10 octobre 2013

LA PETITE FILLE EN ROUGE . Aaron Frish & Roberto Innocenti

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Avec sa capeline rouge et son bonnet assorti, Sophia pourrait sans doute tout droit sortir de l'imaginaire fécond de Monsieur Perrault ou de celui des frères Grimm.
Elle n'est pas seulement vêtue de vermillon, comme sa devancière, elle a aussi, la belle enfant, une mère-grand de santé fragile à laquelle elle va rendre visite, lui apportant ... biscuits, miel et oranges. Parce que, déjà à ce moment de la narration, s'arrête le copié/collé (qui d'ailleurs n'en est pas exactement un).

"Sophia habite avec sa mère et sa soeur". Voici le lecteur entré de plain pied, dans la vie d'une famille mono parentale. Le temps est dès lors situé. Et il suffit que la fillette sorte de chez elle pour que l'espace le soit aussi : graff sur les murs d'un escalier sombre, trottoir jonché de détritus, sans logis somnolant dans une encoignure... C'est signé : nous nous trouvons délibérément dans notre siècle.

Mais l'esprit de Perrault de la fin du XXVII° siècle demeure... les auteurs restent dans le "conte d'avertissement", transposé dans la société d'aujourd'hui. La forêt du Petit Chaperon Rouge devient la cité de La Petite Fille en Rouge, une cité bruyante, agitée, effervescente, tumultueuse. Et du tumulte, il en est question dans ce superbe album au trait graphique dense, au style pictural hyper-réaliste, signé par Roberto Innocenti. "Perrault voulait faire peur, explique-t-il, moi je veux attirer l'attention des jeunes sur les ravages de l'argent et la modernité dans ce qu'elle a de plus brutal". Et pour attirer l'attention sur les dangers de la société contemporaine, les deux auteurs s'investissent complètement : le bois est un centre commercial, le loup un motocycliste vêtu de noir, le péril la consommation à outrance. "Ça va sans dire, mais ça va tout de même mieux en le disant", telle pourrait être la devise d'Aaron Frish et de Roberto Innocentini.

Conte moderne qui s'ancre dans le symbolisme des structures psychologiques fondamentales. Et qui tape juste, qui vise juste nos bambinos-rois qui sont dans le tout-maintenant, qui, sollicités, agressés à leur insu, tentés en permanence, prétendent savoir de la vie plus que nous en savons nous-mêmes. Et pourtant, petits,  "des yeux vous guettent, des narines hument l'air en quête d'une opportunité. La forêt fourmille de chacals". 
Si les chacals et les loups ne diffèrent que par leur taille, les deux sont malfaisants et, parfois, "le soleil ne parvient pas à percer les nuages" d'une maman désespérée.... Mais si, 'imaginez plutôt ceci, si vous voulez. Un bûcheron surprend un loup en train de rôder autour d'une maison. Il téléphone. La police est sur les lieux en un rien de temps... [...} Cette nuit les étoiles scintilleront sur la forêt".

Un album que les grands peuvent lire tout seuls, qu'ils peuvent lire aux plus jeunes. Un album qu'il faut à tout prix découvrir.

Merci à Jérôme, de m'avoir permis de le découvrir.

 

Posté par C Martine à 14:49 - Commentaires [8] - Permalien [#]
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