21 mai 2014

L'OBÉISSANCE, François Sureau

L’obéissance
François Sureau
Folio (23 octobre 2008)
160 pages

L'OBEISSANCE - François Sureau

J’ai lu quelque part (mais forcément dans un lieu très comme il faut) que l’obéissance est un mécanisme de défense contre le sentiment d’insécurité.

Ce n’était pas seulement un sentiment que ressentaient ces soldats mandés par le gouvernement français pour accompagner de Paris à Furnes, en Belgique, le bourreau Anatole Deibler et les bois de justice et qu’il y exécute Émile Préfaille pour un meurtre dont l’hétéroclite équipage français se moque comme de l’an quarante. Il faut dire que de l’an quarante, on en est loin, puisque c’est en mars 1918 que le périple va devoir s’opérer. Alors, non, ce n’était pas un sentiment d’insécurité, c’était une insécurité totale et réelle. Mais qui (ou quoi), pour ces hommes, représentait l’insécurité ? L’Allemagne et sa barbarie. La France allait les sauver, c’était évident !

Ça bombardait, ça canardait, ça détruisait, ça éventrait… une boucherie obscène, absurde et meurtrière. Bien plus meurtrière que ce condamné Belge (il n’a tué « que » deux personnes », lui). Bien plus meurtrière que ce bourreau qui ne comptabilise « que » trois cent quatre-vingt-quinze mises à mort. Mises à mort dites légitimes, puisqu’elles lui avaient été commandées.

Il en est qui ont des dispositions à obéir. C’est le cas de ces hommes, qui n’envisagent pas un seul instant qu’ils pourraient se cabrer au motif de la sauvegarde de leur propre vie. Droit devant, quoi qu’il arrive, pour ne pas désobéir.

Un roman de François Sureau, exhumé d’un fait réel. Un roman qui dresse les portraits d’hommes qui ne luttent pas contre le risque de leur propre mort. Parce qu’ils acceptent de s’inféoder, sans se demander un seul instant pourquoi. Leur docilité à l’ordre supérieur, à l’engrenage inéluctable des rouages administratifs, politiques et militaires, est stupéfiante. Aussi stupéfiante qu’aberrante.

Le thème de ce texte n’est pas la guerre ; elle sert d’assise à l’auteur pour une magistrale démonstration sur la soumission à l’autorité. Ce pacte qu’un individu peut passer de plein gré avec un autre auquel il a reconnu une valeur et pour lequel il échange sa liberté d’exister et de penser. Un pacte qui l’autorise à tuer, sans remord, puisque ça lui a été demandé. Même pas exigé, puisqu’il est « librement » consentant, pourrait-il affirmer. Un pacte qu’il ne remettra pas en cause, même si sa propre vie est compromise.

À l’heure de la montée des intégrismes de tous poils, dans le monde entier, chez nous aussi, à l’heure où la diabolisation de « l’autre différent » bat son plein… comment ne pas tirer de conclusion à la lecture de ce livre ?

Ce texte me rappelle le film « I comme Icare », qu’Henri Verneuil avait réalisé en 1979 pour illustrer l’expérience de Milgram, un psychologue américain qui, entre 1960 et 1963, a évalué le degré d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime, et a analysé le processus de soumission à l’autorité, notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet. Mais dans le roman de François Sureau, les problèmes de conscience ne sont que peu évoqués.

Si vous avez deux heures devant vous pour visionner ce superbe film, il est .


16 mai 2014

DES MOTS, UNE HISTOIRE avec Olivia Billington

Pour toi, mon enfant

 

Ne subsiste plus raison
pour que poème
rime

vertige de la
valse funeste
l’alcool enivre

les mots qui dégringolent
d’étage en étage
leur tourbillon

pénètrent les baïnes
où s’engouffre
ma désespérance.

Ta vie s’est dissoute.

Sans rime. Sans raison.

 

Martine Littérauteurs - 13 mai 2014
pour Pierre - 04 mars 1988 - 01 décembre 2010

 

DES MOTS UNE HISTOIRE

Chez Olivia, une communauté d'écriture (ici). 

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09 mai 2014

LES (27) PLUMES D'ASPHODÈLE

 

LES PLUMES

Chez Asphodèle (c'est ici), la plumtive que je suis est incitée à écrire : avec une liste de mots, récoltés à partir d'un thème donné (cette fois, c'était "métamorphose"), il s'agit de rédiger un texte incluant tous ces vocables. Je me suis bien amusée.

Voici le résultat de sa collecte : changement, incrédulité ou incrédule (au choix), papillon, régénérer, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard, majestueux, amour, éphémère, éperdu, envol, travesti.

 

 

 

 

 

 

Et voici mon texte.

OVIDE

Lettre à Publius Ovidius Naso, alias Ovide, né en 43 av. J-C, poète latin et auteur des « Métamorphoses », écrites au début de notre ère.

Honoré Maître,

En cette année 2014, je me permets de venir solliciter votre éminente sagesse. Certes, je comprends votre incrédulité alors que votre dépouille, depuis bientôt 2000 ans, est devenue pourriture. Mais votre âme, votre inspiration, continuent à conforter nos regards contemporains sur l’évolution et les transformations d’un monde dont nous ne maîtrisons plus guère ni les climats, ni les changements.

Le décodiez-vous mieux que nous, ce monde, lorsque, encore dans l’adolescence, avec Horace, Tibulle et Properce, vous vous penchiez sur l’art amoureux, l’éclosion de l’embrasement des corps, la magie des élégies à la gloire des étreintes de Corinne ?

Le décodiez-vous mieux que nous, ce monde, lorsque, vous inspirant des amours aussi éphémères qu’éperdues des dieux gréco-romains, vous narriez Jupiter qui, pour tromper sa majestueuse et jalouse Junon,  avait déguisé Io en une génisse d’une blancheur éclatante ? Et que, pour éviter que son amante ne se morfonde dans un cafard sans nom, il ordonnât à son fils Mercure de « fixer sa paire d’ailes à ses pieds » et de prendre son envol pour livrer à la mort Argus aux cent yeux, le geôlier de sa bien-aimée ?

Honoré Maître,

Je vous dédie cette lettre posthume. En cette année 2014, alors que la femelle du papillon ne connait pas la grossesse… puisqu’elle n’est pas mammifère ! Alors que pour la bande à Basile la chenille ne se régénère même pas ! Alors que, pour célébrer ladite larve, les danseurs sont des travestis qui se dandinent au son d’une affligeante effervescence…

Honoré Maître,

Je renvoie mes lecteurs à la découverte des quinze livres de vos « Métamorphoses » pour qu’ils comprennent pourquoi « tandis que tous les animaux courbent la tête et regardent vers la terre, le créateur a donné à l’homme un visage qui se tient vers le haut, pour qu’il puisse contempler le ciel et lever les yeux vers les astres ». Et, bien sûr, qu’ils en tirent les conclusions nécessaires à leur propre évolution !

Martine Littér’auteurs

 

02 mai 2014

Des mots, une histoire, avec Olivia Billington

IN MEMORIAM

Année scolaire 1964/1965. J’étais en 3ème. Tous les mois, notre professeur de lettres, Madame Rambaud, nous proposait un exercice rédactionnel que j’appréciais tout particulièrement. Elle appelait cela le jeu des associations d’idées. À notre arrivée en classe, elle nous dévoilait le mot qu’elle avait choisi pour lancer le jeu. Je me souviens ; ce jour-là, elle avait écrit au tableau « soutien ». À nous de trouver une suite, en cascade, en argumentant notre proposition sous forme de dialogue. Ensuite, nous aurions à rédiger un court texte, incluant tous ces mots.

-      « Famille », souffla Léa. Mon père avait juste 21 ans à la déclaration de la guerre. Comme mon grand-père avait été tué en 1914, dans les premières confrontations de la précédente, il a été déclaré soutien de famille. Il devait rester à la ferme pour aider ma mère.

La conversation entre nous prit alors une tournure inattendue : nous commémorions, cette année-là, le cinquantenaire de la Grande Guerre et nous avions envie d’en savoir davantage. Madame Rambaud nous suggéra de mener l’enquête dans nos foyers et de revenir, pour le prochain cours, avec le maximum de témoignages.

Parmi nos camarades, un jeune garçon, Teddy, était d’origine américaine. C’est avec légitime orgueil qu’il évoqua son grand-père. Celui-ci s’était engagé dans l’US Marine Corps et avait combattu en France, en 1917. À la signature de l’armistice, il n’était pas retourné en Alabama : il avait épousé Augustine avec laquelle il a fondé une famille.

Quel silence dans notre classe, pendant l’exposé de Teddy ! Pendant la semaine, il avait organisé une réunion à laquelle il avait invité toutes les personnes de son entourage, susceptibles de donner des réponses aux questions que nous nous posions. D’autres soldats américains étaient, eux aussi, restés en France, et c’était leur mémoire qu’il avait collectées.

Il y avait le lieutenant Edward B. Il expliquait que la photo du sourire empreint d’humilité de Lillian Gish, une des stars américaines du cinéma muet, en 1912, lui avait permis de garder son calme et sa sérénité, pendant ces temps, où grelottant et nauséeux, il sentait la vermine lui démanger le dos.

Dans la confrérie ainsi rassemblée autour d’un repas convivial que sa mère avait préparé, Teddy avait pu recueillir la souvenance de son oncle, le soldat Christian V. C’est justement un repas qu’il se remémorait. Celui que, le 4 juillet 1919, Mme S. et son mari avaient programmé, au Ritz dans leur suite personnelle, en signe de bienveillante reconnaissance envers deux des glorieux combattants qu’ils avaient choisis « ni répugnants, ni horribles ». La morgue de ce couple d’Américains n’avait d’égal que son impudence. « Allez-y, les gars, faites-moi casquer », tonitruait le richissime Adolph S (prémonition ?).

Et puis, et puis. Les mots du soldat Harold, le grand-père de Teddy… « Le gouvernement français m’a décerné une croix de guerre avec palme, parce que j’avais rampé en plein tir de barrage jusqu’à un capitaine français blessé et son ordonnance et que je les avais sauvés ».

Mais le plus horrible était à venir. Teddy, la gorge nouée, nous raconta ce que son grand-père lui avait rapporté, en se remémorant l’un de ses compagnons, le soldat Walter D. : « Alors on a pris nos fusils et on est allés à la carrière. Il y avait environ une vingtaine de prisonniers, pour la plupart des gamins qui avaient sur les joues un duvet blond tout fin… Le caporal alignait les prisonniers… Pourquoi je refuse pas de faire ça ? je pensais. Pourquoi on refuse pas tous ?... Et là, j’ai vu clairement la vérité : on est aussi des prisonniers, nous sommes tous des prisonniers ».

Quand Teddy se tut, Madame Rambaud respecta notre silence quelques instants ; puis elle nous dit, avec émotion : « Ces soldats allemands qui ont été fusillés n’ont pas eu besoin d’une autopsie pour que l’on sache la raison de leur mort ».

 


L’incipit de ce texte est complètement vrai : Madame Rambaud a bel et bien été mon professeur de lettres en 3ème et elle aimait nous emmener voyager au pays des mots.
Quant aux mémoires de guerre, elles sont inspirées, voire extraites, du roman de William March, Compagnie K.

 


DES MOTS UNE HISTOIRE

Liste des mots :

soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – orgueil – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse

Jeu d'écriture initié par Olivia Billington (clic)

Règle du jeu ici

 

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23 avril 2014

MACULÉE CONCEPTION, Mélanie Chappuis

MACULEE CONCEPTION CHAPPUIS

Maculée Conception
Mélanie Chappuis

Éditions Luce Wilquin (19 janvier 2013)
Collection Sméraldine
224 pages

 

Maryam, fille d’Hannah et de Joachim. Maryam, amante de Barabas. Maryam, épouse de Joseph. Maryam, mère de Yechoua.

Maryam, une femme, révélée par l’étreinte de Barabas. Maryam, une femme que la maternité va éveiller.

Maryam, 17 ans, enceinte des œuvres de son amant. Mariée à Joseph, veuf et déjà père. Épousée pour être sauvée de l’opprobre. Maryam, fille-mère. Barabas emprisonné par les soldats d’Hérode. Mort, peut-être. Barabas rebelle. Père qui ne sait pas.

C’est le lent et violent processus d’attachement/séparation que Mélanie Chappuis décrit ici.  C’est aussi l’évolution du sentiment de possession / dépossession qu’elle dépeint.

En prenant appui sur la référence biblique de l’immaculée conception, l’auteure place Maryam dans une interface relationnelle complexe : ses parents, et notamment sa mère, Joseph, Barabas, Yechoua et Dieu. Mais pas le Dieu tout-puissant duquel Marie, la mère du Christ, est captive. Yechoua n’est ni le fils de Dieu, ni le fils – même adoptif – de Joseph. Yechoua est le fils de Maryam et de Barabas. Et, avant tout, Yechoua est le fils de Maryam.

Ce roman est celui de la maternité, qui crée la femme. De l’amour, qui crée la femme. De la liberté, qui crée la femme. En accompagnant son fils vers l’adultité, pas à pas, années après années, épreuves après épreuves, Maryam, l’exclusive, Maryam, la possessive, apprend le renoncement et la distance de la mère avec son enfant.

Un roman que j’ai lu, le souffle court. Que j’ai lu, les yeux rivés aux mots. Que j’ai lu, le cœur battant. Que j'ai lu, les émotions palpitantes.
Que j’ai lu.

Lu.

La féminité, c'est cela. Oui
La maternité, c’est cela. Oui
La liberté, c’est cela. Oui


20 avril 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR ; Guy Goffette

LE PECHEUR D'EAU GOFFETTE

L'or bleu

 

Non, les larmes n'arrêtent pas de couler
sur la terre, ni les cris de retentir.
Collines et cloisons nous défendent seulement
des corps qui vont avec et se défont

et les fleuves larges et paisibles, et les nuées
entraînent la douleur au loin. Mais à peine
la maison comme un mouchoir refermé
sur son carré d'amertume,

comme la tasse de café brûlant et le verre
de schnaps semblent soudain lourds !
Et si froide, inutile et petite la main
qui dilapidait la lumière sur ta peau

comme le ciel son or bleu sur la mer.

 

Le pêcheur d'eau, Guy Goffette
Gallimard - Poésie
20 avril 2007 - 132 pages

 

Ma participation, modeste, pour le mois belge organisé par Anne et Mina

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15 avril 2014

DES MOTS UNE HISTOIRE

DES MOTS UNE HISTOIRE

Sur une proposition d'Olivia (ici).

Et suite à la collecte de ces mots : lumière – éclairage – clarté – lampadaire – attente – rendez-vous – quand – bientôt – demain – jour – nuit – aube – début....

 

 

 

 

 

 

 

Dis-moi …

 

Quand ? Bientôt !
Lorsque mon attente sera désespérance

Quand ? Bientôt !
Lorsque demain sera jadis

Quand ? Bientôt !
Lorsque la lumière sera ténèbres

Quand ? Bientôt !
Lorsque nos rendez-vous seront séparations

Quand ? Bientôt !
Lorsque l’aube sera à son déclin

Quand ? Bientôt !
Lorsque la clarté sera opacité

Quand ? Bientôt !
Lorsque le début arrivera à son terme

Quand ? Bientôt !
Lorsque le jour sera obscurité

Quand ? Bientôt !
Lorsque la nuit sera flamme

Quand ? Bientôt !
Lorsque l’éclairage se fera extinction

Quand ? Bientôt !
Lorsque les lampadaires se voileront

 

Quand ?

Jamais !

 

Martine Littér'auteurs

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13 avril 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Sherman Alexie

 

SHERMAN ALEXIE

 

 

 

 

 

Après le premier éclair

 

Je te demanderai la permission
de tisser une histoire
avec tes cheveux, de la tisser

autour de nous deux
pendant qu'assis, au chaud et en sécurité,
sur la colline au-dessus
de la réserve et tous

ses peaux-rouges, nous regardons
le premier orage de l'année
approcher, passer
puis s'éloigner.

 

Extrait de Red Blues
Éditions Albin Michel - Terres d'Amériques (15 mars 2008)
Traduit de l'américain par Michel Lederer

290 pages


Sherman Joseph Alexie, Jr., né le 7 octobre 1966 à Wellpinit dans l'État de Washington aux États-Unis, est un romancier, poète et scénariste américain. Il vit aujourd'hui à Seattle et écrit principalement sur les populations amérindiennes

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12 avril 2014

LES PLUMES D'ASPHODÈLE (26)

 

 

 

DIALOGUE

DIVISION

 

 

 

 

 

 

« Mémé »

Mais quel désordre dans cette salle de bain ! C’est infernal ! Ma petite-fille passe toujours avant moi, le matin. Et elle ne fait pas dans la dentelle, il faut bien le dire. Sans aucune délicatesse, elle bouscule le verre qui contient mon dentier et étale son dentifrice à la chlorophylle dans tout le lavabo. C’est drôle, je ne sais pas pourquoi, mais je n’aime pas cette odeur qui se distille dans la pièce. De la chlorophylle, ça ? On voit bien qu’elle n’a jamais vécu à la campagne, cette enfant.

« Jeanne »

Vivre à la campagne ? Elle est en plein délire, l’ancêtre ! Depuis qu’elle est venue habiter, en ville, à la maison, c’est le grand déballage familial. Et c’est qui qui reçoit ? Devinez ! Forcément, c’est tout pour moi. Et Jeanne par-ci, et Jeanne par-là… C’est sûr, ma grand-mère elle peut pas me décalquer ! Bon d’accord, elle est sur son déclin, mais quand même, mes parents pourraient être un peu plus cools, parce que là, ils sont devenus carrément dastiques, non ! dartiques, non ! sarcastiques, heu… non plus ! C’est comment déjà ? Jamais entendu ce mot-là ! Peuvent pas dire craignos, comme tout le monde ?

« Mémé »

Drastique. D.R.A.S.T.I.Q.U.E. Mais qu’est-ce qu’on leur apprend à l’école ? De mon temps… Vaut mieux que je me taise. Déjà que la petite me prend pour un diplodocus de l’ère secondaire…

« Jeanne »

Secondaire. Qu’est-ce qu’elle radote ? Ben oui, je suis en secondaire. En seconde secondaire, si elle veut. Et des diplodocus, j’en ai jamais rencontré. Ou alors ils étaient déguisés en dromadaire ! Parce que des dromadaires, le prof de géo, il arrête pas de nous en présenter. On étudie le désert Saharien.

« Mémé »

Qu’est-ce que ces dromadaires, dont elle parle, cette petite ? Le professeur de géographie ? Ils ne peuvent pas leur enseigner des choses bien de chez nous. De mon temps, on étudiait les doryphores. Et pour les travaux pratiques, on devait aller les ramasser dans les champs de pommes de terre.

« Jeanne »

Champs de pommes de terre. Des pommes de terre dans des champs ? Parce qu’à l’époque de Mémé, ils n’achetaient pas les pommes de terre au supermarché ? Ben dis donc, fallait être rudement débrouillard pour se nourrir ! Et puis qu’est-ce qu’elle radote ? Le prof d’histoire nous a dit l’autre jour que Le Doryphore c’était une statue. Celle de Polyclète. C’était aussi un soldat armé. Je suis plus calée que Mémé ! J’ai deux définitions pour le même mot ! Attention Mémé ! Danger ! Désormais tu ne pourras plus m’opposer ton dédain !

« Mémé »

Dédain ? Dédaigneuse, moi ? Que nous chante-t-elle, cette sauterelle ? Je suis la douceur même. C’est un don, chez moi, la douceur.

« Jeanne »

Pffffff

« L’auteure »

Dans le dédale des pensées de Jeanne et de sa grand-mère, j’ai tenté de trier. Je n’ai pas cherché à les réconcilier. Parce qu’elles vivent chacune sur leur planète, à des millions d’années-lumière l’une de l’autre. Mémé, sur le départ, en est encore à écouter les disques microsillon, alors que Jeanne télécharge sa musique sur sa tablette. Et pourtant. Toutes les symphonies de la vie s’achèvent sur le même final dramatique.

 


ASPHODELE

Voici ma modeste première participation aux "Plumes d'Asphodèle". (clic) (clac pour voir les autres participations)

Les mots imposés : Dentifrice, délicatesse, deux, débrouillard, désirer, danse, danger, diplodocus, dentier, désordre, décalquer, drastique, douceur, dédain, désormais, dentelle, dromadaire, don, dédale, déballage, doryphore, drôle, départ, disque, déclin, distiller.

 

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10 avril 2014

EN FORME ; Ingrid Chabert

en forme

En forme
Ingrid Chabbert, Marjorie Béal
Éditeur : Langue au Chat (janvier 2014)
18  pages - cartonné

 

C’est un rond, c’est un carré, c’est un triangle. C’est rond comme un ballon, ou une planète. C’est carré comme une cabane, ou une boîte. C’est triangulaire comme un instrument de musique, ou comme le bonnet du chien…. C’est un livre-jeu, aux pages cartonnées (très épaisses), destiné aux tout petits bambins qui aiment mettre leurs toutes petites menottes un peu partout. Et leurs tout petits doigts vont pouvoir suivre le contour des trois formes, découpées en creux dans la page.
C’est surtout un livre à toucher. Le texte ne me semble pas vraiment porteur. Les planètes, par exemple. À deux ans, elles sont vraiment hors du champ des repères de l’enfant. Quant au bonnet du chien… certes je n’ai plus depuis longtemps les yeux d’un p’tit loup de 2 ans, mais le chien est aussi mystérieux que le bonnet. Les exemples auraient pu être plus proche des références quotidiennes ; le ballon, lui, rentre tout à fait dans ce cadre. La boîte aussi.
Le concept du livre à toucher, même s’il n’est pas récent, est bien exploité. L’illustration est agréable, sans plus. Couleurs vives en aplat ; pages épurées. Mais excepté les trois formes géométriques, objet principal de l’album, le reste semple « posé » là, un peu par hasard. Pas de lien, pas de sens…

carré

Dernière remarque : les formes évidées. Le contour n’est pas complet : la forme est présentée comme si elle était attachée à l’intérieur d’une fenêtre. (Confer la photo) Le petit doigt ne pourra donc pas suivre le chantournement dans son intégralité.

Un peu déçue par ce livre, reçu dans le cadre des opérations "Masse Critique" de Babelio (clic) (que je remercie).

masse_critique

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