15 mars 2015

DIMANCHE EN POESIE : Luc Bérimont

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Originaire du Nord de la France, André Pierre Leclercq,, dit Luc Bérimont, est né le 16 septembre 1915 et décédé le 29 décembre 1983.

En 1938, pour ses débuts en poésie, il imprime avec Félix-Quentin Caffiau, en taillant les caractères au couteau, une revue appelée Prairie qui reçoit les encouragements de Jean Giono et Max Jacob. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il sera mobilisé et il combattra en Lorraine avant d’entrer dans la résistance.

Un résistant le fera justement entrer à Radio Paris où il sera chargé plus particulièrement des émissions de poésie. Et c’est en 1948 que Luc Bérimont entre à la RTF dont il deviendra un des créateurs et des animateurs pendant plus de deux décennies.

Sa volumineuse œuvre poétique comprend  pas moins de trois tomes. Partisan d’une poésie sensuelle et chaleureuse, il fut sur les ondes de la RTF puis de Radio France, dans ses émissions, La Fine Fleur,  le défenseur de la grande chanson française des Brel, Brassens, Béart et Ferré.

 


Le Printemps des Poètes célèbre le centenaire de sa naissance.

 

Madame à Minuit (NOËL)

Poème de Luc Bérimont
Musique de Léo Ferré

Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté,
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Et ton souvenir m’arrache le coeur.

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Voici l'interprétation de Léo Férré, son compositeur


25 janvier 2015

PIERROT DE RIEN - Françoise Lison-Leroy & Anne Leloup

"Les messages s'entassaient sous la vitre, l'écran demeurait blanc. Rien qu'un grésillement d'insecte apeuré. Celui que l'on redoute dans la chambre mortuaire, à l'heure de l'ultime échappée. Celui qui hèle l'invisible, l'imparable, l'inouï. Parce qu'un signe suffit."

Françoise Lison-Leroy


2015

Cache-cache cigüe

vous avez fermé la lourde porte/ derrière
mes mains/ vous avez tatoué mon âge/ mes
pas d'écolière/ mes armures/ et dans cette
cour carrée/ j'apprends à voler quelques songes/
à sangloter sans bruit ni mouchoir/ à compter
les carreaux de tous nos tabliers


sans tendresse/ vos silhouettes gardent
nos jeux/ épient nos fausses lettres/ ne pas
dormir/ ne pas céder/ grapiller encore et encore/
mille instants/ seule à seule avec rien/ il faut
tenir la rampe/ faire craquer l'escalier de bois/
le parquet/ pour se savoir pesante


vous trônez sur un siège/ et chacune
vous salue/ vous reniflez les rires/ les parfums
coupables/ et lacérez le rouge/ de quelques joues
trop roses/ combien donneriez-vous/ pour voir
nos fronts baissés/ nos certitudes calcinées


le silence est de mise/ nous abordons
le jour suivant/ entre tartines et leçons/
les tables sans issue/ les cratères/ vous
cadenassez nos dents/ le pain trop froid me
gifle/ ceinture/ faut-il éventrer la coupable

Fraançoise Lison-Leroy

Inédit, pour le printemps des poètes

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30 juin 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jacqueline Persini Panorias

 

Quand les pierres assassines
écrasent les ventres, les fronts
quand la nuit n'abreuve plus que
échirures et déraison

la séve s'essouffle
à faire grimpette
pour cueillir des paroles
de luzerne colza

Mais elle ne lâche pas
la tige frêle des voix
lui donne des grains libres
qui se mettent en ligne
pour traverser le pire.

Jacqueline Persini Panorias, Contre l'humain il est des crimes, L'Harmattan, coll."Accent Tonique-Poésie", 2011.


Née le 22 mars 1944 à Marseille. Vit à Paris. Exerce la psychanalyse depuis une trentaine d’années. Elle tente d’allier poésie et psychanalyse. Dans un centre médico-psychologique, elle a effectué des ateliers d'écriture avec des enfants et des adolescents en difficulté et poursuit cette pratique en bibliothèques et centres de loisirs.
Ses trois premiers livres publiés par L’Harmattan sont issus d’une nécessité autobiographique. Dans le troisième « Herbes vivantes » elle tente de communiquer sa pratique de psychanalyste sans théorie mais avec des poèmes qui alternent avec des vignettes cliniques. 
Diplôme de psychologie clinique. DEA de littérature.
Elle participe au comité de rédaction de la revue Poésie première. Responsable de la rubrique Poésie jeunesse, elle donne la parole à des poètes et à des éditeurs afin que la poésie jeunesse ne soit plus considérée comme sous poésie mais comme poésie.

 

POÉTISONS


Le jeu

Poétisons ensemble...

La règle du jeu est ici.

Plus nous serons nombreux à faire parler la poésie, plus elle restera vive, créatrice et porteuse de beauté.

La semaine darnière, AnisAnne  ont poétisé avec moi. À vous les mots !

20 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du Livre 2013

                    printemps des poètes                          salon du livre

 

 

Sentier

Sentier droit
Frayé dans l'herbe
Par le peigne des pieds nus
Comme traversant les cheveux
De la terre,
Crâne réchauffé par le sommeil
Et prêt à s'effondrer
De l'automne, librement,
Comme de la vie, les vieillards.

Ana Blandiana - L'oeil de cigale (in Autrefois les arbres avaient des yeux) - 1981

19 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du livre 2013

                   printemps des poètes                    salon du livre

 

 

Soleil de l'insomnie

Soleil de l'insomnie,
Blanc métal fondu,
Insupportable sur la rétine,
Traversant la paupière,
Veille éclatante,
Regard sans le moindre espoir d'ombre
Me tenant suspendue
En haut, au-dessus de tous les sens,
Au-dessus du noir si doux,
Attenant, de l'enfer,
Dans la plus cruelle et impudique
Lumière
Dont je ne veux que
Tomber, tomber...

Ana Blandiana - Étoile de proie (in "Autrefois les arbres avaient des yeux") - 1985


18 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du livre 2013

                    printemps des poètes                    salon du livre

 

 

 

Le piège

Je le ferai ainsi :
Le miroir à la place de la pierre.
Et à la place du nom,
encore un autre miroir.
Ce sera comme un piège
Dans lequel vous tomberez
Enfin.
Peu m'importe que personne ne saura
L'endroit de ma tombe,
Lorsque vous irez vous pencher au-dessus d'elle
Curieux de voir
Qui y repose
Et où vous n'y verrez
Que vous-mêmes.

Anna Blandiana - L'architecture des vagues (in "Autrefois les arbres avaient des yeux") - 1990

16 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

Le masque

 

Une vie imaginaire
sur les villes est posée.
Partout de fausses lumières
sont peintes sur les paupières
des fenêtres enfermées.
Le pâle soleil qui luit
n'est que plâtre sur les pierres.

La vraie ville est dans la nuit.

Jean Tardieu - Le témoin invisible (1943)

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15 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

 

Le Monde Immobile

 

Puits de ténèbres
fontaine sourde
lac sans éclat

présence épaisse
battement faible
l'instant est là

rien ni personne
une ombre lourde
et qui se tait

j'attends des siècles
rien ne résonne
rien n'apparaît

sur ce tombeau
l'espace bouge
c'est ma pensée

pour nul regard
pour nulle oreille
la vérité.

Jean Tardieu - Une voix sans personne (1951 - 1953)

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14 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

 

Locutions
ou
Les Commandements de Dieu

 

"Allez voir là-bas si j'y suis :
Vous trouverez à qui parler.
C'est à prendre ou à laisser.

Non, mais, pour qui me prenez-vous ?
Puisque c'est moi qui vous le dis :
ce n'est pas moi qui ai fait le coup.

Souvenez-vous de mes paroles,
mais si vous me prenez au mot
vous le sentirez passer.

Ah ! puis en voilà assez !"

Jean Tardieu - Monsieur Monsieur (1948 - 1950)

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11 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

En furetant sur le site officiel du "Printemps des Poètes", dans la catégorie "poèmes sur le(s) rire(s)", j'ai découvert qu'un hommage y est rendu à Jean Tardieu

Jean Tardieu,dont je pense qu'il est un poète précurseur, un précurseur inspiré, un inspiré visionnaire, un visionnaire utopiste, un assembleur de nuées.

À ma façon, je vais, moi aussi, rendre hommage à ce grand homme en publiant, chaque jour, l'un de ces poèmes. Et pour mettre un peu de piment, je laisserai un mot en suspens... qui le découvrira ? Qui en trouvera un qui fera bonne mesure ? À vous de jouer, en déposant votre mot en commentaire de chaque billet. Et de ces mots déposés, ensemble nous ferons un poème.

Dialogues à voix basse

Et celle qui riait sans pouvoir s'arrêter ?
- C'était pour t'avertir des plus graves dangers.

Et celle qui pleurait avec tant de finesse ?
- C'était pour t'éclairer sur ta propre faiblesse.

Et ce train qui partait, je le manquais de peu ?
- C'était pour égarer les ------ ombrageux.

Et le temps qui montait sans m'avancer d'un pas ?
- Comprends toi-même enfin ! Je ne te réponds plus.

 

Le témoin invisible - 1943


Point n'est besoin (ni obligatoire) de tenir un blog de lecture pour participer. 

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