20 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du Livre 2013

                    printemps des poètes                          salon du livre

 

 

Sentier

Sentier droit
Frayé dans l'herbe
Par le peigne des pieds nus
Comme traversant les cheveux
De la terre,
Crâne réchauffé par le sommeil
Et prêt à s'effondrer
De l'automne, librement,
Comme de la vie, les vieillards.

Ana Blandiana - L'oeil de cigale (in Autrefois les arbres avaient des yeux) - 1981


19 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du livre 2013

                   printemps des poètes                    salon du livre

 

 

Soleil de l'insomnie

Soleil de l'insomnie,
Blanc métal fondu,
Insupportable sur la rétine,
Traversant la paupière,
Veille éclatante,
Regard sans le moindre espoir d'ombre
Me tenant suspendue
En haut, au-dessus de tous les sens,
Au-dessus du noir si doux,
Attenant, de l'enfer,
Dans la plus cruelle et impudique
Lumière
Dont je ne veux que
Tomber, tomber...

Ana Blandiana - Étoile de proie (in "Autrefois les arbres avaient des yeux") - 1985

18 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du livre 2013

                    printemps des poètes                    salon du livre

 

 

 

Le piège

Je le ferai ainsi :
Le miroir à la place de la pierre.
Et à la place du nom,
encore un autre miroir.
Ce sera comme un piège
Dans lequel vous tomberez
Enfin.
Peu m'importe que personne ne saura
L'endroit de ma tombe,
Lorsque vous irez vous pencher au-dessus d'elle
Curieux de voir
Qui y repose
Et où vous n'y verrez
Que vous-mêmes.

Anna Blandiana - L'architecture des vagues (in "Autrefois les arbres avaient des yeux") - 1990

17 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du Livre 2013

salon du livre


Pour sa 33ème édition, le Salon du livre met à l'honneur les Lettres Roumaines. Vingt-sept auteurs roumains seront présents à Versailles du 22 au 25 mars.

Ana Blandiana

Ana Blandiana est née en 1942, près de Timişoara. C'est une poétesse dont l’œuvre est emblématique d’une littérature entre les tensions de l’oppression et une tradition vive de créativité. Auteur d’une œuvre délicate presque totalement méconnue en français en dépit de sa notoriété de femme engagée auprès de la société civile, Ana Blandiana est aussi l’auteur d’un roman polyphonique sur les conditions de la création littéraire dans une société fermée et totalitaire. Après la publication de son premier poème paru sous le pseudonyme d’Ana Blandiana, elle fut dénoncée comme « fille d’un ennemi du peuple » et empêchée de s’inscrire à la Faculté pendant quatre années consécutives. Après ce faux départ imposé par le régime communiste, elle se réinscrit en 1963 à la Faculté de philologie de Cluj et publie, en 1964, son premier recueil de poèmes au titre annonciateur de ses engagements futurs : La Première personne du pluriel. Ana Blandiana crée en 1990 l’Alliance civique, maillon essentiel dans la vie de la « polis » après la chute de la dictature. Elle fonde également le Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance, à Sighet (nord de la Roumanie). Elle a été traduite dans de nombreuses langues.

printemps des poètes

Jusqu'au 25 mars, dans le cadre du Printemps des Poètes, je présenterai chaque jour un poème d'Ana Blandiana, en hommage à cette dame, invitée du salon. Chaque page est extraite de l'un des recueils de la poétesse : "Autrefois les arbres avaient des yeux", édité au Cahiers Bleus/Libraire Bleue, en décembre 2005.

 

 

Rencontre

N'aie pas peur.
Tout sera tellement plus simple
Que tu ne comprendras
Que bien plus tard.
Tu attendras au début
Et tu n'auras de la peine
Que lorsque
Tu commenceras à croire
Que je ne t'aime plus,
Mais alors je mettrai
Un brin d'herbe à pousser
Dans un coin connu du jardin,
Qu'il arrive jusqu'à toi
Et te murmure :
N'ayez pas peur,
Elle est bien
Et vous attend
À mon autre bout

Anna Biandana - Cinquante poèmes (in Autrefois les arbres avaient des yeux) - 1970

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07 février 2013

TERRE DES AFFRANCHIS, Liliana Lazar

 

terre des affranchis

Je ne vais pas insérer la quatrième de couverture (d'ailleurs je pense que je ne le ferai plus jamais) mais surtout pour ce roman. Elle ne reflète absolument pas la profondeur, l'émotion, la richesse de ce texte.


La 1ère de couv chez Babel, en revanche, ne laisse planer aucun doute sur la teneur de ce roman : le lecteur va entrer de plein pied dans un monde sépulcral, inquiétant, lugubre, tourmenté, comme le sont les troncs et les branches des arbres qui illustrent la jaquette. C'est la photographie d'une reproduction d'un tableau de Myriam Escofet : The Witching Hour, de 2008. La thématique tourne autour du mystique, du symbolique. "Récemment, j'ai été attirée par des thèmes allégoriques et archétypaux et par des idées de paysages magiques et des passés archaïques. Un thème particulier et récent est l'olivier, qui pour moi est un arbre presque sacré, si profondément ancré dans la mythologie, la religion et le paysage de la Méditerranée", déclare-t-elle.

Liliana Lazar est née en Roumanie en 1972, Elle passe l’essentiel de son enfance dans la grande forêt qui borde le village de Slobozia, où son père était garde forestier. Après la chute de Ceauşescu, elle quitte la Roumanie pour s’installer dans le sud de la France (à Gap, en 1996) où elle réside encore aujourd’hui. C’est Slobozia qui servira de décor à son roman Terre des affranchis, paru en 2009 chez Gaïa. Liliana Lazar écrit en français.


La rencontre d'une jeune dame ou demoiselle avec Victor Luca serait tout à fait dramatique : c'est un serial killer, un obsédé sexuel, un psychopathe, que les odeurs de mandragore rendent complètement dément, et qui, de prime abord, est un être absolument aliéné. Né d'un père alcoolique, tyrannique et d'une mère soumise et résignée, Victor incarne toute la misère sociale d'une Roumanie ployée sous le joug de la famille Ceauşescu en même temps qu'elle est ancrée dans ses croyances populaires. Liliana Lazar mêle avec intelligence ce composé détonnant d'ancien et de moderne réuni dans une fable mystique, fantastique et envoûtante. Dans cette société répressive, les êtres qu'elle décrit sont fragles et perdus ; ils se raccrochent à leurs superstitions pour tenter d'expliquer ce qui les dépassent dans leur aujourd'hui. Leur religion mise à mal, elle aussi, ils ne peuvent, pour essayer de se protéger, que construire d'éphémères remparts contre les images de la mort qui les assaillent : ici on torture, on assassine, on se suicide, on "parricide"...Mais on se reclut aussi, dans un puissant, mais vain, désir de rédemption.

Une Roumanie stigmatisée, fouaillée par son histoire. Une Roumanie qui oscille entre ses pulsions meurtrières et sa volonté de rédemption. C'est ainsi que LiIliana Lazar décrit son pays. Ce pays qui est toujours hanté par les "moroï", les morts-vivants, ceux qui visitent encore les habitants de Slobozia, qui les inquiètent, et qui les protègent aussi de leurs pulsions meurtrières et, peut-être, d'une histoire politique si lourde à porter qu'il leur vaut mieux se réfugier dans les légendes que de regarder la réalité en face.

 Un premier roman troublant, poignant, vibrant, couronné par une douzaine de prix, dont celui des cinq continents de la francophonie.

 


Et voici comment, malicieusement, on glisse sa dernière lecture dans le challenge "À tous prix" de Laure (ici)

Challenge a tout prix

 

Posté par C Martine à 21:11 - Commentaires [6] - Permalien [#]
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