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11 janvier 2014

L'HOMME IDÉAL (EN MIEUX) ; Angela Morelli

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L’homme idéal (en mieux), Angela Morelli
Harlequin, 2013, à télécharger

 

 

 

Soit une gentille petite dame, pas mal roulée, pas trop inculte (elle est quand même prof de français), entourée de quelques bonnes copines (de bringue, de confidences), mère d’une adorable petite louloute de 9 ans, et… banco ! divorcée !

Soit un très beau mâle, séduisant en diable, pas mal lettré, père d’un grand garçon, et… banco ! veuf !

Mettez les ingrédients dans un lit, insérez quelques évènements de la « vraie » vie (vous avez le choix entre quelques bribes d’internet, des échanges de textos, un site de rencontre, un frigo désespérément vide, une chevelure indomptable, une bronchite virale, quelques scènes un peu chaudes)  saupoudrez de quelques épices érotico-aphrodisiaques, nappez le tout de sentimentalisme resplendissant, et… banco ! vous obtenez un roman tout plein de beaux rêves.

Bon, sérieusement. Il est bien croquignolet ce petit texte. Les protagonistes sont adorables (en mieux). Même si j’ai trouvé quelque futilité aux dialogues, ce n’est pas mal écrit du tout. Ma foi, pour se délasser les neurones, ça peut le faire !

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13 septembre 2013

LE TRAIN DE 5 H 50, Gabrielle Ciam

Le train de 5

Au petit matin, sur le quai d'une gare francilienne, une femme attend le train qui va l'emmener à Paris. Elle a ses habitudes, auprès des employés, dans le wagon, à la même place. toujours. Elle y poursuit doucement sa nuit, comme la plupart des voyageurs, d'ailleurs.

Un matin, agacée, elle découvre qu'un homme s'est installé sur le siège d'en face. Qui est-il, cet intrus, qui a osé effracter(*) son espace,  sa bulle ? Il somnole. Non. Il semble somnoler. 

À travers les yeux mi-clos de la femme et de l'homme, les regards se croisent, s'enlacent, s'étreignent, se jaugent, se soupèsent. Et le désir naît, en eux, entre eux, sans qu'un seul mot soit échangé. Discrets frôlements de jambes d'abord, puis pressions plus prononcées.

Ce roman, c'est l'histoire d'un libertinage, de la lente et inexorable montée d'un éros entre deux inconnus qu'aucun ne cherche à contenir. De matins en matins, les rendez-vous entre les deux voyageurs précisent l'attrait sensuel qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Sans échange verbal. Ce roman, c'est un délicat et subtil texte érotique, pas totalement allusif, et assez suggestif pour que l'imaginaire du lecteur entre dans le jeu pygocole. "Ne rien savoir, pas même son prénom, lui plaît. Elle l'observe en silence, et son regard débarrassé de toutes ces choses qu'elle ne sait pas, prend de lui l'essentiel. Elle le tient tout entier dans ses yeux, et jamais elle ne s'est sentie aussi proche d'un homme. Rien ne les attache et, pourtant, voilà que remontent ce trouble, cette envie de lui qui parlent si bien à son ventre".

Mais "le temps des confidences vient toujours après celui des gestes tendres". Et c'est là que s'installe mon propre regret. Pourquoi ces deux-là éprouvent-ils le besoin de se parler, de se présenter l'un à l'autre, de se dire ? Le réaliste prosaïque prend la place de l' éro[man]tique merveilleux. 

Le trait final de ce roman a transformé cette sensuelle rencontre en banale histoire d'amour. Déçue par la chute.

 

(*) dictionnaire latin EFFRINGO

4 janvier 2013

ON* POÉTISE ENSEMBLE ?

Chaque dimanche - et je ne suis pas la seule à le faire - je publie un poème ; je l'offre à la cantonade

C'est à cette "cantonade" que je m'adresse et à laquelle je propose de poétiser avec moi.

La règle du jeu est simple : en réponse au poème publié, on* met, en commentaire, un autre poème :

  • soit du même auteur
  • soit sur le même thème

Et on* donne ses références, bien sûr !

*on = cantonade

On* a aussi (et surtout) le droit de poétiser sur son propre blog.

 

POÉTISONS

 

 

 

 On* a le droit de se servir du logo pour dire qu'on* joue à poétiser.

 

 

On* a le droit de ne pas dire qu'on* joue.

On* peut jouer même si on n'a pas de blog.

On* a le droit de jouer de temps en temps seulement.

On* a le droit de pas jouer. (Encore heureux !)

 Rendez-vous dimanche prochain !

15 janvier 2013

CHALLENGE DANIEL PENNAC, chez George

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Là, je ne peux pas faire autrement ! Impossible de laisser passer un tel régal ! Pennac ! Il n'y a qu'un roman de lui à propos duquel je suis passée complètement à côté. Mais je ne dévoile rien ! Je me suis inscrite Chez George pour un challenge. Je n'ai pu que choisir la 3ème catégorie ! Trop tentant de partager, beaucoup beaucoup...

Voici ce qu'elle propose (mais allez plutôt voir chez elle)

1. La Petite marchande de prose : 1 à 3 livres

2. La Fée Carabine : 4 à 6 livres

3. Au bonheur des ogres : 7 et plus

Toute l’œuvre de Daniel Pennac, jeunesse comme adulte, entre dans ce challenge, ainsi que ses essais.

Alors, à très bientôt ! 

26 décembre 2012

PEAU DE LAPIN, Vanessa Simon Catelin & Brunella Baldi

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Quatrième de couverture :

"On entend le bruit des vagues au loin, le chant du vent qui couche les oreilles des lapins... Touffu et Taffeta habitent ici depuis toujours. Et puis...


Et puis, le bruit des vagues se rapproche et, avec lui, celui de la main de l'Homme. Il construit une digue, et des maisons d'Homme, pendant que celles des Lapins, dans la dune, se réduisent à peau de chagrin. Peau de chagrin, peau de Lapins qui se demandent ce qu'ils font là, au milieu de ce tintamarre d'Homme.
Pour que circulent les Lapins dans le monde des Hommes, l'illustratrice a inventé des "lapinoducs" ; parce qu'il faut traverser le rond-point qui a pris la place de la dune ! Et c'est en équilibristes, d'immeubles en immeubles, sur un fil tendu, qu'ils le font.

Jusqu'au mitan de ce somptueux album, le monde des Hommes se trouve à gauche de la double page, et celui des Lapins à droite. Couleurs douces, ocres, gris, bleues auxquelles la poésie des mots donne une généreuse intensité. Quand Touffu et Taffeta fuient , ils partent à califourchon sur de jolis coquillages roses, qui symbolisent leurs terriers déconstruits et qu'ils habitent, tels des bernard l'hermite.

Quelques doubles-pages plus tard, entièrement consacrées à la puissance de la nature qui reprend petit à petit ses droits ("on entend à nouveau le vent", "le sable revient toujours",  c'est le retour de la famille Lapin.

Une belle leçon, pas démagogique, pas didactique, tout en finesse et en douceur pour aider à comprendre que l'Homme n'a pas toutes les libertés envers la Nature ; que les constructions anarchiques d'habitat en bord des mers et océans sont des outrages inexcusables ; que le mépris pour l'éco-système est impardonnable. 

Un grand merci à Marilyne, pour ce magnifique cadeau qu'elle a rapporté de Montreuil, dédicacé à quatre mains par l'auteure et l'illustratrice, pour mes trois p'tits loups, Mathis, Camille et Maël.

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1 novembre 2012

CONSOLATIONS ; Sénèque

En attente de lecture

consolations

"Dominer la souffrance et s'en défendre grâce à la raison et à la parole - en faisant appel à toutes les ressources de la rhétorique - est au centre de la pensée de Sénèque qui rassemble, dans ses Consolations, les grands thèmes de la méditation antique sur la douleur et la mort. Au cours de son exil en Corse ordonné par l'empereur Claude qui l'accuse d'intriguer contre lui, Sénèque adresse à sa mère, Helvia, sous forme de Consolation, une réflexion sur l'exil et sur le bonheur véritable. La seconde Consolation, destinée à Marcia, une femme qui vient de perdre son fils, est une méditation sur le deuil et sur l'ultime recours que peut être la mort face à la tyrannie. Ces deux textes sont un irremplaçable témoignage de l'art avec lequel les Stoïciens savaient affronter la souffrance et la mort."

 

 


Haut de page

1 janvier 2000

LE KOALA TUEUR ; Kenneth Cook

cook

Avec ses redoutables crocodiles, ses koalas féroces et ses cochons sauvages assoiffés de sang, l'impitoyable bush australien reste un territoire indompté. Et ce n'est pas Kenneth Cook qui aurait pu l’apprivoiser ! Cook a réuni, peu avant sa disparition, ces histoires courtes toutes plus hilarantes les unes que les autres, inspirées par ses tribulations à travers l'Australie. D'après lui, chacune de ces quinze rencontres avec la faune sauvage s'est déroulée comme il le raconte ici, même si elles paraissent incroyables. Dépaysement garanti, dans un grand éclat de rire.

Quinze pépites efficaces, hilarantes, garanties autobiographiques à 100%, qui parviennent à faire douter d’animaux aussi prétendument inoffensifs que la peluche éponyme. Dominique Aussenac, Le Matricule des Anges.

Une lecture des plus instructives, pour voyager en pays lointain tout en se payant de sacrées tranches de rigolade. David Fontaine, Le Canard enchaîné.


 

21 janvier 2013

CHALLENGE "À TOUT PRIX", chez Laure

Dès que l'annonce est faite d'un prix littéraire, je me bouche les yeux et les oreilles. Je soupçonne des tas de magouilles financières, des tas d'intrigues ... Vrai, faux, je ne sais, mais j'ai presque toujours besoin de l'érosion du temps et des billets de la blogosphère, des critiques des libraires... pour me lancer (ou pas) dans l'aventure d'un prix.

C'est dire que le titre de ce challenge n'avait rien pour attirer mon oeil perspicace

Tout à l'heure, en relisant (pour la Xème fois) la quatrième de couv du roman que je viens tout juste de commencer, que vois-je ??? 
"[...] a reçu une douzaine de prix parmi lesquels le prix des cinq continents de la francophonie". 

Challenge a tout prix

Alors je vais tenter le challenge de Laure, puisqu'il n'y a pas que les très, trop, médiatisés. Je me suis inscrite en TABLEAU D’HONNEUR, c'est à dire 1 à 3 livres ; on verra ensuite. Là, tout maintenant, j'en ai un sous la main (dans la main, sous les yeux, dans ma tête), dont je parlerai prochainement.

À bientôt :)

Et pour lire le règlement du challenge, il faut cliquer ici

17 octobre 2013

CHUUUT ! Janine Boissard

chut boissard laffont

Il y a peu, j'avais dit à Marilyne, que j'étais lasse. Pas que de lire. Lasse tout simplement. Et que j'avais envie de parcourir un texte facile, genre Harlequinade, un texte où ma tête et mes pensées seraient au repos. Elle m'avait dir : "Et pourquoi pas ?". 

Alors, Chuuut ! j'ose à peine l'avouer ! J'ai tenté ce roman (mais que ça reste entre nous, surtout).

Tenté, et réussi à lire jusqu'à la 80ème page (sur 321, quand même).

Chopé dans le texte :  «On s'étonne parfois de ne pas sentir venir les évènements qui vont bouleverser notre vie, la changer pour toujours. Il me semble qu'au fond de nous, un signal doit nous en avertir, comme pour les animaux qui fuient avant le naufrage ou le tremblement de terre, mais nous sommes trop occupés pour le percevoir.»

Eh bien, j'ai senti venir les évènements dès ce moment, où le petit-fils prodigue, enfant coupable d'une fille de bonne, très bonne famille, honnie pour son mariage coupable, ses moeurs dissolues, et sa maladie sexuellement transmissible qui l'a éteinte, est accusé du viol et du meurtre d'une fillette, pauvre pour faire dans le genre (la fille des Alvarez, vous savez ? ceux qui...).

Cousu de fil blanc, à peine le quart du livre. 

Promis, je ne recommencerai plus. Dure est la chuuut(e)

31 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Silvia Baron Supervielle

sans aller vers la mer
ni venir vers le fleuve
ni traduire le murmure
momentané de l'ombre
sans reprendre l'aventure
à la dérive et l'amour
enfoui dans la tranchée
ni retrouver la plaine
suspendue aux étoiles
ni parler du territoire
de l'espace dépris
de son pays

Silvia Baron Supervielle - Autour du vide - Éditions Arfuyen (2008)

 


BARON SUPERVIELLE

Silvia Baron Supervielle est née à Buenos-Aires en 1934. Sa mère qui mourut lorsqu’elle avait un an était uruguayenne de descendance espagnole et son père était argentin de descendance française. Elle commença à Buenos-Aires son travail littéraire, en espagnol, sa langue natale, écrivant des poèmes et des nouvelles. En 1961 elle arriva en France et se fixa à Paris où, après une longue période de silence, elle poursuivit ses écrits directement en français et fit de nombreuses traductions de l’espagnol en français et vice-versa.

 

 

 


POÉTISONS

Je reprends mon rendez-vous hebdomadaire avec la poésie, et vous propose de poétiser avec moi en répondant en commentaire, soit par un poème du même auteur, soit par un poème sur le même thème. 

La règle du jeu est ici

Vous pouvez me suivre sur Facebook

13 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu, au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes 

 

Ni l'un ni l'autre

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses melleurs amis.

La nuit par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange,
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n'est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n'en point parler ici !

12 février 2013

PAGE : ma sélection dans la sélection des libraires

 

 

pagePage est une - grosse - revue bimestrielle, publiée par des libraires. "Tandis que siffle au dehors une bise glacée, un vent de renouveau souffle sur la littérature : la rentrée d'hiver est là, forte des ses 520 romans",  écrit Sandrine Maliver-Perrin, de librairie Sauramps, à Montpellier.

Le thème du numéro 158 (février-mars 2013) est Féminin Pluriel. "Combattantes, historiennes, femmes de lettres, femmes de tête... Amoureuses, ambitieuses, insaisissables, irrévérencieuses... Épouses, mères, emmes d'hier, d'aujourd'hui et de demain... Elles ont mille facettes... [...] Nous avons la liberté de penser, de dire et d'écrire. Nous avons aussi celle de lire. Profitons-en !".

Dès que je reçois la revue, à laquelle je suis abonnée, je la feuillette avec curiosité et empressement. Et je marque PAGE d'une multitude de signets de toutes les couleurs qui disent mes envies de lire, mes envies d'acheter... mes envies, tout court, que je ne réaliserai pas toutes. J'ai envie, aujourd'hui, de faire part de cette sélection toute personnelle, dans la sélection des libraires.

Profanes Benameur

JEANNE BENAMEUR - PROFANES (Actes Sud) : "C'est un livre de l'apprivoisement, de l'apprentissga 'une vie mise en commun, d'une réconciliation où chacun doit trouver sa place, sa juste place... [...] Un livre lumineux, salvateur, grandiose d'humanité et de générosité..." (Jean-Marc Brunier - Librairie le Cadran Lunaire - Mâcon) 

lesbre

 

 

MICHÈLE LESBRE - ÉCOUTE LA PLUIE (Sabine Wespieser) : "... Une allusion à peine déguisée à la notion de l'instant comme "apparition disparaissante" développée par Jankélévitch, philosophe dont on peut dire que Michèle Lesbre traduit en littératue la pensée sur la fuite du temps". (Marie Hiricoyen - Librairie Le Jardin des Lettres - Craponne)

 

 

 

la main d'Iman

RYAD ASSANI-RAZAKI - LA MAIN D'IMAN (Liana Lévi) : "Il faut se méfier de la main qui donne tout, car en se retirant, elle laisse démuni." (citation de l'auteur), présenté par Émilie Pautus - Librairie La Manoeuvre - Paris 11°.

 

 

 

un notaie peu ordinaire

YVES RAVEY - UN NOTAIRE PEU ORDINAIRE (Minuit) : "Yves Ravey décortique avec férocité les raports sociaux entre bourgeois, notables et petites gens, les rapports de force et de pouvoir". (Béatrice Putégnat - Librairie Pages après Pages - Paris 17°)

 

 

 

silhouette

JEAN-CLAUDE MOURLEVAT - SILHOUETTE (Scripto - Gallimard) - Littérature Jeunesse/Ados : "Dès le livre refermé, le doute s'installe alors... Jean-Claude Mourlevat serait-il un escroc ? Ça, je ne le crois pas". (Céline Boujou - Librairie Doucet - Le Mans)

 

 

 

Maman est là

ICHINNOROV GANBAATAR & BAASANSUREN BLORMAA - MAMAN EST LÀ  ! (Syros) - Littérature jeunesse/petite section : "Maman est là ! est une invitaton à découvrir les traditions mongoles. Si le conte se veut traditionnel, les illustrations classiques mais douces inspirent la chaleur maternelle et montrent que les mères sont prêtes à tout pour sauver leurs petits". (Clémence Rocton - Médiathèque Louis Aragon - Le Mans)

18 janvier 2013

MERCI, Daniel Pennac

Je choisis de commencer le challenge initié par George par la présentation de "Merci". Parce que oui, merci à George d'avoir lancé ce défi qui vient à point pour stimuler mon envie de relire l'oeuvre de Daniel Pennac que je viens de recomposer dans ma bibliothèque il y a peu. Je pense avoir presque tout lu de cet auteur pour lequel j'ai une grande admiration. Je le considère comme un écrivain "complet", capable de s'adresser à un lectorat d'âges différents, aux intérêts divers. Merci à Daniel Pennac de proposer avec un tel bonheur autant de diversité, autant de qualité, autant de réflexions sur la vie.


Merci, Daniel Pennac

Un beau matin, l'envie m'a pris d'écrire une variation autour du mot "merci". J'ai donc imaginé le monologue d'un lauréat primé pour l'ensemble de son oeuvre et contraint aux remerciements officiels, le pauvre.
Or, voilà que deux ans plus tard, je me retrouve dans un théâtre, seul en scène, à devoir dire moi-même ce monologue ! Ce n'est pas mon emploi, je n'ai jamais voulu faire l'acteur : j'ai failli mourir de peur.

On trouvera ici le récit de cette aventure théâtrale. Titre : Mes italiennes. On y trouvera aussi la réédition de Merci et le texte tel que je l'ai adapté pour le jouer, sous la houlette de Jean-Michel Ribes.

D.P.


"Merci", je l'ai vu et entendu avant de le lire... C'était le 5 février 2006, à Bourgoin-Jallieu, en Isère. Daniel Pennac, s'il n'a jamais voulu faire l'acteur (il affirme qu'une "vague expérience de jeunesse [l']en a dissuadé"), s'est fort bien employé à donner un spectacle haut en couleur. À l'origine, l'exercice devait être une lecture publique, exercice auquel Pennac est accoutumé en qualité d'ancien enseignant. Certes, il aurait préféré être lu. Ou joué.

C'est dans la deuxième partie de l'ouvrage, intitulé "Mes Italiennes" que Daniel Pennac dévoile par quels procédés il a du passer pour adapter son monologue : "couper", explique-t-il, l'introduction, les didascalies, les énumérations, les explications superflues, les développement inopportuns, les transitions inutiles... "11 922 mots réduits à 8 550, soient 3 372 mots sacrifiés sur le champ d'une bataille impitoyable". Mais Pennac prend bien soin de "s'excuser" auprès du lecteur : les "interventions de l'auteur [sont] nécessaires à la métamorphose du lecteur en spectateur".

"Merci", Daniel Pennac l'a écrit en 2004. L'idée lui "en était venue en grimpant l'escalier de mon bureau. Un de mes rares textes spontanés, en fait, une envie immédiatement réalisée, matérialisée par un personnage très indéfini, ce lauréat théorique, né du mot "merci", ce vieux râleur en quête d'on ne sait quoi et qui m'envoyait maintenant remercier à sa place, moi, un individu en chair, en os, et en tripes désormais liquéfiées".

Ce "merci", alors ? à qui le dit-il ? comment le dit-il ? Le récit, et le spectacle auquel j'ai assisté, c'est un florilège de remerciements, "un genre centrifuge, au sens ondulatoire du terme. Comme un caillou qu'on lance dans une mare, le remerciement fait des cercles... centrifuges, de plus en plus;;; larges... de plus en plus éloignés du centre". Tout le monde y passe : les notables, les importants, le jury, puis le public, puis l'"équipe"... (à ce point de l'ordre de passage, Pennac fait une petite digression vers la gent ministérielle : "un ministre ne parle jamais au nom de son équipe [...], un ministre n'attend jamais qu'on le félicite [...] se féliciter - et à la seule première personne du singulier - est exclusivement ministériel".

Ce monologue, dans lequel la plume de Pennac se fait acérée, aigre parfois,caustique souvent, espiègle aussi, est un délirant mais réaliste brocard contre les convenances que personne ne prend pour argent comptant, mais sans lesquelles les relations humaines bienséantes seraient complètement traumatisées. C'est vraiment de la belle ouvrage que Daniel Pennac a réalisé là : un véritable traité de philosophie sociale ! Et avec quel humour !

Mille mercis, Monsieur !

Premier billet, pour le challenge. Premier plaisir d'avoir retrouvé Pennac.

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22 janvier 2013

LE MARDI SUR SON 31 : UNE ARDENTE PATIENCE, Antonio Skármeta

le mardi sur son 31

"Tu me laisses aller tout de suite à la cuisine me préparer une omelette aux aspirines pour méditer sur ta question, et demain je te donne mon opinion."

Un extrait du dialogue entre Pablo Neruda et Mario Jimenez, facteur de son état, qui voue une profonde admiration au maître, et une sublime adoration à Béatriz. 

Au point de lecture où j'en suis arrivée, j'intitulerai ce roman : "L'amour ou l'art de la métaphore", mais ce n'est qu'un clin d'oeil, parce qu'il est bien moins lapidaire que ça, ce texte qui parle de cette belle amitié qui unit le poète et son facteur, avant que l'histoire ne les rattrape.

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De ce roman a été adapté un film "Il Postino" dont voici un extrait :

 

 

 Il semble que Sophie et ses bavardages soient momentanément absents de la blogospère (son dernier billet date de juillet 2012), mais si cela vous dit, je veux bien prendre le relais de ce rendez-vous du mardi que je trouve bien sympatique. Qui prend la route avec moi ? 

30 décembre 2012

RENCONTRES POÉTIQUES : Roberto Juarroz

Il y a des jours à devenir muet,
à marcher parmi les autres et les choses
la bouche bandée par l'air,
à soudain devenir silencieux,
comme un événement qui subitement
s'estomperait au milieu d'un geste,
comme on découvrirait un monde sans voix
pour s'en draper
comme si c'était une cape.

Des jours à te voir et à partir.
Ou peut-être à ne pas te voir
ou à te voir comme si je ne te voyais pas,
mais sans abdiquer mes yeux.

Des jours à garder le silence,
mais sans éluder le transfert d'être
qui toujours nous presse en tout.

Roberto Juarroz 
dixième poésie verticale - 27
Traduction de François-Michel Durazzo

 

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10 janvier 2013

LE KOALA TUEUR et autres histoires du bush, Kenneth Cook

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En quête d'une bonne tranche de rire ? Il n'y a pas à hésiter : humour garanti !

Kenneth Cook, décédé en 1987, était un journaliste, réalisateur, scénariste, écrivain australien. fondateur d'un parti politique opposé à la guerre du Vietnam. C'est aussi lui qui a ouvert une ferme de papillons dans son pays.
Kenneth Cook, à mon avis, c'est un type qui se marre bien. Mais c'est aussi un écrivain qui décrit sa vie et ses aventures dans le bush avec une sorte de réalisme lucide, féroce et hilarant qui empêche de fermer le recueil, même quand on tombe de sommeil et que l'on NE baille PAS d'ennui. Impossible de refuser de se délecter à la lecture de ces 15 nouvelles, toutes plus jubilatoires les unes que les autres. Impossible de se retenir d'éclater de rire au mieux, de sourire au pire. Mais je n'ose même pas imaginer ce pire !

Si vous voulez tout connaître de la vie sexuelle des crocodiles, de la manière de guérir l'occlusion intestinale d'une éléphante, si vous voulez éviter de vous faire kidnapper par un chameau, de vous faire étouffer par un boa constrictor même avec un diplôme agréé de montreur de serpents, si vous voulez la recette pour vous tenir correctement devant un sanglier furibond, échapper à la rage d'un chat prénommé Cédric... 

Si vous voulez... résister à l'étreinte mortelle et pas très décente du koala...

Il ne faut pas tergiverser ! Votre libraire préféré se fera un plaisir de vous proposer Le Koala tueur de Kenneth Cook.

C'est de ce recueil que je tirerai prochainement un billet pour le au challenge "Je lis des nouvelles et des novellas" organisé par Lune.

C'est ce recueil, parmi d'autres, que vous retrouverez dans cette rubrique.

 

15 janvier 2013

LE MARDI SUR SON 31 : AU TABLEAU ! de Frigyes Karinthy

le mardi sur son 31

C'est une initiative que Sophie a prise en avril 2012, et qui suit son bonhomme de chemin avec de nombreux(ses) blogeurs(euses) qui y participent. Au hasard de mes zappings dans la blogosphère, l'information m'est seulement arrivée la semaine dernière.

"L'idée est simple, tous les mardis, vous ouvrez le livre que vous êtes en train de lire à la page 31 et vous choisissez une phrase. Elle peut être révélatrice du roman, vous plaire par son style, vous déplaire... Bref vous êtes libre ! 

Le but : se faire plaisir dans un court billet et parler rapidement de sa lecture du moment !" 

J'ai eu envie d'entrer dans la ronde, alors... c'est parti !

Je suis en train de lire : AU TABLEAU ! de Frigyes Karinthy

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Page 31

"Puis il ramasse sur son banc un tas de cahiers et, tout en marchant dans la petite rue de la rangée des bancs, il pense : "aplusbéparamoinsbé égale acarrémoinsbécarré"."

Cette citation reflète précisément l'atmosphère de ce court opus, écrit au début des années 1900, par un prosateur, poète, journaliste et traducteur hongrois, qui demeure de nos jours l'un des auteurs les plus importants de ce pays. Chaque page est une délicieuse bouchée d'humour sur le monde scolaire vu du côté des élèves. Eh bien, au siècle dernier, on s'inventait déjà des petits maux pour échapper au contrôle, on redoutait l'interro surprise, on guettait le bulletin scolaire... Chaque chapitre présente quelques uns des épisodes de la vie d'un collégen au bahut et ça n'est pas du tout obsolète et vieillot ! Une véritable friandise !

 

 

 

 

21 décembre 2012

LE LIVRE DE NOËL, Selma Lagerlöf

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Présentation de l'éditeur

Au fil de ces récits, aussi charmants que des contes dits à la veillée, on fera la connaissance d'une petite fille suédoise qui reçoit un livre d'étrennes... en français. On découvrira l'origine de la légende de sainte Luce, très prisée en Suède. On saura ce que font les animaux durant la nuit de Noël et comment le rouge-gorge devint rouge. On apprendra qu'une mère peut être jalouse de sa propre fille. On lira l'aventure d'un colporteur, voleur et repenti. On assistera au dialogue entre un fossoyeur et le crâne d'un homme assassiné. Et l'on sera surpris par une confrontation inédite entre Jésus et Judas. De ce recueil, profondément empreint de foi religieuse mais aussi de chaleur et de philosophie, émane ce que l'on appelle volontiers la magie de Noël : un mélange de générosité et de mélancolie, de compassion et de joie, sublimé par le talent de conteuse de Selma Lagerlöf.


Une lecture tout à fait de circonstance ! Motivée aussi par ma participation au challenge "Je lis des nouvelles et des novellas", organisé par Lune. Motivée encore par le superbe souvenir que je conserve du "Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède". Motivée, de surcroît par les clins d'oeil de Soukee (ici) et de Marilyne (). Motivée, enfin par l'approche de Noël. Ce recueil a été publié en 1945, cinq ans après la disparition de son auteure. Les récits qui le composent sont tirés de différentes oeuvres de Selma Lagerlöf.  Elle est la première femme à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, en 1909. Son oeuvre est nourrie des légendes et de l'histoire de sa Suède natale. 

Le livre de Noël, c'est huit courts récits (nouvelles ? contes ?) issus des traditions suédoises de la fin du XIXe siècle. L'illustration de couverture ("La veille de Noël" de Carl Larsson) entraîne immédiatement le lecteur dans l'ambiance : quatre enfants, vêtus de sarrau, épient derrière une porte. On ressent leur curiosité joyeuse.

Le livre de Noël, c'est une plume douce, délicate, chaleureuse ; des textes d'une grande simplicité, porteurs de la morale et de la conviction religieuse qu'il faut, évidemment, replacer dans leur contexte historique et géographique. Mais leur caractère agréablement désuet ne trouble en rien une lecture faite à l'aube de 2013. Le charme opère, c'est bientôt Noël. On y lit la vie de gens simples, on y rencontre les mythes sur les animaux...C'est modeste, limpide, touchant. L'inspiration de Selma Lagerlöf hésite entre merveilleux, fantastique et surnaturel ; mais elle conserve un regard ferme sur la réalité. 

Un joli livre, édité chez Babel... à lire sous la couette, au coin du feu, ou à déposer délicatement au pied du sapin dans lequel scintillent boules et lumières, et que... on se prend à rêver que doucement, doucement, dehors, tombent les flocons.

3 novembre 2012

LA FAMILLE GLAGLA ; François Delecour & Sophie Chaussade

famille glagla

Bienvenue chez la famille Glagla ! Gérard, Monique, Jako et sa soeur Brigodin, sans oublier Jean-Guy, le poisson rouge, forment une belle famille... Une famille presque ordinaire s’ils ne vivaient au pôle Nord ! Entre la pêche sur la banquise et la chasse au trésor dans la vallée du Mammouth perdu, les Glagla vivent de sacrées aventures…

Il ne faut pas rechercher de grandes visées pédagogiques et/ou psychologiques, dans ce album haut en couleur. Il faut plutôt s'attendre à de grands éclats de rire, à d'immenses fous-rire à la lecture des aventures de Gérard, Monique, Jako et Brigodin. 

Mais le plus hilarant de tous, c'est Jean-Guy, le poisson rouge. Ce prénom lui sied à merveille ! Et dans le bocal où il est retenu prisonnier, après avoir péché par amour et, à cette occasion, avoir été péché, il fomente de grands projets d'évasion qui se solderont par un échec.

Les personnages semblent inspirés de ceux de South Park (en version light, bien sûr), avec leurs cagoules rouges et bleues et un corps complètement géométrique. Mais la comparaison s'arrête là, le propos et les intentions ne sont pas les mêmes ! Et on est loin de la gouaille de Kyle, Stan, Cartman, Kenny et Butters. 


glagla

Gérard emmène Jako à la recherche du trésor de Grand-Père, le célèbre explorateur Maurice Glagla. Ils devront le découvrir dans la vallée du Mamouth Perdu, au Pôle Nord, bien entendu. Évidemment, Jean-Guy est de la partie !


L'album est proposé pour les enfants jusqu'à 7 ans. Éditions Didier Jeunesse.
ISBN : 978-2-278-06750-3

 

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13 janvier 2013

RENCONTRES POÉTIQUES : Xavier Hanotte

T.

 

Tu existes sûrement
Mais pas pour moi.

Alors je tente
De te suivre
À travers rêves
À travers encre.

Qu'importent la distance
Et tes grands silences.

Je t'écris.

Fragile et mince
Telle cette page
Tremblante et vaine
Où je te couche
Au bruit feutré des mots.

Ventre de soie
Griffé d'entailles
Cuisses de papier
Cloche de tram
Lueurs de lampes
Et de regrets.

D'autres me disent
Qu'ils te connaissent
Que tes yeux gris
Les ont croisés.

Sombre injustice - 
Mais s'ils te voient
Moi seul t'entends
Et t'espère
Sans vraiment y croire.

Xavier Hanotte
Poussière d'histoires & bribes de voyages - Le castor astral, 2003

modigliani

Amadeo Modigliani

 

 

Merci à Anne pour le cadeau qu'elle m'a fait de ce recueil des poésies d'un auteur belge;

"Comment un romancier - ou présumé tel - pourrait-il s'amouracher d'un de ses personnages, le plus imaginaire d'entre tous ? Surtout quand celui-ci n'a vraiment rien d'un canon et tout d'un caractère plutôt rugueux ? Et un petit nom imprononçable ? Ce n'est pas raisonnable me direz-vous. Je ne suis pas raisonnable, vous répondrai-je. Facile. Et puis, j'ai le temps. Et surtout, j'ai fait pire."

 

Le dialogue poétique est ouvert ! Laissez, en commentaire, un poème en réponse à celui-ci !

Règle du jeu ici.

POÉTISONS

1 janvier 2000

MAPUCHE ; Caryl Férey

Mapuche-Caryl-Ferey

Quatrième de couverture :

Jana est Mapuche, fille d un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine.
Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne.
Rubén Calderon aussi est un rescapé un des rares « subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune soeur, durant la dictature militaire.
Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la Place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature, et leurs tortionnaires...
Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Puis un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice. De son côté, Rubén enquête au sujet de la disparition d une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d un des hommes d affaires les plus influents du pays. Malgré la politique des Droits de l Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des bourreaux rôdent toujours en Argentine. Eux et l ombre des carabiniers qui ont expulsé la communauté de Jana de leurs terres ancestrales...


 

7 janvier 2013

JE DIS AUX FEMMES QU'ON VA FAIRE UN TOUR, Raymond Carver

C'est une des nouvelles de Raymond Carver que je vais ici présenter. UNE nouvelle, mais DEUX versions de la même écriture. Celles et ceux qui ont lu "Ciseaux" de Stéphane Michaka, celles et ceux qui se sont intéressés peu ou prou à la vie de Carver, savent que le célèbre novelliste s'est, tout au long de sa vie d'écrivain, heurté à son éditeur Gordon Lish (lequel lui a quand même procuré la notoriété). Alors que Raymond Carver opte pour une écriture généreuse, son éditeur prône le minimalisme, en vogue à cette époque (1950). 

 

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Neuf histoires et un poème est la traduction des nouvelles écrites par Raymond Carver, mais revues et corrigées par Gordon Lish. Débutants est celle des nouvelles textuellement rédigées par Carver. Dans l'un et l'autre des ouvrages, on peut lire "Je dis aux femmes qu'on va faire un tour".

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Bill et Jerry sont amis depuis l'enfance : école primaire, collège, lycée technique, amourettes, jobs d'été, voiture... ils ont tout partagé. Mais la vie se charge de désassembler ce couple de bons potes. Jerry se marie et Bill se sent un peu de trop entre les deux. Il prend des distances, puis rencontre à son tour la femme de sa vie. Les deux couples nouent de nouvelles relations amicales : apéros, barbecues, progénitures qui jouent ensemble... La vie de famille, quoi ! Celle qui est faite d'habitudes, de rituels, de routine aussi. Les deux compères de naguère s'aperçoivent que l'ennui s'est insidieusement installé dans leur ordinaire. Quoi de plus normal, un dimanche après un bon repas partagé, que d'aller faire un tour entre hommes ? Après avoir prévenu les femmes, ils partent en goguette, comme au bon vieux temps.

Impossible de prolonger ce résumé sans dévoiler la chute de cette nouvelle, magistralement écrite. C'est le plus banal des quotidiens que Raymond Carver entreprend de peindre. L'intrigue est simplifiée à son maximum dans l'insignifiance et la platitude. On pourrait même parler de médiocrité. L'Amérique, présentée décadente, l'alcool, les petites et grandes misères, les p'tits boulots, les p'tites nanas, les vies bosselées.

Et si Carver avait écrit les fantasmes de son autobiographie ? C'est "son" monde qu'il dévoile, ses frustrations, sa violence, Jerry et Bill embarqués dans une ribote qui tourne à l'horreur, au tragique.

C'est cette question qui me ramène à mon introduction. Lequel de ces deux textes reflète le mieux l'âme de Carver ? La plume est compendieuse, lapidaire, dans l'un comme dans l'autre. Mais l'épilogue de la version "chaponnée" par Lish offre un dénouement émasculé... Chaponné, émasculé... ça manque évidemment de virilité ! Alors que c'est justement la masculinité dans son paroxysme monstrueux et destructeur que désigne l'auteur. Comme un fait. Pas de morale. Pas de regret. Du désespoir à l'état pur. C'est ce qui fait la force brute du "vrai" Carver. 


Et voici ma deuxième participation au challenge "Je lis des nouvelles et des novellas" organisé par Lune.

Je lis des nouvelles 

Dans cette rubrique, un index de T O U T E S les nouvelles que j'ai à lire !!!

13 décembre 2012

JE M'AMUSE EN RIMANT ; Jean Tardieu

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Quatrième de couverture

Pour aider les enfants à apprendre les tables de multiplication, Jean Tardieu a convoqué des animaux, les trois mousquetaires, un pianiste, les sept nains et bien d'autres personnages auxquels il arrive des histoires désopilantes qui font rimer chiffres et mots. Une mnémotechnique astucieuse et originale pour redécouvrir le plaisir de compter… en poésie.


Les éditions Gallimard ont publié ce recueil poétique en 1947, sous le titre Il était une fois, deux fois, trois fois ou la table de multiplication en vers. En 2000, elles le rééditent pour la préface et les illustrations sous le titre Je m'amuse en rimant.

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La première édition était illustrée par Élie Lascaux.Celle que j'ai entre les mains est signée de Sylvie Montmoulineix et préfacée par le poète Guy Goffette : "Il suffit de pousser la porte des mots qui n'est jamais verrouillée, et d'entrer dans le poème qui n'attendait que ça pour se mettre à chanter, à danser, à rire à mots déployés".

Si Jean Tardieu, en écrivant ce recueil de dix poèmes (un par table de mltiplication) avait l'intention d'instruire les enfants en les amusant, nul doute qu'il a du lui-même beaucoup se divertir ! C'est une famille de chats qui commence la danse.

"Ils pourchassent les souris,
Une fois six, six.

Et sautent après les alouettes,
Une fois sept, sept..."

Maurice, aux sports d'hiver, tentera ensuite de décortiquer la table de deux ; et les Trois Mousquetaires ? prêts pour la table de ... trois, bien évidemment ! Et tout à l'avenant, jusqu'à 10, avec l'histoire de l'avare et de sa femme.

Il est clair que ces poèmes d'apprentissage ont été écrits pour des enfants de 1947, qui n'avaient d'autre choix que de rabâcher leurs tables jusqu'à les savoir par coeur, et sans fioriture (j'en fais partie). Jean Tardieu, en la matière mathématique a du être très novateur ! Je me demande d'ailleurs si ses concepts ont connu quelque succès.Peut-être Célestin Freinet ? les émules de Maria Montessori ?

Ce recueil est surtout un charmant petit morceau d'anthologie qui pourrait aujourd'hui faire sourire nombre de pédagogues. Mais qui sait ? De réformes en réformes de l'enseignement, qui sait si les poèmes de Jean Tardieu ne feront pas, au détour d'une porte d'un nouveau ministère, un tabac ?

PS - Devinez qui est l'inspiratrice de la table de sept ! 

3 janvier 2013

QUE TAL, Daniel Arsand

Sortie littéraire de janvier, chez Phébus
Illustration de couverture : Sam Francis, Composition (1963-1964)

Que Tal

 

Hommage au Chat. 

Après Charles Perrault, dans les "Contes de la mère l'Oye", après Chateaubriand et le chat Micetto que lui a confié le pape Léon XII avant de mourir, après  Théophile Gautier, dans la "Ménagerie intime", après Émile Zola dans le "Paradis des chats", après Guy de Maupassant dans "Sur les chats", après Colette dans "Matou" et "Douze dialogues de bêtes", après Marcel Aymé dans les "Contes du chat perché", après Boris Vian dans "Blues pour un chat noir", après Michel Tournier dans "Célébrations", après  Luis Sepúlveda dans "L'histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler", après de nombreux auteurs étrangers (Edgar Allan Poe, Charles Dickens, Rudyard Kipling, Tennessee Williams, Patricia Highsmith...) après les poètes, Charles Beaudelaire, Charles Cros, Paul Éluard, Jacques Prévert, Maurice Carême, Jose Luis Borges, Pablo Neruda, après bien d'autres encore...

Daniel Arsand, libraire, éditeur, romancer, lauréat du prix Femina du premier roman en 1998, entonne aujourd'hui son ode au chat.

"Vous n'aimez pas les histoires d'amour ? Taisez-vous et tentez de comprendre. [...] Moi je parle d'un amour et de l'amour qui nourrit cet amour".

Ce chat, celui qui fait tant vibrer l'auteur-narrateur, c'est "Que Tal", "Comment ça va", en français. "C'est quelqu'un. Et je pèse mes mots. Je ne le remplacerai par aucun autre". 

RemplacerAI... un futur, pas un conditionnel ! Un futur qui donne sens à l'ensemble du roman. Que Tal ne sera jamais remplacé.Cet hymne est magistral de connaissance et de reconnaissance de cet "être d'habitudes [...] au pas de brume" qui "émerge d'entre des ombres, neigeux, royal, indifférent". Le chat est beau et les mots pour LE dire le sont aussi. Daniel Arsand ne les laisse pas parler au hasard : ils sont à la fois précis, concis et puissants. "Il renvoie au néant toute solitude"... Le lecteur le comprend vite : ce compagnon de l'homme possède, selon l'auteur (et je partage son avis) de formidables qualités qu'il conte, détaille, révèle sans anthropomorphisme aucun.

Mais ce n'est pas tout ! Le roman est découpé en quatre chapitres : si le premier et le dernier sont consacrés à Que Tal, le coeur est habité par le narrateur lui-même : "je suis las, dit-il... de me poser des questions, d'y répondre, du moins de le tenter, las d'échouer toujours, las d'être seul avec moi-même".Daniel Arsand examine, scrute sa vie décomposée, sa vie cabossée, emplie de morts qu'il ne sait pas chérir, de vivants qu'il ne sait pas aimer. "Je suis las d'être un fils, de l'avoir été, de l'être encore". C'est la part animale présente en lui qui le soutient, l'aide à vivre. C'est Que Tal, son double, son moi, son autre. "Part animale, sublime et inqualifiable, elle est invisible, et se meut en moi, sans m'appartenir; Solitude. Seul avec cette présence en moi, qui ne se livre pas...".

Belle et émouvante lecture, encrée de poésie, au rythme qui alterne l'esquisse et l'exposé, à la voix parfois haletante, parfois flegmatique, au timbre dissonant en même temps que fluide et harmonieux. Lecture curieuse, déconcertante, paradoxale, que j'ai aimée, qui m'a émue.

12 décembre 2012

LES LETTRES DE L'OURSE ; Gauthier David & Marie Caudry

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Présentation de l'éditeur 

L'ourse et l'oiseau se sont quittés à la fin de l'été. Elle est restée dans le Nord, il est parti vers le sud, au soleil. Mais le manque est trop fort. Décidée à retrouver son cher oiseau coûte que coûte, l'ourse entame un long périple au bout du monde. Chaque jour, elle lui écrit pour partager les surprises de son voyage : forêt inquiétante, pêcheur malveillants et sirènes fabuleuses, traversées du désert et de la mer...


Jean-Max Rivière, en 1966, avait écrit : 

Un petit poisson, un petit oiseau
S'aimaient d'amour tendre
Mais comment s'y prendre
Quand on est dans l'eau
Un petit poisson, un petit oiseau
S'aimaient d'amour tendre
Mais comment s'y prendre
Quand on est là-haut

Quand on est là-haut
Perdus aux creux des nuages
On regarde en bas pour voir
Son amour qui nage
Et l'on voudrait bien changer
Ses ailes en nageoires
Les arbres en plongeoir
Le ciel en baignoire

[...]

Quand on est dans l'eau
On veut que vienne l'orage
Qui apporterait du ciel
Bien plus qu'un message
Qui pourrait d'un coup
Changer au cours du voyage
Des plumes en écailles
Des ailes en chandail
Des algues en paille.

Gauthier David, lui, a prêté son inspiration à une ourse de la montagne, qui, l'hiver survenant, s'apprête à hiberner. Mais, alors que chacune et chacun organisent sa maison hiémale, l'ourse n'a pas le coeur à préparer sa maison pour la froidure qui arrive. Elle aime, l'ourse ! Elle aime un oiseau qui l'a quittée pour sa survie, un oiseau migrateur. 

"Tu me manques déjà.
J'ai tellement aimé cet été avec toi !"

La voici pensive et mélancolique, confiant au vent la tâche d'apporter ses lettres d'amour quotidiennes dans le Sud, sur l'île au soleil de "son" oiseau.

Mais s'en est trop pour ce coeur lourd et désespéré : l'ourse prend la décision de rejoindre ce bel amour qui lui emplit l'âme. "Aujourd'hui, j'ai pris une grande décision. Je viens te retrouver à l'autre bout du monde."

Quelle aventure ! Et que belles sont les lettres de l'ourse à son oiseau ! Tout est empreint de douceur, de tendresse. Ces missives, sensibles, délicates, pudiques, disent l'attachement, le sentiment. Elles narrent aussi l'épopée de l'ourse. Ses rencontres : "Je mange de la gelée de groseilles avec un chat très sympathique". ... "Je voyage avec l'Ourse des Pyrénées. Elle rentre dans ses montagnes"... "Il y a beaucoup de monde ce soir. Des loups, des lynx, des sangliers, des enfants...". Ses découvertes : les volcans, la mer, les grottes (de Lascaux, sans doute), le désert... "C'est donc ça le Sud ?". L'histoire : la guerre, notamment "Tout autour de moi, j'entends hennir les chevaux et claquer les sabots". Et aussi, surtout la solidarité, celle de Blaireau, de Renard, de Castor... et des oiseaux du pays d'accueil.

Marie Caudry met son génie d'illustratrice au service de ce superbe album épistolaire, en prêtant ses plumes, pinceaux et crayons (à moins que ce ne soit le contraire) au talent de l'auteur des lettres de l'ourse à son bel oiseau. 

Hou la la, j'en suis toute émotionnée ! J'aimerais être l'Ourse pour savoir écrire de si belles lettres damour "Je suis heureuse d'avoir vécu toutes ces aventures. Elles m'ont rapprochée de toi".. J'aimerais être l'Oiseau pour savoir les lire "Je suis arrivée. Où es-tu ? [...] Viens vite". 

À découvrir sans tarder, à partir de 5 ans et bien au delà !!!

Le site de Marie Caudry, ici.

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