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Littér'auteurs

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15 septembre 2012

LUZ OU LE TEMPS SAUVAGE ; Elsa Osorio

luz

"A vingt ans, à la naissance de son enfant, Luz commence à avoir des doutes sur ses origines, elle suit son intuition dans une recherche qui lui révèlera l'histoire de son pays, l'Argentine. En 1975, sa mère, détenue politique, a accouché en prison. La petite fille a été donnée à la famille d'un des responsables de la répression. Personne n'a su d'où venait Luz, à l'exception de Myriam, la compagne d'un des tortionnaires, qui s'est liée d'amitié avec la prisonnière et a juré de protéger l'enfant. 
Luz mène son enquête depuis sa situation troublante d'enfant que personne n'a jamais recherchée. 
Un thriller loin des clichés dans lequel l'amour cherche la vérité."

Il est des mots qui gravent sur le papier des narrations monstrueuses, et laissent dans la mémoire du lecteur la trace indélébile de pans de l’histoire humaine qui n’auraient jamais dû exister, et qui, hélas, ont cruellement écorché l’humanité.

Il est des textes qui laissent à l’âme du lecteur le souvenir ébloui de les avoir rencontrés : « Le cœur cousu » de Carole Martinez est inscrit en moi depuis que j’en ai fait la découverte. 
« Luz ou Le temps sauvage » d’Elsa Osorio vient de me bouleverser de la même manière, mais pour d’autres raisons, évidemment.

La naissance de son enfant conduit Luz, une jeune femme argentine, à se questionner sur sa propre naissance. Son refus de se reconnaître comme appartenant à cette famille de tortionnaires qui l’a élevée est tant à fleur de peau qu’elle part en quête de la vérité. C’est un chemin de douleurs, d’atrocités, d’abominations qu’elle entreprend. Un chemin qui va la conduire vers son père, le vrai, avec lequel elle retissera les fils de sa vie, de LA vie. Mais un chemin qui va l’amener vers l’espoir de vivre en femme libérée d’une histoire qui la débecte au point de ne plus pouvoir garder la tête haute.

En dire plus serait à nouveau violer et violenter, humilier et torturer cette jeune femme, et Elsa Osorio qui, sous forme romancée, a narré l’histoire de sa reconstruction. L’hommage que l’auteur rend à l’Asociación Madres de la Plaza de Mayo, ces mères argentines dont les enfants ont « disparu » pendant la dictature militaire de 1976 à 1983 et à Abuelas de Plaza de Mayo, celle des grands-mères qui ont mis leur énergie, voire leur vie, en cause pour retrouver les « desaparecidos » (Noemi Gianetti de Molfino a été séquestrée et assassinée, à Lima, en 1980, par le « Bataillon d’intelligence 601 »), cet hommage donne à l’humanité la force de combattre pour qu’elle retrouve, trouve sa dignité, malgré les exactions que l’homme peut commettre.

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Un roman d’espoir, d’espérance pour surmonter les ténèbres de l’ignominie.

 

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3 septembre 2012

BELOVED ; Toni Morrison

beloved

"Inspiré d'un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l'horreur et la folie d'un passé douloureux. Sethe est une ancienne esclave qui, au nom de l'amour et de la liberté, a tué l'enfant qu'elle chérissait pour ne pas la voir vivre l'expérience avilissante de la servitude. Quelques années plus tard, le fantôme de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa mère coupable. Loin de tous les clichés, Toni Morrison ranime la mémoire, exorcise le passé et transcende la douleur des opprimés."

Une vie, des vies, marquées par les souvenirs, par les cauchemars, par l'obsession, par les spectres. La cicatrice indélébile d'une vie, de vies d'esclaves. A la fin du 19ème siècle, ce n'est pas si lointain, aux États-Unis, dans la sinistre période qui borne la guerre de sécession, Sethe, 19 ans, enceinte, parvient à s'enfuir de l'exploitation, le Bon Abri, où elle est tenue en servitude. Au Bon Abri, elle était, avec d'autres, sous le joug d'un maître paternaliste, M. Garner.

« Mes nègres, c'est tous des hommes, jusqu'au dernier. Je les ai achetés comme ça, je les ai dressés comme ça ».

Sethe et ses compagnons étaient des hommes qui se dressent. Cette illusion de liberté de penser qu'entretient ce maître va cesser avec sa mort. Maître d'École, qui prend la suite, ne voit pas les choses ainsi : on ne doit pas « battre [les nègres, comme les animaux] au delà des nécessités du dressage ». On peut donc les frapper, les humilier, les dégrader, les fouetter, les opprimer. Sethe réussit donc à s'enfuir pour rejoindre sa belle-mère, Baby Suggs, femme libre grâce à son fils qui l'a rachetée et à laquelle elle avait confié ses aînés. Un mois après son arrivée, alors qu'elle a accouché d'une petite fille pendant sa fuite, elle voit débarquer son tyran. Elle tente de tuer ses enfants, mais ne parvient qu'à égorger son avant-dernière.

Dix-huit ans plus tard, Baby Suggs est morte de chagrin, les deux aînés se sont enfuis, effrayés par le fantôme de leur petite sœur, Sethe vit seule avec sa dernière fille Denver. L'irruption dans leur vie de Paul D., ancien compagnon d'esclavage, va faire ressurgir les souvenirs de la vie passée, de l'évasion et du meurtre. Avec eux apparaît une mystérieuse jeune fille, venue de nulle part, Beloved, « bien-aimée » que Sethe a fait graver sur la tombe de son bébé qu'elle avait assassiné au nom de l'amour et de la liberté.

 

Tony Morrison réussit, au travers ce terrifiant et magnifique roman à traiter les questions de l'identité, des identités, du deuil, des deuils. Qui sont, en effet, ces hommes et ces femmes qui ne portent que le nom qu'un maître leur a attribué : « Payé-Acquitté », « N° Six » ... ? Ils n'appartiennent à aucune famille, n'ont aucune racine, aucun passé. La filiation n'a pas de sens :

« Si ma mère me connaissait, est-ce qu'elle m'aimerait ? »

« Elle les a tous jetés, sauf toi. Celui des marins, elle l'a jeté dans l'île. Les autres, ceux d'autres Blancs, elle les a jetés aussi. Sans nom, qu'elle les jetait ».

Sethe, elle, a « eu la chance » de n'avoir eu qu'un seul homme, Halle, pour créer une descendance. L'amour maternel, à l'inverse des autres femmes, elle peut le connaître... jusqu'à l'extrême, jusqu'à l'infanticide qu'elle commet par amour pour ses enfants. Elle a pu offrir une filiation à ses quatre enfants. Ils sont « fils ou filles de... ». Elle a pu choisir leurs prénoms.

Mais Sethe n'a « pas fait le ménage à l'intérieur d'elle-même » après avoir tué son enfant. Elle nie le deuil, elle ne « pose pas les armes », comme le lui conseille Baby Suggs. Baby Suggs qui s'est mise à prêcher, à parler, à inciter ceux qui l'entourent à en faire de même pour faire le deuil de ce qu'elle a vécu, des enfants qu'elle a perdus, des souffrances qu'elle a endurées. Paul D, lui, a préféré enfermer ses terreurs dans une boîte : « Il se passa un certain temps avant qu'il puisse mettre Alfred, la Géorgie, N°Six, Maître d'Ecole, Halle, ses frères, Sethe, Monsieur, le goût du fer, la vue du beurre, l'odeur du noyer blanc, le carnet de notes, un par un dans la boîte à tabac en fer-blanc logée dans sa poitrine. Au moment où il arriva au 124, rien au monde n'aurait pu en forcer le couvercle ». C'est Beloved qui, en ouvrant cette boîte, lui permettra d'entamer son propre processus de deuil.

En incarnant la petite fille assassinée, par l'entremise de Beloved, Toni Morrison, permet aux protagonistes de ce roman de rompre le déni : inventer des fantômes, c'est, là aussi, fermer la porte au travail de deuil.

Le deuil, c'est aussi celui de l'esclavagisme que ces héros doivent faire. Comment s'approprier la liberté, arrachée de force, achetée au prix de la douleur et du désespoir, sans passer par la réminiscence traumatique qui, pourtant, transformera ces hommes et ces femmes ?

 

Toni Morrison sert cette quête de la liberté des Noirs Américains dans les années 1860 de façon magistrale. Elle met en scène la vie d'hommes et de femmes qui vivent, respirent, aiment, parlent, chantent, pleurent... qui tuent aussi, qui violent. Elle offre à ses lecteurs les mots pour qu'ils comprennent comment la liberté peut s'obtenir par la folie des gestes, par l'oubli de la vie. Les paroles et les sentiments sont croisés : ceux de Sethe, de Paul D., de Baby Suggs, de Denver, de Beloved et de tous ceux qui ont participé, à petits cris, à petits mots, à grandes douleurs, à grands calvaires à l'édification de leur affranchissement.

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10 mars 2012

CE QU'ILS N'ONT PAS PU NOUS PRENDRE ; Ruta Sepetys

0ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre

"Lina est une jeune Lituanienne comme tant d'autres. Très douée pour le dessin, elle va intégrer une école d'art. Mais une nuit de juin 1941, des gardes soviétiques l'arrachent à son foyer. Elle est déportée en Sibérie avec sa mère et son petit frère, Jonas, au terme d'un terrible voyage. Dans ce désert gelé, il faut lutter pour survivre dans les conditions les plus cruelles qui soient. Mais Lina tient bon, portée par l'amour des siens et son audace d'adolescente. Dans le camp, Andrius, dix-sept ans, affiche la même combativité qu'elle..."

Elle a quinze ans, Lina, quand les anges noirs font irruption dans sa vie. Ils sont soviétiques et ils envahissent les pays Baltes.

Dans la nuit du 13 au 14 juin 1941, 23 000 Lituaniens sont déportés. Ruta Sepetys, l'auteur(e) de ce roman, est la fille d'un exilé lituanien qui a réussi à échapper au bannissement. C'est dire que la fiction qu'elle propose à des lecteurs adolescents s'ancre dans le terrifiant réel de son histoire culturelle.

 Outre Lina, ses personnages sont bouleversants de véracité : Jonas, son petit frère, Elena, sa mère, et tous ceux qui vont partager avec cette famille malmenée les affres d'un aller sans retour, pour la plupart, vers le glacial enfer Sibérien. Enfants et adultes, sans distinction, sont implacablement soumis à la férocité, au sadisme, à la monstruosité.

 Ce qui va donner à Lina la force de subsister, de combattre et d'aider ceux qui sur-vivent avec elle, c'est sa passion pour le dessin. Comme Anne Franck écrit, Lina dessine. « Il nous faut peindre des gens vivants, des gens qui respirent, sentent, souffrent et aiment », affirme E. Munch. Ce sera le credo de Lina, le fondement de sa résistance contre une mort probable. Edvard Munch l'inspire beaucoup ; c'est à lui et à sa peinture qu'elle fait constamment référence ; c'est sur ses œuvres qu'elle appuie sa volonté d'exprimer, elle aussi, ce qu'elle voit, ce qu'elle ressent. Une ressource pour exorciser sa peur, son angoisse, ses terreurs. Une manière d'immortaliser l'instant pour que jamais il ne s'oublie. Une façon de transmettre, de communiquer : elle utilisera des dessins qu'elle réalise sur un mouchoir, une écorce, pour qu'ils passent de main en main, dans l'espoir qu'ils arrivent à son père dont elle a perdu la trace.

Dire que le roman de Ruta Sepetys est émouvant, ce serait galvauder le profond sentiment d'épouvante et d'espoir qui ne m'a pas quittée au fil de cette lecture. Elle retrace ici une partie de notre mémoire collective – quelque peu ignorée - sans pathos, mais avec une telle volonté d'historicité que cette fiction revêt un caractère de véracité.

Dédié aux adolescents, ce texte exemplaire est aussi à confier aux adultes pour qu'ils ne sombrent pas dans le négationnisme qui fait florès dans certains milieux bien-pensants.

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7 mars 2012

L'ÉCOLE EST FINIE ; Yves Grevet

grevet

"2028. Sur le chemin de l'école certains enfants sont en tenue de travail. Ce sont les enfants des entreprises..."

À peine 40 pages. Un plongeon dans un futur proche. Très proche. En 2028. Imaginez : votre petit(e) dernier(e) vient de naître cette année, en 2012. Un jour elle (il) aura 16 ans. C'est demain. C'est même cet après-midi.

L'école que connaitra votre progéniture n'aura plus rien à voir avec l'école que vous avez gardée dans vos souvenirs, dans votre tête, dans vos représentations, dans vos rancœurs, dans vos bonheurs, cette école que vous avez contestée, dénigrée, clabaudée, aimée aussi.

En 2028, les enfants porteraient des uniformes. Comme naguère, me direz-vous ? Pour gommer les différences sociales ?

« La combinaison rouge pour Lila et le terrible tee-shirt vert fluo, celui dont le logo brille même dans l'obscurité, pour moi. Quand par malheur nous croisons dans la rue des enfants des écoles payantes, les insultes fusent aussitôt : « Sales pauvres ! », « Fils de clochards ! ». »

Non ! Pour les accentuer !

 

Ce court roman, je l'ai savouré comme une tasse de thé. Un thé à l'amertume prononcée. Un thé qui serre les dents. Un thé génétiquement modifié que l'auteur m''a donné à boire jusqu'à la dernière goutte. Mais que j'ai apprécié.

Yves Grevet se pose en « démonstrateur pédagogique » : ce qu'il anticipe, c'est un système scolaire qui re-donnerait aux enfants un statut d'esclaves. La société ne les instruit (et chichement) que s'ils la nourrissent (et grassement).

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Fiction ? Extrapolation ? Funeste prophétie ? Fasse que l'auteur ait tort et que cela lui soit démontré !

 

Un livre à lire, oh oui ! De 9 ans à la fin de la vie, pour que, jamais, jamais, au grand jamais, dans notre monde dit démocratique et affranchi, nous ne construisions un modèle de société qui conduise à cette aberration !

 

Et pourtant... à bien regarder autour de nous... ce court roman ne serait-il pas inspiré d'une certaine contemporanéité ?

 

22 janvier 2012

SEULE CONTRE LA LOI; Wilkie Collins

Wilkie

« Au lendemain de ses noces avec Eustace Woodville, Valeria découvre qu'elle a épousé un homme riche en mystère. Tout d'abord, son vrai nom est Macallan. Cette révélation pique la curiosité de la jeune mariée... qui n'est pas au bout de ses surprises. Il s'avère que le nom de Macallan est entaché de scandales, l'homme ayant été soupçonné d'avoir assassiné sa première épouse. Les poursuites abandonnées faute de preuves, Eustace a tenté de se faire oublier. Convaincue de l'innocence de son mari, l'impétueuse Valeria décide de mener l'enquête. Contre l'avis de tous, et bientôt en opposition violente avec son entourage, elle va s'employer, dans une angoissante solitude, à lever l'un après l'autre les masques supposés protéger la bonne société victorienne. Soucieuse de dissimuler ses propres turpitudes - meurtre, chantage, extorsion -, cette dernière semble avoir fait main basse sur la Loi. Thriller labyrinthique, âpre réflexion sur les faux-semblants, vibrant portrait d'une héroïne libre et intraitable, Seule contre la loi passe pour le premier roman policier dont le détective est une femme. A la lecture de cet opus, on comprend l'admiration sans borne que Borges et Hitchcock vouèrent au maître W. W. Collins (1824-1889), ami et rival de Dickens en son temps. »

 

Une lectrice, le 22 janvier 2012

 

Ma chère Valeria,

 

Vraiment, vous m'impressionnez par la ténacité, l'opiniâtreté, l'obstination, l'entêtement dont vous faites preuve ! Permettez-moi de vous dire, tout d'abord, à quel point j'admire votre audace (qui frise parfois l'intrépidité, voire l'inconscience).

L'amour est vite né de votre rencontre avec Eustache. J'ai même pensé qu'il était TROP VITE né, que vous seriez vite abusée par ce prompt engouement et que raison reviendrait au premier écueil que rencontrerait votre couple naissant.

Et le désagrément, que dis-je, le péril a pris place dès les premiers instants de votre union ! Cette Madame Woodville que vous êtes devenue, découvre in petto qu'elle aurait du prendre le patronyme de Macallan, si son époux avait accepté de lui offrir sa réelle signature.

La supercherie découverte, l'âme, le corps et le cœur abandonnés par un conjoint honteux d'un passé sinistre et non élucidé, vous voici transformée en courageuse va-t-en guerre.

Je ne peux que louanger votre détermination à laver l'honneur de votre mari, cet homme qui vous a caché son passé et auquel vous pardonnez incontinent.

 

Mais ce que j'ai apprécié par dessus tout, à la lecture de votre longue investigation, c'est la manière dont votre père « littéraire » (je nomme ici Monsieur Wilkie Collins) a délibérément bouleversé les principes victoriens qui régissaient l'époque dans laquelle vous avez vécu.

Alors que la femme, en ces temps, possède des droits similaires à ceux de l'enfant mineur, qu'elle est cantonnée dans un rôle de mère et de maîtresse de maison, vous, Valeria, partez vous exposer au Monde pour faire reconnaître l'entière innocence de l'homme que vous aimez.

Vos agissements sont précurseurs : une trentaine d'années plus tard, ce sont les suffragettes qui prendront le flambeau que vous auriez allumé si vous n'aviez pas été qu'une figure de roman.

Âprement, vous défendez ce que vous pensez être les droits d'Eustache Macallan sans hésiter à braver les convenances. N'oublions pas que nous sommes en 1875 !

Voici, d'une part, ce qui fait l'attrait du récit de votre entreprise.

 

En outre, votre « géniteur », Wilkie Collins, a l'art de distiller les détails de l'enquête que vous allez conduire, de manière à ce que vos hésitations de détective amateur deviennent matière à se perdre dans le dédale des suppositions et des présomptions.

Le dénouement est imprévisible ; chacun des personnages qui vous entourent est un suspect potentiel et la conclusion de votre quête absolument inattendue à aussi peu perspicace que moi !

 

Vous me voyez bien aise, ma chère Valeria, d'avoir parcouru en votre compagnie ce labyrinthe mondain et de commerce bien peu aimable, bien aise d'avoir fait la connaissance d'une jeune femme généreuse, déterminée, persévérante.

Je souhaite longue vie au couple que vous avez su défendre et sauver, contre vents et marées.

 

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12 janvier 2012

LA LÉGENDE DE NOS PÈRES ; Sorj Chalandon

chalandon

« Après avoir été journaliste à la Voix du Nord, Marcel Frémaux est devenu biographe familial. " Toute vie mérite d'être racontée ", disent ses publicités, et c'est pour cela que ses clients se confient à lui. Il les écoute, met en forme leurs souvenirs, les rédige puis fait imprimer un livre destiné aux amis ou au cercle familial.
Un matin, Lupuline Beuzaboc se présente au biographe.
Tescelin, le père de Lupuline, ancien cheminot du Nord de la France, était un Résistant, un partisan de l'Armée des ombres. Dédaigneux des hommages, il n'a raconté sa bravoure qu'à sa fille. Alors, pour ses 85 ans, Lupuline veut offrir à son père les mémoires de son combat. Elle veut ramener son passé glorieux en pleine lumière. Le vieil homme est réticent. Embarrassé. En colère même de tout ce tapage. Et puis il accepte.
Marcel Frémaux va s'atteler à cet ouvrage avec passion. Pierre Frémaux, son père, fut un Résistant. Comme le vieux Beuzaboc, un partisan de l'Armée des ombres, silencieux et dédaigneux des hommages. Mais son père n'a jamais rien raconté. Et il est mort, laissant son fils sans empreinte de lui. En écoutant Beuzaboc, c'est son père que le biographe veut entendre. En retraçant sa route, il espère enfin croiser son chemin. Mais rien ne se passe comme il le pensait. Et plus Beuzaboc raconte, plus le doute s'installe. C'est par une poignée de mains, que le biographe et le vieil homme avaient scellé leur pacte de mémoire. Ensemble, ils franchiront les portes de l'enfer. »

 

Qui, de Tescelin Beuzaboc ou de Pierre Frémaux, son père, Marcel Frémaux souhaite-t-il entendre les souvenirs ? De laquelle de ces deux mémoires veut-il et pourra-t-il se faire l'écho ?

Lupuline, la fille de Tescelin, a connu le bonheur d'entendre son père narrer son histoire de Résistant, alors que Marcel n'a jamais rien recueilli de Pierre. L'un et l'autre de ces guerriers de l'ombre ont pourtant vécu les mêmes événements. L'un et l'autre de ces héros silencieux ont refusé les hommages, conservant pour eux seuls les faits d'une guerre clandestine.

 

Le roman de Sorj Chalandon n'est pas une publication de plus sur la Résistance. Non.

 

L'un des sujets profonds de ce texte ce sont LES MOTS. Ceux qui sont dits, ceux qui sont entendus, ceux qui sont écrits, ceux qui sont lus. Concis, incisifs, sobres, précis. Des phrases courtes, épurées, porteuses de sens. Porteuses du sens que chacun, de là où il se trouve, leur accorde. Lupuline, enfant, a fait entrer son père dans la gloire en l'écoutant parler de son passé. Marcel, en quête des non-dits du sien, veut faire raisonner les propos de Beuzaboc pour qu'ils évoquent la trace paternelle manquante.

 

Les mots sont nés de LA MÉMOIRE, l'autre thème de ce roman. Marcel, le « biographe familial », est un passeur de mémoire, celui qui met en perspective les faits - réels ou imaginaires – et les dits. En écoutant Tescelin, en transcrivant ses propos, en enquêtant sur leur véracité, il contribue au devoir de mémoire. Empreinte de l'Histoire collective, certes. Mais aussi témoignage sur l'histoire humaine de ceux qui nous ont précédés : nos pères.

 

Quelques extraits :

« Parce que les mots écrits font parfois mal, ou peur. »

 

« Oui, tout, j'écoute, je garde, même le plus gris des mots. Même s'il ne sert à rien. »

« Simplement pour que Lupuline se souvienne, il avait recueilli des éclats de vaillance et choisi des bravoures qui n'étaient pas les siens. Il avait volé quelques hommes, s'était glissé dans la peau de l'un, le courage de l'autre, la douleur du troisième, pour les ramener tous les trois à la vie. Il n'était pas la somme de ses renoncements, mais l'addition de leurs courages. Il avait une vie en plus. Il leur rendait hommage. Et toute son existence, jusqu'à son dernier souffle, il se demanderait ce qu'il aurait fait, s'il avait eu deux jambes pour porter ses vingt ans. »

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21 juillet 2010

LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS ; Paolo Giordano

SOLITUDE

"Alice est une jeune fille anorexique, handicapée par un accident de ski dont elle rend son père responsable. Mattia est un jeune surdoué des mathématiques, qui se scarifie les bras pour se punir d’avoir abandonné sa soeur jumelle, attardée mentale, dans un parc. Solitaires, ils vont s’engager dans une relation asymétrique, entre fugues et retrouvailles, entre amour et haine."


Alice et Mattia, deux enfants perdus dans le désert aride du monde adulte.

Alice, petite fille écrasée par le désir d'un père intransigeant, commence ce roman sur une piste de ski plombée de brouillard. Transie de froid et d'angoisse, elle s'éloigne du groupe et se perd ; elle fait une violente chute et se casse la jambe. C'est là, seule, prête à mourir que nous la laissons à la fin du premier chapitre.

Mattia, frère jumeau d'une petite sœur, est un enfant surdoué, alors qu'on découvre très vite que la fillette est déficiente psychotique. Leur père, sous couvert de plaisanterie, insinue que Mattia, dans le ventre de maman, n'a pas laissé de place à sa jumelle et l'a probablement bourrée de coups.

Dès le début du roman, remarquablement écrit par Paolo Giordano, le lecteur peut comprendre ce que sont les "injonctions parentales" : c’est au quotidien, dans les remarques et injonctions que lui adressent ses parents, que l’enfant prend ses marques et se fait progressivement une idée de ce qu’il est. La plupart du temps, il doit composer avec l’image de lui que se forgent ses parents.

Alice et Mattia vont subir ces messages parentaux, et les ressentir comme une négation de leur identité.En prenant de l'âge, elle va se sentir exclue du monde, il va, pour sa part,  s'en bannir. Mattia, invité à l'anniversaire d'un camarade de classe, avec sa sœur, craint les troubles du comportement de celle-ci : il la laisse dans un parc, lui intimant l'ordre de l'attendre. Quand il revient, on ne retrouve pas la petite... et on ne la retrouvera jamais. Mattia s'automutile. Quant à Alice, conviée elle aussi à un anniversaire, celui de Viola, adolescente perverse, malveillante, comprend qu'elle ne trouvera jamais sa place dans ce monde hostile. Les signes de l'anorexie mentale étaient déjà apparus. Alice va s'enfoncer inexorablement dans ce gouffre.

C'est précisément à la fête organisée par Viola que Mattia et Alice font connaissance. Commence entre les deux adolescents un "jeu" de chat et souris, rapprochement/éloignement, Leurs désarrois psychologiques respectifs ne font que croître et embellir. Tandis que Mattia poursuit obstinément sa quête arithmétique et devient professeur aux États-Unis, Alice se découvre une passion pour la photographie, en Italie. Au chevet de sa mère mourante, elle a rencontré Fabio, jeune médecin avec lequel elle s'est mariée. Mais son corps est "sec", "vide", et elle ne peut donner d'enfant à son époux. Mattia, lui, reste seul, en proie à ses cauchemars.

Une ultime tentative de retrouvailles, initiée par Alice qui croit reconnaître la jumelle de Mattia en une jeune femme qu'elle croise par hasard les rejettera définitivement et tragiquement loin l'un de l'autre.

Ce roman est bouleversant. Il est impitoyable. Il est violent. Il torture les consciences de ses lecteurs. Mais il ne faut pas passer à côté de ce texte magistral. Remarquable ! Il touche aux vérités de la vie même, de ce qui en charpente l'essence, qui l'enracine. A lire et à relire, même si ce n'est pas un feuilleton de détente estivale !

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16 janvier 2010

BETHSABÉE ; Torgny Lindgren

bethsabée

"Quand le roi voit Bethsabée, il se sent crouler sous le poids du désir, son corps se braque, léonin et affamé. Il appelle la femme, il la prend, il fera tuer son rival Urie. Mais aussitôt il parle de son mal et de son amour au Seigneur qui, lui aussi, est formidable pesanteur. Il s'élève vers ce Dieu écrasant. Il dit tout. (...) Voilà l'histoire de Bethsabée et de David qui vont peut-être apprendre le véritable amour. C'est une longue veillée d'hommes qui campent sous le ciel au milieu des ânes et des moutons, au pied des montagnes ombreuses et qui se courbent sous la masse immense du sacré. L'oeuvre de Lindgren est grande comme un arbre planté dans la respiration divine jusqu'aux étoiles."
La lecture "du" Bethsabée - ou l'éloge de l'adultère - de MAREK HALTER m'a donné envie d'en connaître sur cette illustre femme biblique.
Il a présenté son lien avec le roi David comme passionnel, si puissant, que les deux amants parviennent à apaiser la colère de Dieu (qui leur a ravi leur premier-né), pour vivre un amour sans faille, couronné du bonheur d'engendrer un deuxième garçon : Salomon, qui deviendra roi, lui aussi.
Torgny Lindgren présente cette femme de toute autre manière : bien qu'elle reste passionnelle sur le fond, la relation entre Bethsabée et David, n'est pas seulement nourrie, selon lui, seulement par l'amour entre les deux protagonistes, mais aussi par le désir de vengeance qu'entretient savamment Bethsabée.
C'est la haine de Bethsabée pour David qui fonde leur union.
Parce que tout commence par un viol ; le viol de Bethsabée par David. Elle a dix-neuf ans à peine, elle est mariée et a été achetée par Urie, le Héros, lorsqu'elle avait treize ans. Elle est belle, effroyablement belle ; elle est timide ; elle est vertueuse.
David, en la découvrant au sortir de ses ablutions, la veut immédiatement. Il l'envoie quérir... ce que David veut... femme doit le vouloir !
De cette rencontre brutale, bestiale, Bethsabée sort meurtrie à jamais : "Prisonnière et vaincue, voilà comment elle se sentait. Celle qui est vaincue n'a plus de projets, pensa-t-elle, ni aspirations ni buts, celle qui est vaincue est dépourvue d'espoirs et de rêves, abandonnée et libre. Libre d'être prisonnière.
Cette situation ne devait pas s'éterniser, il lui faudrait vaincre le roi David".
Marek Halter présente Bethsabée comme celle qui participera à l'histoire, Torgny Lindgren dit qu'elle FERA cette histoire, en mettant en œuvre toutes les ruses et stratégies possibles pour permettre à son fils Salomon d'accéder au trône.
Et Bethsabée ne recule devant aucune rouerie, devant aucun sacrifice pour parvenir à ses fins. Les Grecs auraient pu dire qu'elle utilise sa "Méthis".
Le récit est une longue suite d'atrocités, de meurtres, de scandales, de guets-apens, de combats, de guerres. Bethsabée réussit à être plus rusée que David - ce qui n'est pas rien - pour prendre le pouvoir s'en qu'il s'en aperçoive ; elle gouvernera encore sept années après la mort de David, avant de confier le sceptre à son fils.
Et pourtant, Bethsabée restera fidèle à cet homme qui l'a possédée de force, qui est allé jusqu'à castrer son mari pour usurper le droit de la garder pour lui.
Je suis restée "dans ce livre" pendant plusieurs semaines. "Dans", oui ! L'histoire de Bethsabée, telle que la décrit Torgny Lindgren, m'a subjuguée, tant cette femme qui a vécu dans un monde archaïque peut être "moderne".
Torgny Lindgren dit que l'histoire de Bethsabée lui a été racontée, lorsqu'il était enfant, par sa grand-mère, tel un conte de fées. C'est de l'oralité qu'il a tiré cette oeuvre "grande comme un arbre planté dans la respiration divine jusqu'aux étoiles" (Patrick Grainville).
2 janvier 2000

LE CAVEAU DE FAMILLE ; Katarina Mazetti

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Quatrième de couverture :

Désirée la bibliothécaire et Benny le paysan se sont rencontrés dans Le Mec de la tombe d'à côté. Elle dévore les livres comme les produits bio, lui élève des vaches et n'imagine pas qu'on puisse lire "de son plein gré". Leur histoire d'amour n'est donc pas simple, mais ils s'accordent trois essais pour avoir un enfant ensemble. Si ça ne marche pas, c'est terminé pour toujours. Sinon... 


 

2 janvier 2000

SUR LA POINTE DES MOTS ; Marie France Versailles

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Quatrième de couverture :

Sur le seuil de la maison que ses enfants ont quittée, une femme s'arrête. Mission accomplie. Hier encore, il y avait tant à faire... Une vie devant elle. Autrement. Et à nouveau, tout découvrir. Itinéraire inconnu, l'écriture pour seule boussole. Elle s offre le voyage... Vieillir. Habiter sa dernière saison, non comme un déclin à subir, mais comme un projet à nourrir. Dire qu'elle les aime à ceux qu'elle aime. Se faire légère. Chemin faisant, elle rencontre à Uzès une femme qui a écrit au Moyen Âge un petit livre étonnant. Connivence inattendue. Malgré les onze siècles qui les séparent, elles feront route ensemble avec l'ambition de tendre le relais, et la plume, à ceux et celles qui poursuivront l histoire.


 

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