01 juillet 2013

POUR l'AMOUR DU CHOCOLAT, José Carlos Carmona

 

Pour l'amour du chocolat

À l’origine, José Carlos Carmona avait intitulé son ouvrage « Una sinfonía concertante ». Peut-être ce titre aurait-il attiré moins de lecteurs que ceux qui ont été appâtés par sa modification éditoriale espagnole « Sabor a chocolate » et sa traduction française « Pour l’amour du chocolat ». L’alliance trompeuse, à mon avis, des mots [amour & chocolat] assigne une représentation complètement fausse à ce court, très court et excellent roman. Car ni l’amour, ni le chocolat, qui servent certes de base au déroulement de l’intrigue n’y ont place prédominante.

José Carlos Carmona est un musicien, un chef d’orchestre. Il est professeur au Conservatoire de Musique de Malaga. Et sa caractéristique principale est la pluralité accomplie de son travail qui se déploie dans la musique classique, la littérature, la philosophie, les arts scéniques, la politique contemporaine.
Ce roman, il l’a conçu comme une symphonie, en lui donnant la structure d’une œuvre musicale, en trois mouvements, allegro, adagio et presto final. Les chapitres sont très courts, les phrases directes et incisives. Le lecteur peut, au gré de son imagination, reconstruire tout ce qui « manque ». L’auteur, ici, est une sorte de sculpteur littéraire qui définirait une forme narrative particulière et laisserait place aux vaticinations diverses.

Une technique qui émet une « musique » épurée. Une syntaxe qui permet de visiter presque un siècle, de 1922 à 2001. Une structure rapide, segmentée, pleine d’évènements inattendus, ponctués, en contrepoint, par certaines tragédies historiques qui font apprécier l’atmosphère de cette époque. José Carlos Carmona pose son estrade en Suisse, peut-être parce qu’elle est restée neutre pendant les guerres et qu’elle représente sans doute un lieu adéquat pour voir ce qui se passe autour. Peut-être aussi pour le chocolat ? Peut-être... Certains de ses personnages s’y installent, d’autres ne sont que de passage. Ils vont, viennent, aiment, souffrent, vivent, meurent en cent chapitres développés de quelques lignes seulement à deux pages maximum. C’est lapidaire, compact, ramassé. Ce peut être parfois facétieux (juste un peu), c’est très souvent émouvant. Le temps passe, fuit, et le lecteur, au diapason, suit la partition qu’un écrivain-musicien conduit avec maestria.

Mon billet, je l’espère, est explicite : j’ai aimé. Plus que l’intrigue en elle-même, j’aimé le procédé narratif. José Carlos Carmona confie au journal El Pais qu’il s’est essayé à une forme d’écriture particulière ; celle d’écrivains qu’il admire : John Doe (pseudo de Régis Messac ?), Alessandro Barrico (Soie), Pascal Quignard, (Tous les matins du monde), Handkel (L’après-midi d’un écrivain), Askildsen (Dernières notes pour Thomas F.)  …

Challenge a tout prix


Ce roman a très opportunément obtenu le Prix Littéraire de l'Université de Séville. Je vais donc proposer ce titre à Laure, qui a ouvert le "Challenge À Tous Prix", pour une 5ème participation.

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23 février 2013

MA LANGUE AU CHOCOLAT, Fabienne Gambrelle & Michel Richart

ma langue au chocolat

J'ai flâné de blog en blog, d'idées en idées, d'envies en envies. Et, un jour, ce titre a bidouillé quelque chose dans mes papilles et mes pupilles... mais qui est celui qui a dit le premier (qu'il se dénonce !) ? Ce n'est pas au chat que je donne ma langue, c'est au chocolat, et, ma foi, c'est parfaitement délicieux, vous en conviendrez (meilleur que le chat, enfin je crois, parce que je n'en ai jamais mangé).

Trêve de tergiversations gourmandes.

La mythologie Maya Quichés dit que "les dieux fabriquèrent les êtres humains avec du maïs, cueilli sur des collines où abondaient les sapotilliers, les cerisiers, les pruniers et les cacaoyers sauvages".

Deux parties dans cet ouvrage : "Le parler chocolaté" et "Recettes". 

Ce sont les inévitables étymologies amérindiennes qui commencent le glossaire du "parler chocolaté" : ka'kau et khocol'ha. Olmèques, Mayas, Toltèques et Aztèques s'occupèrent de domestiquer ces amandes "aussi précieuses que des yeux", jusqu'à ce que les Espagnols, conduits par un certain Hernan Cortés, au début du XVI° siècle, les utilisent, outre comme boisson fortifiante, curative et magique, comme monnaie.

S'ensuit alors, dans la première partie du livre, dont la couverture donne le sentiment de tenir une plaque de chocolat entre les mains, toute une série de considérations pédagogiques, sur la chimie du cacao (connaissez-vous la "théobromine" qui est une purine, comme la caféine ?), le langage des chocolatiers (papillotes, barre, Death by chocolate, toppings, ganache...), le chocolat en cuisine (je conseille le mole poblano, ou la "macreuse en ragoût au chocolat" d'Alexandre Dumas, la "soupe au chocolat" de Raymond Roussel, ou encore le "submarino" lait chaud, servi à Buenos Aires, dans une tasse à punch, accompagné d'une petite tablette de chocolat noir à laisser fondre dans le liquide brûlant). Médecins et pharmaciens trouvent, eux aussi, des vertus au chocolat : énergétique, riche en calories, en magnésium, phosphore, potassium, fer, cuivre, calcium. Les afficionados se rassurent en prétextant ses qualités antidépressives.

Gare, malgré tout, aux addictions ! C'est notre degré de dépendane qui va nous étiqueter : "chocolativore", "chocophyle", "chocolâtre", "chocomaniaque", "chocoholic", ou encore "chocolatomane", comme Irène Frain.

Mais bon. Oui, bon ! Parce que, bon ! Bon, le chocolat !

C'est avec Casanova, Brillat-Savarin, Pouchkine, Daudet, Zola, Huysmans, Proust, Desnos, Joyce, Colette, Rouff, Faulkner, Marinetti, Agatha Christie, Prévert, Alejo Carpentier, Roald Dahl, Makoto Ôishi, Jorge Amado, Sartre, Perec, Michel Tournier, Yoko Ogaroa, Philippe Delerm, Joanne Kathleen Rowling, Joanne Harris, que nous entrons dans la danse des préparations au chocolat.
Recettes inspirées ou extraites de leurs oeuvres, qui donnent envie de courir acheter des tonnes de chocolat et de se mettre en cuisine.

Que diriez-vous d'un "chocolat au lit", d'un "chocolat avant duel", d'un "gâteau de Nancy", du "soufflé au chocolat de l'oncle Bachelard", d'un "chocolat à deux sous" ? 

Vous l'aurez compris, ce recueil regorge de savoureuses recettes de concoctions toutes aussi chocolatées les unes que les autres. 

J'ai aimé cette idée de chocolat, intégrée aux textes d'auteurs : petits rappels en littérature qui donnent envie de se replonger dans les classiques, calé dans un bon fauteuil, une plaque de chocolat à la main.

 

Posté par C Martine à 14:31 - Commentaires [9] - Permalien [#]
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