23 janvier 2014

DÉSORDRES, Elsa Montensi

2014

Désordres, lettre à un père
Elsa Montensi
L’Harmattan – Amarante, août 2012
82 pages, 12 €

 

 

 

 

 

Désordre : manque d’ordre, égarement, mauvais état, dérèglement des mœurs, querelle…

Les différents sens du mot conviennent tous exactement à l’âme de ce texte chargé d’émotion, de souffrance, d’incompréhension, d’indulgence. Désordres, une lettre autobiographique d’une jeune femme à son père.

« Arriver sur terre, c’est arriver dans une famille que nous ne connaissons pas, qui peut nous rester étrangère des années durant. C’est devoir s’en remettre à des êtres apeurés, bancals, mettre notre vie entre leurs mains tremblantes. On ne se choisit pas, on nous impose les uns aux autres sans même nous présenter. Il arrive que la véritable rencontre ne se produise jamais. Je n’ai pas su me frayer de chemin pour venir jusqu’à toi, tu n’as pas su venir à ma rencontre. Chaque jour qui passe nous rapproche du moment où le rendez-vous manqué s’inscrira de manière irréversible dans notre histoire. Qu’y aura-t-il de plus douloureux ? Le manque, la nostalgie, ou les paroles interdites, l’amour retenu prisonnier ? Aussi sûrement que les coups reçus, chaque élan retenu nous oppresse. Ce que nous n’aurons pas su donner restera perdu. Définitivement ».

Quelle famille a offert cet homme à sa femme et à sa fille, alors que le mari et le père se cachaient derrière un homme qui n’aime que les hommes ?

Elsa Montensi écrit à son père ; elle dit, elle se dit. C’est troublant, c’est douloureux, c’est dérangeant, c’est éprouvant.

« Autres allers retours. Entre les pages d'encre et l'extérieur. Je découvre la vie, me rencontre, me reconnais dans les livres. La musique des mots, espace vital où je reprends mon souffle, puise des forces pour aller de l'avant. Je les attrape au vol, m'en saisis, les brandis comme un étendard. La littérature devient l'épaule sur laquelle je m'appuie pour affronter le monde ».

Une lettre sublime. Poétique aussi.

« Nos vies sont faites de moments éphémères, fugaces, qui nous glissent entre les doigts. Ce qui est ne sera bientôt plus ».

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INTERBLOGS : le tag de la convivialité

tag lecteur convivial

C’est Mina qui l’affirme, il paraît que je suis conviviale. Je suis allée compulser le dico qui dit que convivial c’est chaleureux et amical. Bon, ça ne me semble pas totalement discordant. Mais on a parfois une forte propension à l’indulgence quand on se contemple.

Je vais donc éviter le nombrilisme exacerbé et remercier Mina pour ce petit cadeau. Mina, je ne la connais guère. Mina est apparue dans ma vie de lectrice, lorsqu’elle a créé avec Marilyne une éphémère association de protectrices de la littérature érotique, au début de l’année 2014. Contrairement à ce que certains mal-pensants auraient pu croire, il ne s’agissait pas de mettre en avant des textes canailles, mais plutôt de donner la parole à des auteurs qui ont su vanter l’amour et le désir en termes délicats et élégants. Et j’attends de Mina qu’elle poursuive mon éducation ! Ça me fait penser que dimanche prochain je présenterai des vers d’un poète que je trouve tout à fait inattendus. Mais chuttt !

 

Voici les règles du jeu

1. Lorsque tu apprendras que tu as été désigné(e), te réjouir tu devras. Danser la gigue et arborer le logo de ce tag sur ton blog tu feras.

Voilà la gigue  (la dame en robe noire, c’est moi). Quant au logo tout le monde le voit, non ? 

2. Pour remercier celui qui t’a désigné (e), un petit texte tu rédigeras.

Mina est apparue dans ma vie de lectrice… ah, mais ça, c’est déjà fait ! Confer quelques lignes plus haut.

3. Puis, les 10 internautes les plus réactifs ces derniers temps sur ton blog tu nommeras. (10… c’est sûr ?)

C’est à Aifelle que je vais décerner l’une des palmes, non parce qu’elle est plus réactive que d’autres que je vais nommer plus loin ; mais parce qu’elle supporte avec patience mes grands silences, lorsque les mots ne veulent plus me donner sens, qu’ils s’agitent et refusent de se mettre en ordre, et que je la retrouve dès que je reviens : parce que, chaque dimanche, elle « me » souhaite une bonne journée et que j’aime ses clins d’œil hebdomadaires. Aifelle est aussi l’une de mes ambassadrices normandes. La Normandie avec laquelle j’ai quelques attaches personnelles.

Au tour d’Anne, maintenant de bien vouloir accepter mes hommages. Anne de Belgique. Oui, mesdames messieurs, j’ai dans mon entourage littéraire une gente dame ! Et c’est une dame qui sait tout de la psychologie féline, qui aime Thomas Vinau, qui a tellement de livres à lire qu’elle fait parfois de belles découvertes dans sa propre bibliothèque, et qui, elle aussi, me laisse me taire.

Et, voici Jérôme, mon conseiller littéraire jeunesse personnel. Ses avis me sont précieux, surtout pour que je constitue une biblio-bambins qui « arrache » lorsque mes petits-enfants viennent en vacances à la maison. C’est du pur bonheur que de voir mes p’tits loups [qui, chez eux, lisent peu, ou pas] foncer sur « leurs étagères » pour découvrir les nouveaux albums que j’ai choisis pour eux. Mais Jérôme n’est pas qu’expert en littérature jeunesse ; ses choix de lecture me donnent souvent (trop souvent pour mon compte en banque) des idées compulsives.

Pour que Jérôme ne soit pas le seul homme de ma famille littéraire, je vais faire un clin d’œil à Daniel. Avec Daniel, nous avons, dans un autre temps de ma vie, exploré les textes de Frédéric Dard. Et j’en conserve un souvenir savoureux. C’est lui qui a repris à son compte le challenge initié par Anne (de Belgique) : « Le défi 1er roman » que je suis, silencieusement certes. Et Daniel poursuit avec une belle assiduité les dimanches poétiques qu’avait lancés Celsmoon : il affichait, le 19 janvier, sa 158ème participation avec Pierre Reverdy.

Dans ma vie de bloggeuse, encore un homme : Jack. Notre passion commune pour la belle littérature est complètement secrète. J’aime lire ses avis, j’aime la manière dont il les illustre.  Je le trouve sibyllin, et pourtant très éloquent.

Dans mon cœur, je garde Soukee, avec laquelle il fut un temps où nous « marmitonnions » de concert. Une Soukee dont je guette les nouvelles lectures. Une Soukee dont les choix, parfois, me déconcertent. Une Soukee dont les choix, souvent, m’appâtent. Une Soukee un peu rétive à la poésie (sauf, peut-être, quand ce sont des haïkus), et que j’aimerais bien convaincre.

Ma passion féministe est largement comblée par Anis. Elle dédie l’intégralité de son blog aux femmes en littérature et frémit lorsque, le dimanche, mon boudoir poétique est consacré à une poétesse. Et je lis ses chroniques avec intérêt, même si je ne suis pas aussi exclusive qu’elle.

Et puis, Marilyne. L’histoire d’une belle rencontre avec une professionnelle de la littérature jeunesse, à l’époque où je recherchais, pour mes élèves, autre chose que le puéril, alors que leur âge mental connaissait quelques difficultés à s’épanouir. Comme ses conseils m’ont été précieux ! Marilyne, même si elle n’a pas complètement abandonné ce genre littéraire, a, depuis, ouvert son champ de recherche à une « autre » littérature : celle d'escapades thématiques approfondies qui abordent les différentes dimensions de l’art et de la culture.

4. Les prévenir (sur leur blog) de ton méfait tu devras.

5. Faire ce tag une seule fois tu pourras : je crains bien que certain(e)s de mes bloggeurs(seuses) préféré(e)s n’aient déjà été salué(e)s pour leur amicalité. Pour ce qui me concerne, c’est sincèrement que je les remercie.

 

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Semaine poétique : JEAN TARDIEU (5)

2014

ÉPITHÈTES

 

Une source - corrompue
Un secret - divulgué
Une absence - pesante
Une éternité - passagère
Des ténèbres - fidèles
Des tonnerres - captifs
Des flammes - immobiles
La neige - en cendre
La bouche fermée
Les dents serrées
La parole niée
muette
bourdonnante
glorieuse
engloutie.

 

Formeries, Jean Tardieu, Gallimard, 1976

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22 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (4)

2014

NATURE

 

C'est un oiseau qui s'approche en pleurant
c'est un nuage qui parle en rêvant
un rocher roule pour passer le temps
un roseau s'admire dans le miroir d'un étang
les arbres de la forêt
sont là comme des gens et des gens.
Tout cela fait une foule qui attend,
- Mais l'homme, - absent, absent, absent....

Histoires obscures, Jean Tardieu, 1961

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21 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (3)

2014

LE CAP

 

Dans la contrée où l'âme est profonde,
Je vins pour la première fois,
Triste et seul, à l'âge où le monde
Me sépara de vous et de moi.

D'étranges feux dans l'air grimaçaient,
Mais les sources coulaient pour l'espérance
Et tendre, tendre était l'impatience
Des fruits tombant dans les vergers secrets.

J'entrai, nageant sous les grands nuages,
À jamais loin des tranquilles jours ;
Là-haut, les traits des chers visages
M'abandonnaient à chaque détour.

Quelle nuit tout à coup, mais quel espace !
Je reconnus la voix de toujours
Qui pour moi demeure et par moi passe...
Et quelle puissance, loin de l'amour !

Je laissais mourir et renaître
Et mourir encor la clarté
Moi, je creusais mon obscurité
Et j'apprenais à ne plus être.

Cependant, on murmurait : "L'ombre
Va l'engloutir !" Ah ! j'entends le vent
Répondre par les feuilles sans nombre :
"Cet homme a franchi les postes du temps !"

Accents, Jean Tardieu, Gallimard 1939

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20 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (2)

2014

NI L'UN NI L'AUTRE

 

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses meilleurs amis.

La nuit, par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n'est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n'en point parler ici !

Monsieur Monsieur, Jean Tardieu, Gallimard, 1987

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19 janvier 2014

News : Juan GELMAN est décédé

Juan Gelman

Juan Gelman, poète argentin vient de décéder, le 14 janvier dernier.

Le 4 aôut dernier, je le présentais (ici) dans l'un des recueils de ses poèmes L'OPÉRATION D'AMOUR.

Je consacrerai la semaine poétique de février à cet homme, né en 1930, qui était également connu pour son militantisme politique. Très engagé contre la dictature, la vie de ce poète concentre à elle seule toutes les horreurs de la dictature argentine. Son fils Marcelo, âgé de 20 ans, a été assassiné par ce régime. Sa belle fille, Maria Claudia Garcia, est enlevée en 1976 à Buenos Aires, alors qu'elle était enceinte. Emmenée en Uruguay dans le cadre du plan Condor, un programme de répression des opposants à l'échelle internationale, elle accouche d'une fille qui sera donnée illégalement à la famille d'un policier uruguayen, puis disparaît. Juan Gelman se bat pour retrouver sa petite-fille. En 2000, 24 ans après, il y parvient.

Commentaire LIV (homero manzi)

amour qui taille / polit / met

dernière main et perfection /

là ne prend pas fin ton travail /

tu répands des refuges comme

 

des laits de feu afin que nul

ne cogne sur son amertume /

sur sa douleur / enfants que tu 

protèges des murs de la nuit

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Semaine Poétique : JEAN TARDIEU (1)

2014

JOURS PÉTRIFIÉS

Les yeux bandés les mains tremblantes
trompé par le bruit de mes pas
qui porte partout mon silence
perdant la trace de mes jours
si j'attends ou me dépasse
toujours je me retrouve là
comme la pierre sous le ciel.

Par la nuit et par le soleil
condamné sans preuve et sans tort
aux murs de mon étroit espace
je tourne au fond de mon sommeil
désolé comme l'espérance
innocent comme le remords.

Un homme qui feint de vieillir
emprisonné dans son enfance,
l'avenir brille au même point,
nous nous en souvenons encore,
le sol tremble à la même place,

le temps monte comme la mer.

 

Extrait de Jours pétrifiés, Jean Tardieu. Gallimard, 1948

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16 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU


SEMAINE JEAN TARDIEU

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