20 avril 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR ; Guy Goffette

LE PECHEUR D'EAU GOFFETTE

L'or bleu

 

Non, les larmes n'arrêtent pas de couler
sur la terre, ni les cris de retentir.
Collines et cloisons nous défendent seulement
des corps qui vont avec et se défont

et les fleuves larges et paisibles, et les nuées
entraînent la douleur au loin. Mais à peine
la maison comme un mouchoir refermé
sur son carré d'amertume,

comme la tasse de café brûlant et le verre
de schnaps semblent soudain lourds !
Et si froide, inutile et petite la main
qui dilapidait la lumière sur ta peau

comme le ciel son or bleu sur la mer.

 

Le pêcheur d'eau, Guy Goffette
Gallimard - Poésie
20 avril 2007 - 132 pages

 

Ma participation, modeste, pour le mois belge organisé par Anne et Mina

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13 avril 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Sherman Alexie

 

SHERMAN ALEXIE

 

 

 

 

 

Après le premier éclair

 

Je te demanderai la permission
de tisser une histoire
avec tes cheveux, de la tisser

autour de nous deux
pendant qu'assis, au chaud et en sécurité,
sur la colline au-dessus
de la réserve et tous

ses peaux-rouges, nous regardons
le premier orage de l'année
approcher, passer
puis s'éloigner.

 

Extrait de Red Blues
Éditions Albin Michel - Terres d'Amériques (15 mars 2008)
Traduit de l'américain par Michel Lederer

290 pages


Sherman Joseph Alexie, Jr., né le 7 octobre 1966 à Wellpinit dans l'État de Washington aux États-Unis, est un romancier, poète et scénariste américain. Il vit aujourd'hui à Seattle et écrit principalement sur les populations amérindiennes

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06 avril 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Raymond Carver

LA VITESSES FOUDROYANTE DU PASSÉ - CARVER

La vitesse foudroyante du passé
Raymond Carver
Points Poésie (février 2008)
Titre original : Ultramarine (octobre 1987)
Traduit de l'anglais par Emmanuel Moses
174 pages

 

Simple

Une trouée dans les nuages. Le contour
bleu des montagnes.
Le jaune sombre des champs.
La rivière noire. Que fais-je ici,
seul et plein de remords ?

Je continue de manger distraitement
les framboises. Si j'étais mort,
ça me fait penser, je ne
les mangerais pas. Ce n'est pas si simple.
C'est aussi simple.

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30 mars 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Rose Ausländer

BLINDER SOMMER

Blinder Sommer / Été aveugle
Rose Ausländer
Æncrages & Co (15 juin 2010) – Voix de chants
Traduit de l’allemand par Dominique Venard

 

 

 

 

 

Le temps d’une respiration

 

Le temps d’une respiration
l’air a changé de couleur
L’herbe et les feuilles en séchant se teintent
au ciel un drapeau de paille pend

Le temps d’une respiration
une forme dans mes nerfs se glace
j’entends la silhouette d’un ange qui s’estompe

Il est temps de
construire le rêve en gris
il s’est agité s’est déjà
posé dans mes
cheveux le temps d’une respiration

Entre-temps le soleil s’est vitrifié et
fendillé je cherche à retrouver sa
forme intacte dans le Hudson mais
dans ses yeux devenus gris les
contours se sont noyés
Du nord vient une
main preste qui chasse
les gouttes vers
l’océan Atlantique
le temps d’une respiration

Rose Ausländer
Poétesse d’origine juive allemande (1901-1988)

 

BLINDER SOMMER 2

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09 mars 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR ; Louis Aragon

aragon poésie

Le roman inachevé
Louis Aragon
Gallimard (2 juin 1966)
Poésie, 255 pages

 

 

 

Je chante pour passer le temps

Je chante pour passer le temps
Petit qu’il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le coeur content
A lancer cailloux sur l’étang
Je chante pour passer le temps

J’ai vévu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j’ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n’est plus pareil
J’ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent
Comme le front d’avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir 
Les nuages plus bas que nous
Et l’alouette à nos genoux
Allons que ces doigts se dénouent

Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues 
Qu’importe à présent qu’on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s’est mise en Commune 
Nous avons fait des clairs de lune

Et j’en dirais et j’en dirais
Tant fut cette vie aventure
Où l’homme a pris grandeur nature
Sa voix par-dessus les forêts
Les monts les mers et les secrets
Et j’en dirais et j’en dirais

Oui pour passer le temps je chante
Au violon s’use l’archet
La pierre au jeu des ricochets
Et que mon amour est touchante
Près de moi dans l’ombre penchante
Oui pour passer le temps je chante

Je passe le temps en chantant
Je chante pour passer le temps

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02 mars 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ivan A. Bounine

IVAN BOUNINE - MON COEUR PRIS PAR LA TOMBE

Mon coeur pris par la tombe
Ivan A. Bounine
Éditions La Différence, 1992
Coll Orphée
Traduit du russe par Madeleine de Villaine

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les hauteurs, au sommet enneigé,
J'ai taillé un sonnet avec un couteau d'acier.
Les jours passent. Il se peut que jusqu'à maintenant
Les neiges aient gardé ma trace solitaire.

Dans les hauteurs, là où les cieux sont si bleus,
Où rayonne avec allégresse la lumière de l'hiver,
Seul le soleil regardait le stylet
Tracer mon poème sur le glacier émeraude.

Et je jubile à la pensée qu'un poète
Me comprendra. Que jamais dans la vallée
Ne le réjouisse le salut de la foule !

Dans les hauteurs, là où les cieux sont si bleus,
J'ai taillé à l'heure de midi un sonnet
Pour celui qui est dans les hauteurs, et pour lui seul.

1901

16 février 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Sénac

Senac_une_terre_possible

Pour une terre possible
Jean Sénac
Éditions Point Poésie
Octobre 2013, 320 pages

 

Ma souris vagabonde s’est égarée, un jour, sur les mots de ce poète. Elle s’est faufilée entre les vers, entre les émotions, au cœur de la rébellion de cet artiste engagé, pour qui l’Amour allait de pair avec la Révolution.

 

 

 

 

 

 

 

Les belles saisons

Gouttes de sang gouttes de pluie
gouttes de fleurs gouttes de nuit
gouttes de mie gouttes de plomb
gouttes de boue gouttes de vent
le genêt tremble sur la pierre
la pierre tremble sous le front

Gouttes de sel gouttes d’anis
gouttes de mot gouttes de fer
gouttes de mort gouttes d’ennui
gouttes de voix gouttes d’éther
coquelicot la vie appelle
toutes les courbes de lumière

Gouttes de feu gouttes de feuilles
gouttes de vert gouttes du seuil
gouttes des yeux gouttes des joues
gouttes du sein qui se défend
de la corolle qui se fond
de la fenêtre où l’on t’accueille

Les courts stigmates du printemps
sont dans la fleur qui se recueille
dans la main vide dans le temps
gouttes le lait gouttes le sang
gouttes le fruit

Et tout le reste

Extrait de « Terres Possibles » - Recueil 1946-1949

Sur le site de Blandine Valfort (clic), un article suivi d’un entretien avec l’écrivain algérien Hamid Nacer-Khodja. 

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09 février 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Robert Desnos

CORPS ET BIENS DESNOS

Corps et bien
Robert Desnos
La bibliothèque Gallimard, 2005, 320 pages

 

 

 

UN JOUR QU’IL FAISAIT NUIT


Il s'envola au fond de la rivière.
Les pierres en bois d'ébène les fils de fer en or et la croix
sans branche.
Tout rien.
Je la hais d'amour comme tout chacun.
Le mort respirait des grandes bouffées de vide.
Le compas traçait des carrés
et des triangles à cinq côtés.
Après cela il descendit au grenier.
Les étoiles de midi resplendissaient.
Le chasseur revenait carnassière pleine de poissons
sur la rive au milieu de la Seine.
Un ver de terre marque le centre du cercle
sur la circonférence.
En silence mes yeux prononcèrent un bruyant discours.
Alors nous avancions dans une allée déserte où se pressait la
foule.
Quand la marche nous eut bien reposés
nous eûmes le courage de nous asseoir
puis au réveil nos yeux se fermèrent
et l'aube versa sur nous les réservoirs de la nuit.


La pluie nous sécha.

 

Langage cuit (1923)

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02 février 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Bernard Mazo

BERNARD MAZO

Cette absence infinie
Bernard Mazo
L'Idée Bleue, 2004, 177 pages.

 

 

 

 

UNE ATTENTE JAMAIS COMBLÉE

Un seul poème
pour dire
la totalité du monde

ce qui nous sépare
de la vie rêvée

et moi
avec tous ces mots
au bord des lèvres
pour la décrire

tout à coup
muet

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12 janvier 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Maram al-Masri

par-la-fontaine-de-ma-bouche

Par la fontaine de ma bouche, Maram al-Masri

Éditions Bruno Doucey, 2011, 80 pages, 12 €

 

 

 

 

 

 

 

Le fracas des âmes ne parvient pas
à l'oreille du gardien des flammes

il se brise sur la vitre qui nous sépare
nous emprisonne dans le visible

la plainte des colombes ne parvient pas aux cavités
mais s'évanouit dans le silence de l'espace

nulle couleur pour la souffrance
nulle couleur pour l'espérance

le ciel absorbe les prières comme un ventre de femme
comme un téléphone public dans un quartier bruyant

une voix gémit
se balance sur une corde fragile
ni les saints ni les anges ne l'entendent
pas plus que les chiens
assoupis au seuil des étables
protégeant les loups de la chair des agneaux

Maram al-Masri, Signe 24

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