14 juillet 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Léo Ferré

Miss-tic-Léo-ferré-Résidence-universitaire-orly

Le poète est parti, il y a 20 ans aujourd'hui. Mourir un 14 juillet... le comble pour celui qui se revendiquait anarchiste ! Léo Ferré c'était bien plus que cette "grande gueule" à vif ; c'était un homme de mots, de notes, de gestes, de tendresses, de flammes, de colères. D'outrances, certes, qui irritaient bon nombre de ses contemporains. D'engagements, aussi, qui séduisaient les indignés de sa génération.C'était un grandiloquent timide, un bavard silencieux. 

Léo n'était pas non plus que le chanteur qui interprétait les superbes prosodies que ses émotions lui inspiraient. Léo, c'était aussi un pianiste qui a dirigé avec brio et générosité plusieurs orchestres symphoniques. Léo, c'était aussi celui qui mettait en musique Apollinaire, Aragon, Verlaine, Beaudelaire, Angiolieri, Rutebeuf, Villon, Caussimon, Lautréamont, Rimbaud. Léo, c'était encore un génial touche à tout, qui s'est essayé à la composition d'un opéra, d'un oratorio, d'un ballet, d'une musique de film.

Ferré, c'était même un écrivain : récit d'enfance, littérature épistolaire, essai, portrait, théâtre.

Miss Tic lui a ici rendu hommage en réalisant deux fresques sur les murs de la résidence d’étudiants Léo-Ferré, à Orly.

Léo Ferré, c'était...

La solitude

 

léo ferré 2

Je suis d´un autre pays que le vôtre, d´une autre quartier, d´une autre solitude.
Je m´invente aujourd´hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous.
J´attends des mutants.

Biologiquement, je m´arrange avec l´idée que je me fais de la biologie : je pisse,
j´éjacule, je pleure.

Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s´il s´agissait d´objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais...
La solitude...
La solitude...

Les moules sont d´une texture nouvelle, je vous avertis. Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n´avez pas, dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous car devant c´est derrière, la nuit c´est le jour. Et...
La solitude...
La solitude...
La solitude...

Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d´arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n´est qu´une dépendance de l´ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant...
La solitude...
La solitude!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons "bonheur", les mots que vous employez n´étant plus "les mots" mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience. Mais...
La solitude...
La solitude...
La solitude, la solitude, la solitude...
La solitude!

Le Code Civil, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l´incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties. Je voudrais m´insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
La lucidité se tient dans mon froc!
Dans mon froc!

 

Léo Ferré, c'était...

 

léo ferré 1

Je t'aime tant

Mon sombre amour d'orange amère
Ma chanson d'écluse et de vent
Mon quartier d'ombre où vient rêvant
Mourir la mer
Mon beau mois d'août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palme
Où l'air est bleu
Mes bras d'or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le coeur veille
Est-ce que qu'on sait ce que se passe
C'est peut-être bien ce tantôt
Que l'on jettera le manteau
Dessus ma face
Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font les avoines
Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier Dieu que je t'aime
Je t'aime tant, je t'aime tant
Léo Ferré, c'était ...
Il n'aurait fallu

léo ferré 3

Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immense été
Des choses humaines
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air
Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule
Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum 
Qui fait l'ombre douce
Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne



 

Posté par C Martine à 06:03 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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