20 avril 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR ; Guy Goffette

LE PECHEUR D'EAU GOFFETTE

L'or bleu

 

Non, les larmes n'arrêtent pas de couler
sur la terre, ni les cris de retentir.
Collines et cloisons nous défendent seulement
des corps qui vont avec et se défont

et les fleuves larges et paisibles, et les nuées
entraînent la douleur au loin. Mais à peine
la maison comme un mouchoir refermé
sur son carré d'amertume,

comme la tasse de café brûlant et le verre
de schnaps semblent soudain lourds !
Et si froide, inutile et petite la main
qui dilapidait la lumière sur ta peau

comme le ciel son or bleu sur la mer.

 

Le pêcheur d'eau, Guy Goffette
Gallimard - Poésie
20 avril 2007 - 132 pages

 

Ma participation, modeste, pour le mois belge organisé par Anne et Mina

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04 août 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Juan Gelman, L'opération d'amour

"Chez cet homme dont on a décimé la famille, qui a vu mourir ou disparaître ses amis les plus chers, nul n'a pu tuer la volonté de dépasser cette somme d'horreurs en un choc en retour affirmatif et créateur de vie nouvelle. Peut-être le plus admirable de sa poésie est-il cette presque inconcevable tendresse là où serait beaucoup plus justifié le paroxysme du refus et de la dénonciation..."

C'est ainsi que Julio Cortázar préface le recueil de poésie de Juan Gelman, né à Buenos Aires en 1930, reconnu comme l'un des plus grands poètes argentins de notre époque. Fils d'immigrés juifs ukrainiens. La dictature argentine lui enlève ses deux enfants, pendant qu'il s'est exilé, ils font partie des "disparus", ceux dont parle Elsa Osorio dans Luz ou le temps sauvage, Il n'a jamais revu sa belle-fille, alors enceinte, ni son fils. L'enfant du couple, une fillette, adoptée par un couple d'Urugayens, sera retrouvée, et reconnue par test ADN, en 2000.

L'oeuvre de Juan Gelman a été consacrée par de nombreux prix : en 1980, prix international de poésie. En 1986, prix Boris Vian. Prix Pablo Neruda, en 2005. Prix antilope du Tibet (Chine Association des poètes), en 2009.... parmi une trentaine de distinctions.

Juan Gelman l'opération d'amour

 

Alors, voilà Juan Gelman, dans deux extraits de' son recueil "L'opération d'amour", éditée chez Gallimard, en 2006, traduite par Jacques Ancet.

commentaire XIX

racontant notre obscurité on voit
clairement la vie / l'odeur de terre humide
qui monte de ta main / là où
je sème mon coeur sans attendre

d'arbre ou de récompense / mais
la fête de la rencontre ou l'enfance
qui va du sang au sang / ou la lumière
qui devrait monter de

chanteurs ambulants abîmés
dans ton prodige ou main posée
comme chaleur sur la terre / ou soleil
qui monte dans la ville

sur des animaux battus /
des souffrances / des peines /
qui tremblent silencieux
contre le reste du monde

***************************

commentaire XX

on a pris un homme et on a dit
qu'il soit chassé de toi mais sans mourir / on a
levé le coeur de cet homme on l'a jeté
comme le monde ou la douleur

et il a brûlé un moment
s'est éteint n'a pas ressuscité comme un petit chien /
il n'a pas remué la queue après 
son combat contre la nuit / ni n'a levé le visage /

ni dit adieu / ni été vert /
ni rien écrit dans l'air /
ni n'a éclaté comme un arbre /
ni n'a été changé en ambre / non /

ni n'a fait un peu d'ombre / n'a eu sur lui d'herbe /
ni un os à jouer de la flûte / et
la seule musique qu'il a faite
c'est sa tristesse crépitante /

tristesse grande comme un animal /
comme ton absence / comme un ciel
où les oiseaux passaient
tremblants sous le soleil

 L'Argentine sera le pays invité au Salon du livre 2014 (clic)

28 juillet 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Maram al-Masri

Signe 15

Joueuse
je m'entête à jouer au hasard
je joue avec les mêmes lettres
et à chaque fois je me mets moi-même
en gage

sans tricherie
je mets en jeu des matières vivantes

obstinée
je m'accroche à la poésie

comment puis-je la saisir sans la faire mienne
comment voir ses signes
sans me prosterner
devant cette légère
                        soudaine
                                           difficile

                                                         belle ?

Maram al-Masri, Par la fontaine de ma bouche, Éditions Bruno Doucey

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14 juillet 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Léo Ferré

Miss-tic-Léo-ferré-Résidence-universitaire-orly

Le poète est parti, il y a 20 ans aujourd'hui. Mourir un 14 juillet... le comble pour celui qui se revendiquait anarchiste ! Léo Ferré c'était bien plus que cette "grande gueule" à vif ; c'était un homme de mots, de notes, de gestes, de tendresses, de flammes, de colères. D'outrances, certes, qui irritaient bon nombre de ses contemporains. D'engagements, aussi, qui séduisaient les indignés de sa génération.C'était un grandiloquent timide, un bavard silencieux. 

Léo n'était pas non plus que le chanteur qui interprétait les superbes prosodies que ses émotions lui inspiraient. Léo, c'était aussi un pianiste qui a dirigé avec brio et générosité plusieurs orchestres symphoniques. Léo, c'était aussi celui qui mettait en musique Apollinaire, Aragon, Verlaine, Beaudelaire, Angiolieri, Rutebeuf, Villon, Caussimon, Lautréamont, Rimbaud. Léo, c'était encore un génial touche à tout, qui s'est essayé à la composition d'un opéra, d'un oratorio, d'un ballet, d'une musique de film.

Ferré, c'était même un écrivain : récit d'enfance, littérature épistolaire, essai, portrait, théâtre.

Miss Tic lui a ici rendu hommage en réalisant deux fresques sur les murs de la résidence d’étudiants Léo-Ferré, à Orly.

Léo Ferré, c'était...

La solitude

 

léo ferré 2

Je suis d´un autre pays que le vôtre, d´une autre quartier, d´une autre solitude.
Je m´invente aujourd´hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous.
J´attends des mutants.

Biologiquement, je m´arrange avec l´idée que je me fais de la biologie : je pisse,
j´éjacule, je pleure.

Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s´il s´agissait d´objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais...
La solitude...
La solitude...

Les moules sont d´une texture nouvelle, je vous avertis. Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n´avez pas, dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous car devant c´est derrière, la nuit c´est le jour. Et...
La solitude...
La solitude...
La solitude...

Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d´arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n´est qu´une dépendance de l´ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant...
La solitude...
La solitude!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons "bonheur", les mots que vous employez n´étant plus "les mots" mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience. Mais...
La solitude...
La solitude...
La solitude, la solitude, la solitude...
La solitude!

Le Code Civil, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l´incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties. Je voudrais m´insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
La lucidité se tient dans mon froc!
Dans mon froc!

 

Léo Ferré, c'était...

 

léo ferré 1

Je t'aime tant

Mon sombre amour d'orange amère
Ma chanson d'écluse et de vent
Mon quartier d'ombre où vient rêvant
Mourir la mer
Mon beau mois d'août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palme
Où l'air est bleu
Mes bras d'or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le coeur veille
Est-ce que qu'on sait ce que se passe
C'est peut-être bien ce tantôt
Que l'on jettera le manteau
Dessus ma face
Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font les avoines
Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier Dieu que je t'aime
Je t'aime tant, je t'aime tant
Léo Ferré, c'était ...
Il n'aurait fallu

léo ferré 3

Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immense été
Des choses humaines
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air
Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule
Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum 
Qui fait l'ombre douce
Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne



 

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30 juin 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jacqueline Persini Panorias

 

Quand les pierres assassines
écrasent les ventres, les fronts
quand la nuit n'abreuve plus que
échirures et déraison

la séve s'essouffle
à faire grimpette
pour cueillir des paroles
de luzerne colza

Mais elle ne lâche pas
la tige frêle des voix
lui donne des grains libres
qui se mettent en ligne
pour traverser le pire.

Jacqueline Persini Panorias, Contre l'humain il est des crimes, L'Harmattan, coll."Accent Tonique-Poésie", 2011.


Née le 22 mars 1944 à Marseille. Vit à Paris. Exerce la psychanalyse depuis une trentaine d’années. Elle tente d’allier poésie et psychanalyse. Dans un centre médico-psychologique, elle a effectué des ateliers d'écriture avec des enfants et des adolescents en difficulté et poursuit cette pratique en bibliothèques et centres de loisirs.
Ses trois premiers livres publiés par L’Harmattan sont issus d’une nécessité autobiographique. Dans le troisième « Herbes vivantes » elle tente de communiquer sa pratique de psychanalyste sans théorie mais avec des poèmes qui alternent avec des vignettes cliniques. 
Diplôme de psychologie clinique. DEA de littérature.
Elle participe au comité de rédaction de la revue Poésie première. Responsable de la rubrique Poésie jeunesse, elle donne la parole à des poètes et à des éditeurs afin que la poésie jeunesse ne soit plus considérée comme sous poésie mais comme poésie.

 

POÉTISONS


Le jeu

Poétisons ensemble...

La règle du jeu est ici.

Plus nous serons nombreux à faire parler la poésie, plus elle restera vive, créatrice et porteuse de beauté.

La semaine darnière, AnisAnne  ont poétisé avec moi. À vous les mots !


23 juin 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Maram al-Masri

maram al-masri marché de la poésie 2013

Née à Lattaquié en Syrie, Maram al-Masri ((مرام المصري) est une poétesse "Franco-Syrienne" (comme elle l'indique sur sa carte de visite).
Elle s’est installée à Paris en 1982 après des études en littérature anglaise à Damas. Actuellement elle se consacre exclusivement à l’écriture, à la poésie et à la traduction. Aujourd’hui elle est considérée comme l’une des voix féminines les plus connues et les plus captivantes de sa génération.

Outre les nombreux poèmes parus dans des revues littéraires, plusieurs anthologies en arabe et les anthologies internationales traduites, elle a publié plusieurs recueils de poèmes. Jusqu’à présent, son oeuvre a été traduite en huit langues.

Maram al-Masri a participé à de nombreux festivals internationaux de la poésie en France (Corte, Bastia, Lodève, Biarritz, Nantes, Strasbourg, Toulouse, Lille, Arras, Béthune, Rennes) et à l’étranger (Buenos Aires, Cordoue, Murcie, Grenade, Lieda, Cadix, Dublin, Galway, Hambourg, Cologne, Londres, Bruxelles, Bruges, Amsterdam, Cologne, Zurich, Munich, Luxembourg, Gênes, Turin, Rome, Pistoia, Trieste, Vérone, Ravenne, Spello, Sienne, Alba, Senigallia, Reggio de Calabre, Catane, Sardaigne, Sicile, Stockholm, Copenhague, Struga, Istanbul, Rabat, Tunis, Le Caire, Damas, Alep, Koweït, San Francisco, Mexique, Trois-Rivières, Algérie, etc.).

Et elle était présente, au marché de la poésie de Paris-2013, sur le stand des Édiions Bruno Doucey qui publient ses poésies dans leur collection "L'autre langue".  C'est une DAME impétueuse, bouillonnante, pétulante, tourbillonnante, qui produit un sentiment de générosité, d'audace et de beauté, de sensualité.

Maram-Al-Masri-par la fontaine de ma bouche

Je présente aujourd'hui l'un de ses recueils de poésie paru en mars 2011 : Par la fontaine de ma bouche
"On se retrouve poitrine contre poitrine, ventre contre ventre. On s’approche, on se mêle, on s’enroule, jusqu’à la jouissance. À première vue, les poèmes sensuels de Maram al-Masri semblent évoquer la valse qui entraîne deux êtres épris l’un de l’autre, l’ivresse du désir, la frénésie des corps. Et si cette belle voix venue de Syrie nous parlait d’autre chose ? Si le corps à corps était aussi celui qu’elle entretient avec la poésie ? Avec des mots simples, dans les deux langues qu’elle affectionne, l’arabe et le français, une femme libre fait l’amour aux mots. Pour elle, l’écriture est une eau qui coule de la fontaine à la bouche",  écrit son éditeur Bruno Doucey.

 

Voici trois poèmes, extraits de ce somptueux recueil, qu'elle a écrit en arabe (Syrie) et traduit elle-même en français.

Ma bouche
pleine de paroles gelées
est une prison
de tempêtes retenues

ma bouche
est chanson d'Ishtar
et contes de Shéhérazade

ma bouche
est le gémissement silencieux d'une plainte

ma bouche est une fontaine coulant de plaisir
le cantique
du coeur

et de la chair

********************

Je tisse
avec le fil du temps
l'histoire du rêve et la mémoire de l'attente
maille
mot
mot
maille
je fais patienter la douleur du manque
et l'aviité du corps
j'écoute le récit de mes gazelles et de mes oiseaux
je n'entends pas les tempêtes souffler à l'extérieur
je ne vois pas la neige endormie
dans mon lit

Moi
qui offre
mes entrailles au printemps
et qui fait naître
de mes doigts
l'arc-en-ciel

*******************

Je me fonds dans toutes les femmes
m'efface pour devenir chacune d'elles

je vois mon regard dans celle-ci
mon sourire sur les lèvres de celle-là
mes larmes dans leurs yeux
et dans leur corps circule mon âme

elles me ressemblent et je leur ressemble
je me reconnais en elles
en elles

je m'accomplis

et me divise

********************

POÉTISONS

Le jeu

Poétisons ensemble...

La règle du jeu est ici.

Plus nous serons nombreux à faire parler la poésie, plus elle restera vive, créatrice et porteuse de beauté.

La semaine darnière, Anis, Anne et Laurence ont poétisé avec moi. À vous les mots !

 

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16 juin 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Anne Bihan

Au marché de la poésie, j'ai fait de belles rencontres. Celle d'Anne Bihan, notamment. Je tournais et retournais devant le stand des Éditions Doucey, aux tentations plurielles, je prenais un livre, le feuilletais, le reposais, m'absorbais dans un autre recueil, revenais au premier... et voyais croître ma pile d'achats. Un ouvrage à la couverture bleu océan appelais mon regard et attirais mes mains. Je me suis finalement décidée à l'ajouter à l'amoncellement, quand j'ai entendu un "oh merci" qui m'a fait lever les yeux sur une très discrète dame : Anne Bihan ! 

Poète et dramaturge, Anne Bihan vit en Nouvelle-Calédonie après une enfance passée en Bretagne, entre fleuve et océan, Loire et Atlantique dont elle arpente les îles : Arz, Hoëdic, Houat, plus tard Bréhat… Puis ce sera Saint-Nazaire, ville portègne et ouvrière, et Douarnenez – Douar-an-Enez, la terre de l’île –. Avant Houaïlou, sur la côte Est de la Nouvelle-Calédonie, et Nouméa où elle réside aujourd’hui. Et quand elle parle de ses deux attaches, la Bretagne et la Nouvelle-Calédonie, l'émotion est manifeste. Anne Bihan, c'est de la douceur, de l'humilité, de la délicatesse.Je la remercie pour la belle dédicace qu'elle m'a offerte.

Douarnenez Eugène Boudin

Eugène Boudin - Douarnenez, la baie vue de l'île de Tristan - 1897

 

Deux ciels s'épousent à la césure des mers

de l'un je reconnais la langue goémonière
de l'autre les voix ouvertes à qui suit ses chemins

de l'un les pierres debout les nuits de grande lune
de l'autre les vallées qui puisent dans la chaîne

de l'un ce fleuve cette île le vent fort ce matin
la pâque du clocher qui sonna pour les miens
le père parti trop tôt la mère dans la violence
d'un novembre d'orage
le chant d'un coquelicot tremblant sur son corsage

de l'autre ce Noël flamboyant de soleil
d'amour de joie têtue d'étreintes enfantines
cette petite fille surgie sous ses ombrages
riant sous le manguier
où ses frères jouent à vivre dans d'autres paysages

il est des monnaies-plumes
des monnaies-coquillages
papillons notos et passereaux
dents poils de roussette et sapi-sapi
cauris couteaux fibres de cocos

deux pays s'étreignent là où je m'assemble
ce cahier est sans retour.

Anne Bihan - Extrait de ' Ton ventre est l'océan ' - Éditions Bruno Doucey - 2011

Anne Bihan

 

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26 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - Paris 2013 : Eavan Boland

Marché de la poésie 2013

À sa propre image

Ce sont ses yeux :
les iris sont d'or
et ils tournent
comme la bague sur mon annulaire,
ils tournent et ils tournent

et je ne peux atteindre
ni leur histoire ni leurs larmes.
Penser qu'autrefois ils étaient mes satellites !
Ils m'ont exclue maintenant.
Quelles années-lumière !

Elle n'est plus moi,
elle n'est même plus
dans mon ciel
et moi,
je ne suis pas moi-même.

Je ne vais pas défigurer
son joli visage.
Qu'elle porte des empreintes
digitales d'améthyste, un bijou de famille,
une sorte de collier funéraire.

Je connais l'emplacement idéal :
là où le mur projette son ombre,
où germe la laitue,
où le jasmin ne cause pas
de surprise.

C'est là que je la coucherai,
là qu'elle fleurira,
ma seconde nature,
perfection unique
parmi les compromis.

Eavan Boland

eavan-boland

Eavan Boland est née en1944. Sa mère, Frances Kelly, est peintre, et son père diplomate. Elle passe une partie de son enfance à Londres (époque à laquelle elle se réfère volontiers pour exprimer son aversion de la culture anglaise moderne) puis le début de son adolescence à New York ; à son retour en Irlande en 1960, on la confie à un couvent de Dublin dont la rigidité la détourne de la foi catholique. Elle fait de brillantes études à Trinity College et épouse le romancier et dramaturge Kevin Casey. Elle publie en 1967 son premier recueil, New Territory, et se voue à l’écriture à partir de 1968.The War Horse (1975) consacre sa réputation de poète, confirmée par In Her Own Image (1980),Night Feed (1982), The Journey (1986). Volontiers narrative, sa poésie se place souvent sous le signe d’une confrontation avec l’étrangeté cruelle du quotidien.

Eavan Boland sera présente au Marché de la Poésie.


Sa bibliographie

  • 23 Poems. Dublin: Gallagher, 1962.
  • Autumn Essay. Dublin: Gallagher, 1963.
  • Eavan Boland Poetry/Prose Joseph O’Malley. Dublin: Gallagher, 1963.
  • New Territory. Dublin: Allen Figgis, 1967.
  • W. B. Yeats and His World. With Micheál Mac Liammóir. London: Thames, 1971; New York: Thames & Hudson, 1998.
  • The War Horse. London: Victor Gollancz, 1975.
  • In Her Own Image. Dublin: Arlen House, 1980.
  • Introducing Eavan Boland. Princeton, NJ: Ontario Review P, 1981.
  • Night Feed. Dublin: Arlen House, 1982. Reissue: Manchester: Carcanet Press, 1994.
  • The Journey and Other Poems. Dublin: Arlen House, 1986; Manchester: Carcanet Press, 1987.
  • Selected Poems. Manchester: Carcanet Press, 1989.
  • Outside History. Manchester: Carcanet Press, 1990.
  • Outside History: Selected Poems 1980–1990. New York: Norton, 1990.
  • In a Time of Violence. New York: Norton, 1994; Manchester: Carcanet, 1994.
  • Collected Poems. Manchester: Carcanet Press, 1995.
  • Object Lessons: The Life of the Woman and the Poet in Our Time. New York: Norton, 1995; Manchester: Carcanet Press, 1995.
  • Penguin Modern Poets: Carol Ann Duffy, Vicki Feaver, Eavan Boland. London: Penguin, 1995.
  • An Origin Like Water: Collected Poems 1967–1987. New York: Norton, 1996.
  • The Lost Land. Manchester: Carcanet Press, 1998.
  • The Lost Land: Poems. New York: Norton, 1998.
  • The Making of a Poem: A Norton Anthology of Poetic Forms. Ed. Eavan Boland and Mark Strand. New York: Norton, 2000.
  • Against Love Poetry. New York: Norton, 2001.
  • Code. Manchester: Carcanet Press, 2001.
  • Three Irish Poets: An Anthology: Eavan Boland, Paula Meehan, Mary O’Malley. Ed. Eavan Boland. Manchester: Carcanet Press, 2003.
  • After Every War: Twentieth-Century Women Poets. Trans. Eavan Boland. Princeton, NJ: Princeton UP, 2004.
  • New Collected Poems. Manchester: Carcanet Press, 2005.
  • Domestic Violence. Manchester: Carcanet Press, 2007; New York: Norton, 2007.
  • Irish Writers on Writing. Ed. San Antonio: Trinity University Press, 2007.
  • Selected Poems by Charlotte Mew. Ed. Manchester: Carcanet Press, 2008.
  • New Collected Poems. New York: Norton, 2008.
  • The Making of a Sonnet: A Norton Anthology. Ed. with Edward Hirsch. New York: Norton, 2008.
  • A Journey with Two Maps: Becoming A Woman Poet.(prose essays) Manchester: Carcanet Press, 2011; New York: Norton, 2011

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28 avril 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Aurélien Delsaux

l-incommensurable AURELIEN DELSAUX

L'incommensurable, Aurélien Delsaux - 2012

 

L'hiver en sa fin

 

quand tombe la dernière neige

quand viennent les premières pluies

quand le jour dans son manteau beige

travestit son regret des nuits

 

quand Orion quitte enfin son siège

quand la fumée des toits faiblit

on sent se refermer le piège

on cherche dans le vin l'oubli

 

et bien que la lumière croisse

le coeur se serre avec angoisse

comme un poing qui voudrait frapper

 

dans la vitre du temps qui passe -

la vie est le lait sous la glace

qu'un vieux félin voudrait laper

 

Aurélien Delsaux - Le cahier blanc

 

Aurélien Delsaux autoportraitsept4

Aurélien Delsaux est né en 1981, à Lyon.

Il a grandi au hameau du Bresson, à Saint Jean de Soudain (Isère). Des voyages l’ont conduit en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Hollande, en Pologne, en Russie, en Italie, en Grèce, en Croatie, au Liban, en Algérie. 
               Dans le cahier blanc vous trouverez au fil des jours poèmes, notes, esquisses, peintures, travaux divers - le vrac d'un atelier de travail.

Egalement homme de théâtre, Aurélien Delsaux est le fondateur de l'Arbre

On ne connaît pas encore la date de sa mort.

 

POÉTISONS


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La semaine dernière,  Anis Anne, Sido se sont jointes à moi pour faire chanter les mots. (clic sur leurs prénoms pour aller chez elles)
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14 avril 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Albane Gellé

 

Yannick Le Quilleuc

Yannick Le Quilleuc - Grand Voile

 

les voix ça bourdonne ça grésille ça caquette et puis ça submerge rien à quoi s'accrocher c'est la mer sans terres autour sans rocher sans bateau sans bouée tout seul tout nu tout essouflé avec vraiment personne rien avec les paroles les vagues qui vont trop vite la peur de couler de ne plus respirer le manque de silence la rage de lutter la tentative de parler pourtant mais l'eau est froide et les conversations sans recours

Albane Gellé - L'air libre - Édition Le Dé Bleu (2002)

 

POÉTISONS


Le jeu

Poétisons ensemble...
La semaine dernière, AnneAnis Florence et Marilyne se sont jointes à moi pour faire chanter les mots. (clic sur leurs prénoms pour aller chez elles)
La règle du jeu est ici.

Plus nous serons nombreux à faire parler la poésie, plus elle restera vive, créatrice et porteuse de beauté.

 

 

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