29 juillet 2013

LE BAL - Irène Némirovski

Le bal nemirovski

Dans la famille Kampf, je voudrais le Père. Un petit homme falot, Un Juif allemand qui peinait à la Banque de Paris,comme chasseur d'abord, puis comme employé, dans les années 1920. Il avait dévergondé la dactylo du patron en lui promettant monts et merveilles, et surtout l'opulence.

Dans la famille Kampf, je voudrais la Mère. Rosine, ladite dactylo. Un vrai personnage de roman-feuilleton. La petite fille pauvre qui rêve de devenir riche. C'est d'ailleurs dans les magazines à quatre sous qu'elle puise son inspiration et ses aspirations.

Dans la famille Kampf, je voudrais la Fille. Antoinette, quatorze ans, plate comme une presque limande, au physique ingrat. Mais bourgeonnante d'adolescence naissante.

Ce roman/nouvelle est un quasi huis-clos de deux semaines entre ces trois protagonistes. 

Monsieur Père, s'est un jour pris pour un trader de génie. Banco ! il a fait fortune ! Foin de la rue Favart ! Foin des chaussettes à ravauder ! Foin des devoirs faits sur la table de la salle à manger ! Désormais, au jeu des sept familles, les Kampf brillent de mille feux. Enfin, ils essaient. Et, pour essayer de jouer dans la même cour que les "Ôtres", madame mère et monsieur père vont organiser un bal.

Une telle entreprise, faut pas dire, demande une belle organisation, et un réseau d'approximatives connaissances, qui deviendront, si l'on si prend correctement, des "chèèèèères" connaissances. Nous sommes dans les Années Folles, rappelons-le. On est dans le paraître, dans le futile. Rosine excelle dans l'art de l'inconsistant. On invite à tour de bras, des vrais barons, des fausses comtesses, des incontestables gigolos, des anciennes catins...

Et pendant ce temps, Antoinette rêve. De devenir grande. De découvrir l'amour. De trouver le plaisir. Quand elle apprend que Maman s'oppose à ce qu'elle assiste au bal, Antoinette s'effondre, se révolte, puis se venge. De sa mère, de sa gouvernante aussi qui a le bonheur de connaître les batifolages de l'amour.

C'est ainsi qu'Antoinette va créer les conditions pour changer de statut, involontairement, dans un geste de dépit. Un geste qui aura pour conséquence de renverser les relations entre la mère et la fille.

Publié en 1930, par une romancière russe qui mourra dans les camps d'Auschwitz, ce texte est à la fois une satire caustique de la société faussement bourgeoise, une fine analyse des relations mère/fille, un regard affûté sur cette partie de la vie qu'on nomme adolescence, pleine de contradictions, de haine et d'amour mélangés....

Une savoureuse lecture d'été, rafraîchissante à souhait, quoi qu'abondamment aromatisée à l'acidité du citron....

 

 

Les avis de Soukee, de Choco...

Posté par C Martine à 19:07 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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