PARTAGES ; Gwenaëlle Aubry
Quatrième de couverture :
Posé contre un mur, devant une échoppe, il y avait un grand miroir. Je me suis arrêtée pour me voir tout entière, de la tête aux pieds. Devant moi une fille, une touriste ou une Juive, je ne sais pas, se regardait dans un miroir plus petit accroché à côté. Elle portait une robe qui dénudait ses jambes et ses bras mais soudain elle a sorti un foulard de son sac et l'a noué sur ses cheveux. J'ai trouvé ça bizarre, j'ai cherché son reflet. Et là, un instant, j'ai vu dans le cadre étroit deux visages si semblables que je n'ai plus su qui je regardais. Cela m'a fait peur, vite je suis partie, je me suis effacée. En 2002, c'est ta seconde Intifada. Sarah, Juive d'origine polonaise, née et élevée à New York, est revenue vivre en Israël avec sa mère après les attentats du 11-Septembre. Leïla a grandi dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Toutes deux ont dix-sept ans. Leurs voix alternent dans un passage incessant des frontières et des mondes, puis se mêlent au rythme d'une marche qui, à travers les rues de Jérusalem, les conduit l'une vers l'autre. Partages est un roman sur la communauté et sur la séparation, sur ce qui unit et divise à la fois. Soeurs ennemies, Leïla et Sarah sont deux Antigone dont le corps est la terre où border et ensevelir leurs morts.
Deux voix, deux voies... qui s'entremêlent, s'enlacent, s'interfèrent, se conjuguent. Qui conjuguent l'histoire du pays sur lequel deux adolescentes viennent poser leur vie. Deux voix : celle de Sarah, jeune fille juive d'origine polonaise, dont la famille a émigré aux États-Unis qu'elle a fuis après les attentats du 11 novembre ; celle de Leila, jeune musulmane de Cisjordanie. Elles se partagent cette terre d'Israël, elles partagent les mêmes rêves d'adolescentes, elles partagent les mêmes émois psychiques des jeunes de leur âge. Elles ne se connaissent pas, mais marchent inexorablement l'une vers l'autre, pour que se partage leur destin. Mais quel est le possible destin commun de ces deux enfants en un lieu où la mort rode inexorablement ? où, de part et d'autre des convictions, chacun, chacune s'accroche désespérément à ses certitudes ?
D'aucuns diront que Gwenaëlle Aubry emprunte les voies déjà explorées du conflit israélo-palestinien (telle cette critique ici). D'autres reconnaîtront à cette auteure des qualités d'écriture et de narration : "Ce sont ces deux voix, ces deux images en négatif d'une même tragédie, que Gwenaëlle Aubry, Prix Femina 2009 pour Personne, orchestre magistralement dans Partages, opéra sanglant qui ne connaît ni mièvrerie ni dogmatisme.", écrit Marianne Payot...
Moi, qui ne suis pas critique littéraire, je ne peux parler que de l'émotion, du trouble que j'ai ressenti en lisant ce texte, écrit d'une seule respiration, en phrases très longues, mais pourtant ponctuées. Les voix de Sarah et Leila disent tant de mots qui se ressemblent qu'il m'est arrivé parfois de perdre le fil de leurs voix. Ces deux jeunes filles, à peine pubères, vivent cette guerre avec leurs tripes, leurs ventres qui devient fécond... qui deviendrait... si le poids des siècles ne pesait pas si lourd, si les défunts n'étaient pas si présents.
« Tous ici, Israéliens et Palestiniens, Arabes et Juifs, comme tu voudras, nous partageons la même folie, c’est elle qui, comme la terre, nous divise et nous réunit. Nous partageons une même hantise, tous, nous sommes habités par des cohortes de morts. »
J'ai aimé ce roman, comme j'ai aimé ma belle rencontre, le 14 novembre dernier, avec Gwenaëlle Aubry, à la librairie Lucioles de Vienne. Cette dame manie l'oral aussi bien que l'écrit ; elle a su me convaincre quand elle expliquait que ce livre qu'elle m'offrait à lire était un "livre des hantises, un livre de partage[s]". Telle est sa dédicace...



























