11 juillet 2013

LES DERNIÈRES NOTES DE THOMAS F, Kjell Askildsen

Je ne me sens pas très compétente pour chroniquer un recueil de nouvelles, je n'ai découvert cette écriture qu'en décembre dernier. Je disposais d'une excellente ambassadrice et, toutes deux, elle devant, nous avons écumé la libraire de l'Université à Grenoble, un 24 31 décembre 2012. Elle flirtait avec les livres, les tables de présentation, me donnait une piste, puis me disait "attends, il y a mieux". Je notais... impossible de tout écrire; je prenais... impossible de tout acheter; j'écoutais... impossible de tout entendre. Depuis... oui ! je lis des nouvelles !

Avec plus ou moins de plaisir, plus ou moins d'intérêt. Il faut dire que la barre était haute : Raymond Carver. Et qu'après avoir découvert l'un dee génies de ce genre littéraire, il m'a semblé bien difficie de trouver son équivalent, son homologue.

Et j'ai lu, il y a peu "Pour l'Amour du Chocolat", écrit par José Carlos Carmona. Sous le charme, j'ai eu envie de mieux connaître cet écrivain. Il dit que ses maîtres à écrire sont... précisément Raymond Carver et.... Kjell Askildsen.
Curiosité, quand tu me tiens ! Va pour découvrir Kjell Askildsen !

Un vrai bonheur. C'est de la pépite à l'état pur.

les dernières notes de thomas f - Askildsen

Le titre éponyme de ce recueil donne le ton d'une succession narrative qui tire du quotidien ordinaire, sans charme particulier, la force de l'équivoque.Les Dernières Notes de Thomas F. est une sorte de journal intime d'un vieillard qui jette sur son entourage un regard sans aménité. Se succèdent ensuite huit personnages, modestes et insignifiants à souhait, dont la vie monotone va être transcendée par la plume affûtée de Kjell Askildsen. C'est la futilité - la broutille - qui sert d'argument au développement de chaque nouvelle : un ancien médecin reclus dans une cave qui retrouve le magistrat qui l'avait autrefois condamné, un homme injustement soupçonné de viol qui s'englue maladroitement dans la démonstration de son innocence, un mari qui ne supporte pas que sa femme trouve un emploi.... Bref, concis, l'auteur brosse des instantanés peu flatteurs de la vie ordinaire, développe l'évènement sans intérêt pour lui donner force et dénouement inattendu.

De la belle ouvrage ! Askildsen montre avec art comment les relations entre les gens simples sont sources de dysfonctionnement, met l'anodin en relief. C'est du talent !

Kjell Askildsen

Kjell Askildsen est un écrivain norvégien, né en 1929. Son premier roman, écrit en 1953 a soulevé la controverse et a été interdit dans son pays. Les Dernières Notes de Thomas F datent de 1983. Le recuei a été couronné du Norwegian Prix de la Critique de littérature, ce qui me permet d'inscrire cet excellent ouvrage dans le challenge "À tous prix" de  Laure.

 

Challenge a tout prix

 

 


01 juillet 2013

POUR l'AMOUR DU CHOCOLAT, José Carlos Carmona

 

Pour l'amour du chocolat

À l’origine, José Carlos Carmona avait intitulé son ouvrage « Una sinfonía concertante ». Peut-être ce titre aurait-il attiré moins de lecteurs que ceux qui ont été appâtés par sa modification éditoriale espagnole « Sabor a chocolate » et sa traduction française « Pour l’amour du chocolat ». L’alliance trompeuse, à mon avis, des mots [amour & chocolat] assigne une représentation complètement fausse à ce court, très court et excellent roman. Car ni l’amour, ni le chocolat, qui servent certes de base au déroulement de l’intrigue n’y ont place prédominante.

José Carlos Carmona est un musicien, un chef d’orchestre. Il est professeur au Conservatoire de Musique de Malaga. Et sa caractéristique principale est la pluralité accomplie de son travail qui se déploie dans la musique classique, la littérature, la philosophie, les arts scéniques, la politique contemporaine.
Ce roman, il l’a conçu comme une symphonie, en lui donnant la structure d’une œuvre musicale, en trois mouvements, allegro, adagio et presto final. Les chapitres sont très courts, les phrases directes et incisives. Le lecteur peut, au gré de son imagination, reconstruire tout ce qui « manque ». L’auteur, ici, est une sorte de sculpteur littéraire qui définirait une forme narrative particulière et laisserait place aux vaticinations diverses.

Une technique qui émet une « musique » épurée. Une syntaxe qui permet de visiter presque un siècle, de 1922 à 2001. Une structure rapide, segmentée, pleine d’évènements inattendus, ponctués, en contrepoint, par certaines tragédies historiques qui font apprécier l’atmosphère de cette époque. José Carlos Carmona pose son estrade en Suisse, peut-être parce qu’elle est restée neutre pendant les guerres et qu’elle représente sans doute un lieu adéquat pour voir ce qui se passe autour. Peut-être aussi pour le chocolat ? Peut-être... Certains de ses personnages s’y installent, d’autres ne sont que de passage. Ils vont, viennent, aiment, souffrent, vivent, meurent en cent chapitres développés de quelques lignes seulement à deux pages maximum. C’est lapidaire, compact, ramassé. Ce peut être parfois facétieux (juste un peu), c’est très souvent émouvant. Le temps passe, fuit, et le lecteur, au diapason, suit la partition qu’un écrivain-musicien conduit avec maestria.

Mon billet, je l’espère, est explicite : j’ai aimé. Plus que l’intrigue en elle-même, j’aimé le procédé narratif. José Carlos Carmona confie au journal El Pais qu’il s’est essayé à une forme d’écriture particulière ; celle d’écrivains qu’il admire : John Doe (pseudo de Régis Messac ?), Alessandro Barrico (Soie), Pascal Quignard, (Tous les matins du monde), Handkel (L’après-midi d’un écrivain), Askildsen (Dernières notes pour Thomas F.)  …

Challenge a tout prix


Ce roman a très opportunément obtenu le Prix Littéraire de l'Université de Séville. Je vais donc proposer ce titre à Laure, qui a ouvert le "Challenge À Tous Prix", pour une 5ème participation.

Posté par C Martine à 13:56 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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