08 juillet 2013

LA PETITE FAMILLE, Loïc Dauvillier, Marc Lizano, Jean-Jacques Rouger

Lorsqu'en avril dernier Jérôme a présenté cet album, j'ai tout de suite pensé à l'un de mes bambins de presque 8 ans qui dit adorer ses vacances chez les grands-parents, qu'ils soient Pépé/Mémé, Papy/Momée, ou Mamie/Bernard. (Eh oui ! il a trois familles grand-parentales, le bambin !). Mais c'est qu'on ne trouve pas cet album sous le sabot d'un cheval (tiens, c'est vrai ! c'est pour faire de l'équitation que le-dit bambin passe ses vacances chez Papy/Momée) et j'ai du attendre de longues semaines pour recevoir le livre. Eh bien, je ne regrette pas.

La petite famille 1


Deux marmousets espiègles arrivent tout feu tout flamme chez Pépé/Mémé qui vivent à la campagne. Mémé-gateau et Pépé-ronchon les attendent impatiemment. Enfin... Mémé est quand même un peu plus expansive que son grognon d'époux et c'est, au fil des pages, que le lecteur comprend comment les relations petits-enfants/grands-parents se construisent, se nouent. Bref, comment on s'aime en famille.

Personne n'est idéalisé dans cet album ; les gamins sont farceurs juste comme il se doit, les parents ne sont pas drôles du tout quand ils veulent faire étalage de leurs attitudes de "bons parents" (dans le genre :'Tiens-toi bien", "Tu as entendu ce que t'a dit Maman ?", si vous voyez ce que je veux dire), Le tonton complice des petites bêtises que les adultes rendent grosses. Une Mémé "tout comme il faut", protectrice à souhait,  un peu trop d'ailleurs. Un Pépé drapé dans son rôle de patriarche et qui montre, pourtant, ses petites faiblesses : allez donc découvrir ce qu'il fait pendant que Mémé et les deux petiots font le marché !

Pépé, c'est quand même un personnage énigmatiqe. Les gosses, leur grand-père, ils trouvent qu'il "n'est pas méchant du tout, qu'il est tout doux, même qu'il a la peau râpeuse". Ils lui connaissent quelques passions, la pêche, par exemple. Mais QUI est Pépé ? 

Ces gens-là sont aussi vrais que nature, pas de bla-bla inutiles. On est en plein dans nos souvenirs d'enfance (moi, j'adorais croquer des petites carottes que mon Papy sortait de terre tout exprès pour moi, alors qu'il m'avait enroulée - en plein mois de juillet - dans son écharpe tricotée main qui m'enveloppait complètement). On est en plein projet de grands-parents, quand on reçoit les mioches que nous ont offert nos enfants.

Oui, mais un Pépé, une Mémé... c'est qui, en vrai ? Et quand le marmouset narrateur découvre et reconnaît le grand-père qu'il n'imaginait même pas jeune, beau et vaillant... quelle belle surprise !

Las ! La vie est ainsi faite qu'à peine on se rencontre vraiment, on doit se quitter. 

Le départ de Pépé est traité avec pudeur, humanité, sans trop, ni pas assez. L'enfant questionne sa responsabilité dans ce départ, sa culpabilité peut-être. C'est ainsi qu'il grandit et découvre ce qu'aimer veut dire.

Un grand bravo aux auteurs/illustrateurs et aux Éditions de la Gouttière. Cet album, c'est cadeau, c'est trésor.

 

Noukette et Choco ont aussi aimé cette BD et l'ont chroniquée.

 

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20 février 2013

LA DÉBAUCHE, Jacques Tardi & Daniel Pennac

Pennac - la débauche

Il faut bien que ce soit "du Pennac"... celles et ceux qui me connaissent un peu n'igorent pas mon blocage pour la BD, totalement inexplicable, d'ailleurs ! Mais quand Pennac propose une collaboration avec un illustrateur aussi étroite et réussie que celle-ci, j'essaie quand même !

Et le premier personnage qui me saute aux yeux, c'est "la patronne" de l'antenne de police judiciaire : bon sang, mais c'est bien sûr ! C'est comme cela que je me représente Van Thian, cet inspecteur d'origine asiatique qui hante les pages de "La petite marchande de prose", de "La fée Carabine" de "Au bonheur des Ogres" : une horrible mémère, au nez épaté, un barreau de chaise fumant entre les lèvres. Une mémé qui met tout de suite au parfum les petits malfrats qui croient l'intimider en dégainant leur cutter. Voici le premier décor posé : une équipe de poulets dirigée par une antiquaille atrabilaire.S'agirait-il donc d'un polar ?

Moui. Mais pas que, surtout pas que.

"Aux virés, aux lourdés, aux dégraissés, aux restructurés, aux fusionnés, aux mondialisés. Bref, à tous ceux qui se retrouvent sur le carreau." Je cite ici la dédicace de l'album, écrite évidemment de la main de Pennac. C'est alors que le sens du titre saute aux yeux (attention les yeux, après la patronne de la PJ...). "La débauche". Point question de libertinage, à priori, quoiqu'ici l'inspecteur Justin chasse plus "les gonzesses" que les truands. Non. débauche vient du verbe débaucher dans l'acception "licencier". S'agirait-il donc d'une satire sociale ?

Moui aussi. Bref, du Pennac dans le texte (et, à ce qu'on m'a dit, du Tardi dans l'image). 

Ceci décodé, on s'embarque alors dans une de ces histoires loufoques, extravagante, un brin rocambolesque, digne de l'écrivain bien connu pour ses facéties littéraires. L'inspecteur Justin est tombé en amour pour Lili, la ravissante et experte vétérinaire du Jardin des Plantes. Un soir, alors qu'il vient chercher sa conquête au travail, il la trouve en train d'extirper un matou (vivant) de l'estomac du tigre Georges (c'est quand même la troisième fois qu'il engloutit le mistigri, parce qu'il "bouffe tous ceux qui l'emmerdent", affirme l'adorable Lili).

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En traversant le parc bras dessus bras dessous, ils voient un attroupement devant une cage, s'en approchent et y découvrent un SDF déguenillé, cerné de boites de conserve pour chiens et contemplé par un vieux téléviseur. Contemplé aussi par une foule de badauds et de journaleux : "L'atroce simplicité du spectacle dit toute la tragédie du chômage", ânonne intelligemment la reporter internationale, en désignant la pancarte judicieusement accrochée aux barreaux de la cage.

L'utlisation du symbole du chomage, phénomène de société, ne va pas se transformer en diatribe endiablée. Ce serait mal connaître Daniel Pennac, qui va utiliser ce motif pour dare-dare rebondir énergiquement sur le fond du problème (ou sur le problème de fond). Ou, après que l'on ait retrouvé trucidé, on va découvrir qui était vraiment ce SDF...au domicile très très fixe, à vrai dire. Comme si le personnage échappait à l'auteur et vivait sa vie (en l'occurence sa mort) de façon totalement indépendante.

C'est ce qui fait le sel des romans de Pennac, cette propension à profiter d'un fait divers pour tirer les ficelles de son art narratif "anecdotico-métaphorique" (ça ce n'est pas de moi). Le schéma actanciel est à la fois limpide et enchevêtré, sobre et alambiqué. L'histoire est à la fois amusante et saisissante, légère et grave. C'est du Pennac tout craché qui pose un regard sarcastique sur la vie, les gens, l'argent, le pouvoir, peint des personnages décalés mais terriblement authentiques. C'est passionnant et bourré d'humour.

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Né de la complicité de deux talentueux croqueurs de personnages, cet album est sorti en 2000, chez Futuropolis. Il a été réédité par Folio en 2012.


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Et voici ma cinquième contribution au challenge "Pennac", managé par George (ici)

Posté par C Martine à 07:46 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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