dans ce court recueil, a pris le temps de contempler l’éclat de la luciole, de sentir le souffle du bison, de regarder s’enfuir une petite ombre vers le crépuscule.

 

Je suis sorti de chez moi à 8 heures, j’ai marché au lieu de prendre le métro, je me suis marré en croisant un homme qui portait une télé…

[…]

Il y avait quelqu’un avec moi, ce quelqu’un venait de me faire rire et ce quelqu’un, c’était moi !

L’essentiel de ce texte réside dans « […] », puisque les deux extraits que je viens de citer n’en sont que le prologue et l’épilogue.

[…] au fur et à mesure du récit, composé de courtes réflexions intérieures, Régis de Sá Moreira donne la parole au protagoniste de l’évènement précédent. Pas facile à expliquer, mais un procédé particulièrement amusant. Amusant, certes, mais plus encore.

Démonstration : « je me suis marré en croisant un homme qui portait une télé… »… 

… « Je ne sais pas ce que j’avais de marrant, je portais une télé c’est tout, mais bon allez savoir ce qui se passe dans la tête des gens »…

Et comme la télé était lourde, il fait une pause pour fumer une cigarette. Pas de feu. Il demande service à un homme assis sur un banc…. Qui lui-même…. Etc. Etc.

Une ficelle stylistique astucieuse que l’auteur déroule avec habileté pour faire parcourir « LA » vie à son lecteur. Un petit morceau de vie de chacun des acteurs. Parce qu’au-delà de l’artifice littéraire, c’est une succession de réflexions souvent anodines qui construit un texte assez bien élaboré. Une idée entraînant l’autre, Régis de Sá Moreira aborde ce qui constitue le quotidien de chacun dans sa banalité. Son art, c’est de mettre en relief les petits lieux communs et de les rendre « vivants ». Une façon originale d’aborder par petites touches, presque insignifiantes, les grands thèmes de l’existence humaine : l’amour, la solitude, l’amitié, le deuil…

Un enchaînement subtil. Mais un peu superficiel quand même. Une impression de touche à tout, d’une revue sommaire. Des enchaînements à l’emporte-pièce qui passent du coq à l’âne. Un peu comme nos pensées qui, au fil des heures, vont et viennent indéfiniment, parfois sans suite.

Un livre déconcertant d’un auteur polygraphe, fin observateur du fugace et de l’éphémère, somme toute.

C'est peut-être ce qu'on appelle "avoir de la suite dans les idées"....

31 mars 2014

MONDE SANS OISEAUX, Karin Serres

MONDE SANS OISEAUX - KARIN SERRES

Monde sans oiseaux
Karin Serres
Éditeur : Stock, 2013
112 pages

Il m'a fallu démarrer trois fois la lecture de ce roman avant de parvenir à la conduire jusqu'à son épilogue. Difficile, vraiment, d'entrer dans le monde de « Petite Boîte d'Os » ! Les conditions de sa naissance m'ont déjà laissée pantoise. L'attribution de son prénom m'a déconcertée. Quant aux cochons fluorescents, génétiquement modifiés qui flottent imperturbablement à la surface du lac, ils m'ont complètement désarçonnée ! J'ai dû aussi m'habituer aux maisons sur roulettes, et aux défunts dans leurs cercueils qui reposent au fond de ce lac. Quelques lapins verts à apprivoiser plus tard...
J'ai enfin réussi à lâcher prise pour suivre le parcours de Petite Boîte d'Os.

 


SE LAISSER PORTER par l'onirisme, par le conte, par la fable, par le fantastique d'un monde « borderline » dont l'on ne sait s'il va vers sa fin ou s'il est en pleine mutation


ESCORTER Petite Boîte d'Os dans sa quête de vie, candide et sincère


TROUVER DU CHARME, comme elle, au vieux Joseph, surnommé Le Cannibale, et l'aimer infiniment


ACCOMPAGNER les naissances


CORTÉGER les décès


GUETTER les crues imprévisibles d'un lac qui recèle tous les mystères de la vie et de la mort et qui, inexorablement, monte, monte


REDOUTER « la ville »


S'ÉMOUVOIR la poésie limpide du texte


ÊTRE FASCINÉE par l'authenticité des sentiments


MÉDITER


Un monde sans oiseaux, parce qu'ils n'ont pas survécu aux mouvements du monde. Un monde dans lequel Petite Boîte d'Os évolue, sereine. En pleine conscience de la vie qui passe et de l'inéluctable issue.


Un roman


DÉLICAT INTELLIGENT SUBTIL MYSTÉRIEUX LUCIDE PÉNÉTRANT ÉMOUVANT DENSE 

20 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (2)

2014

NI L'UN NI L'AUTRE

 

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses meilleurs amis.

La nuit, par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n'est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n'en point parler ici !

Monsieur Monsieur, Jean Tardieu, Gallimard, 1987

23 janvier 2014

DÉSORDRES, Elsa Montensi

2014

Désordres, lettre à un père
Elsa Montensi
L’Harmattan – Amarante, août 2012
82 pages, 12 €

 

 

 

 

 

Désordre : manque d’ordre, égarement, mauvais état, dérèglement des mœurs, querelle…

Les différents sens du mot conviennent tous exactement à l’âme de ce texte chargé d’émotion, de souffrance, d’incompréhension, d’indulgence. Désordres, une lettre autobiographique d’une jeune femme à son père.

« Arriver sur terre, c’est arriver dans une famille que nous ne connaissons pas, qui peut nous rester étrangère des années durant. C’est devoir s’en remettre à des êtres apeurés, bancals, mettre notre vie entre leurs mains tremblantes. On ne se choisit pas, on nous impose les uns aux autres sans même nous présenter. Il arrive que la véritable rencontre ne se produise jamais. Je n’ai pas su me frayer de chemin pour venir jusqu’à toi, tu n’as pas su venir à ma rencontre. Chaque jour qui passe nous rapproche du moment où le rendez-vous manqué s’inscrira de manière irréversible dans notre histoire. Qu’y aura-t-il de plus douloureux ? Le manque, la nostalgie, ou les paroles interdites, l’amour retenu prisonnier ? Aussi sûrement que les coups reçus, chaque élan retenu nous oppresse. Ce que nous n’aurons pas su donner restera perdu. Définitivement ».

Quelle famille a offert cet homme à sa femme et à sa fille, alors que le mari et le père se cachaient derrière un homme qui n’aime que les hommes ?

Elsa Montensi écrit à son père ; elle dit, elle se dit. C’est troublant, c’est douloureux, c’est dérangeant, c’est éprouvant.

« Autres allers retours. Entre les pages d'encre et l'extérieur. Je découvre la vie, me rencontre, me reconnais dans les livres. La musique des mots, espace vital où je reprends mon souffle, puise des forces pour aller de l'avant. Je les attrape au vol, m'en saisis, les brandis comme un étendard. La littérature devient l'épaule sur laquelle je m'appuie pour affronter le monde ».

Une lettre sublime. Poétique aussi.

« Nos vies sont faites de moments éphémères, fugaces, qui nous glissent entre les doigts. Ce qui est ne sera bientôt plus ».

25 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (7)

2014

DÉDICACE À PERSONNE

 

Pour recueillir, comme au futur. Pour perdre
dans le passé. Pour attendre, pour piétiner,
pour se morfondre, comme au présent.
Une suite de jours dispersée, déchirée, entre
l'insomnie et le songe. Une vie qui n'appartient
à personne, pas même à moi.
Une route qui ne conduit nulle part ailleurs
qu'en ce point où tout se dissipe et disparaît.
(Est-ce la récompense ?)
Au vertige vécu. À l'immobile. Au retour sans fin.

 

Da capo, Jean Tardieu, Gallimard, 1995

21 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (3)

2014

LE CAP

 

Dans la contrée où l'âme est profonde,
Je vins pour la première fois,
Triste et seul, à l'âge où le monde
Me sépara de vous et de moi.

D'étranges feux dans l'air grimaçaient,
Mais les sources coulaient pour l'espérance
Et tendre, tendre était l'impatience
Des fruits tombant dans les vergers secrets.

J'entrai, nageant sous les grands nuages,
À jamais loin des tranquilles jours ;
Là-haut, les traits des chers visages
M'abandonnaient à chaque détour.

Quelle nuit tout à coup, mais quel espace !
Je reconnus la voix de toujours
Qui pour moi demeure et par moi passe...
Et quelle puissance, loin de l'amour !

Je laissais mourir et renaître
Et mourir encor la clarté
Moi, je creusais mon obscurité
Et j'apprenais à ne plus être.

Cependant, on murmurait : "L'ombre
Va l'engloutir !" Ah ! j'entends le vent
Répondre par les feuilles sans nombre :
"Cet homme a franchi les postes du temps !"

Accents, Jean Tardieu, Gallimard 1939

13 octobre 2013

VOLT, Alan Heathcock

VOLT

Titillée par les réserves de Jérôme, par la retenue d'Anne, j'ai eu envie de faire la connaissance de ces personnages dont ils m'ont dit qu'ils étaient marqués par le destin : "Un village imaginaire, un bled perdu, peuplé de gens qui sont autant de caricatures de l’Amérique profonde", dit Anne. Mais, renchérit Jérôme, "Il manque ce petit grain de folie, ce coté abrasif qui mettrait le feu aux poudres."

J'ai essayé de m'extraire de leurs précautions oratoires pour entrer dans ces nouvelles, y trouver un fil conducteur. Il me semble que le symbole prédominant est "la fuite". Fuite de Windslow qui a accidentellement tué son fils, fuite du père de Vernon qui, dans un coup de sang (de naze, pour être in), a démoli un conducteur récalcitrant. Le père d'un gosse mort en Irak, un(e) shérif pas très conventionnelle, Miriam dans un labyrinthe... Fuite. Et solitude. Ce sont des êtres profondément reclus dans leur claustration psychologique que j'ai rencontrés au fil des huit nouvelles d' Alan Heathcock. L'idée me plaît, vraiment. Envie de creuser au delà des résistances, de savoir pourquoi, comment. Chaque nouvelle est une mise en alerte.

Mais, hélas, je me suis ennuyée, j'ai trouvé le temps long, j'ai cherché un dénouement (ou, justement, puisque ce sont de nouvelles, une absence de dénouement), un épilogue surprenant et inattendu. Non. Et mon avis sera encore plus tranché que celui de mes camarades de blog, pas d'étincelle, même pas d'escarbille. Juste une flammèche au début de chaque récit, un incipit qui fait dresser l'oreille et qui allume l'intérêt.

Je cesse là mes délayages. Désormais, je ferai confiance à mes inspirateurs es lecture... Quoique, à voir quand même !!!

 

 

5 février 2014

LA MORT, L’AMOUR ET LES VAGUES ~ Yasushi Inoue

LA MORT L'AMOUR LES VAGUES

La mort, l’amour et les vagues
Yasushi Inoue
Nouvelles, traduites du japonais par Aude Fieschi
Éditions Philippe Picquier, 1999, 114 pages

 

 

 

 

 

 

 

Trois nouvelles, courtes, concises, aussi brèves qu’incisives. Trois récits de rencontres. Fugace, vanné par le temps, ou chimérique, chaque tête à tête est l’occasion pour Yasushi Inoue d’explorer les mystères des relations humaines et/ou amoureuses et surtout de présenter sa vision du monde.

Pessimistes.

Cyniques, désespérées en quelque sorte. Et pourtant dans une démarche où la vie a toute sa place, parce qu’au bout du bout, c’est elle qui gagne. Au détriment, parfois, des protagonistes, qui n’en sortent pas plus heureux (et peut-être pas plus malheureux). Qui ont vécu un pan de leur vie. Prêts à se donner la mort (La mort, l’amour et les vagues), pas prêts à dilapider (encore que…) une petite fortune tombée du ciel (Anniversaire de mariage), prêts à remettre en cause une réelle amitié pour une toquade (Le jardin de pierres), les personnages d’Inoue pourraient sembler être les stéréotypes d’une certaine société japonaise.

Lucides, parce qu’elles évoquent la fatuité des relations qui semblent relier les hommes.

L’humain ne peut que se reconnaître dans ces portraits, même si ses codes sociaux et moraux ne tirent pas leur sève du même enracinement.

Trois nouvelles, courtes, concises, aussi brèves qu’incisives.

"Qu'il s'agisse de vivre ou de mourir, l'homme est un fardeau pour l'homme." Yasushi Inoue

 

Participation au "mois de la nouvelle", chez Flo (*)

(*) Clquez pour suivre le lien

 

 

23 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (5)

2014

ÉPITHÈTES

 

Une source - corrompue
Un secret - divulgué
Une absence - pesante
Une éternité - passagère
Des ténèbres - fidèles
Des tonnerres - captifs
Des flammes - immobiles
La neige - en cendre
La bouche fermée
Les dents serrées
La parole niée
muette
bourdonnante
glorieuse
engloutie.

 

Formeries, Jean Tardieu, Gallimard, 1976

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