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Littér'auteurs
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27 avril 2015

CAHIERS DU JOUR : 27 avril ¨ Aujourd'hui orange.

Heureusement que j'ai un parapluie, aujourd'hui : il pleut des cordes. 

pluie

Mais ce qui est cool, c'est qu'il est… orange ! La preuve !

2015

© Martine Littér'auteurs - 27 avril 2015 

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Le règlement des "366 réels à prise rapide" et la liste des 18 participants que j'ai répertoriés à ce jour sont ici

Prochain épisode : 28 avril¨ Aujourd'hui le confort c'est.

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26 avril 2015

CAHIERS DU JOUR : 25 avril¨ Aujourd'hui la famille & 26 avril¨ Aujourd'hui table de.

 

2015

Deux réels en un, encore une fois, faut pas que ça devienne une habitude, quand même. Surtout que je trouve une bonne raison d'unir les deux thèmes à mon avantage. D'aucuns diront que l'excuse est trop facile et que si ma famille avait réservé une bonne table dans un restaurant interplanétaire, elle aurait évité de conjuguer la table de treize. Pas de Judas chez nous, même si les microviseurs sont de mode. De toute façon, les membres de ma famille se comptent sur les doigts d'une seule main, alors treize, vous pensez !

© Martine Littér'auteurs - 26 avril 2015 

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Prochain épisode : 27 avril ¨ Aujourd'hui orange.

21 mars 2015

CAHIERS DU JOUR : 21 mars ¨Aujourd'hui ce qu'il en restera dans un an

 

2015

L’histoire de la Terre jusqu’à l’apparition de mon premier ancêtre peut se résumer ainsi en vingt-quatre heures.

00 :08 : c’est une fille 
00 :50 : construction de l’arche
05 :00 : les antibiotiques, c’est pas automatique
13 :00 : enfin, on respire
21 :00 : sous les frondaisons
21 :22 : une petite friture ?
21 :40 : invention du Bayg*n
22 :20 : gardez votre sang-froid
22 :50 : naissance de Gertie
23 :40 : un bébé à venir
23 : 59 :30 : oh-iih-oh-iih-ooooh-iih-oh-iih-ooooh

4.548 milliards d'années. Alors, vous pensez ! Dans un an !!! Dérisoire !

© Martine Littér'auteurs - 21 mars 2015

FB


Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.


Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici

La bande des "aujourd'hiens" et des "aujourd'huistes", répertoriée à ce jour (clic sur le nom de leur blog) :

Valentyne, sur son blog "La jument verte", Fred Mili, sur "Histoire et Nouvelles", Marlaguette, sur "Destinée de pacotille", Jacou, sur "Les mots autographes", Dominique, sur "Un esprit sain dans un corsage", Asphodèle, sur "Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture"Martine, sur "Mon carnet à Malices" Croc, sur "Des mots et des images", Rebecca Zartarian-Arabian, ICINadael sur « Les mots de la fin« . Prudence Petitpas, ICIMarie-Jo64, sur Mijo espace

Prochain épisode : 22 mars ¨Aujourd'hui le bien le mal.

20 mars 2015

CAHIERS DU JOUR : 20 mars ¨Aujourd'hui au pied du lit.

2015

Je vais prendre le thème du jour au pied… de la lettre, puisqu’au pied… du lit, jonchent des livres. Que j’ai lus, que j’ai abandonnés, que je voudrais lire… Ma bibliothèque ne se tient pas là ! Cette pile n’est qu’un petit échantillon. D’ailleurs, chez moi, les livres sont partout. Non, pas dans la salle de bains, ni dans la cuisine ; je les ai en trop grand respect pour leur faire prendre le risque d’être mouillés ou salis. Et puis, ceux qui accompagnent mes nuits tiennent agréablement compagnie aux moutons qui broutent de l’autre côté du pied… du lit.

© Martine Littér'auteurs - 20 mars 2015

https://www.facebook.com/martine.crasez


Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.


Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici

La bande des "aujourd'hiens" et des "aujourd'huistes", répertoriée à ce jour (clic sur le nom de leur blog) :

Valentyne, sur son blog "La jument verte", Fred Mili, sur "Histoire et Nouvelles", Marlaguette, sur "Destinée de pacotille", Jacou, sur "Les mots autographes", Dominique, sur "Un esprit sain dans un corsage", Asphodèle, sur "Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture"Martine, sur "Mon carnet à Malices" Croc, sur "Des mots et des images", Rebecca Zartarian-Arabian, ICINadael sur « Les mots de la fin« . Prudence Petitpas, ICIMarie-Jo64, sur Mijo espace

Prochain épisode : 21 mars ¨Aujourd'hui ce qu'il en restera dans un an.

5 mai 2015

CAHIERS DU JOUR : 5 mai ¨ Aujourd'hui je pourrais tout aussi bien

2015

Tout tient dans un "S". Pourrai-je ou pourrais-je ? La première hypothèse réduit la part d'incertitude de l'avenir, alors que la deuxième renforce cette part d'incertitude. Alors, aujourd'hui, mentalement, j'ai dressé la liste des choses que j'avais à faire et je me suis attachée à écouter la prononciation de ce verbe "pouvoir" lorsque je l'employais : [e] vs [ɛ]. Eh bien, c'est le [ɛ] qui a remporté l'épreuve. On dit que le conditionnel [ɛ] exprime une action incertaine voire purement imaginaire alors que le futur [e] exprime une action dont la réalisation est quasi certaine.

© Martine Littér'auteurs - 5 mai 2015 

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Prochain épisode : 6 mai ¨ Aujourd'hui un carré parfait.

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4 mai 2015

CAHIERS DU JOUR : 4 mai ¨Aujourd'hui insecte

2015

Une petite bourdonneuse est entrée dans ma maison. Paniquée, elle heurtait les carreaux, voulant trouver une issue qui la sortirait de ce mauvais pas. Je lui ai ouvert la fenêtre. À tire d'aile, elle s'est enfuie.

Vers quel destin ?  On ne peut que lui souhaiter de trouver sur son chemin de belles efflorescences à butiner, pour se nourrir et nourrir son essaim. Comment pourtant ne pas craindre que de mortifères pesticides ne se soient déposés sur les gynécées qu'elle ira picorer ?

B*yer a déposé une plainte contre la Commission Européenne pour qu'elle retire les restrictions imposées à l'utilisation des pesticides assassins. Nous serons les prochaines victimes.

© Martine Littér'auteurs - 4 mai 2015 

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Prochain épisode : 5 mai ¨ Aujourd'hui je pourrais tout aussi bien.

3 mai 2015

CAHIERS DU JOUR : 3 mai ¨Aujourd'hui ce qu'il y a dedans

2015-05-03 CE QU'IL Y A DEDANS

Au détour d'un chemin, à l'orée de la forêt de Bonnevaux, mes pas m'ont conduite ici. Cette maison en pisé traditionnel, classique des anciennes constructions dauphinoise, nichée dans une clairière, m'a inspiré un immense sentiment de sérénité. Je ne connais pas ses propriétaires, mais je sais que cette demeure n'est pas abandonnée et que l'intérieur est aménagé pour être confortable, dans l'observance des pratiques conventionnelles de l'époque de son édification.

Dedans est la mémoire préservée
de tous ceux qui y ont vécu,
s'y sont aimés,
y sont décédés
et ont engravé
l'empreinte de leur âme.

© Martine Littér'auteurs - 3 mai 2015 

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Prochain épisode : 4 mai ¨Aujourd'hui insecte.

20 avril 2015

CAHIERS DU JOUR : 20 avril ¨ Aujourd'hui rouge.

 

2015

Il était une tulipe. Rouge. Qui, ce soir, fermait ses pétales au jour couchant.  

-         As-tu constaté, me dit-elle, que nous ne sommes pas foule, dans cette nature que tu aimes, à revêtir cette couleur ? Le rouge est éphémère et pointilliste, chez nous.  Le coquelicot s'éteint aussi vite qu'il flamboie. Fraises, cerises, framboises, groseilles, tomates ne subsistent qu'une courte saison. Vous, les humains, avez fait de l'incarnat la couleur des émotions et des alarmes.

Peut-être la rubescente sève qui circule dans notre cœur ?

Peut-être l'incandescente chaudrée qui bouillonne dans les entrailles de la Terre-Mère ?

©Martine Littér'auteurs - 20 avril 2015 

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Prochain épisode : 21 avril ¨ Aujourd'hui plaque de rue.

22 mars 2015

CAHIERS DU JOUR : 22 mars ¨Aujourd'hui le bien le mal

2015

Certains, aujourd’hui auront bien voté, alors que d’autres auront mal voté. Mais ceux qui pensent qu’ils ont bien voté ont mal voté aux yeux des autres qui pensent qu’ils ont bien voté. Et ceux qui ont mal voté pensent qu’ils ont bien voté et que ce sont les autres qui ont mal voté. En tout cas, certains ont voté, d’autres n’ont pas voté.

Ils ont voté, et puis après ?

© Martine Littér'auteurs - 22 mars 2015

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Prochain épisode : 23 mars ¨ Aujourd'hui toucher.

7 avril 2015

CAHIERS DU JOUR : 7 avril¨ Aujourd'hui laisser passer les petits papiers.

Voici l'amas de mes petits petits papiers anodins 

01

 

Et voici les fondamentaux

02

 

C'est cette deuxième liste que je ne veux pas laisser passer.

©Martine Littér'auteurs - 07 avril 2015

 

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Prochain épisode : 8 avril¨Aujourd'hui itinéraire.

 

5 avril 2015

CAHIER DU JOUR : 5 avril ¨ Aujourd'hui un mot que j'ai écrit.

2015

Au clair de la lune… Non, ce n'est pas là que je m'adonne à l'un de mes sports cérébraux favoris, mais devant mon ordinateur, théâtre de terribles joutes contre trois redoutables partenaires : S.H.A., que je pourrais aussi nommer H.A.S. ou encore S.A.H. À tour de rôle, l'une gagne et l'autre peste. Ces duels verbaux m'amusent autant que nos combats de lettres. Par curiosité, je suis allée chercher le meilleur des mots que j'ai posé : FÉROCITÉ ! Il m'a rapporté 176 points. Une certaine dirait peut-être qu'il est à mon image de scrabbleuse, mais je n'en crois rien !

©Martine Littér'auteurs - 03 avril 2015

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Prochain épisode : 6 avril ¨ Aujourd'hui temps qu'il fait.

4 avril 2015

CAHIERS DU JOUR : 4 avril ¨Aujourd'hui ceux que l'on porte

2014

Entre "ce" que je porte, et "ceux" que je porte, je ne sais pas faire de différence. En vrai, j'ai le désagréable sentiment d'être tombée dans un piège, de n'avoir pas vu venir une nuance d'importance, sur ces deux jours consécutifs des Exercices de Style.

Mal à l'aise.

©Martine Littér'auteurs - 03 avril 2015

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Prochain épisode : 5 avril ¨ Aujourd'hui un mot que j'ai écrit.

28 mars 2015

CAHIERS DU JOUR : 27 & 28 mars "La nervosité de l' éclair

 

éclair

Deux réels en un. Non parce que j'étais plus nerveuse que de coutume, hier, mais peut-être la fébrilité des autres a-t-elle subitement accéléré mon rythme au détriment de mon espace-temps. Je n'ai rien pu faire en un éclair, parce que chaque moment était important et plaisant. Un atelier d'écriture/slam avec des enfants, une rencontre littéraire, une ludothèque itinérante… Ah si ! J'ai pu remarquer la nervosité d'une équipe municipale qui votait son budget. Ce n'est pas de la tarte ! Peut-être ont-il savouré, après mon départ, un petit gâteau de pâte de chou, fourré de crème pâtissière Ça requinque.

©Martine Littér'auteurs - 28 mars 2015

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Prochain épisode : 29 mars ¨ Aujourd'hui ça change tout le temps.

24 septembre 2014

ESSENTI'ELLE, pour les Impromptus Littéraires

Le thème d'écriture est, cette semaine : "le voyage d'une goutte". Celle-ci est d'Or.

 


 

plan du quartier en 1850

Essenti’Elle

Elle sort, encore ensommeillée, du métro Barbès-Rochechouart. Il est tôt et frisquet, mais elle est décidée : il est essentiel qu’elle fasse ce pèlerinage.

Traversée du Boulevard de la Chapelle ; la circulation est déjà dense et les klaxons retentissent. À sa gauche, la rue des Islettes dans laquelle elle s’engouffre. C’est la première étape de son circuit. « Je me prends pour le Christ sur son chemin de croix, pense-t-elle, émue. Mais pour moi il n’y aura pas autant de stations ». Oui, c’est en quelque sorte un chemin de croix qu’elle entreprend. Un retour à petits pas sur son passé. Ce passé qu’elle recherche depuis si longtemps et qui, de générations en générations, a été tu, dissimulé, supprimé. C’est à la hauteur du n°12 qu’elle s’arrête.

C’est sinistre ; elle frissonne. Une porte de garage en bas d’un immeuble en béton. Et là, dans l’angle, le gourbi d’un sans-abri. Un pauvre sourire s’esquisse sur ses lèvres. Ce n’est pas comme cela qu’elle imaginait le domicile de sa quadrisaïeule ! Certes, en 1830, il n’y avait ni métro, ni parking. Mais déjà la misère et la pauvreté régnaient dans ce quartier ; elles ont traversé le temps et survivent encore. Pas de trace, non plus, du lavoir dont elle a récemment découvert l’existence du temps de son ancêtre. Mais une place. Bétonnée, elle aussi. Déserte.

Ce quartier ne lui dit rien qui vaille, on y sent le dénuement, l’impécuniosité.

Elle sort de son sac le plan qu’elle a retrouvé au fond d’une armoire, dans la datcha de ses grands-parents. Il est daté de 1850. Il ressemble à un vieux parchemin. On pourrait la croire occupée à une chasse au trésor !

Elle tente de se repérer, de faire le lien entre le passé et maintenant. C’est pour cela qu’elle est venue ici. Établir un pont entre sa lointaine Russie et ce quartier de Paris Le pont de son histoire. Elle se sent perdue, minuscule goutte dans une heuristique complexe et secrète. Clandestine. Inavouée. Obscure.

Elle s’égare, s’affole, dans ces rues enchevêtrées. Elle avance, revient, repart… cherche la plaque sur le mur qui lui dira qu’elle est arrivée chez elle, enfin. Elle ne veut pas demander son chemin, persuadée que son sang parlera, que l’objectif sera atteint. La mission qu’elle a promis à son fils d’accomplir quelques jours avant qu’il ne meure.

Soudain. « Rue de La Goutte D’or ». C’est là. C’est là qu’Anna Coupeau, en 1852, est née. Anna, dite Nana, son arrière-arrière-grand-mère née de l’union de Gervaise Macquart et de Coupeau. Nana, qui lors de son séjour en Russie, en 1869, avait donné naissance à une fille où elle l’avait abandonnée, l’année suivante, pour retrouver, à Paris, son fils Louiset et le suivre dans la tombe atteinte de la variole qu’il lui avait transmise.

Elle a retrouvé son origine.

Littér’auteurs – 2014/09/23

11 novembre 2014

HOMMAGE : Paix, Yannis Ritsos

colombe picasso

Le rêve de l’enfant, c’est la paix.
Le rêve de la mère, c’est la paix.
Les paroles de l’amour sous les arbres
c’est la paix.

Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage
         du monde
et que nos morts peuvent se tourner sur le flanc et trouver
         un sommeil sans grief
en sachant que leur sang n’a pas été répandu en vain,
c’est la paix.

La paix est l’odeur du repas, le soir,
lorsqu’on n’entend plus avec crainte la voiture faire halte
         dans la rue,
lorsque le coup à la porte désigne l’ami
et qu’en l’ouvrant la fenêtre désigne à chaque heure le ciel
en fêtant nos yeux aux cloches lointaines des couleurs,
c’est la paix.

La paix est un verre de lait chaud et un livre posés devant
         l’enfant qui s’éveille.

Lorsque les prisons sont réaménagées en bibliothèques,
lorsqu’un chant s’élève de seuil en seuil, la nuit,
à l’heure où la lune printanière sort du nuage
comme l’ouvrier rasé de frais sort de chez le coiffeur du quartier,
         le samedi soir
c’est la paix.

Lorsque le jour qui est passé
n’est pas un jour qui est perdu
mais une racine qui hisse les feuilles de la joie dans le soir,
et qu’il s’agit d’un jour de gagné et d’un sommeil légitime,
c’est la paix.

Lorsque la mort tient peu de place dans le cœur
et que le poète et le prolétaire peuvent pareillement humer
le grand œillet du soir,
c’est la paix.

Sur les rails de mes vers,
le train qui s’en va vers l’avenir
chargé de blé et de roses,
c’est la paix.

Mes Frères,
au sein de la paix, le monde entier
avec tous ses rêves respire à pleins poumons.
Joignez vos mains, mes frères.
C’est cela, la paix.

Yannis Ritsos (1909 - 1990)
Texte traduit du grec par l'auteur,
Revue Europe, août-septembre 1983
in Guerre à la guerre - Éditions Bruno Doucey - octobre 2014

7 septembre 2014

MADAME DIOGÈNE, Aurélien Delsaux

Madame Diogène

Madame Diogène
Aurélien Delsaux
Albin Michel (20 août 2014)
144 p.

 

Diogène vivait dans un tonneau, quelques-uns d’entre nous le savent. Madame, elle, vit dans un appartement. Un appartement dans un immeuble.

Diogène vivait seul. Madame, elle, ne vit pas si seule que ça. Il y a les voisins du dessus, ceux du dessous, sa nièce, l’assistante sociale, les gens de la rue, les mouvements dans la rue… Il y a aussi une foultitude d’animaux dans son appartement.

Diogène vivait sale. Madame, elle, est pouacre. Tellement pouacre qu’on pourrait dire répugnante. Mais c’est pareil.

Trois clichés plus tard, je pourrais dire que Madame Diogène n’inspire guère la sympathie.

Et pourtant ! Cette vieille dame qu’Aurélien Delsaux nous présente dans son premier roman, elle est bien « autre chose » que ces représentations à l’emporte-pièce que le lecteur pourrait se faire d’emblée. Si les souvenirs la fuient, elle a entassé dans son antre tout ce qui les composait. Elle ne sait plus qu’en faire puisque presque tous ont perdu sens et qu’ils sont devenus déchets ; mais ils sont là, autour d’elle, en elle qui observe, muette, les vestiges de ce qu’elle a connu. Si elle n’a plus les mots pour décoder ce qu’elle voit, elle perce du regard ce qu’elle ne connait pas.

Son regard pourrait être celui du lecteur s’il veut s’en laisser convaincre ; le regard sur un monde qui part à vau-l’eau, selon l’auteur : manifestants qui « marchent d’un bon pas, joyeux de colère », policiers qui « à l’avancée du cortège, se raidissent », « parade de cirque […], révolution pour rire ». C’est ce monde qu’elle scrute, un monde perdu dans une tourmente, qui soubresaute au rythme des slogans, aux éclairs des lacrymogènes, aux hurlements des sirènes policières, aux retentissements des cris, aux giclements de sang. « Elle est, elle, dans son trou sombre, blottie tout au fond du présent ».

Roman inquiétant, troublant, perturbant, percutant, émouvant. Madame Diogène n’est-elle pas, comme Aurélien Delsaux le dit dans une récente interview, « la dernière humaine » ?

Présentation de l'éditeur

Comment résister au monde ? Se soustraire à son principe de réalité ?

En se terrant chez elle, parmi souvenirs et objets quotidiens qu’elle accumule jusqu’au vertige, une femme fait un choix radical : celui de s exclure pour vivre librement. De son abri, « blottie tout au fond du présent », elle contemple le dehors sans se laisser atteindre et navigue à vue, dans l’oubli du reste du monde.

Récit d’une guerre silencieuse et salutaire, métaphore du monde contemporain, le premier roman d’Aurélien Delsaux sans pathos aucun mais avec une précision d’entomologiste interroge avec un détachement impressionnant la mémoire et la solitude, la liberté et l’insoumission. Un univers et un style qui révèlent un écrivain à part entière.

11 janvier 2015

CAHIERS DU JOUR - D'après EXERCICES DE STYLE de Raymond Queneau

EXERCICES DE STYLE - QUENEAU

Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.

Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici.

J'ai vu ce défi sur plusieurs blogs, notamment  (Chez La Jument Verte) ou , ou là... Ça me plaît bien , cette idée ! Mais tiendrai-je tous les jours de toute l'année ? À suivre !


Lundi 5 janvier 2015 : "Aujourd'hui acheté"

Rien.
Enfin, si.
Deux tranches de gigot
Pas bon
Plein de nerfs
Et de gras.
Et mon gratin de navets
Avait tout du navet.


Mardi 6 janvier 2015 : "Aujourd'hui que deviendra cet enfant plus tard ? "

Assise par terre, au pied d'une caisse automatique de parking, une dame Roumaine, plus très jeune. Elle souhaite la bonne année à tous les passants, et explique aux automobilistes comment se servir de la machine à payer. Dans ses bras, un enfant endormi. Il fait froid. L'enfant dort. Certains jettent une piécette, d'autres les ignorent. L'enfant dort. D'un sommeil naturel ?


JE SUIS CHARLIE

Mercredi 7 janvier 2015 : "Aujourd'hui surprise"

Charlie Hebdo. Douze morts. Onze blessés. 

Épouvante.
Horreur.
Monstruosité.
Ignominie.
Inhumanité.
Barbarie.

 

 


Jeudi 8 janvier 2015 : "Aujourd'hui, une question lue quelque part"

 Pourquoi ?


Vendredi 9 janvier 2015 : "Aujourd'hui, tentative de liberté"

 Entendu, ce soir, au cours d'un reportage sur une cérémonie des voeux d'un maire de tout petit village de l'Isère : "Que l'avenir ne soit plus ce qui va arriver, mais ce que nous allons en faire."  Henri Bergson.


VIVE LA LIBERTE

Samedi 10 janvier 2015 : "Aujourd'hui, livre posé"

 "Vive la Liberté", publié chez Bruno Doucey. Des poèmes rassemblés autour d'un idéal. "Yo no canto por cantar / ni por tener buena voz / canto porque la guitarra / tiene sentido y razon". Victor Jara

 

 

 

 

 

 

 

 


Dimanche 11 janvier 2015 : "Aujourd'hui, à midi pile"

 

Je suis correspondante de presse. À midi, la maire d'un village dont j'assure la couverture, présentait ses vœux à ses concitoyens et demandait une minute de silence, pour Charlie et pour la liberté d'expression. Une heure plus tard, elle me téléphonait pour s'inquiéter de "ce qu'aurait pu me dicter" l'un de ses conseillers avec lequel "on m'aurait vue partir". Ce sont ses mots. Elle s’adressait… à la presse locale, et lui demandait le S I L E N C E !!!

5 janvier 2015

LE JOURNAL DE PETER - Sébastien Perez & Martin Maniez

COUVERTURE

Le Journal de Peter

Sébastien Perez & Martin Maniez
Milan Jeunesse (1er octobre 2009)
50 pages

 

 

Peut-être ne se prénomme-t-il pas comme cela, mais c’est égal. C’est Sœur Anne, la surveillante de l’orphelinat dans lequel il échoue qui le baptise ainsi. Et comme l’enfant s’en accommode, il sera donc Peter.

Lorsqu’on ouvre cet album, on pénètre ex abrupto dans la vie d’un jeune garçon, amnésique, en mal de maman. Mais on n’ouvre pas n’importe quel album de n’importe quelle vie ! C’est… comment dire… sublime. Fastueux. Non. Ce n’est pas ça. C’est…

PETER

Comme l’impression de m’aventurer dans un cahier d’enfant qui y aurait consigné ses joies et ses peines, ses quêtes, ses observations. Un cahier aux pages jaunies, adorné de dessins, de photos, de billets secrets. Un cahier qui a vécu, maculé de taches d’encre, d’eau, (de larmes ?), d’esquisses, de griffonnages. Comme l’impression que c’est véritablement un enfant qui a tenu ce cahier. Mais sans mièvrerie.

LONDRES

Martin Maniez a réalisé là une œuvre d’art. Des œuvres d’art. Parce que chaque page fourmille d’illustrations toutes plus éprouvées les unes que les autres. Les crayonnés sont extraordinaires, qu’ils soient exécutés à l’encre de Chine, à la mine de plomb, à l’encre de couleur ou au crayon de couleur. C’est fabuleux. L’album est un livre-objet dans lequel alternent différentes formes d’expression : photos délavées par le temps, certificat d’admission à l’orphelinat, article de presse, planches ornithologiques, ébauches de portraits, plan de Londres, lettres, crobars…

Sébastien Perez, l’auteur de cet album sensible et touchant, ne propose pas une réécriture des aventures de Peter Pan. Il le positionne « avant » le conte de James Matthew Barrie. Si, ici, le jeune garçon n’a pas encore modelé son pays imaginaire, il est déjà à la recherche de sa génitrice. D’ailleurs, son journal n’est autrement constitué que des lettres qu’il adresse à sa mère et qu’il signe « Peter ». « Maman »… c’est ainsi que débute chaque émouvante missive. Il ne doute pas un seul instant qu’il la retrouvera ; chaque lettre du journal intime de l’enfant fournit un indice au lecteur.

001 LES ENFANTS PERDUS

Quelques repères pour les connaisseurs (et – mais je n’ose l’imaginer– pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de Peter Pan) : les enfants perdus, les pirates, le capitaine Crochet, la Fée Clochette, les Peaux-Rouges, Londres… Bien sûr, Wendy est absente de ce paysage admirablement brossé par Sébastien Perez et Martin Maniez.

LES PIRATES

Me voici désormais devant un terrible dilemme : où classer, dans ma bibliothèque et dans mon cœur, cet album ? Il est, dit-on, dédié aux enfants à partir de 8 ans. C’est irréfragable. C’est un livre-jeu qui conte les aventures d’un personnage de l’enfance.

Mais c’est un livre-objet où éléments textuels, typographiques et artistiques s’entrelacent pour former un ouvrage que l’on croirait unique. J’ai l’impression de l’avoir déniché dans un vieux coffre empli des souvenirs de mes ancêtres.

Ce journal est un coup de cœur, en ce début d’année. Pour petits et grands, à lire à relire, à conserver précieusement, à manipuler…

L'ENVOL

La quinzaine du conte de Mina (là, c’est chez elle) et Marilyne (ici, c’est chez elle) s’est terminée hier. Elles m’ont donné envie de retourner au pays de mon enfance. Mais avec « Le Petit Chaperon Rouge » et « La mort de Gilgamesh », Myriam Mallié dessillera ses lecteurs : les contes, c’est aussi pour les adultes ! Mes billets sont ici & .

Mina a aussi lu Le Petit Chaperon Rouge : elle en parle ici.

Marilyne a lu (relu) « Le Journal de Peter » (c’est d’ailleurs elle qui m’a fait craquer) : elle en parle ici.

20 avril 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR ; Guy Goffette

LE PECHEUR D'EAU GOFFETTE

L'or bleu

 

Non, les larmes n'arrêtent pas de couler
sur la terre, ni les cris de retentir.
Collines et cloisons nous défendent seulement
des corps qui vont avec et se défont

et les fleuves larges et paisibles, et les nuées
entraînent la douleur au loin. Mais à peine
la maison comme un mouchoir refermé
sur son carré d'amertume,

comme la tasse de café brûlant et le verre
de schnaps semblent soudain lourds !
Et si froide, inutile et petite la main
qui dilapidait la lumière sur ta peau

comme le ciel son or bleu sur la mer.

 

Le pêcheur d'eau, Guy Goffette
Gallimard - Poésie
20 avril 2007 - 132 pages

 

Ma participation, modeste, pour le mois belge organisé par Anne et Mina

20 décembre 2014

Noël, pour les PLUMES D'ASPHODÈLE

Je ne sais plus si l’emballage de cette papillote était orange ou verdâtre. La friandise ne m’avait pas emballé, c’est le mot. Boutade un peu douteuse, certes, mais la plus appropriée à la situation, c’est sûr. Je ne sais plus à quelle invitation j’avais répondu. En tout cas, il m’avait fallu bien du courage, ce soir-là, pour sortir de la torpeur de mes trois cent soixante-quatre nuits d’insomnie. Je ne sais plus dans quel quartier je suis allé traîner ma fatigue.

 

Certains se réjouiraient de n’avoir à travailler qu’une nuit par an ; mais que savent-ils de ma crainte que le chauffage n’ait pas été éteint dans la cheminée dans laquelle j’allais m’engouffrer ? Qu’un cannibale, gueule grande ouverte, ne m’attende à l’arrivée ? Qu’une castillane en mantille et caraco ne m’accueille avec son ustensile à inhalation parce qu’elle prétend que je ronfle trop fort ? Qu’une fuite incompressible ne vide les conduits des radiateurs ? Savent-ils seulement, ceux qui m’envient pour mes trois cent soixante-quatre jours de RTT annuels, que le progrès me contraint à me faufiler dans les tuyauteries des maisons pour parvenir à remplir cette mission inéluctable qui m’est assignée chaque année ? J’ai même dû suivre une formation complémentaire pour apprendre à m’adapter aux nouvelles technologies. Et quand je m’en suis tiré à l’examen final, vous pouvez croire que ma réussite m’a fait crier victoire !

 

Mais je digresse, là ! J’extravague.

 

À la réflexion, je ne sais plus non plus si les illuminations dans le ciel provenaient des étoiles ou des flocons qui tombaient dru, cette nuit-là.

 

Bébé père noël

Parce que la veille de cette nuit-là, pour moi fut un émerveillement : une journée d’attente à la maternité pour assister à la naissance de mon enfant. Quel apaisement après toutes ses années de désir et d’espérance ! La quintessence du bonheur !

 

Alors vous comprendrez sans peine que la démesure des agapes, que les balthazars pétillants, que les étrennes que les humains ont échangées cette nuit-là, que la couleur des sucreries qui m’attendaient près des sapins n’avaient guère d’importance pour moi !

 

Je suis devenu PÈRE !

 


Et voici ma participation aux "Plumes d'Asphodèle", dernière édition 2014. Elle avait organisé une double collecte et de son chapeau sont sorties deux listes, que nous avions le droit de mêler, démêler... J'ai pris tout le package :

ASPHODELE

Insomnie, torpeur, flocon, inéluctable, agapes, fuite, cheminée, démesure, verdâtre, orange, mantille, victoire, illumination, attente, invitation, emballer,  courage, chauffage, réussite, enfant, parole, quartier, quintessence, quelconque, fatigue, ronfler, étoile, cannibale, balthazar, réflexion, emballage, crainte, papillote, caraco, se réjouir, émerveillement, désir, étrennes, apaisement, inhalation, examen, maternité, mot.

22 septembre 2014

LA PORTE DES ENFERS - Laurent Gaudé

LA PORTE DES ENFERS - Laurent Gaudé

La porte des enfers
Laurent Gaudé
Acte Sud (Babel) - 29 mai 2010
Poche, 266 pages

 

Ainsi le Paradis n’existerait pas pour nos défunts, même les plus vertueux ? Ainsi, tous, emmenant avec eux une partie de nous, seraient inéluctablement condamnés à affronter de terribles épreuves souterraines, avant que l’oubli terrestre ne les engloutisse dans la mort ultime ?

C’est la thèse que Laurent Gaudé défend dans ce somptueux roman. Et cette thèse m’a conduite dans une réflexion profonde et intime sur le rapport que nous pouvons avoir avec la perte et le deuil.

Naples. La mort violente d’un enfant de six ans, tué d’une balle perdue au cours d’un règlement de compte mafieux, fait basculer la vie de ses parents. Un tel sujet aurait pu faire verser le texte dans un mélo poisseux et larmoyant, où il aurait pu être question de vengeance, d’incommensurable affliction, de prostration hébétée. Ces thématiques, omniprésentes, Laurent Gaudé les prend à contre-pied et leur donne une amplitude symbolique « Extra-Ordinaire ». Hors du rationnel, et pourtant si proche des bouleversements qu’impose un tel déchirement.

S’inspirant du mythe d’Orphée, le romancier emmène le père jusqu’au lieu où erre l’ombre de son enfant. Dans « les enfers », et non dans « l’enfer » embrasé de notre traditionnelle théosophie. Dans un lieu où les ombres des morts, avant leur évanouissement suprême, vaguent de salles en salles, implorant que le souvenir des vivants les maintiennent hors de la dissolution absolue.

Une thèse sur la perte et le deuil ; une thèse sur la mémoration, aussi.

Les personnages de ce roman sont un compendium de l’existence : un père, une mère, un enfant, un prêtre réprouvé par les Hautes Autorités Ecclésiastiques, un « professore » homosexuel à la limite de la pédophilie, un travesti extravagant et empathique, un tenancier de bar un peu sorcier…

Une seule femme, la mère. Synthèse du don de la vie et de la faculté d’oubli. Son rôle m’a quelque peu étonnée, d’ailleurs. Lorsqu’elle décide – choisit – d’oublier. D’oublier son enfant, d’oublier sa propre vie, de s’oublier. Surprise que Laurent Gaudé ne lui ai pas attribué le statut de gardienne de la mémoire de son fils. Après avoir exigé de son mari qu’il venge la mort de leur enfant ou qu’il le lui ramène, après avoir constaté qu’il ne peut accéder à sa demande, après avoir lancé sa malédiction, elle partira sur le chemin de l’oubli, du déni, du reniement et de la renonciation.

Le rôle des hommes de ce roman est prééminent : au fil du roman, ils s’élèvent en puissance au-dessus de ce et ceux qui les entourent. Le père, personnage central, porte le souvenir de son enfant dans la culpabilité : il a besoin de rédemption, il a besoin de participer au salut des mânes de son fils par l’expiation. Ses compagnons de quête, des silhouettes de l’ombre : le succédané d’une société anonyme, clandestine, androgyne.

Jamais je n’aurais lu ce fantastique ouvrage si Isabelle (son blog est ici) ne me l’avait offert pour mon anniversaire. Ni le titre, ni le thème, ni la couverture ne m’auraient engagée ne serait-ce qu’à le feuilleter. Je la remercie d’avoir forcé ma porte, de m’avoir emmenée sur les rives du Styx, et de m’avoir permis d’en revenir, fortifiée.

7 juin 2014

LES (29) PLUMES D'ASPHODÈLE : Les mots de la sagesse

Rue de la Sagesse

 

C’était une demoiselle de petite vertu.
Point trop n’avait sagesse.
Aux passants offrait sa fesse
Qu’elle avait joliment goûtue.

Avait la chair gracile.
La lippe grenadine,
Avait la faim aux dents.
Était pas difficile
La petite gourgandine,
Même avec les pédants.

Cherchait pas la richesse,
C’était pas de son âge.
Cherchait pas l’opulence,
C’est bon pour la vieillesse.
Y’avait que d’l’abattage
Et d’la grande affluence.

C’était une demoiselle de petite vertu.
Point trop n’avait sagesse.
Aux passants offrait sa fesse
Qu’elle avait joliment goûtue.

Avait pas d’vanité,
Avait pas d’réflexion
Savait pas refuser.
Rien que spontanéité,
Point de circonspection,
Même pas désabusée.

Un soir, au crépuscule
Sous la lune à attendre
Trouva sérénité
Auprès d’un homoncule
Qui voulait la surprendre
En toute gratuité.

C’était une demoiselle de petite vertu.
Point trop n’avait sagesse.
Aux passants offrait sa fesse
Qu’elle avait joliment goûtue.

Oyant sa philosophie,
La gouaille elle en perdit,
Le doute la remplit.
« Reluque pas mon atrophie.
Je n’suis pas si engourdi
Que le fait croire ma panoplie.

Ta paix, je vais la graver
Comme l’image de ton corps,
Déclara le nabot.
Je vais t’enjoliver.
Tu n’es qu’une pécore
Mais pour te peindre, nul besoin d’escabeau ».

C’était une demoiselle de petite vertu.
Point trop n’avait sagesse.
Aux passants offrait sa fesse
Qu’elle avait joliment goûtue.

 

toulouse-lautrec-dessin-1

Martine Litter'auteurs - 2014/06/04

En mémoire d'Henri Toulouse-Lautrec (1864-1901)

Ci-contreFemme enfilant son bas (1894). Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec-Monfa

 

 

 

 

 

 

 

ASPHODELE

Écrit grâce aux mots récoltés par Asphodèle, sur le thème de la SAGESSE (son blog est ici). fesse, attendre, richesse, dent, refuser, doute, vieillesse, circonspection, vertu, crépuscule, lune, philosophie, âge, vanité, sérénité, psalmiste, paix, image, réflexion, graver, gracile, grenadine. 

(Je ne suis pas certaine que Toulouse-Lautrec aurait apprécié pour lui le qualificatif de psalmiste).

3 août 2014

EN PLEINE FIGURE, Haïkus de la guerre de 14-18

EN PLEINE FIGURE

En pleine figure, Haïkus de la guerre 14-18
Éditions Bruno Doucey (novembre 2013)
158 pages

 

C'est une anthologie de Haïkus établie par Dominique Chipot que les Éditions Bruno Doucey ont fait paraître en 2013. Dominique Chipot est l’un des grands spécialistes du haïku. Lui-même Haïjin (auteur de haïku), il a écrit plusieurs essais, techniques ou historiques, et adapté en français les haïkus japonais traduits par Makoto Kemmoku. 

Le recueil est préfacé par Jean Rouaudun auteur français né à Campbon le 13 décembre 1952. Il a reçu le Prix Goncourt en 1990 pour son premier roman : "Les Champs d'honneur", un roman qui a pour trame la guerre de 14-18.

Dans les tranchées, durant la Première Guerre mondiale, de jeunes soldats, les poilus, écrivaient des poèmes, des haïkus, de courts poèmes écrits selon l'art japonais du Haï-kaï, vifs, bouleversants, comme autant de projectiles, brisures d'espoir, de peur ou de vie.
À l'époque, ils furent publiés dans des revues, des plaquettes tirées à quelques dizaines d'exemplaires. Toute l'horreur et la fulgurance de la guerre apparaissent dans ces fragments poétiques.

Cette anthologie offre une large place à Julien Vocance (1878-1954) qui a laissé son témoignage de la guerre de 14 dans un recueil intitulé "Cent visions de guerre" (une allusion au "Trente-six vues du Mont Fuji" du graveur d'estampes japonais Hokusaï). Utilisant avec efficacité la forme poétique du haïku, Julien Vocance a su adapter des techniques poétiques venue de l'autre côté du monde pour tenir, sous la mitraille et les bombes, un journal de guerre composé d'une succession de tercets qui racontent en visions brèves les trous d'obus, le sifflement des balles, les pauvres cadavres accrochés aux barbelés.

On retrouve avec lui une quinzaine de Hajins et quelques anonymes : Jean Baucomont, Maurice Betz, Jean Breton, André Cuisenier, Henri Druart, René Druart, Roger Gilbert-Lecomte, Maurice Gobin, Marc-Adolphe Guégan, B. Hirami, René Maublanc, Albert de Neuville, Albert Poncin, Georges Sabiron, Jean-Paul Vaillant.

Soir de bataille
au loin, les canons...
Tout près, les blessés.
(Anonyme)

Tu maudis la guerre ;
Mais que sonnent les clairons
Et tu suis au pas.
(Jean Baucomont)

Nuit sereine, ciel sans nuages,
Je rengaine ma baïonnette
Et monte ma garde, lune au clair.
(Maurice Betz)

La Soeur blanche m'a regardé fixement.
Hélas, encore un :
Il va falloir écrire à la famille.
(Jean Breton)

Quand ils s'assemblent
Des absents sont là
Et des morts renaissent.
(André Cuisenier)

Côte à côte l'hiver
Deux buissons de fils barbelés ;
En mai, l'un fleurit d'aubépine.
(Henri Druart)

De Vailly à Craonne,
Le chemin des Dames
Est pavé de crânes.
(René Druart)

Les rafales crépitent.
Brusque silence.
L'appel de la perdrix !
(Maurice Gobin)

Trou d'obus où cinq cadavres
Unis par les pieds rayonnent,
Lugubre étoile de mer.
( Georges Sabiron)

Avec la terre
Leurs corps célèbrent des noces
Sanglantes.
(Julien Vocance)

Mes camarades, mes frères
Nous aurons beaucoup souffert...
Hélas ! vous vaincrez sans moi.
(Julien Vocance)

 

26 février 2014

PROMESSES, Julia Billet

201

Promesses

Julia Billet
Éditions Le Muscadier
Collection Place du Marché (ados)
Juin 2013, 64 pages

 

 

 

 

Quatre enfants habitent ce petit recueil, quatre enfants qui découvrent l’amitié et la font vivre.

Deux nouvelles, courtes. De celles qui peuvent plaire aux lecteurs adolescents, parce qu’elles ne sont pas « prise de tête », mais qu’elles évoquent et donnent sens à quelques unes des importantes questions que l’on se pose à cet âge.

Promesse(s). De rendre pérenne une amitié d’enfants et de la conduire jusqu’à l’adultité.

Déracinement(s) aussi.

Celui de deux garçons, Ankidou et Agostino, dans la première nouvelle, éponyme. Déboussolé, Ankidou, dans la grisaille d’un pays d’accueil qui ne sait guère l’accueillir, malgré de louables efforts. Dérouté par une culture complètement étrangère à la sienne. Mutique, Agostino, qui cache dans un silence obstiné son drame familial. Ils ne parlent pas la même langue. Et pourtant. Ils vont inventer leurs propres codes de communication (qui passera même par l’oralité !) et créer un lien indestructible grâce à une promesse qu’ils honoreront chaque année, jusqu’au bout de leur vie.

Quel est ce « fil invisible » qui lie Sarah et Fred, dans le deuxième texte ? Un fil qui résistera au temps, aux aléas. Un fil si solidement tissé que les deux enfants défieront tous les périls, les incertitudes, pour construire, en union, une harmonie de vie et de passion communes.

Ces deux nouvelles m’ont ravie. Pas de prétention didactique. Un partage, pour que la capacité de penser se développe. Pour que le sens se révèle. Une petite musique qui donne envie de croire que la relation à l’autre, la vraie, celle qui tonifie ceux qui la partagent, est capitale.


Chez Flo, (clic),  c’était le mois de la nouvelle. J’ai apporté avec plaisir quelques petits galets (dans ma plaine de Bièvre, la particularité architecturale ce sont les galets « roulés », mêlés au pisé, qui ornementent les façades), quelques galets donc à la mise en lumière d’un genre littéraire pas assez estimé.

2 avril 2014

50 MINUTES AVEC TOI, Cathy Ytak

50 minutes avec toi - Cathy Ytak

50 minutes avec toi
Cathy Ytak
Actes Sud Junior - D'une seule voix (2010)
80 pages

 

 

 

 

 

 

C’est encore un enfant. Il n’a que 17 ans. Devant lui, gît son père, inconscient, peut-être mort. Huis clos.

Le jeune homme ne bouge pas ; n’appelle pas les secours. Il regarde son père. Pendant cinquante minutes. Le temps pendant lequel il va dérouler ses dix-sept années de vie.

Dix-sept années d’une violence indicible, d’une terreur sans nom. Dix-sept années d’humiliation, de vexations. Des coups aussi, anodins en apparence… une gifle par-ci, une autre par-là. Pas tout à fait dix-sept… c’est depuis ses sept ans que le narrateur subit les camouflets d’un père « bien sous tous rapports », certes strict, certes, aux yeux de son entourage, un peu exigeant. Mais l’éducation d’un enfant ne nécessite-t-elle pas que celui-ci apprenne à se soumettre à l’autorité ? Huis clos aussi, les rapports entre le père et son fils.

La mère est là. Oui. Une mère qui ne dit mot. Une mère qui ne voit pas. Qui ne peut/veut pas dire. Qui ne peut/veut pas voir. Huis clos au sein du couple parental.

Dix-sept ans. Pour complaire à son géniteur, il s’est attaché à réussir ses études. Un an d’avance en terminale. Bac en poche, mention très bien. Prêt pour une prépa. Pour de grandes études. Selon le désir paternel.

Dix-sept ans. Amoureux. De Camille. Amour partagé. Bonheur révélé : la vie n’est pas que mortification.

Amoureux d’un garçon. Camille est un garçon.

L’irascibilité du père en est décuplée.

C’est encore un enfant. Il n’a que 17 ans. Devant lui, gît son père, inconscient, peut-être mort. Le jeune homme ne bouge pas ; n’appelle pas les secours. Il regarde son père. Lui dit son amertume. Lui dit sa rancune. Et s’en va.

Retrouver Camille.

Un roman pour adolescents. Qui ne traite pas que de l’homosexualité. Qui traite aussi des interdépendances familiales. Des non-dits. Des exaspérations. Des haines. Des maltraitances. Un roman pour que beaucoup d’adolescents s’y reconnaissent. Même s’ils ne sont pas homosexuels. Même s’ils ne sont pas persécutés. Un roman qui aide à réfléchir, à devenir adulte.

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