26 janvier 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : John Montague (2 poèmes)

john montague 2

TRACES

 

La vaste chambre,
salle aérienne,
nos corps liés
qui reposent.

Quand je me retourne pour poser
mes lèvres sur tes longs cheveux
noirs et sur tes petits seins,
la chaleur monte de
ton odorante peau qui s'embrase,
tes yeux s'agrandissent quand
plus profondément, avec plus d'assurance
et à maintes reprises, je pénètre en cherchant
à prendre possession
du lieu où ton être
se cache dans ta chair.

Derrière nos paupières
un paysage s'ouvre,
un horizon violet
que des pélerins traversent avec peine,
un ciel de couleurs
qui changent, font éclater
des étoiles en éventail,
l'éclair mental du sexe
illuminant les parois du crâne ;
un dôme de plaisir qui flotte.

Tu vas me manquer,
grince le miroir
dans lequel la scène
disparaît bientôt :
la vaste chambre,
salle aérienne, où les
traces de nos corps
s'effacent, cependant
que des femmes de chambre poussent
en gloussant un chariot de linge
frais tout le long du couloir.

 

LES ADIEUX DE DON JUAN

john montague 1

 

Dames auprès de qui j'ai reposé
          dans des chambres à la lumière tamisée
doux frisson de la chair
          derrière les stores ombreux
longues barres de lumière
          en travers de seins chavirés
monticules chauds de
         suave douceur palpitante
jeune chair embaumant
          les roses que l'on froisse
la tendre anxiété
          de la femme entre deux âges
chandelle dont la lueur errante
          cache des veines bleues
épuisement ô combien éloquent
          à regarder décroître la lumière
quand votre partenaire engourdie
          dérive vers les
chaudes rives du sommeil
          et que vous vous réveillez lentement
pour affronter de nouveau
          l'illusion séduisante
de chercher à travers
          le corps docile d'une autre
quelque chose qui manque
          à votre moi isolé
tandis que la nuit profonde
          pareille à un cygne noir
passe en lissant ses plumes.

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26 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - Paris 2013 : Eavan Boland

Marché de la poésie 2013

À sa propre image

Ce sont ses yeux :
les iris sont d'or
et ils tournent
comme la bague sur mon annulaire,
ils tournent et ils tournent

et je ne peux atteindre
ni leur histoire ni leurs larmes.
Penser qu'autrefois ils étaient mes satellites !
Ils m'ont exclue maintenant.
Quelles années-lumière !

Elle n'est plus moi,
elle n'est même plus
dans mon ciel
et moi,
je ne suis pas moi-même.

Je ne vais pas défigurer
son joli visage.
Qu'elle porte des empreintes
digitales d'améthyste, un bijou de famille,
une sorte de collier funéraire.

Je connais l'emplacement idéal :
là où le mur projette son ombre,
où germe la laitue,
où le jasmin ne cause pas
de surprise.

C'est là que je la coucherai,
là qu'elle fleurira,
ma seconde nature,
perfection unique
parmi les compromis.

Eavan Boland

eavan-boland

Eavan Boland est née en1944. Sa mère, Frances Kelly, est peintre, et son père diplomate. Elle passe une partie de son enfance à Londres (époque à laquelle elle se réfère volontiers pour exprimer son aversion de la culture anglaise moderne) puis le début de son adolescence à New York ; à son retour en Irlande en 1960, on la confie à un couvent de Dublin dont la rigidité la détourne de la foi catholique. Elle fait de brillantes études à Trinity College et épouse le romancier et dramaturge Kevin Casey. Elle publie en 1967 son premier recueil, New Territory, et se voue à l’écriture à partir de 1968.The War Horse (1975) consacre sa réputation de poète, confirmée par In Her Own Image (1980),Night Feed (1982), The Journey (1986). Volontiers narrative, sa poésie se place souvent sous le signe d’une confrontation avec l’étrangeté cruelle du quotidien.

Eavan Boland sera présente au Marché de la Poésie.


Sa bibliographie

  • 23 Poems. Dublin: Gallagher, 1962.
  • Autumn Essay. Dublin: Gallagher, 1963.
  • Eavan Boland Poetry/Prose Joseph O’Malley. Dublin: Gallagher, 1963.
  • New Territory. Dublin: Allen Figgis, 1967.
  • W. B. Yeats and His World. With Micheál Mac Liammóir. London: Thames, 1971; New York: Thames & Hudson, 1998.
  • The War Horse. London: Victor Gollancz, 1975.
  • In Her Own Image. Dublin: Arlen House, 1980.
  • Introducing Eavan Boland. Princeton, NJ: Ontario Review P, 1981.
  • Night Feed. Dublin: Arlen House, 1982. Reissue: Manchester: Carcanet Press, 1994.
  • The Journey and Other Poems. Dublin: Arlen House, 1986; Manchester: Carcanet Press, 1987.
  • Selected Poems. Manchester: Carcanet Press, 1989.
  • Outside History. Manchester: Carcanet Press, 1990.
  • Outside History: Selected Poems 1980–1990. New York: Norton, 1990.
  • In a Time of Violence. New York: Norton, 1994; Manchester: Carcanet, 1994.
  • Collected Poems. Manchester: Carcanet Press, 1995.
  • Object Lessons: The Life of the Woman and the Poet in Our Time. New York: Norton, 1995; Manchester: Carcanet Press, 1995.
  • Penguin Modern Poets: Carol Ann Duffy, Vicki Feaver, Eavan Boland. London: Penguin, 1995.
  • An Origin Like Water: Collected Poems 1967–1987. New York: Norton, 1996.
  • The Lost Land. Manchester: Carcanet Press, 1998.
  • The Lost Land: Poems. New York: Norton, 1998.
  • The Making of a Poem: A Norton Anthology of Poetic Forms. Ed. Eavan Boland and Mark Strand. New York: Norton, 2000.
  • Against Love Poetry. New York: Norton, 2001.
  • Code. Manchester: Carcanet Press, 2001.
  • Three Irish Poets: An Anthology: Eavan Boland, Paula Meehan, Mary O’Malley. Ed. Eavan Boland. Manchester: Carcanet Press, 2003.
  • After Every War: Twentieth-Century Women Poets. Trans. Eavan Boland. Princeton, NJ: Princeton UP, 2004.
  • New Collected Poems. Manchester: Carcanet Press, 2005.
  • Domestic Violence. Manchester: Carcanet Press, 2007; New York: Norton, 2007.
  • Irish Writers on Writing. Ed. San Antonio: Trinity University Press, 2007.
  • Selected Poems by Charlotte Mew. Ed. Manchester: Carcanet Press, 2008.
  • New Collected Poems. New York: Norton, 2008.
  • The Making of a Sonnet: A Norton Anthology. Ed. with Edward Hirsch. New York: Norton, 2008.
  • A Journey with Two Maps: Becoming A Woman Poet.(prose essays) Manchester: Carcanet Press, 2011; New York: Norton, 2011

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16 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - PARIS 2013

Marché de la poésie 2013

Du 6 au 9 juin, se déroulera, à Paris, Place Saint-Sulpice, le MARCHÉ DE LA POÉSIE. 

Dédié à la poésie irlandaise, à la poésie slovène et encore à la poésie féminine internationale. Jusqu'à cette date (mais de manière irrégulière), je consacrerai mes billets à ces poètes qu'il sera possible de rencontrer ou d'entendre par la voix d'autres.

Dimanche, c'est John Montague que je mettrai à l'honneur. Il fait partie des poètes présents au Marché de la Poésie.
Aujourd'hui, je vais le présenter.

john-montague

Il est né en 1929, à Brooklin. Il a passé son enfance dans la ferme de ses tantes, dans le comté de Tyrone, puis a fait ses études secondaires à Armagh et ses études supérieures à l’University College de Dublin, qu’il est allé compléter aux États-Unis. Il a longtemps vécu à Paris, rue Daguerre, et entretient depuis trente ans avec la culture française et les poètes français contemporains un dialogue d’une grande richesse ; il est notamment membre du comité de la revuePoésie. Traduit très tôt en français par Claude Esteban, Serge Fauchereau, Michel Deguy, il est avec Thomas Kinsella le plus remarquable des poètes de la génération qui suit immédiatement celle de Kavanagh et d’Austin Clarke. Universitaire (il a enseigné à l’University College de Cork de 1972 à 1988), éditeur d’anthologies de la poésie irlandaise (The Faber Book of Irish Verse en 1974 et, plus récemment, Bitter Harvest, de moindre ampleur et de propos différent), auteur d’une autobiographie (The Lost Notebook, 1987) et d’un recueil de nouvelles (Death of a Chieftain, 1964), son œuvre poétique proprement dite porte, surtout dans les années 60, la marque d’une interrogation anxieuse sur les malheurs qui ont frappé la terre d’Irlande (Poisoned Lands, 1961). Issu des milieux catholiques d’Ulster, marqué par son séjour aux États-Unis, il est avant tout un poète de la mémoire, de la réminiscence et du rêve. Ses principaux recueils sont A Chosen Light (1967), Tides (1970), The Rough Field (1972), A Slow Dance (1975), The Great Cloak (1978), The Dead Kingdom (1984),Mount Eagle (1988). Deux anthologies de ses poèmes ont paru en français : La Langue greffée (éd. Belin) et Amours, marées (éd. William Blake).

J'ai extrait cette biographie de "Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle", parue chez Verdier, en 1996.

Un petit avant-goût...

Face cachée

J'ai vu les hautes
traînées de vapeur des
derniers destroyers
en rêve :
j'ai vu la grise
face cachée de la lune
s'approcher en glissant de la terre...

In "La Langue Greffée" - Belin (L'extrême Contemporain) - 1988

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