03 avril 2015

CAHIER DU JOUR : 3 avril ¨ Aujourd'hui ce que l'on porte.

2015

Ma belle-mère avait coutume de dire que chacun porte sa croix. Référence à une culture judéo-chrétienne qui, pour beaucoup, demeure une véridicité. Ma croix, et les quatorze stations inhérentes au chemin à parcourir dans la vie, si je m'en réfère à ce précepte, je l'ai portée en accompagnant mon fils jusqu'à ce 1er décembre 2010 où il s'est éteint. La quinzième halte, qui dit que l'espérance est dans la résurrection, me semble plus qu'hypothétique (et artificieuse). Les prescriptions ne sont plus ce qu'elles étaient ! Et le poids de cette douleur à porter est immensément accablant.

©Martine Littér'auteurs - 03 avril 2015

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Prochain épisode : 5 avril ¨ Aujourd'hui un mot que j'ai écrit.


31 mars 2015

CAHIERS DU JOUR : 31 mars ¨ Aujourd'hui le monde est petit.

 

2015

On dit que le monde est petit, mais l'au-delà est-il suffisamment vaste pour accueillir ceux qui le quittent ?

Aujourd'hui, j'accompagnais mon amie Nathalie, et ses enfants, Vincent, Isabelle, Florence : ils disaient adieu à celui qui a accompagné leurs vies jusqu'à jeudi dernier.

Je leur offre cette photo du ciel, prise cet après-midi, devant leur maison, vide désormais : le monde était gris et noir aujourd'hui. La clarté au sein de ce chagrin des nues et du désespoir de leurs cœurs… est-ce signe que la nitescence ne s'éteint jamais ?

La chanson, choisie par les enfants, pour leur papa, décédé à 44 ans

©Martine Littér'auteurs - 30 mars 2015

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Prochain épisode : 1er avril ¨ Aujourd'hui un pur mensonge.

22 septembre 2014

LA PORTE DES ENFERS - Laurent Gaudé

LA PORTE DES ENFERS - Laurent Gaudé

La porte des enfers
Laurent Gaudé
Acte Sud (Babel) - 29 mai 2010
Poche, 266 pages

 

Ainsi le Paradis n’existerait pas pour nos défunts, même les plus vertueux ? Ainsi, tous, emmenant avec eux une partie de nous, seraient inéluctablement condamnés à affronter de terribles épreuves souterraines, avant que l’oubli terrestre ne les engloutisse dans la mort ultime ?

C’est la thèse que Laurent Gaudé défend dans ce somptueux roman. Et cette thèse m’a conduite dans une réflexion profonde et intime sur le rapport que nous pouvons avoir avec la perte et le deuil.

Naples. La mort violente d’un enfant de six ans, tué d’une balle perdue au cours d’un règlement de compte mafieux, fait basculer la vie de ses parents. Un tel sujet aurait pu faire verser le texte dans un mélo poisseux et larmoyant, où il aurait pu être question de vengeance, d’incommensurable affliction, de prostration hébétée. Ces thématiques, omniprésentes, Laurent Gaudé les prend à contre-pied et leur donne une amplitude symbolique « Extra-Ordinaire ». Hors du rationnel, et pourtant si proche des bouleversements qu’impose un tel déchirement.

S’inspirant du mythe d’Orphée, le romancier emmène le père jusqu’au lieu où erre l’ombre de son enfant. Dans « les enfers », et non dans « l’enfer » embrasé de notre traditionnelle théosophie. Dans un lieu où les ombres des morts, avant leur évanouissement suprême, vaguent de salles en salles, implorant que le souvenir des vivants les maintiennent hors de la dissolution absolue.

Une thèse sur la perte et le deuil ; une thèse sur la mémoration, aussi.

Les personnages de ce roman sont un compendium de l’existence : un père, une mère, un enfant, un prêtre réprouvé par les Hautes Autorités Ecclésiastiques, un « professore » homosexuel à la limite de la pédophilie, un travesti extravagant et empathique, un tenancier de bar un peu sorcier…

Une seule femme, la mère. Synthèse du don de la vie et de la faculté d’oubli. Son rôle m’a quelque peu étonnée, d’ailleurs. Lorsqu’elle décide – choisit – d’oublier. D’oublier son enfant, d’oublier sa propre vie, de s’oublier. Surprise que Laurent Gaudé ne lui ai pas attribué le statut de gardienne de la mémoire de son fils. Après avoir exigé de son mari qu’il venge la mort de leur enfant ou qu’il le lui ramène, après avoir constaté qu’il ne peut accéder à sa demande, après avoir lancé sa malédiction, elle partira sur le chemin de l’oubli, du déni, du reniement et de la renonciation.

Le rôle des hommes de ce roman est prééminent : au fil du roman, ils s’élèvent en puissance au-dessus de ce et ceux qui les entourent. Le père, personnage central, porte le souvenir de son enfant dans la culpabilité : il a besoin de rédemption, il a besoin de participer au salut des mânes de son fils par l’expiation. Ses compagnons de quête, des silhouettes de l’ombre : le succédané d’une société anonyme, clandestine, androgyne.

Jamais je n’aurais lu ce fantastique ouvrage si Isabelle (son blog est ici) ne me l’avait offert pour mon anniversaire. Ni le titre, ni le thème, ni la couverture ne m’auraient engagée ne serait-ce qu’à le feuilleter. Je la remercie d’avoir forcé ma porte, de m’avoir emmenée sur les rives du Styx, et de m’avoir permis d’en revenir, fortifiée.

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16 mai 2014

DES MOTS, UNE HISTOIRE avec Olivia Billington

Pour toi, mon enfant

 

Ne subsiste plus raison
pour que poème
rime

vertige de la
valse funeste
l’alcool enivre

les mots qui dégringolent
d’étage en étage
leur tourbillon

pénètrent les baïnes
où s’engouffre
ma désespérance.

Ta vie s’est dissoute.

Sans rime. Sans raison.

 

Martine Littérauteurs - 13 mai 2014
pour Pierre - 04 mars 1988 - 01 décembre 2010

 

DES MOTS UNE HISTOIRE

Chez Olivia, une communauté d'écriture (ici). 

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07 février 2014

UN TROU ÉNORME DANS LE CIEL, Jean-Pierre Luminet

UN TROU ÉNORME DANS LE CIEL - LUMINET

Un trou énorme dans le ciel (°)
Jean-Pierre Luminet
Poésie. Éditions Bruno Doucey,
Janvier 2014, 56 p.

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’un parent, père, mère, voit son enfant partir, quoi de plus naturel ? C’est pour cela que les parents « naissent » : pour accompagner leurs enfants et les aider à grandir, à partir, à quitter les jupons maternels, à cesser de s’agripper à la jambe paternelle.

….

Lorsqu’un parent, père, mère, voit son enfant partir, quoi de plus terrifiant ? Amande Luminet a écrit avant son départ.

« J’étais petite, je suis tombée dans le néant et ma tête s’est fracassée au fond » (*)

Anéantir. Détruire. Atomiser. Désagréger. Pulvériser …. FRACASSER.

Amande est la fille de Jean-Pierre. Quand elle est partie, elle avait 29 ans. Amande est l’enfant d’un astrophysicien de renom, dont un astéroïde porte le nom (la 5523). Mais Amande, depuis 2011, ne plus porte plus le nom de son père qu’à titre posthume.

Jean-Pierre est le père d’Amande. Il travaille sur les trous noirs et la cosmologie. Une science qui étudie les lois de l’Univers, de son fonctionnement dans son ensemble. Mais Jean-Pierre, depuis 2011, porte l’absence d’Amande au cœur de son Univers de Père.

Mettre en mots la perte de son enfant. Lui donner sens en poésie. Explorer le chaos de l’absence. Exorciser l’effroi.

« Un trou énorme dans le ciel », c’est le trou noir que le père d’Amande ne pourra jamais sonder, ausculter. Le cœur de ce père est devenu le ciel dans lequel l’absence de sa fille a excavé une déchirure qu’aucun nouvel astéroïde ne pourra pacifier.

La perte et le deuil, la révolte et la nécessité de vivre. Un recueil de poèmes, intime.

Extraits

[…] donnez-moi le temps de récupérer
c’est fatigant d’essayer d’être
normal tout le temps
être malheureux c’est mieux qu’être idiot
tout le monde me déteste
en secret
je pourrais avoir tout ce que je veux
j’aimerais rester seul
simplement dormir
[…]

[…] c’est quoi le silence
une sorte de tristesse
ou de peur peut-être
tout le monde à peur
de dire ce qu’il ne faut pas
[…]

[…] comment vas-tu bien merci
je n’y vois plus
personne ne peut nous renseigner
tout le monde est seul
on ne s’occupe pas des morts
après le coucher du soleil
[…]

[…] les journées seront longues
et les nuits
[…]

[…] ma vie toute entière s’est effondrée
personne n’a fait pression
vous savez de quoi je parle
les idées noires passent
j’ai décidé de rester
[…]

[…] mais en voyant le verre cassé
j’ai eu la nette impression
qu’il valait mieux ne rien dire
comme si rien n’était arrivé
il est tard je dois rentrer
il y a un trou énorme dans le ciel
[…]

[…] j’ai l’habitude de me sentir seul
et là je découvre la solitude plus profonde encore
alors chaque jour est important
[…]

Je ne peux me mettre à la place
de ce Père
je ne peux qu’être
à la mienne
c’est pour cela que
depuis
2010
inlassablement
je scrute
le trou énorme dans le ciel
j’ai décidé
d’y voir
une étoile

MC


(°) Masse critique, de Babelio, m'a permis de rencontrer ce recueil. Merci.(clic sur "Babelio" pour suivre le len)

(*) Amande Luminet

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02 décembre 2012

RENCONTRES POÉTIQUES ; Isabelle Callis-Sabot

Absence

 

L'année s'est écoulée, me laissant bien songeuse,

Les mois ont défilé, si rapides, si courts ;

Pourtant la vie s'étire et l'espace se creuse

Nous séparant, hélas, un peu plus chaque jour.  

 

À l'encontre du temps, en retour, en arrière,

Je m'efforce d'aller, j'essaie de revenir.

Il me reste ce soir le triste anniversaire

Pour empêcher l'oubli, pour mieux le contenir.

 

Tu m'offres cependant la chance inespérée

De te voir apparître au milieu de mes nuits ;

Mais ta visite est brève alors, désemparée,

Je m'accroche en pleurant au rêve qui s'enfuit.

 

                          Isabelle Callis-Sabot

 

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