09 février 2013

L'OEIL DU LOUP, Daniel Pennac

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L'oeil du Loup est un roman pour adolescents, paru en 1984. 

Daniel Pennac utilise, pour construire son récit, une technique qui rend la fiction très vraisemblable : celle de l'enchâssement, qui consiste à commencer une histoire, à ne pas l'achever, et à commencer une autre histoire qui s'achève avant la première. Ce procédé narratif permet à l'imaginaire du jeune lecteur de construire ses propres représentations mentales. 


Dans l'oeil du Loup, dans lequel plonge celui d'un enfant, défile ses souvenirs. L'action se déroule dans un zoo français. Afrique, petit garçon noir, se plante devant la cage d'un loup captif et plante son regard dans le seul oeil vivant de l'animal. La rencontre entre ces deux déracinés s'avère de prime abord incertaine. À la - saine - curiosité de l'enfant, le loup oppose un repli sur lui-même et sur sa souffrance. Il est intrigué par cette présence, puis irrité.

"Mais qui est-ce ?"
"Qu'est-ce qu'il me veut ?"
"Ne fait donc rien de la journée ?"
"Travaille pas ?"
"Pas d'école ?"
"Pas d'amis ?"
"Pas de parents ?"
"Ou quoi ?"

 Mais finalement il accepte ce regard "qui pèse une tonne" et ses questions. "Tu veux me regarder ? D'accord ! Moi aussi, je vais te regarder ! On verra bien..."   [...] "Mais son oeil s'affole de plus en plus. Et bientôt, à travers la cicatrice de son oeil mort, apparaît une larme. Ce n'est pas du chagrin, c'est de l'impuissance, et de la colère. Alors le garçon fait une chose bizarre. Qui calme le loup, qui le met en confiance. Le garçon ferme un oeil."

Deux histoires parallèles de souffrance vont alors s'entrecroiser dans ce conte philosophique, généreux et tolérant. Les regards échangés, partagés vont établir une passerelle entre le monde froid du Grand Nord auquel Loup Bleu a été arraché et le monde chaud de l'Afrique "jaune" d'où vient l'enfant. Ils se découvrent une identité commune  celle de victime de la violence humaine. Pour Loup Bleu, ce fut la fuite permanente de la horde, la mort, les massacres, l'enfermement. Pour Afrique, l'exploitation, l'esclavagisme, l'abandon, l'errance. Mais des personnages "positifs", dans le roman, viennent pondérer la brutalité de ces archétypes ; l'ensemble des animaux qui peuplent le récit (avec une mention spéciale pour le dromadaire Casseroles), P'pa et M'ma Bia...

Le dénouement, heureux, si l'on peut dire, démontre, sans effet moralisateur, que l'amitié, la capacité à surmonter les épreuves, la tolérance peuvent venir à bout de la cruauté, et de la désespérance. 

Un très beau roman, que j'avais lu, il y a une vingtaine d'années et que j'ai relu avec autant de plaisir aujourd'hui, à l'occasion du challenge "Daniel Pennac" organisé par George (ici)

challenge-daniel-pennac

 

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04 décembre 2012

IRIS ET L'ESCALIER ; Anna de Sandre & Chiaki Miyamoto

Iris couverture

Elle est bien mignonne cette petite Iris rouquinette. Chiaki Miyamoto, l'illustratrice, lui a offert de grands yeux, curieux du monde qui l'entoure. De grands yeux, un petit épi rebelle et une tenue soft, digne d'une fillette exploratrice. "Iris est haute comme trois pommes", annonce Anna de Sandre, l'auteure de ce rafraîchissant album destiné aux enfants de 3 à 6 ans. Iris a un "ami/ennemi" : "Escalier". 

Escalier lui en fait voir de toutes les couleurs, à cette petite louloute, avec ses 10 marches ! "Pied droit, pied gauche"... pendant qu'Iris combat sa peur, Escalier retient son souffle. Et quand elle arrive jusqu'au bout, soulagée, elle donne un bisou à la première marche.

Mais, c'est le travail des enfants de vouloir grandir encore. Avec ses dix marches, Escalier devient trop petit. Plus haut, toujours plus haut ! Iris veut grimper haut, très haut sur un arbre géant. Elle veut toucher le ciel, quoi de plus normal ?

La suite, il faut la lire, la dire, la découvrir... avec Iris, Partir au Pays des Très Grands Arbres, rencontrer des animaux très, très grands, où l'on se sent très petit. Toucher le ciel, les nuages... Grandir, en somme.

Bel album, au texte simple qui n'infantilise pas les enfants, aux traits doux et déliés. L'illustratrice utilise à merveille la technique du crayon de couleurs.

Trente-deux pages pour accompagner le câlin du soir, quand les yeux des petits se ferment sur le jour pour s'ouvrir sur les envies de grandeur.

Le blog d'Anna de Sandre est ici. Il s'appelle Biffures Chroniques.

Iris a sa propre page Facebook, ici Il ne tient qu'à vous de l'aimer.

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31 octobre 2012

C'EST DÉGOÛTANT; Francesco Pittau, Bernadette Gervais

 

pittau

"Dans ce livre, Francesco Pittau, Bernadette Gervais parlent avec délectation de tout ce qui écoeure, révulse et provoque des haut-le-coeur. Sans équivoque, ce livre montre les expériences d'une petite fille blonde, mignonne et souriante, que rien ne rebute : boire l'eau du bain, se couper les ongles à table, avoir des cheveux dans la bouche ou encore se moucher dans les rideaux."

Jusqu'à quel âge ne se délecte-t-on pas des "pipis-cacas-carottes de terre" et autres illustrations bien senties sur ce qui anime, tout compte fait, l'essentiel des réflexions de l'homo erectus moyen ? 
Je consens ! Un peu universaliste, ma première phrase. Les "Hommes" (avec un "H" majuscule) seraient-ils définitivement asservis par des pensées scatologiques, qu'ils utiliseraient en guise de réflexion hautement philosophique ? 

Parce que cet album, que l'on pourrait qualifier de... "dégoûtant" (ben oui !) et de peu ragoutant, ne peut que faire le bonheur des petits lecteurs de 2 à 77 ans...Que le premier qui n'a jamais plongé ses mains dans un pot de confiture lève le doigt (après l'avoir sucé) ; que celle qui n'a jamais mangé avec ses mains se dénonce. Et dans la série des petits plaisirs inavouabes, on pourrait évoquer les doigts dans le nez, ou le pipi dans le bain. Voire pire !

Pittau et Gervais ne craignent pas le pire, et c'est dit avec une telle simplicité, une telle sincérité, qu'on se demande vraiment pourquoi s'en offusquer !

Un petit bijou, ni obcène, ni grossier, qui dit à voix haute ce que tout le monde fait à gestes bas.

 

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Posté par C Martine à 17:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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