18 septembre 2014

NOCTU'ELLE pour les Impromptus Littéraires

Noctu’Elle

 

 

isabelle-femelle papillon

Isabelle Noctuelle, éblouie par l’obscurité de la chambre, se sent portée vers une trouble clarté aux contours imprécis. Elle se cogne contre la vitre, meurtrit ses ailes, relance sa quête improbable vers la nitescence enténébrée ; s’abat, étourdie, sur une bordure de fenêtre pruinée d’années d’abandon. Elle s’ébroue, commotionnée. Erre, désemparée, sur le rebord de la tabatière. S’empêtre dans le canevas englué d’une toile arachnéenne. Sa flamboyance de vitraux de soleil couchant, s’agite, éperdue.

Isabelle Noctuelle est posée.
Là.
Scrute, à petites impulsions.
Pose une patte gracile.
Palpe.
Masse.
Pelote.
Sonde.
Se décide à explorer.
Tourne le dos à la lumière.
Heurte de ses flagelles une étrangeté : glaciale, austère, inerte.
Sensilles en alerte, elle furette.
Elle chasse quelques grains de poussière pour s’approcher au plus près de la matière de cette saugrenuité.
C’est glissant,
c’est glaçant.
C’est sombre.

Et pourtant elle distingue un reflet. Elle parvient malaisément déployer à nouveau sa voilure chamarrée. Ne se tourne surtout pas vers la lumière qui l’attirerait irrésistiblement. Il faut qu’elle sache ce qu’est cet objet.

Isabelle Noctuelle est rentrée dans l’objet.
Elle étouffe,
s’asphyxie,
s’étiole,
se brise,
suffoque,
se noie.
Sombre.
Succombe.

Littér’auteurs - 2014/09/17

« Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence. »

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Le Flacon »


IL

La contraine d'écriture était, cette semaine d'inspiraton photographique. Et c'est ce superbe papillon nocturne, l'Isabelle (ou papillon vitrail) qui m'a fait découvrir ces lieux, que Charles Baudelaire semble, lui aussi,avoir visités.


02 décembre 2012

RENCONTRES POÉTIQUES ; Isabelle Callis-Sabot

Absence

 

L'année s'est écoulée, me laissant bien songeuse,

Les mois ont défilé, si rapides, si courts ;

Pourtant la vie s'étire et l'espace se creuse

Nous séparant, hélas, un peu plus chaque jour.  

 

À l'encontre du temps, en retour, en arrière,

Je m'efforce d'aller, j'essaie de revenir.

Il me reste ce soir le triste anniversaire

Pour empêcher l'oubli, pour mieux le contenir.

 

Tu m'offres cependant la chance inespérée

De te voir apparître au milieu de mes nuits ;

Mais ta visite est brève alors, désemparée,

Je m'accroche en pleurant au rêve qui s'enfuit.

 

                          Isabelle Callis-Sabot

 

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Posté par C Martine à 06:00 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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