10 janvier 2014

À COPIER 100 FOIS ; Antoine Dole

A-COPIER-100-FOIS-ANTOINE-DOLE

À copier 100 fois, Antoine Dole
Sarbacane, 2013, 54 pages, 6 €

 

 

 

 

C’est quoi être un homme ? C’est quoi être un père ? C’est quoi l’amitié ? C’est quoi l’amour ? Antoine Dole s’accorde à peine cinquante-quatre pages pour … non ! Pas répondre à ces questions ! … mais  proposer des pistes de pensées intelligentes. En donnant la parole à son jeune héros de 13 ans, il ouvre avec beaucoup de pudeur certes, mais aussi avec intensité, le champ d’une réflexion sur l’homosexualité adolescente et les dommages que les discours bien-pensants provoquent chez ces jeunes qui, dans une période d’extrême fragilité psychologique et affective, se découvrent une orientation sexuelle et sentimentale différente de la norme hétéro.

C’est vrai que les mots, dits dans ce que l’on croit être l’anodin du quotidien, ont parfois un dramatique pouvoir destructeur. Quand le père du jeune narrateur martèle « un garçon, ça pleure pas, ça se laisse pas faire », comment peut-il entendre cette injonction cent fois répétée ? Comment gérer les insultes, les coups, le mépris de Vincent et de ses potes qui le martyrisent constamment et méthodiquement ? « Non papa, je me suis assis en boule, j’ai attendu que ça passe, j’ai mal aux côtes, j’veux pas y retourner demain, steuplé va leur demander d’arrêter ».

Comment gérer une relation à un père enfermé dans le bien-disant ? Comment se construire avec des outils qu’on ne sait pas utiliser parce que leur mode d’emploi n’est pas rédigé dans un langage que l’on comprend ? Comment affronter et refuser « les vérités » d’un standard culturel et judéo-chrétien dont on a souvent oublié les sources ?

Bien sûr, il y a Sarah, un rayon de soleil dans la solitude, une respiration dans cette violence ordinaire. Elle aussi « aime les garçons » lui dit-elle avec humour, tact, tendresse et douceur en lui prenant la main pour le réconforter et tenter de le défendre contre les dérouillées de cette bande qui ne voit en lui qu’un pédé. Elle, c’est un soutien symbolique.

Antoine Dole sait dire l’angoisse, la boule au ventre, l’isolement, l’asphyxie, le désespoir. Il parle du rejet, de la différence. Il n’explique pas. Il dit. Il n’est pas sentencieux, il ouvre seulement la porte à la remise en cause des principes induits, à la prise de conscience. Cinquante-quatre pages destinées aux adolescents, qu’ils se situent dans « la norme » ou non, aux adultes bien-pensants qui pourraient oser penser autrement, aux parents – que leurs enfants soient « différents » ou non –, et à tous ceux qui ne voudraient pas rater une chance de se bousculer les neurones.

« Quand ma mère me disait que les monstres n'existaient pas, que fallait pas avoir peur, c'était pas vrai Sarah. Ces monstres-là, ils existent, moi j'en ai rencontré. On s'y fait et c'est le pire, on s'habitue à tout. »

 


Lara Fabian - La difference par DMagalhaes

Posté par C Martine à 17:11 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur À COPIER 100 FOIS ; Antoine Dole

  • J'ai déjà repéré ce roman, mais sur le même sujet, et en roman très court aussi, j'ai lu "50 minutes avec toi" de Cthy Ytak, chez Actes Sud Junior.

    Posté par Anne, 10 janvier 2014 à 19:14 | | Répondre
    • C'est malin, Anne ! Voilà que tu m'allèches avec un nouveau titre. Et que... ben voilà, j'ai une furieuse envie de le lire ! J'ai beaucoup aimé la façon dont Antoine Dole traite ce délicat sujet de l'homosexualité. Et à l'inverse de "50 minutes avec toi" (dont je viens de lire la 4ème de couv), la relation au père n'est pas de la même violence. C'est sur une note positive que se conclut "À copier 100 fois"

      Posté par Martine, 10 janvier 2014 à 19:55 | | Répondre
  • De la littérature jeunesse forte et intelligente, j'ai tout simplement ce petit texte (et d'ailleurs je l'ai déjà offert plusieurs fois).

    Posté par jerome, 10 janvier 2014 à 20:29 | | Répondre
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