03 janvier 2015

DES LETTRES ET DES MOTS - Pour les Plumes d'Asphodèle

 

-      Consonne
-      Z
-      Consonne
-      N
-      Voyelle
-      O
-      Voyelle
-      O
-      Voyelle
-      I
-      Consonne
-      H
-      Consonne
-      R

 

Bien sympa la copine, de m’avoir inscrite à ce jeu télévisé où l’on jongle avec les lettres et les mots. Certes, je suis de nature joueuse, mais là j’ai l’impression que mon adversaire est complètement à donf. Il va m’épuiser, me mettre en fatigue, me donner la fièvre. C’est juste le premier round, et j’ai déjà besoin d’un remontant.

H O R I Z O N… j’ai trouvé un sept lettres ! Oui, mais c’est à lui de parler en premier.

-      Six lettres, annonce-t-il avec ravissement.

-      Yes !!! Je suis dans le rythme ! Sept pour moi ! Et, comme on dit au pays d’ovalie, la cabane est tombée sur le chien. Pourquoi le chien ? Pourquoi pas le cheval ? Ou la poule ? Tiens, une poule sur une échelle, ou une étagère, qui sait ! Une poule qui picoterait du pain dur, qui cherrait – du verbe choir – de son échalier, valdinguerait du rayonnage et terrirait –du verbe terrir – dans la cahutte. Décidément, ce jeu me transcende !

 

Partie suivante. Je vais le faire grimper au rideau. Et il n’a pas intérêt à en faire une montagne !

 

-      Voyelle
-      A
-      Voyelle
-      E
-      Consonne
-      N
-      Consonne
-      R
-      Voyelle
-      E
-      Consonne
-      C
-      Voyelle
-      U

 

C’est à moi de dire en premier… Là, tu vois, c’est presque l’ascenseur pour l’Éden : six lettres triomphales : N A C R E E. Pourvu qu’il tombe en panne ! Je marche sur des œufs. Et s’il montait au créneau ? Il se gratte la tête, me regarde en coin, tente une œillade. Oh non ! Je viens d’entrevoir un sept lettres que je n’avais pas vu : C E R N E A U ! Là, c’est sûr, il va l’emporter ; c’est sûr il va le forger ce mot.

drague

Va falloir que je sorte le grand jeu, que je lui fasse croire qu’avec moi il va monter au ciel : un petit battement de cils, la langue qui s’insinue entre mes lèvres que je me mordille en baissant les yeux, le nez qui se retrousse. Je tournicote une mèche de cheveux… Super cute !

Non, pas sept lettres ! Je croise les jambes sous le pupitre, heu non, les doigts sur le pupitre. Le chrono s’essouffle. Je vois mon adversaire qui vacille, qui flageole. Il se déconcentre, il se disperse, il se dilue, il s’entomate. Sait même plus quelles lettres sont en jeu. Le voici qui claironne : « On se retrouve tout de suite après l’émission ? »

 

G A G N É ! J’ai gagné !

 

des chiffres et des lettres

Je rentre à la maison. La télé est allumée. Mon mari n’est pas là. Sur la table un post-it : « Tu as perdu au jeu de l’amour et du hasard. Sache que les lettres peuvent aussi faire des maux ».

 

 

 

-      Consonne
-      D
-      Consonne
-      V
-      Voyelle
-      E
-      Voyelle
-      O
-      Consonne
-      R
-      Voyelle
-      I
-      Consonne
-      C

 

C O R V I D É… je savais bien que les corbeaux portent malheur !

Un autre sept lettres : D I V O R C E…. ça c’était pas le jeu !

 


ASPHODELE

Les dernières Plumes 2014, dans leur dernière version. Les mots de la collecte, sur le site d'Asphodèle, ici.

(horizonnaturecielcabaneéchellefatiguegrimperrideaucréneauascenseurÉdenmontagneétagèrefièvretranscenderpanneépuiserœufschevalravissementremontant - rythme) ne m'ont pas inspirée vraiment. Alors que le thème était "monter", je les ai paradoxalement trouvés plats. J'ai fait ce que j'ai pu !

Et puis, c'est au scrabble que l'on tire 7 lettres ; à ce jeu télévisuel, c'est 10. Quand je vous disais que j'ai fait ce que j'ai pu !

En 2015, les rythme de ces ateliers d'écriture change (1 atelier mensuel seulement), les consignes aussi. Seul le règlement s'accroche.

 

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05 juillet 2014

LES PLUMES D'ASPHODÈLE : Impossibles retrouvailles

Reviens ! Veux-tu !

« Ma chérie,

Depuis que tu as laissé ceux qui t’aiment dans le désespoir en partant sans un adieu, nous vivons sans joie. Reviens, veux-tu !

Je t’embrasse.

Maman »

Elle ne s’attendait pas à cela, en ouvrant l’enveloppe anonyme qui avait été glissée sous la porte de son appartement. Comment sa mère avait-elle pu retrouver son adresse ? Qui avait été chargé de cette missive ?

Elle reste là, les yeux dans le vague, quand, absurde et dérisoire, une romance, chantée par Tino Rossi dans les années 1900, la submerge : « Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Son grand-père. Elle, petite fille gonflée d’amour. Lorsqu’il entonnait ce refrain avec allégresse, elle sentait des larmes d’inquiétude monter inexorablement. Comme si l’irréparable allait se produire. Elle ne comprenait pas pourquoi cette émotion l’envahissait. Son grand-père non plus. Tout allait bien pourtant ! Les ripailles mettaient en joie la famille réunie pour ces fêtes…


« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».
Comme si la lettre, inopportune, de sa mère lui prescrivait de faire un bilan. Elle a froid, soudain. Son grand-père n’est plus. La petite fille a grandi. Grandi dans une révolte qu’elle a vécue intensément, dans une volonté impitoyable de balayer tout ce qui la rendait heureuse.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».
Cet ami avec lequel elle avait découvert sa féminité, qu’elle avait laissé sur le quai d’une gare, sans un regard en arrière : leur séparation avait été si facile ! Elle avait tourné le dos. Simplement. Sans qu’un mot ne soit échangé.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Non. Ne revoir personne. Sa vie n’a pas de sens.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Au goulot, elle ingurgite le contenu de la bouteille. Dans sa bouche, le cocktail létal…

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Elle brise sa vie.



Martine Littér'auteurs - 2014.07.02



LES PLUMES

Les "Plumes" chez Asphodèle, c'est, bimensuellement, écrire. Un plaisir que donner sens aux mots. Cette fois, il s'agissait de : 

ripaille – revoir – s’embrasser – froid – larmes – famille – fête – allégresse – bilan – amour – quai – adieu – joie – ami – séparation – inquiétude – irréparable – intensément 

 

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12 avril 2014

LES PLUMES D'ASPHODÈLE (26)

 

 

 

DIALOGUE

DIVISION

 

 

 

 

 

 

« Mémé »

Mais quel désordre dans cette salle de bain ! C’est infernal ! Ma petite-fille passe toujours avant moi, le matin. Et elle ne fait pas dans la dentelle, il faut bien le dire. Sans aucune délicatesse, elle bouscule le verre qui contient mon dentier et étale son dentifrice à la chlorophylle dans tout le lavabo. C’est drôle, je ne sais pas pourquoi, mais je n’aime pas cette odeur qui se distille dans la pièce. De la chlorophylle, ça ? On voit bien qu’elle n’a jamais vécu à la campagne, cette enfant.

« Jeanne »

Vivre à la campagne ? Elle est en plein délire, l’ancêtre ! Depuis qu’elle est venue habiter, en ville, à la maison, c’est le grand déballage familial. Et c’est qui qui reçoit ? Devinez ! Forcément, c’est tout pour moi. Et Jeanne par-ci, et Jeanne par-là… C’est sûr, ma grand-mère elle peut pas me décalquer ! Bon d’accord, elle est sur son déclin, mais quand même, mes parents pourraient être un peu plus cools, parce que là, ils sont devenus carrément dastiques, non ! dartiques, non ! sarcastiques, heu… non plus ! C’est comment déjà ? Jamais entendu ce mot-là ! Peuvent pas dire craignos, comme tout le monde ?

« Mémé »

Drastique. D.R.A.S.T.I.Q.U.E. Mais qu’est-ce qu’on leur apprend à l’école ? De mon temps… Vaut mieux que je me taise. Déjà que la petite me prend pour un diplodocus de l’ère secondaire…

« Jeanne »

Secondaire. Qu’est-ce qu’elle radote ? Ben oui, je suis en secondaire. En seconde secondaire, si elle veut. Et des diplodocus, j’en ai jamais rencontré. Ou alors ils étaient déguisés en dromadaire ! Parce que des dromadaires, le prof de géo, il arrête pas de nous en présenter. On étudie le désert Saharien.

« Mémé »

Qu’est-ce que ces dromadaires, dont elle parle, cette petite ? Le professeur de géographie ? Ils ne peuvent pas leur enseigner des choses bien de chez nous. De mon temps, on étudiait les doryphores. Et pour les travaux pratiques, on devait aller les ramasser dans les champs de pommes de terre.

« Jeanne »

Champs de pommes de terre. Des pommes de terre dans des champs ? Parce qu’à l’époque de Mémé, ils n’achetaient pas les pommes de terre au supermarché ? Ben dis donc, fallait être rudement débrouillard pour se nourrir ! Et puis qu’est-ce qu’elle radote ? Le prof d’histoire nous a dit l’autre jour que Le Doryphore c’était une statue. Celle de Polyclète. C’était aussi un soldat armé. Je suis plus calée que Mémé ! J’ai deux définitions pour le même mot ! Attention Mémé ! Danger ! Désormais tu ne pourras plus m’opposer ton dédain !

« Mémé »

Dédain ? Dédaigneuse, moi ? Que nous chante-t-elle, cette sauterelle ? Je suis la douceur même. C’est un don, chez moi, la douceur.

« Jeanne »

Pffffff

« L’auteure »

Dans le dédale des pensées de Jeanne et de sa grand-mère, j’ai tenté de trier. Je n’ai pas cherché à les réconcilier. Parce qu’elles vivent chacune sur leur planète, à des millions d’années-lumière l’une de l’autre. Mémé, sur le départ, en est encore à écouter les disques microsillon, alors que Jeanne télécharge sa musique sur sa tablette. Et pourtant. Toutes les symphonies de la vie s’achèvent sur le même final dramatique.

 


ASPHODELE

Voici ma modeste première participation aux "Plumes d'Asphodèle". (clic) (clac pour voir les autres participations)

Les mots imposés : Dentifrice, délicatesse, deux, débrouillard, désirer, danse, danger, diplodocus, dentier, désordre, décalquer, drastique, douceur, dédain, désormais, dentelle, dromadaire, don, dédale, déballage, doryphore, drôle, départ, disque, déclin, distiller.

 

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