09 mai 2014

LES (27) PLUMES D'ASPHODÈLE

 

LES PLUMES

Chez Asphodèle (c'est ici), la plumtive que je suis est incitée à écrire : avec une liste de mots, récoltés à partir d'un thème donné (cette fois, c'était "métamorphose"), il s'agit de rédiger un texte incluant tous ces vocables. Je me suis bien amusée.

Voici le résultat de sa collecte : changement, incrédulité ou incrédule (au choix), papillon, régénérer, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard, majestueux, amour, éphémère, éperdu, envol, travesti.

 

 

 

 

 

 

Et voici mon texte.

OVIDE

Lettre à Publius Ovidius Naso, alias Ovide, né en 43 av. J-C, poète latin et auteur des « Métamorphoses », écrites au début de notre ère.

Honoré Maître,

En cette année 2014, je me permets de venir solliciter votre éminente sagesse. Certes, je comprends votre incrédulité alors que votre dépouille, depuis bientôt 2000 ans, est devenue pourriture. Mais votre âme, votre inspiration, continuent à conforter nos regards contemporains sur l’évolution et les transformations d’un monde dont nous ne maîtrisons plus guère ni les climats, ni les changements.

Le décodiez-vous mieux que nous, ce monde, lorsque, encore dans l’adolescence, avec Horace, Tibulle et Properce, vous vous penchiez sur l’art amoureux, l’éclosion de l’embrasement des corps, la magie des élégies à la gloire des étreintes de Corinne ?

Le décodiez-vous mieux que nous, ce monde, lorsque, vous inspirant des amours aussi éphémères qu’éperdues des dieux gréco-romains, vous narriez Jupiter qui, pour tromper sa majestueuse et jalouse Junon,  avait déguisé Io en une génisse d’une blancheur éclatante ? Et que, pour éviter que son amante ne se morfonde dans un cafard sans nom, il ordonnât à son fils Mercure de « fixer sa paire d’ailes à ses pieds » et de prendre son envol pour livrer à la mort Argus aux cent yeux, le geôlier de sa bien-aimée ?

Honoré Maître,

Je vous dédie cette lettre posthume. En cette année 2014, alors que la femelle du papillon ne connait pas la grossesse… puisqu’elle n’est pas mammifère ! Alors que pour la bande à Basile la chenille ne se régénère même pas ! Alors que, pour célébrer ladite larve, les danseurs sont des travestis qui se dandinent au son d’une affligeante effervescence…

Honoré Maître,

Je renvoie mes lecteurs à la découverte des quinze livres de vos « Métamorphoses » pour qu’ils comprennent pourquoi « tandis que tous les animaux courbent la tête et regardent vers la terre, le créateur a donné à l’homme un visage qui se tient vers le haut, pour qu’il puisse contempler le ciel et lever les yeux vers les astres ». Et, bien sûr, qu’ils en tirent les conclusions nécessaires à leur propre évolution !

Martine Littér’auteurs

 


02 mai 2014

Des mots, une histoire, avec Olivia Billington

IN MEMORIAM

Année scolaire 1964/1965. J’étais en 3ème. Tous les mois, notre professeur de lettres, Madame Rambaud, nous proposait un exercice rédactionnel que j’appréciais tout particulièrement. Elle appelait cela le jeu des associations d’idées. À notre arrivée en classe, elle nous dévoilait le mot qu’elle avait choisi pour lancer le jeu. Je me souviens ; ce jour-là, elle avait écrit au tableau « soutien ». À nous de trouver une suite, en cascade, en argumentant notre proposition sous forme de dialogue. Ensuite, nous aurions à rédiger un court texte, incluant tous ces mots.

-      « Famille », souffla Léa. Mon père avait juste 21 ans à la déclaration de la guerre. Comme mon grand-père avait été tué en 1914, dans les premières confrontations de la précédente, il a été déclaré soutien de famille. Il devait rester à la ferme pour aider ma mère.

La conversation entre nous prit alors une tournure inattendue : nous commémorions, cette année-là, le cinquantenaire de la Grande Guerre et nous avions envie d’en savoir davantage. Madame Rambaud nous suggéra de mener l’enquête dans nos foyers et de revenir, pour le prochain cours, avec le maximum de témoignages.

Parmi nos camarades, un jeune garçon, Teddy, était d’origine américaine. C’est avec légitime orgueil qu’il évoqua son grand-père. Celui-ci s’était engagé dans l’US Marine Corps et avait combattu en France, en 1917. À la signature de l’armistice, il n’était pas retourné en Alabama : il avait épousé Augustine avec laquelle il a fondé une famille.

Quel silence dans notre classe, pendant l’exposé de Teddy ! Pendant la semaine, il avait organisé une réunion à laquelle il avait invité toutes les personnes de son entourage, susceptibles de donner des réponses aux questions que nous nous posions. D’autres soldats américains étaient, eux aussi, restés en France, et c’était leur mémoire qu’il avait collectées.

Il y avait le lieutenant Edward B. Il expliquait que la photo du sourire empreint d’humilité de Lillian Gish, une des stars américaines du cinéma muet, en 1912, lui avait permis de garder son calme et sa sérénité, pendant ces temps, où grelottant et nauséeux, il sentait la vermine lui démanger le dos.

Dans la confrérie ainsi rassemblée autour d’un repas convivial que sa mère avait préparé, Teddy avait pu recueillir la souvenance de son oncle, le soldat Christian V. C’est justement un repas qu’il se remémorait. Celui que, le 4 juillet 1919, Mme S. et son mari avaient programmé, au Ritz dans leur suite personnelle, en signe de bienveillante reconnaissance envers deux des glorieux combattants qu’ils avaient choisis « ni répugnants, ni horribles ». La morgue de ce couple d’Américains n’avait d’égal que son impudence. « Allez-y, les gars, faites-moi casquer », tonitruait le richissime Adolph S (prémonition ?).

Et puis, et puis. Les mots du soldat Harold, le grand-père de Teddy… « Le gouvernement français m’a décerné une croix de guerre avec palme, parce que j’avais rampé en plein tir de barrage jusqu’à un capitaine français blessé et son ordonnance et que je les avais sauvés ».

Mais le plus horrible était à venir. Teddy, la gorge nouée, nous raconta ce que son grand-père lui avait rapporté, en se remémorant l’un de ses compagnons, le soldat Walter D. : « Alors on a pris nos fusils et on est allés à la carrière. Il y avait environ une vingtaine de prisonniers, pour la plupart des gamins qui avaient sur les joues un duvet blond tout fin… Le caporal alignait les prisonniers… Pourquoi je refuse pas de faire ça ? je pensais. Pourquoi on refuse pas tous ?... Et là, j’ai vu clairement la vérité : on est aussi des prisonniers, nous sommes tous des prisonniers ».

Quand Teddy se tut, Madame Rambaud respecta notre silence quelques instants ; puis elle nous dit, avec émotion : « Ces soldats allemands qui ont été fusillés n’ont pas eu besoin d’une autopsie pour que l’on sache la raison de leur mort ».

 


L’incipit de ce texte est complètement vrai : Madame Rambaud a bel et bien été mon professeur de lettres en 3ème et elle aimait nous emmener voyager au pays des mots.
Quant aux mémoires de guerre, elles sont inspirées, voire extraites, du roman de William March, Compagnie K.

 


DES MOTS UNE HISTOIRE

Liste des mots :

soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – orgueil – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse

Jeu d'écriture initié par Olivia Billington (clic)

Règle du jeu ici

 

Posté par C Martine à 21:23 - Commentaires [10] - Permalien [#]
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15 avril 2014

DES MOTS UNE HISTOIRE

DES MOTS UNE HISTOIRE

Sur une proposition d'Olivia (ici).

Et suite à la collecte de ces mots : lumière – éclairage – clarté – lampadaire – attente – rendez-vous – quand – bientôt – demain – jour – nuit – aube – début....

 

 

 

 

 

 

 

Dis-moi …

 

Quand ? Bientôt !
Lorsque mon attente sera désespérance

Quand ? Bientôt !
Lorsque demain sera jadis

Quand ? Bientôt !
Lorsque la lumière sera ténèbres

Quand ? Bientôt !
Lorsque nos rendez-vous seront séparations

Quand ? Bientôt !
Lorsque l’aube sera à son déclin

Quand ? Bientôt !
Lorsque la clarté sera opacité

Quand ? Bientôt !
Lorsque le début arrivera à son terme

Quand ? Bientôt !
Lorsque le jour sera obscurité

Quand ? Bientôt !
Lorsque la nuit sera flamme

Quand ? Bientôt !
Lorsque l’éclairage se fera extinction

Quand ? Bientôt !
Lorsque les lampadaires se voileront

 

Quand ?

Jamais !

 

Martine Littér'auteurs

Posté par C Martine à 21:32 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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