03 novembre 2014

ENCYCLOPÉDIE DE L'ÉCHEC SENTIMENTAL - Khun San

Khun San - Encyclopédie de l'échec sentimental

ENCYCLOPÉDIE DE L’ÉCHEC SENTIMENTAL – KHUN SAN

Editeur : Asphodèle (28 décembre 2010)

Collection : NOUVELLES

90 pages

 

 

 

 

Ici, l’Apocalypse est simple, le Brouillard intime, le Ciel clandestin, la Déclaration amnésique, la Folie lucide, l’Histoire vraie, le Sens unique, …, le Zoo humain.

Ici, c’est l’ABéCéDaire du genre humain qui se décline au fil des pages de ce recueil de nouvelles. Vingt-six histoires courtes qui ne relatent pas des histoires d’amour, au sens où le titre pourrait le laisser croire.

L’échec sentimental, c’est la solitude de l’être. Un mot qui n’apparaît dans aucun des titres de ces nouvelles. Qui pourtant est omniprésent dans la vie des vingt-six personnages qui les habitent.

Ici, on mange, on boit, on coupe, on hache. Des macarons, du Musigny, des tomates, du basilic, du lait de chamelle, du thé, des testicules. On baise, on couche, on fornique. On croit s’aimer et on est sûr de se désaimer. Mais la chair est morte, comme celle que fantasme une jeune femme en regardant les mains de son compagnon qu’elle imagine boucher, « plongées dans des masses de chair »

Ici, la sexualité est ubiquiste, à fleur de peau, mais jamais extatique. « Je verse [le vin] sur mon ventre, forcément il le lèche, enfonce sa langue et ça continue comme tous les soirs. Ce n’est pas si mal au fond, c’est juste qu’avec le chinois je jouis » (Brouillard intime).

Ici, les mots sont rares, presque insolites. « …, dit l’homme tranquillement et sans accent ». (Folie lucide).

Une nouvelle que j’aime beaucoup, c’est Lunettes noires. Elle résume l’ensemble du recueil : « Entre la vie et moi il y a un nom ». Ce nom qui s’interpose entre la vie et le personnage, qui fait tout comme lui et « met des lunettes noires ». Ce nom qui rend impossible le rapport à autrui, qui définit le moi comme la seule réalité. L’autre existe-t-il ?

À la fin de la lecture de ces vingt-six nouvelles, on est [presque] convaincu que – NON – il n’y a pas « d’autre » que soi-même. Avec un peu de recul et de discernement, je me suis dit que, malgré tout, l’autre, c’est quand même bien qu’il existe et que je le reconnaisse. C’est convier la philosophie cartésienne, qui, dans l’épreuve du doute, met en question l’existence de toute chose dans la mesure où ceci pourrait n’être qu’illusion. Et pour m’obstiner à étaler ma culture, je ferai appel à Jean-Paul Sartre dont tout le monde connaît la célèbre phrase : « L’enfer, c’est les autres », qu’il a expliqué ainsi : « Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous, même pour la propre connaissance de nous-mêmes. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres nous ont fournis. Quoi que je dise sur moi, quoi que je sente de moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Je veux dire que si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors en effet je suis en enfer. Il existe quantité de gens qui sont en enfer parce qu’ils dépendent du jugement d’autrui »..

Un superbe recueil, dans lequel je me replonge très souvent. Une belle révélation que cette auteure. Lauréate des 2èmes Gouttes d'Or de la nouvelle (2008), organisée par l'association Du souffle sous la plume, Khun San reste pour moi une mystérieuse nouvelliste que j’ai eu plaisir à rencontrer et découvrir.

Une participation au MOIS DE LA NOUVELLE, chez Flo (ici)

Posté par C Martine à 09:41 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,


26 février 2014

PROMESSES, Julia Billet

201

Promesses

Julia Billet
Éditions Le Muscadier
Collection Place du Marché (ados)
Juin 2013, 64 pages

 

 

 

 

Quatre enfants habitent ce petit recueil, quatre enfants qui découvrent l’amitié et la font vivre.

Deux nouvelles, courtes. De celles qui peuvent plaire aux lecteurs adolescents, parce qu’elles ne sont pas « prise de tête », mais qu’elles évoquent et donnent sens à quelques unes des importantes questions que l’on se pose à cet âge.

Promesse(s). De rendre pérenne une amitié d’enfants et de la conduire jusqu’à l’adultité.

Déracinement(s) aussi.

Celui de deux garçons, Ankidou et Agostino, dans la première nouvelle, éponyme. Déboussolé, Ankidou, dans la grisaille d’un pays d’accueil qui ne sait guère l’accueillir, malgré de louables efforts. Dérouté par une culture complètement étrangère à la sienne. Mutique, Agostino, qui cache dans un silence obstiné son drame familial. Ils ne parlent pas la même langue. Et pourtant. Ils vont inventer leurs propres codes de communication (qui passera même par l’oralité !) et créer un lien indestructible grâce à une promesse qu’ils honoreront chaque année, jusqu’au bout de leur vie.

Quel est ce « fil invisible » qui lie Sarah et Fred, dans le deuxième texte ? Un fil qui résistera au temps, aux aléas. Un fil si solidement tissé que les deux enfants défieront tous les périls, les incertitudes, pour construire, en union, une harmonie de vie et de passion communes.

Ces deux nouvelles m’ont ravie. Pas de prétention didactique. Un partage, pour que la capacité de penser se développe. Pour que le sens se révèle. Une petite musique qui donne envie de croire que la relation à l’autre, la vraie, celle qui tonifie ceux qui la partagent, est capitale.


Chez Flo, (clic),  c’était le mois de la nouvelle. J’ai apporté avec plaisir quelques petits galets (dans ma plaine de Bièvre, la particularité architecturale ce sont les galets « roulés », mêlés au pisé, qui ornementent les façades), quelques galets donc à la mise en lumière d’un genre littéraire pas assez estimé.

Posté par C Martine à 20:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

20 février 2014

LA COLLECTE DES MONSTRES – Emmanuelle Urien

LA COLLECTE DES MONSTRES - URIEN

La collecte des monstres
Emmanuelle Urien
Nouvelles, Gallimard, 2007
160 pages

 

 

 

J’ai tellement aimé « Court, noir et sans sucre » (clic) que j’ai été prise d’une irrésistible pulsion de poursuivre ma découverte des textes d’Emmanuelle Urien. Je ne regrette pas, mais pas du tout. Mais je rassure mes lecteurs fidèles : après ce recueil, on va faire une pause.

La collecte des monstres. J’aime bien le titre. Et après avoir fait la connaissance de ceux de ma précédente lecture, je m’attendais à pire encore. Eh bien, ce n’est pas vraiment ça. Et les monstres de ce recueil ne sont pas, pour la plupart, si monstrueux que cela.

Bien sûr Emmanuelle Urien trempe sa plume dans l’acide, dans le sang, et parfois dans les contradictions de l’humain. Et j’ai ressenti pour certains « monstres » une petite pointe de dilection. Comment dire ? Un sentiment que même si on n’excuse pas l’acte ignoble commis par l’un des protagonistes, on peut comprendre.

Quoique… « L’homme qu’il me faut » n’est pas tout à fait celui pour lequel je fantasmerais ! Et puis, en parcourant à nouveau le recueil pour rédiger mon billet, je me dis que j’ai surtout retenu les persécutés : Lilas, cette jeune étudiante, contrainte à se prostituer. Juliette, dans sa quête amoureuse. Aminata, petite fille victime d’une société aveugle et meurtrière. Bahtiyar, la « tête de turc ».

Coup de cœur pour deux des nouvelles.

Mergitur. Une équivoque en clair-obscur.

Converti en grammes. Ce n’est qu’à la fin du texte que j’ai compris où s’était retrouvé ce comptable et ce qu’on lui imposait de dénombrer.

Lire deux recueils d’Emmanuelle U. à la suite conduit forcément à s’entraîner à rechercher la « ficelle » narrative et à vouloir anticiper la chute. Je suis une lectrice un peu gobe-mouche, sans doute. Parce qu’en fait d’extrapolation, je suis souvent restée médusée !

Posté par C Martine à 14:48 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

17 février 2014

LE KOALA TUEUR & AUTRES HISTOIRES DU BUSH - Kenneth Cook.

LE KOALA TUEUR

Le koala tueur & autres histoires du Bush
Kenneth Cook
Éditions Autrement, 2009
154 pages

 

 

 

 

 

 

 

La vie sexuelle des crocodiles (extrait du recueil)

Le bush australien de l'auteur est peuplé de créatures, humaines et animales, bien étranges, si on l'en croit. Et quelles raisons le lecteur aurait-il de n'y pas croire puisque Cook affirme que les aventures qu'il y a vécues sont absolument réelles ? "La valeur [d'une situation] réside dans son extravagance même, mais elle est si extravagante que l'on ne peut pas raisonnablement s'attendre à ce que quelqu'un y croie".Parmi les rencontres qu'il fit avec Blackie et ses serpents, Mary Anne Locher et les koalas, Vic et ses taïpans, Alan et son éléphante Annie, Namitiji et son chameau, Henry et son chat Cédric, il y eut aussi quelques rugueux téléscopages avec Ivan, Jack, Bulbul, Bert, Bill, Hans,  avec un sanglier furibond, aussi, et un chien prénommé Georges.

Il y a fort à parier que Kenneth Cook était un personnage original, son écriture en témoigne, d'ailleurs ! Mireille Vignol, la traductrice de ses textes, écrit en postface : "Nous découvrons un homme candide, sympathique, bon vivant, au raisonnement sain et absurde [...], dont la curiosité et la générosité finissent toujours par l'emporter sur la lâcheté, mais le mettent systématiquement dans le pétrin".

Ce qu'il va découvrir sur la sexualité des crocodiles et la manière dont il va décrire cette découverte confirme de façon éclatante l'avis de Mireille Vignol. 
Voilà notre narrateur accompagnant Roger, un professeur de sciences naturelles qui étudie les grands crocodiles d'estuaire du nord de l'Australie. Et comme souligne Kenneth C : "Les enthousiastes ne sont pas des gens comme les autres. Ils ne sont ni meilleurs ni pires : simplement différents". Il va en faire l'expérience. Roger se montre à la fois rationnel et peu prudent. Ce qui n'est pas sans faire progressivement monter le taux d'adrénaline de Kenneth C. Roger s'émerveille, pendant que Kenneth s'inquiète. Roger gazouille de bonheur, pendant que Kenneth grommelle. Roger photographie, pendant que Kenneth s'agrippe à son fusil. Roger protège l'espèce (des crocodiles), pendant que Kenneth veut protéger l'espèce (des humains). À tel point que Kenneth en était "presque à [se] méfier presque autant des experts en crocodiles que des crocodiles".

Mais la copulation, dans tout ça ? Heu, si je vous dis tout... C'est tout une aventure ! et pas vraiment jouissive pour les crocod'elles. À vous de voir... de lire... avec ou sans fusil, avec ou sans appareil photo (et en 1987, ils n'étaient pas numériques !)

En tout cas, moi, j'ai bien aimé cette lecture ré"jouissante" et même ré"jouissive" (je ne dois pas me sentir très solidaire des p'tites dames crocodiles...), jubilatoire, qui donne envie de filer en Australie, rien que pour se foutre la trouille en observant les crocos forniquer.

 

Et une nouvelle de plus pour remplir la besace de ma complice Flo (clic)

Posté par C Martine à 20:47 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

13 février 2014

AFROPEAN SOUL – Léonora Miano

afropean-soul---et-autres-nouvelles-Miano

Afropean Soul et autres nouvelles
Léonora Miano
Édition Flammarion, Étonnants classiques,
2008, 121 pages

 

 

 

Afropean. On pourrait les appeler aussi « Francofricains »… quatre des cinq protagonistes de ce recueil de nouvelles. Noirs, nés en Afrique (ou d’origine Africaine) et vivant en France.

Cinq récits, qui peignent la fragilité psychologique de personnages en quête d’une identité, en recherche d’une culture qui saurait mettre en adéquation celle de leurs ancêtres avec celle de leur présent.

Ces textes sont présentés comme des nouvelles, mais, autant le dire tout de suite, j’ai été déconcertée par la manière dont Léonora Miano traite ce genre littéraire. Selon moi, il s’agit plus de témoignages, de récits, que de nouvelles. Elle en dit, d’ailleurs, que ce sont des « photographies d’un moment ». Pas construites dans le but de préparer un effet de surprise final, les nouvelles de l’auteure s’éloignent de la tradition. De la tension, certes, mais dans un quotidien inquiétant. Quelques heures de la vie de ses personnages évoquent une réalité est difficile à vivre… en continu.

J’ai beaucoup aimé « Depuis la première heure », la 1ère nouvelle. Un enfant, ballon au pied, a quitté Douala, sa ville natale, attiré par les lumières des stades et la félonie d’un agent pas scrupuleux. Un enfant qui jamais ne pourra avouer qu’il a été berné. Un enfant qui ne reviendra pas au pays – comme tant et tant – parce qu’il ne pourra pas prouver sa réussite.

Adrien (le seul de ce recueil à n’être pas Africain de naissance ou d’origine) aussi m’a émue. Comment « l’idée » s’immisce… L’insurrection…. Mais « il fait noir », il fait « seul ».

Les « filles du bord de ligne », petites nanas qui ne peuvent vivent que dans le groupe, par le groupe, pour le groupe. Pas d’identité individuelle.

La 4ème nouvelle, éponyme, interroge la nature de l’identité des Afropéens en France aujourd’hui : quelle place en France, certes ; mais aussi quelle place face aux dérives extrémistes ?

C’est au « 166, rue de C. » que le lecteur rentre dans un univers d’exclues, dans un « autre monde », un centre d’hébergement d’urgence pour femmes en galère.

Intéressée par ce recueil. Mais pas franchement emballée. Parce qu’il me semble qu’il n’a pas sa place dans le genre littéraire dans lequel il est classé. Je pensais lire des nouvelles. C’est cette attente qui a été déçue. L’écriture de Léonora Miano est fluide. Elle est militante aussi. Et le contexte combattant est, selon moi, amoindrit par l’étiquetage de ce livre qui perd de sa force, de sa vitalité et qui mériterait une requalification.

Participation au mois de la nouvelle, chez Flo (*)

 


(*) Clic "Flo" pour suivre le lien

Posté par C Martine à 16:04 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :


10 février 2014

COURT, NOIR, SANS SUCRE - Emmanuelle Urien

COUT NOIR SANS SUCRE URIEN

Court, noir, sans sucre
Emmanuelle Urien,
Première édition : L'être minuscule, 17 décembre 2005
Éditons Quadrature, revue et augmentée 2010
112 pages

 

 

ASSISTANCE TECHNIQUE (extrait du recueil)

Voilà trois dossiers qu’elle présente, Mélanie. Trois dossiers qui sont refusés. Trop jeune, Mélanie Bix.
Le lecteur n’oubliera pas son nom, pas plus que cette femme qui va l’accompagner.

C’est à la quatrième tentative que la demande de Mélanie Bix est acceptée.

Alors, elle prépare son sac de voyage, alors elle vérifie si ses papiers sont en ordre, alors elle prend le train, alors elle parvient à destination.

Alors sa volonté se réalise.

Quelques pages extraites d’un recueil de nouvelles, même pas 8/112. Les huit premières pages. Celles que l’on lit, vierge d’idées préconçues, dont on n’anticipe pas la chute.

À 19h 30, on sait, on comprend, et on prend une magistrale claque, on manque d’air. Sidéré, on relit, à l’affût de l’indice qui s’est faufilé.

Pour ma part, c’est ainsi que j’ai vécu cette lecture, courte. Cette lecture, noire. Cette lecture, sans sucre. Sans douceur, serrée comme un café à l’italienne, qui s’empare de la gorge, un peu âcre, mais avec la bonne dose de succulence pour qu’on la déguste et s’en régale. Moi qui suis plutôt amateu »se » de thé, je ne connais qu’un de ces breuvages théiné qui serait référence : le Pu Erh, qui donne une liqueur à la belle robe rouge très foncée à la saveur amère et astringente… que j’aime… sans sucre.

« Assistance technique » appartient à une série de quinze nouvelles, toutes en tension. Empreintes d’une tranquille noirceur, décapantes… c’est, presque bizarrement, pas vraiment dérangeant. Du bel art dans l'écriture et dans le pouvoir narratif.

C'est à Flo (*) que je vais transmettre ce billet, puisqu'il participe à la deuxième semaine du "mois de la nouvelle", saison 3.


(*) Clic pour suivre le lien


 

Posté par C Martine à 07:02 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : ,

05 février 2014

LA MORT, L’AMOUR ET LES VAGUES ~ Yasushi Inoue

LA MORT L'AMOUR LES VAGUES

La mort, l’amour et les vagues
Yasushi Inoue
Nouvelles, traduites du japonais par Aude Fieschi
Éditions Philippe Picquier, 1999, 114 pages

 

 

 

 

 

 

 

Trois nouvelles, courtes, concises, aussi brèves qu’incisives. Trois récits de rencontres. Fugace, vanné par le temps, ou chimérique, chaque tête à tête est l’occasion pour Yasushi Inoue d’explorer les mystères des relations humaines et/ou amoureuses et surtout de présenter sa vision du monde.

Pessimistes.

Cyniques, désespérées en quelque sorte. Et pourtant dans une démarche où la vie a toute sa place, parce qu’au bout du bout, c’est elle qui gagne. Au détriment, parfois, des protagonistes, qui n’en sortent pas plus heureux (et peut-être pas plus malheureux). Qui ont vécu un pan de leur vie. Prêts à se donner la mort (La mort, l’amour et les vagues), pas prêts à dilapider (encore que…) une petite fortune tombée du ciel (Anniversaire de mariage), prêts à remettre en cause une réelle amitié pour une toquade (Le jardin de pierres), les personnages d’Inoue pourraient sembler être les stéréotypes d’une certaine société japonaise.

Lucides, parce qu’elles évoquent la fatuité des relations qui semblent relier les hommes.

L’humain ne peut que se reconnaître dans ces portraits, même si ses codes sociaux et moraux ne tirent pas leur sève du même enracinement.

Trois nouvelles, courtes, concises, aussi brèves qu’incisives.

"Qu'il s'agisse de vivre ou de mourir, l'homme est un fardeau pour l'homme." Yasushi Inoue

 

Participation au "mois de la nouvelle", chez Flo (*)

(*) Clquez pour suivre le lien

 

 

 

Posté par C Martine à 07:53 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : ,

14 janvier 2014

LA LETTRE DE BUENOS AIRES ; Hubert Mingarelli

Mingarelli La Lettre de Buenos Aires

La lettre de Buenos Aires, Hubert Mingarelli
Nouvelles
Buchet-Chastel, 2011, 175 pages, 15 €
Prix de la Société des Gens de Lettres 2011 de la nouvelle.

 

 

 

 

Neuf hommes. Neuf hommes solitaires. Neuf hommes dans le silence. Neuf hommes dans l’errance. Neuf hommes qui ont peur, qui souffrent, qui culpabilisent.

Neuf hommes « à la Mingarelli ». Tendresse, regrets, solitudes, souvenirs. Bien sûr le passé de matelot baroudeur de l’auteur surgit à chaque entrelacs de ce recueil. Mais rien de pesant, rien qui ne fasse penser à une auto-psychothérapie, ni à une autobiographie.

C’est un vieux bourlingueur qui, dans le titre éponyme du recueil, meurt à Buenos Aires avant d’avoir pu envoyer une lettre à un fils qu’il n’a jamais vu. « Un jour, je te laisserai parce que j’ai un fils. Je ne l’ai jamais vu. Je devrais repartir, mais pas demain. Je voudrais connaître la vie, mais j’attends encore. […] Je lui ai écrit une lettre quand je suis arrivé à Buenos Aires. Elle est restée dans ma poche. Un jour, je l’ai perdue. J’en écrirai une autre ».

Ce sont deux hommes que l’on devine en fuite sur une plage, traqués. Un autre, le narrateur, les observe du haut du toit de sa maison. Cette scène va pimenter un peu sa journée, parce que seule « une souris mélancolique [le] regarde pendant [qu’il] fait la vaisselle » […] « Je n’ai personne à qui parler ici, alors je parle à la souris ».

Ce sont deux hommes, soldats en déroute, dont l’un est le conteur, qui, une glaciale nuit d’exode se trouvent obligés de partager un abri de fortune, un maigre repas et surtout se voient condamnés à communiquer. « J’aimerais pleurer une fois avant d’arriver chez moi, mais je n’y arrive pas […]  Je ne veux pas rentrer chez moi avec tout ça à l’intérieur. Je voudrais m’en délester un peu avant d’arriver ».

C’est la fugacité d’une communion entre deux hommes. « Je pensais que rien ne se perd et qu’il vaut mieux dire les choses mille fois plutôt qu’une. Je savais que le dense feuillage d’un arbre est fait de dizaines de milliers de petites feuilles tendres et fragiles, et que sans les autres, une seule d’entre elles est vite emportée par le vent ».

C’est un marin qui choisit, à la fin de son engagement, de s’enfoncer dans la forêt pour y vivre le reste de ses jours. « Et c’est ainsi que, chargé comme une mule, je m’enfonçai dans la forêt, fuyant les hommes et l’océan, le cœur léger » […] « Je pensais avant même d’avoir dressé ma tente, que j’étais enfin rentré chez moi ». Mais la forêt n’est pas si dépeuplée qu’il le pense. « J’aurais donné mes idées sur la vie et tout mon matériel pour retourner vers ce que j’avais fui » […] « Mes dernières semaines dans la forêt ressemblent aujourd’hui à une longue méditation sur le courage ».

Neuf histoires d’hommes qui tour à tour prennent la parole, alors que le silence les entoure, les étreint jusqu’à l’oppression, jusqu’à l’angoisse. « Qui se souviendra de nous ? ». Neuf histoires d’hommes qui se croisent, alors que la solitude les habitent, dont les destins se nouent dans le hasard d’une rencontre, puis se dénouent pour que chacun poursuive sa quête jusqu’au bout de la vie.

« Moi, j'étais malheureux. Pour ne plus y penser, je m'assommais la tête en lisant des histoires où jamais personne n'est malheureux à bord d'un cargo qui pourtant sombrera tôt ou tard ».

Posté par C Martine à 16:10 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,

14 octobre 2013

LA LETTRE DE BUENOS AIRES, Hubert Mingarelli

Mingarelli La Lettre de Buenos Aires

Hubert Mingarelli. C’est six petites notes de musique, et je ne sais pas pourquoi. Je trouve ces prénom et nom mélodieux à prononcer, à lire et à entendre. Mais de cet auteur, que de surcroît, je trouve plein de charme, je n’avais jamais rien lu, mais entendu les éloges faites à Quatre Soldats, notamment. Toujours ma distance avec les auteurs à succès ou le succès des auteurs. Et, lors d’un trekking  chez « Lucioles » à Vienne, l’association Mingarelli/Buenos Aires a fait tilt. Il faut dire aussi que je suis très réceptive à la littérature sud-américaine…que l’Argentine est le pays invité du prochain Salon du Livre (d’où Buenos Aires).  Et bla bla bla, et bla bla bla. Mais non, ne riez pas ! Je sais bien que le bel Hubert n’est pas argentin ! C’est pour ça que je parlais de l’association.
Troisième point d’intérêt, ce livre est un recueil de nouvelles.

Des errances – encore – des solitudes – toujours –. Des personnages brisés, des hommes cabossés qui avancent. Comme ils peuvent. « Moi, j'étais malheureux. Pour ne plus y penser, je m'assommais la tête en lisant des histoires où jamais personne n'est malheureux à bord d'un cargo qui pourtant sombrera tôt ou tard. » Des Hommes. J’ai lu que Mingarelli mettait très peu, voire pas de femmes en scène. Il dit que ses personnages font ce qu’ils font parce que justement les femmes sont absentes. Que ce sont elles les personnages principaux. Que les hommes ont un comportement particulier parce qu’il n’y a pas de femmes. Qu’à bord sur un bateau, (Hubert M s’est engagé dans la marine à 17 ans ; il en garde un souvenir « cuisant » selon ses mots), la vie des hommes entre eux est intéressante parce que justement, il n’y a pas d’image féminine.  Qu’ils ne pensent qu’à elles, les hommes n’étant pas faits pour vivre sans femme. Et que, quand ils sont sans femme, ils se transforment, ils ont tendance à devenir meilleurs, pour justement pallier cette absence. Ma foi, s’il le dit (qu’ils ont tendance à devenir meilleurs…) !

Neuf hommes qui errent pour oublier une douleur, une perte, une faute. « Qui se souviendra de nous ? ». Hubert Mingarelli interroge le temps. Entre terre et mer, dans une nature parfois hostile, parfois bienveillante. "Je regardais vers le sommet de la montagne, vers les crêtes. Le soleil les illuminait en jaune et en violet. Ici nous étions le soir, mais là-haut, tout brillait comme en plein jour. Je trouvais ça digne d'être observé. Il y avait là de quoi méditer. C'était simple mais stupéfiant. J'y voyais là l'essence des choses." De la tendresse, des rêves non aboutis. Des personnages ordinaires. Des inconnus qui se croisent, font alliance un moment, le temps d’une nuit qu’incidemment ils passent dans le même lieu.
"– Je ne veux pas rentrer chez moi avec tout ça à l'intérieur. Je voudrais m'en délester un peu avant d'arriver. Tu vois, pleurer un bon coup. Mais j'y arrive pas. (...) Ce que j'ai à l'intérieur, je ne veux pas leur mettre sur le dos. Ils n'y sont pour rien ceux qui m'attendent. (…) A quoi ça servirait ?
– Combien ça t'en retirera de malheur, si tu pleures un coup ?
– Un peu, me dit-il. C'est suffisant."
Et parfois le sort qui se met en travers, parfois. Qui traverse la route sans crier gare. Et qu’on heurte de plein fouet.

Et Buenos Aires, dans tout cela ? Un vieil homme revenu finir sa vie en Europe après avoir vécu à Buenos Aires. Là-bas, il y a longtemps, il a écrit à son fils qu'il n'a jamais vu, une longue lettre, aujourd'hui perdue mais qu'il transmet de façon orale et fragmentaire à un passant de hasard…

J’ignore si tous les Mingarelli sont de cette veine, mais, si c‘est le cas, je crois que je vais réitérer.

Posté par C Martine à 21:13 - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 octobre 2013

VOLT, Alan Heathcock

VOLT

Titillée par les réserves de Jérôme, par la retenue d'Anne, j'ai eu envie de faire la connaissance de ces personnages dont ils m'ont dit qu'ils étaient marqués par le destin : "Un village imaginaire, un bled perdu, peuplé de gens qui sont autant de caricatures de l’Amérique profonde", dit Anne. Mais, renchérit Jérôme, "Il manque ce petit grain de folie, ce coté abrasif qui mettrait le feu aux poudres."

J'ai essayé de m'extraire de leurs précautions oratoires pour entrer dans ces nouvelles, y trouver un fil conducteur. Il me semble que le symbole prédominant est "la fuite". Fuite de Windslow qui a accidentellement tué son fils, fuite du père de Vernon qui, dans un coup de sang (de naze, pour être in), a démoli un conducteur récalcitrant. Le père d'un gosse mort en Irak, un(e) shérif pas très conventionnelle, Miriam dans un labyrinthe... Fuite. Et solitude. Ce sont des êtres profondément reclus dans leur claustration psychologique que j'ai rencontrés au fil des huit nouvelles d' Alan Heathcock. L'idée me plaît, vraiment. Envie de creuser au delà des résistances, de savoir pourquoi, comment. Chaque nouvelle est une mise en alerte.

Mais, hélas, je me suis ennuyée, j'ai trouvé le temps long, j'ai cherché un dénouement (ou, justement, puisque ce sont de nouvelles, une absence de dénouement), un épilogue surprenant et inattendu. Non. Et mon avis sera encore plus tranché que celui de mes camarades de blog, pas d'étincelle, même pas d'escarbille. Juste une flammèche au début de chaque récit, un incipit qui fait dresser l'oreille et qui allume l'intérêt.

Je cesse là mes délayages. Désormais, je ferai confiance à mes inspirateurs es lecture... Quoique, à voir quand même !!!

 

 

Posté par C Martine à 20:56 - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,