05 mars 2013

LÀ OÙ VONT NOS PÈRES, Shaun Tan

Ceux qui me connaissent, et/ou me lisent, savent ma difficulté à lire et comprendre les Bandes Dessinées. J'ai glané ce titre, la semaine dernière, chez Anne, conseillée par une experte, Mo'.Pourquoi pas, après tout ? Puisque mon problème vient de mon incapacité à relier texte et graphisme ! Pourquoi pas, donc, une BD muette, qui, de surcroît, a retenu en son temps l'attention d'une grande partie de la blogosphère littéraire et reçu beaucoup d'éloges.

là ou vont nos pères


Là où vont nos pères... la couverture est belle ; elle suggère une histoire du temps passé. Un homme, une valise à la main, observe, incrédule, une drôle de bestiole. Soixante portraits, soixante regards d'hommes et de femmes, sont alignés sur les deux premières pages. Comme des photos d'identité. 

Identité. L'un des mots, jamais écrit, mais toujours sous-entendu de ce long voyage qu'entame, un matin, un homme, mari et père. Il part... laissant sa femme et sa fillette, n'emportant d'elles qu'un portrait de famille, soigneusement emballé dans sa pauvre valise. Il part. Il quitte sa ville misérable. Jusqu'à la gare, sa femme et sa fille l'accompagnent, tenant sa main serrée dans les leurs.Il part. Pendant qu'elles, elles retournent à la maison, tristes et seules.

Son voyage est long. Il traverse la mer. Il part. Et avec lui, sur le pont du bateau, d'autres comme lui, qui partent aussi.

Ils partent.Ceux qui sont partis arrivent dans un monde inconnu, peuplé d'êtres étranges, aux allures de Goliath. Et lorsqu'accoste le navire, la foule de ceux qui viennent d'arriver découvre le gigantisme d'une ville, des animaux inconnus, des moeurs inconnues, et une langue inconnue. Étrange étranger.

C'est, bien sûr, de l'immigration dont il s'agit. Peinte sans mot(s), toute en nuance(s). Dessinée au crayon, couleur sépia ou dans des gris doux. L'homme qui part, le mari, le père, emmène avec lui une étrange étrangeté : celle de son appartenance qui, à petites touches uchroniques, se confrontent au "nouveau monde". Étrangeté de l'étrange. Il plane dans ce livre (oui, ce livre) qui se présente un peu comme un album photos, où l'ordre chronologique illustre la vie des personnages principaux : l'homme, sa femme, sa fille... et ceux qui vont aider l'homme à se "re"construire dans un pays inconnu (""), à dessiner son nouvel espace de vie ("OÙ VONT"), et à maintenir les liens familiaux ("NOS  PÈRES").

J'ai aimé, cette bande dessinée, s'il faut l'appeler ainsi. J'ai été sous le charme d'une narration silencieuse qui a stimulé et nourri mon imaginaire. Cette histoire graphique (je crois que c'est comme cela qu'elle se nomme) emmène le lecteur (m'a emmenée) en dehors du temps. Cet homme, représenté par Shaun Tan, en quête de points de repère, outre sa propre expédition dans une autre culture... m'a conduite à  découvrir une autre culture littéraire, avec d'autres repères... Belle aventure ! Mais qui ne me rapproche toujours pas de la BD (que je dirais traditionnelle).

 

 

Posté par C Martine à 06:29 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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