28 janvier 2014

LA LUMIÈRE VOLÉE, Hubert Mingarelli

LA LUMIER VOLEE MINGARELLI

La lumière volée
Hubert Mingarelli
Folio Junior. 2009. 140 pages. À partir de 12 ans.

 

 

 

Varsovie. 1942. Deux gosses. Deux mômes. Juifs.

Élie, onze ans, est venu trouver refuge aux côtés de Josef Cytrin auquel il se confie, quand l’ombre arrive et que les coups de feu retentissent dans la nuit. Il a quitté le ghetto et ne trouve sécurité nulle part ailleurs qu’auprès de Josef qui repose sous une stèle. Si, il y a aussi Clara qui lui fournit subsistance. Élie est orphelin. Son père lui a laissé quelques subsides qui lui permettent de payer ses repas.

Gad, à peine plus âgé. Un szmugler. Il vit dans le ghetto que, chaque matin, il quitte pour trafiquer et ramener à ses occupants de quoi s’alimenter un peu.

Ces deux gamins vont voler quelques nuits à la mort. Dans un cimetière. Adossés à une tombe. Quand l’ombre les enveloppe et que les coups de feu retentissent dans la nuit, toujours plus près de leur repère.

Le premier est encore un enfant, ingénu. Le second est déjà, aux yeux de la guerre qui sévit, un vaurien. Leur rencontre est émouvante et tragique. Chacun apporte à l’autre une part de son désir de vie. Jusqu’au bout de leur vie. De leur lumière.

Hubert Mingarelli a publié ce roman en 2009. Son écriture n’avait pas atteint la puissance qui s’exprime dans ses derniers opus, destinés aux adultes (Un repas en hiver, Quatre soldats). Pourtant. Serrements de cœur. Émotion. Poésie. Littérature. De l’authentique, de l’essentielle. De celle qu’il faut lire, sans modération. À partir de 12 ans, peut-être. Mais bien après, aussi. 

 

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01 avril 2013

QUELQUES PAS DANS LES PAS D'UN ANGE ; David McNeil

David McNeil, pour celles et ceux qui, comme moi, vivent hors-people, pourrait être un ALNI (auteur littéraire non identifié). En réalité, son père était un "Maître", et ses prestigieux interprètres le qualifient aujourd'hui de "Maître". Avant de passer à l'objet principal de ce billet, il me semble important de donner quelques éléments de sa bibliographie.

David McNeil, est surtout connu comme parolier, interprète aussi. Parolier de Montand, Souchon, Distel, Charlebois,Clerc, Dutronc, Voulzy, Renaud...

Interprète, David Mc Neil ?

En voici la preuve, qui servira d'indice et d'introduction à l'objet de ce billet. 

 

David McNeil est en effet le fils de Marc Chagall. Et David est aussi écrivain : romans, livres pour la jeunesse, depuis 1977... 

david-mcneil-quelques-pas-dans-les-pas-d-un-ange

Quelques pas dans les pas d'un ange, paru en 2003, c'est le récit de la relation de l'auteur avec l'auteur de ses jours. "Ce livre est court, beaucoup trop court. Il raconte les rares moments que j'ai pu passer avec celui qu'autour de oi tout le monde appelait "Maître" et que moi j'appelais simplement papa..."

Court, certes, mais nourri des souvenirs d'enfance, tendres, parfois douloureux. David est un des enfants nés du deuxième mariage de Marc Chagall avecValentina Brodski. Sa première épouse, Bella Rosenfeld, sa muse, est décédée brutalement pendant leur exil aux États-Unis. "Tout est devenu ténèbres".Mais Valentina Brodski, quittera Marc Chagall pour un photographe et emmènera ses enfants en Belgique. Ida, la première fille du peintre, imaginant que son père n'est pas en mesure de supporter la solitude, joue les marieuses en lui présentant celle qui deviendra sa troisième femme : "Elle", comme la nomme l'enfant (et plus tard l'adulte) qui vient passer quelques jours de ses vacances auprès de son père. Cette manière de la désigner montre le peu de sympathie qu'il éprouve pour cette femme qu'il décrit comme rigide, intolérante... une véritable gorgone ! 

Ce livre, à petits traits, emmène son lecteur dans l'univers du peintre, vu par les yeux de son fils. Pas de détails intimistes, mais plutôt une délicate plongée dans un monde d'artistes. On y rencontre Picasso :

"Aimez-vous Picasso ? demanda un jour un jeune journaliste à papa.
- Si Picasso m'aime, moi je l'aime aussi, répondit mon père."

On y croise Matisse, avec lequel Chagall s'était brouillé pour une histoire de chapelle. "La cause de la brouille entre les deux amis est stupidement simple :papa voulait le petit sanctuaire sur la route de Coursegoules pour en faire une chapelle comme Cocteau à Villefranche et on lui avait bêtement refusé, donnant le feu vert à Matisse pour ériger la sienne." On craint pour la vie de Soutine, lorsque, pour terminer sa célèbre toile du "boeuf écorché", il l'arrose de sang frais et que Chagall pense à un assassinat en voyant le sang filtrer au plafond. On comprend pourquoi, à la fin de sa vie, il a peint une multitude de glaïeuls : " "Elle" lui expliqua un jour que ses sujets bibliques, ses vieux juifs miséreux dans leur shtetls en ruine, ses rabbins déprimants serrant de vieilles torahs dans des cases en rondins n'intéressaient personne et fichaient le cafard aux enfants de ces gens qui vivaient maintenant dans des appartements sur la Cinquième Avenue et plus dans les ghettos, que ça se vendait mal, ce que les gens voulaient c'était du bonheur, des couples d'amoureux et des bouquets de fleurs, qu'il était évident que s'il peignait comme ça, il pouvait faie des vues de Saint Paul plutôt que de Vitebsk...".

Alors voilà...

Il me reste maintenant à dévoiler ce qui a motivé la lecture de ce livre. C'est au sortir de quelques trop brèves heures passées au Musée du Luxembourg, que, dans l'émotion ressentie, j'ai eu envie de chercher le mystère de l'homme.

chagall exode

L'exode est sans doute la toile qui m'a le plus troublée. Je n'ai aucune compétence pour en faire l'analyse, mais j'ai été frappée par ce fourmillement de mains blanches (que le visuel ne rend pas vraiment) dans ce tableau sombre qui met en scène la crucifixion, symbole de la souffrance humaine, thème récurrent chez Chagall. Dans d'autres oeuvres, il mêle à ce thème de l'iconographie chrétienne des objets rituels du judaïsme tel le tallit (châle de prière) autour de la taille du Christ, le chandelier à sept branches, la mézouza (symbole de la protection que Dieu accorde à la maison, ses habitants et ses visiteurs)

Chagall bella et ida à la fenêtre

L'exposition Chagall "Entre guerre et paix", est ouverte jusqu'au 21 juillet. Le parallèle entre les images de guerre et les images de paix révèle la complexité d'une oeuvre qui ne se réduit jamais à un genre donné, mais intègre les évènements, les situations et les émotions de l'artiste. Ainsi, selon les circonstances, Chagall visite et revisite certains thèmes, les enrichissant à chaque fois d'une dimension personnelle : sa ville natale de Vitebsk, les traditions juives de son enfance, les épisodes bibliques dont la Crucifixion, ainsi que le couple et la famille.

Chagall Dans la nuit

Commençant avec la Première Guerre mondiale, le parcours de l'exposition illustre quatre étape-clés de la vie et de l'oeuvre de Chagall : la Russie en temps de guerre, l'entre-deux-guerres en France, l'exil aux États-Unis et le retour en France.

 

Chagall Le paysage bleu

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12 novembre 2012

NÉMÉSIS ; Philip Roth

Nemesis

"Situé dans les environs de Newark, à l'époque où éclate une terrible épidémie de polio, Némésis décrit avec précision le jeu des circonstances sur nos vies. Pendant l'été 1944, Bucky Cantor, un jeune homme de vingt-trois ans, vigoureux, doté d'un grand sens du devoir, anime et dirige un terrain de jeu. Lanceur de javelot, haltérophile, il a honte de ne pas avoir pris part à la guerre aux côtés de ses contemporains en raison de sa mauvaise vue. Tandis que la maladie provoque des ravages parmi les enfants qui jouent sur le terrain, Roth nous fait sentir chaque parcelle d'émotion que peut susciter une telle calamité : peur, panique, colère, perplexité, souffrance et peine. Des rues de Newark au camp de vacances rudimentaire, haut dans les Poconos, Némésis dépeint avec tendresse le sort réservé aux enfants, le glissement de Cantor dans la tragédie personnelle et les effets terribles que produit une épidémie de polio sur la vie d'une communauté de Newark, étroitement organisée autour de la famille."

ENTRETIEN IMAGINAIRE AVEC PHILIP ROTH

 Littér'auteurs : Monsieur Roth, accepteriez-vous de vous présenter ?

Philip Roth : Je suis né le 19 mars 1933, à Newark, dans le New Jersey. Je suis un écrivain américain. Je suis petit-fils d'immigrés juifs, originaires de Galicie, et arrivé aux États-Unis au tournant du XXème siècle. Je suis né et j'ai vécu une enfance heureuse dans le quartier de Weequahic. Depuis les années 60, je me consacre entièrement à l'écriture, après avoir enseigné les lettres. Je vis maintenant dans le Connecticut.

Littér'auteurs : Vous êtes un écrivain très prolifique ; vous avez signé une trentaine de romans, dont le premier (une nouvelle, en réalité), Goodbye Colombus, a été publié en 1959. Déjà, vos personnages sont de confession juive, déjà Newark sert de scène aux protagonistes. En 53 ans, vous n'avez pas abandonné vos racines et vos origines !

Philipp Roth : Il est vrai que mes fictions ont un caractère qui peut sembler fortement autobioraphique. Le contexte de la vie des juifs américains (notamment des hommes) m'a beaucoup intéressé. Même si je me considère comme un citoyen parmi les autres, je reconnais volontiers que mes écrits relèvent de la satire sociale et politique. Par exemple, dans Portnoy et son complexe, paru en 1969, j'évoque les relations d'un fils avec sa mère... juifs tous les deux, en adoptant un styler littéraire provocateur. Mes premiers textes, quelque peu lestes, m'ont relégué au rang de traître dans la communauté juive. Et c'est pourtant cette communauté que je connais le mieux ! Dans tous ses paradoxes.
Je voudrais cependant corriger votre phrase : "j'ai été" un écrivain très prolifique ; le roman dont nous allons parler, Némésis (2010), est le dernier que j'ai écrit, mais aussi le dernier que j'écrirai.Je l'ai annoncé il y a un peu plus d'un mois*. Voici trois ans que je n'avais rien publié, moi qui, jusqu'alors, enchaînais romans sur romans. Non, je préfère désormais travailler sur mes archives pour les remettre à mon biographe.

Littér'auteurs : Némésis... Dans la mythologie grecque, elle est la déesse de la juste colère des dieux, parfois assimilée à la vengeance. C'est, en effet, l'un des thèmes de votre dernier roman.

Philipp Roth : Pas seulement celui de ce dernier roman ! En réalité, ce texte fait partie d'une tétralogie qui, outre celui-ci, rassemble Un homme (2006), Indignation (2008) et Le Rabaissement (2009). J'ai aussi utilisé cette thématique dans Le Complot contre L'Amérique (2004) : quel sens donner aux catastrophes qui s'abattent sur une communauté et contre lesquels la volonté humaine ne peut rien changer ? La solitude et la maladie en sont des constantes.

Littér'auteurs : Qui est Bucky Cantor, le personnage principal de votre roman ?

Philipp Roth : Un brave gars, pétri de honte et de culpabilité, parce que sa mauvaise vue lui a interdit la conscription. Nous sommes en 1944, en pleine guerre mondiale. Tous les amis du jeune homme ont été enrôlés et risquent leur vie. Lui non. Il doit se résigner à s'occuper des gosses d'un quartier juif de Newark : il est directeur d'un terrain de sport. C'est un domaine dans lequel il excelle, c'est un remarquable lanceur de javelot. Élevé par ses grands-parents maternels (sa mère est morte en couche, et son père, escroc, a disparu de sa vie), il a un sens aigu de la dignité, de la responsabilité, de la droiture. C'est un homme, ce Mr Cantor ! On peut compter sur lui ! D'ailleurs, lorsque la polio s'abat sur la ville, décimant sans pitié les enfants dont il a la charge, il fait courageusement front en essayant de les protéger, de les consoler, de les encourager. Mais contre un fléau de ce genre, qu'est la seule bonne volonté d'un homme ? Lorsqu'il finit par baisser les bras, et qu'il cède à l'amour qu'il porte à Marcia en fuyant Newark, il emmène avec lui sa culpabilité... mais aussi la maladie.

Litér'auteurs : Voici le sujet ainsi énoncé... mais quelle en est la symbolique ? Maladie, oui. Solitude ?

Philipp Roth : Le narrateur n'est pas Bucky Cantor. C'est en découvrant son identité que le lecteur comprendra comment j'aborde cet objet. Je ne vais pas dévoiler mon sujet, mais Cantor, avec son sens du devoir, de la responsabilité, avec sa culpabilité qui lui colle à la peau, et aussi avec un très fort sentiment de religiosité porte en lui la nécessité, l'obligation, l'impératif de faire face à la malédiction qui pèse sur son petit monde juif.

Littér'auteurs : Malédiction... Peuple Juif... 1944... Coïncidence ?

Philipp Roth : Certes pas. Mais je ne pense pas qu'il faille systématiquement entr'apercevoir dans ce roman, un texte de plus qui évoquerait la Shoah  au sens du judéocide, mais plutôt ce qui fait référence au terme hébreu " שואה", c'est à dire "catastrophe". La polio, c'est une réelle calamité dans le monde dans lequel évolue le héros. Mais ce qui la rend davantage tragique, c'est l'incompréhension. Quel sens donner, en effet, à cette épreuve ? Si Bucky Cantor, dans sa faillite, se ressent, là encore, responsable, l'autre personnage principal de mon roman prouvera qu'il est possible de faire surface et d'être heureux. Cantor n'y parviendra pas.

Littér'auteurs : Et Dieu, dans tout ça ?

Philipp Roth : Cantor finira par douter, par se rebeller, par invectiver ce Dieu qui inflige la maladie, le handicap, la mort, aux innocents que sont les enfants qu'il côtoie. C'est un peu comme une délégation de responsabilité ; il faut bien que quelqu'un - même suprême - assume ! Mais, dans ce roman, c'est vraiment la question du sens de la vie, des raisons de la vie que j'ai voulu traiter. Et je n'ai pas trouvé la réponse. Les lecteurs m'y aideront-ils ?

 

ROTH

Philipp Roth

Les propos qui lui sont prêtés ici sont, bien sûr, absolument imaginés. Seules les biographies et bibliographies, bien qu'incomplètes, ne sont pas virtuelles.

* ça, c'est vrai, il l'a dit ici

 

 

 

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Posté par C Martine à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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