15 juin 2013

BALBUCIENDO, Michèle Finck

Babelio, avec son opération 'Masse Critique', m'a offert l'opportunité de découvrir ce recueil poétique d'une auteure qui, après avoir publié son premier ouvrage 'L'ouïe éblouie ' chez Voix d'encre (2007), fait paraître 'Balbuciendo ' chez Arfuyen (2012).

balbuciendo

Je n'avais jamais rien lu de Michèle Finck. C'est dire que mon intérêt était grand ! Le titre 'Balbuciendo', lui aussi, avait retenu mon attention : balbucir (zézayer), murmurar (murmurer), susurrar (chuchoter)... mais aussi tartajear (bégayer), mascullar (maugréer),  Et troisième atout, non négligeable, il s'agit de poésie.

Balbuciendo comporte trois parties : "Sur la lame de l'adieu", "Tryptiques pour le père mort", "Scansion du noir".

Les deux premiers vers donnent le ton :

La mémoire fond lentement dans la bouche.
Vouloir la vomir et grimper hors du crâne.

La langue est âpre, les émotions taillées au cordeau. Michèle Finck transmet sa parole de deux deuils non aboutis, deux pertes non cicatrisées : celle de "son amant fou", comme elle le nomme et celle de son père.

Il neige sur les magnolias de la mémoire
Et les souvenirs lugent dans le ciel.

D'où cette larme sur le visage de mon père
Mort ? Les morts peuvent-ils encore
Pleurer ? Mais non c'est moi qui pleure
De ne les avoir pas assez aimés
Mon amant fou mon père mort

Il saigne sur les barbelés de la mémoire
Et les souvenirs sont cognées de cris.

Ritournelle de la mal aimante, in Balbuciendo - Michèle Finck - Arfuyen 2012

La douleur de l'auteur est si palpable qu'elle étreint le regard et la pensée à la lecture de ses vers.
Pas d'apaisement dans le dire, pas de consolation dans l'écrire. Pas de libération.
No murmurando, no susurrando... C'est un cri ! une plainte !
Sa détresse est exacerbée, ses mots l'intensifient. Elle vit la perte, les pertes, avec culpabilité, comme une antienne.
Psalmodie.
La violence et le paradoxe des sentiments vrillent les mots.

L'amour et l'échec de l'amour s'arc-boutent
Et s'affrontent sourds crâne contre crâne fêlés.
Lorsqu'ils se heurtent et s'entre-dévorent à coups de crocs
L'amour pousse un cri de moelle arraché à l'os.
Les sons les plus silencieux de ta chair chantent
Dans la mienne et pourtant l'échec de l'amour
Déchiquette l'amour avec sa gueule de forcené.

L'oeil de la solitude brûle dans le ventre
À l'endroit du nombril. La pupille braille.
Le papillon de la douleur se pose sur les paupières
Et les bénit peut-être. L'amour et l'échec de l'amour
S'endorment l'un dans l'autre en tenant un couteau de larmes.

Lutte, in Balbuciendo - Michèle Finck - Arfuyen 2012

 

 

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Posté par C Martine à 07:37 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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