25 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (7)

2014

DÉDICACE À PERSONNE

 

Pour recueillir, comme au futur. Pour perdre
dans le passé. Pour attendre, pour piétiner,
pour se morfondre, comme au présent.
Une suite de jours dispersée, déchirée, entre
l'insomnie et le songe. Une vie qui n'appartient
à personne, pas même à moi.
Une route qui ne conduit nulle part ailleurs
qu'en ce point où tout se dissipe et disparaît.
(Est-ce la récompense ?)
Au vertige vécu. À l'immobile. Au retour sans fin.

 

Da capo, Jean Tardieu, Gallimard, 1995

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24 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (6)

2014

RÉCATONPILU
(Ou le jeu du poulet)

 

Si tu veux apprendre
des mots inconnus,
récapitulons,
récatonpilu.

Si tu veux connaître
des jeux imprévus,
locomotivons,
locomotivu.

Mais les jeux parfaits
sont les plus connus :
Jouons au poulet.

Je suis le renard
je cours après toi
plus loin que ma vie.

Comme tu vas vite !
Si je m'essoufflais !
Si je m'arrêtais !

Comme ceci comme cela, Jean Tardieu, Gallimard, 1979

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23 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (5)

2014

ÉPITHÈTES

 

Une source - corrompue
Un secret - divulgué
Une absence - pesante
Une éternité - passagère
Des ténèbres - fidèles
Des tonnerres - captifs
Des flammes - immobiles
La neige - en cendre
La bouche fermée
Les dents serrées
La parole niée
muette
bourdonnante
glorieuse
engloutie.

 

Formeries, Jean Tardieu, Gallimard, 1976

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22 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (4)

2014

NATURE

 

C'est un oiseau qui s'approche en pleurant
c'est un nuage qui parle en rêvant
un rocher roule pour passer le temps
un roseau s'admire dans le miroir d'un étang
les arbres de la forêt
sont là comme des gens et des gens.
Tout cela fait une foule qui attend,
- Mais l'homme, - absent, absent, absent....

Histoires obscures, Jean Tardieu, 1961

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21 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (3)

2014

LE CAP

 

Dans la contrée où l'âme est profonde,
Je vins pour la première fois,
Triste et seul, à l'âge où le monde
Me sépara de vous et de moi.

D'étranges feux dans l'air grimaçaient,
Mais les sources coulaient pour l'espérance
Et tendre, tendre était l'impatience
Des fruits tombant dans les vergers secrets.

J'entrai, nageant sous les grands nuages,
À jamais loin des tranquilles jours ;
Là-haut, les traits des chers visages
M'abandonnaient à chaque détour.

Quelle nuit tout à coup, mais quel espace !
Je reconnus la voix de toujours
Qui pour moi demeure et par moi passe...
Et quelle puissance, loin de l'amour !

Je laissais mourir et renaître
Et mourir encor la clarté
Moi, je creusais mon obscurité
Et j'apprenais à ne plus être.

Cependant, on murmurait : "L'ombre
Va l'engloutir !" Ah ! j'entends le vent
Répondre par les feuilles sans nombre :
"Cet homme a franchi les postes du temps !"

Accents, Jean Tardieu, Gallimard 1939

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20 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (2)

2014

NI L'UN NI L'AUTRE

 

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses meilleurs amis.

La nuit, par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n'est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n'en point parler ici !

Monsieur Monsieur, Jean Tardieu, Gallimard, 1987

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19 janvier 2014

Semaine Poétique : JEAN TARDIEU (1)

2014

JOURS PÉTRIFIÉS

Les yeux bandés les mains tremblantes
trompé par le bruit de mes pas
qui porte partout mon silence
perdant la trace de mes jours
si j'attends ou me dépasse
toujours je me retrouve là
comme la pierre sous le ciel.

Par la nuit et par le soleil
condamné sans preuve et sans tort
aux murs de mon étroit espace
je tourne au fond de mon sommeil
désolé comme l'espérance
innocent comme le remords.

Un homme qui feint de vieillir
emprisonné dans son enfance,
l'avenir brille au même point,
nous nous en souvenons encore,
le sol tremble à la même place,

le temps monte comme la mer.

 

Extrait de Jours pétrifiés, Jean Tardieu. Gallimard, 1948

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16 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU


SEMAINE JEAN TARDIEU

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16 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

Le masque

 

Une vie imaginaire
sur les villes est posée.
Partout de fausses lumières
sont peintes sur les paupières
des fenêtres enfermées.
Le pâle soleil qui luit
n'est que plâtre sur les pierres.

La vraie ville est dans la nuit.

Jean Tardieu - Le témoin invisible (1943)

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15 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

 

Le Monde Immobile

 

Puits de ténèbres
fontaine sourde
lac sans éclat

présence épaisse
battement faible
l'instant est là

rien ni personne
une ombre lourde
et qui se tait

j'attends des siècles
rien ne résonne
rien n'apparaît

sur ce tombeau
l'espace bouge
c'est ma pensée

pour nul regard
pour nulle oreille
la vérité.

Jean Tardieu - Une voix sans personne (1951 - 1953)

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