07 janvier 2013

JE DIS AUX FEMMES QU'ON VA FAIRE UN TOUR, Raymond Carver

C'est une des nouvelles de Raymond Carver que je vais ici présenter. UNE nouvelle, mais DEUX versions de la même écriture. Celles et ceux qui ont lu "Ciseaux" de Stéphane Michaka, celles et ceux qui se sont intéressés peu ou prou à la vie de Carver, savent que le célèbre novelliste s'est, tout au long de sa vie d'écrivain, heurté à son éditeur Gordon Lish (lequel lui a quand même procuré la notoriété). Alors que Raymond Carver opte pour une écriture généreuse, son éditeur prône le minimalisme, en vogue à cette époque (1950). 

 

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Neuf histoires et un poème est la traduction des nouvelles écrites par Raymond Carver, mais revues et corrigées par Gordon Lish. Débutants est celle des nouvelles textuellement rédigées par Carver. Dans l'un et l'autre des ouvrages, on peut lire "Je dis aux femmes qu'on va faire un tour".

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Bill et Jerry sont amis depuis l'enfance : école primaire, collège, lycée technique, amourettes, jobs d'été, voiture... ils ont tout partagé. Mais la vie se charge de désassembler ce couple de bons potes. Jerry se marie et Bill se sent un peu de trop entre les deux. Il prend des distances, puis rencontre à son tour la femme de sa vie. Les deux couples nouent de nouvelles relations amicales : apéros, barbecues, progénitures qui jouent ensemble... La vie de famille, quoi ! Celle qui est faite d'habitudes, de rituels, de routine aussi. Les deux compères de naguère s'aperçoivent que l'ennui s'est insidieusement installé dans leur ordinaire. Quoi de plus normal, un dimanche après un bon repas partagé, que d'aller faire un tour entre hommes ? Après avoir prévenu les femmes, ils partent en goguette, comme au bon vieux temps.

Impossible de prolonger ce résumé sans dévoiler la chute de cette nouvelle, magistralement écrite. C'est le plus banal des quotidiens que Raymond Carver entreprend de peindre. L'intrigue est simplifiée à son maximum dans l'insignifiance et la platitude. On pourrait même parler de médiocrité. L'Amérique, présentée décadente, l'alcool, les petites et grandes misères, les p'tits boulots, les p'tites nanas, les vies bosselées.

Et si Carver avait écrit les fantasmes de son autobiographie ? C'est "son" monde qu'il dévoile, ses frustrations, sa violence, Jerry et Bill embarqués dans une ribote qui tourne à l'horreur, au tragique.

C'est cette question qui me ramène à mon introduction. Lequel de ces deux textes reflète le mieux l'âme de Carver ? La plume est compendieuse, lapidaire, dans l'un comme dans l'autre. Mais l'épilogue de la version "chaponnée" par Lish offre un dénouement émasculé... Chaponné, émasculé... ça manque évidemment de virilité ! Alors que c'est justement la masculinité dans son paroxysme monstrueux et destructeur que désigne l'auteur. Comme un fait. Pas de morale. Pas de regret. Du désespoir à l'état pur. C'est ce qui fait la force brute du "vrai" Carver. 


Et voici ma deuxième participation au challenge "Je lis des nouvelles et des novellas" organisé par Lune.

Je lis des nouvelles 

Dans cette rubrique, un index de T O U T E S les nouvelles que j'ai à lire !!!

Posté par C Martine à 00:01 - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur JE DIS AUX FEMMES QU'ON VA FAIRE UN TOUR, Raymond Carver

    Pas encore lu de livre cet auteur...je note...

    Posté par Jack, 07 janvier 2013 à 06:45 | | Répondre
  • Ah oui, c'est à lire ! En V.O. bien sûr ! Les nouvelles de Raymond Carver sont exceptionnelles. Ce n'est pas un succès d'estime qui l'a distingué parmi l'un des meilleurs novelliste de son époque. As-tu lu "Ciseaux" de Stéphane Michaka ? Ce roman aide à mieux comprendre le monde de Carver.

    Posté par Littérauteurs, 07 janvier 2013 à 07:10 | | Répondre
  • Carver, le bonheur ! Paradoxalement, certaines des nouvelles "réécrites" par l'éditeur sonnent mieux. Mais bon, Carver reste Carver, et "chaponné" ou pas il faut le lire si on aime la littérature.

    Posté par jerome, 07 janvier 2013 à 13:05 | | Répondre
  • Dommage pour la nouvelle ActuSF, peut-être aurais-tu pu tester une au hasard
    Je note cette contribution.

    Posté par Lune, 07 janvier 2013 à 13:38 | | Répondre
  • Elle est terrible cette nouvelle, et ( pour une fois pas d'accord avec Jérôme ) j'ai été saisie par cette seconde lecture, par le recueil Débutants ( commencé comme toi par la version corrigée ), soufflée par la différence entre les deux lectures. Perturbant, les coupes, les lectures.

    Posté par Marilyne, 07 janvier 2013 à 15:22 | | Répondre
  • Je n'ai jamais lu Carver, peut-être serait-il mieux que je lise "ciseaux" avant ?

    Posté par aifelle1, 08 janvier 2013 à 01:50 | | Répondre
  • du coup, j'ai très envie de lire Ciseaux...

    Posté par Theoma, 18 janvier 2013 à 18:29 | | Répondre
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