19 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - PARIS 2013 - JOHN MONTAGUE

Marché de la poésie 2013

 

Bruit de blessure

Qui sait
la musique d'une blessure ?
Peau cousue
se déchire, vieille douleur
se rouvre
parfois, quand le corps du violon
se plaint
épouse et porte le chant, épouse
et porte la peine (lents troupeaux
de bétail
entrant en prairies grasses, tourbe noire)
du rythme pastoral

Je clame
que civilisation mourut ici ; 
qui tremble sous mon pied comme je gravis ces
bases, tristes
collines : qui rugit dans le flux
de mon sang comme 
j'entends chevroements du mépris saxon,
Westminster
va au diable qui ne vaut pas 
ces étranges
pierres sculptées stables de cinq mille ans,
croix seule résistante.

Cette aigreur
je l'hérite de mon père, essaim
du sang
à la cervelle, le dégoût de vomi
de haine raciale
la victime contemplant colon jacobite
imprudent
l'oppresseur, le marine bardé d'insignes,
qui épar-
pilla ses dieux lares, utilisa comme
serviteurs
son peuple, leva ses femmes comme
du gibier.

john-montague

John Montague - Extrait de La Langue Greffée - 1988 - Belin, L'extrême contemporain

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16 mai 2013

MARCHÉ DE LA POÉSIE - PARIS 2013

Marché de la poésie 2013

Du 6 au 9 juin, se déroulera, à Paris, Place Saint-Sulpice, le MARCHÉ DE LA POÉSIE. 

Dédié à la poésie irlandaise, à la poésie slovène et encore à la poésie féminine internationale. Jusqu'à cette date (mais de manière irrégulière), je consacrerai mes billets à ces poètes qu'il sera possible de rencontrer ou d'entendre par la voix d'autres.

Dimanche, c'est John Montague que je mettrai à l'honneur. Il fait partie des poètes présents au Marché de la Poésie.
Aujourd'hui, je vais le présenter.

john-montague

Il est né en 1929, à Brooklin. Il a passé son enfance dans la ferme de ses tantes, dans le comté de Tyrone, puis a fait ses études secondaires à Armagh et ses études supérieures à l’University College de Dublin, qu’il est allé compléter aux États-Unis. Il a longtemps vécu à Paris, rue Daguerre, et entretient depuis trente ans avec la culture française et les poètes français contemporains un dialogue d’une grande richesse ; il est notamment membre du comité de la revuePoésie. Traduit très tôt en français par Claude Esteban, Serge Fauchereau, Michel Deguy, il est avec Thomas Kinsella le plus remarquable des poètes de la génération qui suit immédiatement celle de Kavanagh et d’Austin Clarke. Universitaire (il a enseigné à l’University College de Cork de 1972 à 1988), éditeur d’anthologies de la poésie irlandaise (The Faber Book of Irish Verse en 1974 et, plus récemment, Bitter Harvest, de moindre ampleur et de propos différent), auteur d’une autobiographie (The Lost Notebook, 1987) et d’un recueil de nouvelles (Death of a Chieftain, 1964), son œuvre poétique proprement dite porte, surtout dans les années 60, la marque d’une interrogation anxieuse sur les malheurs qui ont frappé la terre d’Irlande (Poisoned Lands, 1961). Issu des milieux catholiques d’Ulster, marqué par son séjour aux États-Unis, il est avant tout un poète de la mémoire, de la réminiscence et du rêve. Ses principaux recueils sont A Chosen Light (1967), Tides (1970), The Rough Field (1972), A Slow Dance (1975), The Great Cloak (1978), The Dead Kingdom (1984),Mount Eagle (1988). Deux anthologies de ses poèmes ont paru en français : La Langue greffée (éd. Belin) et Amours, marées (éd. William Blake).

J'ai extrait cette biographie de "Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle", parue chez Verdier, en 1996.

Un petit avant-goût...

Face cachée

J'ai vu les hautes
traînées de vapeur des
derniers destroyers
en rêve :
j'ai vu la grise
face cachée de la lune
s'approcher en glissant de la terre...

In "La Langue Greffée" - Belin (L'extrême Contemporain) - 1988

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