16 mai 2015

DES PLUMES À CRAQUER chez ASPHODÈLE

 

2015

Corrigations

Il va s'y mettre.

Il repousse ce moment depuis quelques jours ; mais les élèves attendent la correction. Il a proposé à sa classe de seconde un sujet libre en suggérant aux lycéens de se lâcher. De s'évader. De se laisser porter par le souffle de leur inspiration, comme une abeille turbulente occupée à faire ses courses de fleurs en fleurs.

Il va s'y mettre.

Il va prendre son courage à deux mains, pour ne pas céder à l'ennui qui déjà s'empare de lui, à la simple idée de devoir lire – et peut-être s'extasier d'une pharisienne admiration – un texte qui l'aura fait pleurer de consternation.

Il va s'y mettre.

Il allume d'abord un feu de branches mortes dans la cheminée de son bureau. Ce serait folie pour ses articulations, pense-t-il, que de travailler dans le froid. Et puis, ça lui fait plaisir d'entendre les craquements des ramilles.

Il va s'y mettre.

Il dépose une tablette de chocolat à croquer sur l'angle droit de son bureau. Et, sur l'angle gauche, son paquet de clopes (pourvu que les élèves n'emploient pas ce terme vulgaire !) et une boîte d'allumettes. Il ajoute un sachet de caramel. Quelques douceurs ne pourront que le réconforter.

Il va s'y mettre.

Il a les nerfs en pelote. Ses pensées vagabondent comme les abeilles qu'il a évoquées devant ces jeunes dont il a la charge de raccommoder l'inculture et le vernis de futurs playboys en quête d'amours éphémères. Ce lycée de fils à papas pleins de thunes le débecte.

Il va s'y mettre.

Il a bien l'intention de les faire raquer : il va étudier leur prose sous toutes les coutures, dénicher les fautes de syntaxe, débusquer les barbarismes, leur mettre le nez dans leur ignorance, repérer les solécismes, triturer les contresens. Il sent le ressentiment monter en lui, prêt à éclater comme un coup de tonnerre.

Il va s'y mettre.

Il ne supporte pas ces jean-foutre pas même capables d'installer un logiciel correcteur d'orthographe qui lui éviterait de devoir déchiffrer leur jargon phonétique.

Il va s'y mettre.

Il prend une grande inspiration.

Il rassemble le paquet de copies.

Délicatement le pose sur les flammèches.

Il allume une cigarette,

Soulagé.

© Martine Littér'auteurs - 16 mai 2015 

 page FB

 

ASPHODELE

Pour tout dire, c'est ASPHODÈLE (mais oui ! cliquez donc !) qui orchestre ce jeu d'écriture. Elle propose un mot, les futurs particpants proposent des mots que leur évoque ce vocable. Et de mots en mots, de mots par mots, de mots à mots... chacun devient créateur d'un texte unique, comme une pièce de collection.

Cette fois-ci, il fallait mettre en harmonie :

Feu, chocolat, pelote, courage, croquer, branche, pleurer, folie, logiciel, admiration, couture, s’évader, play-boy (ou playboy), abeille, clope, plaisir, raquer, tunes (ou thunes), caramel, articulations, céder, raccommoder, vernis, allumette, amour, courses (dans le sens de shopping),  tonnerre.

 

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25 avril 2015

LES PLUMES DU DÉSIR, chez Asphodèle

plumes

J'emporte ma peluche, dit l'enfant. Tu sais bien qu'elle me donne des allergies, dit la mère. Je prends du chocolat, dit le père.

Ils attendent tous les trois le tramway. Quelle idée que d'emprunter cette machine pour partir en voyage d'amour !

Ce sera un nouvel envol, dit le père. Pourvu qu'il ne soit pas éphémère, dit la mère. C'est la première fois qu'on part, dit la petite.

Laissez-vous vibrer, dit la brise.

Oubliez la censure du déplaisir, dit l'étincelle.

Gardez l'envie des gourmandises de la vie, dit le tapir plein de rides.

J'ai besoin de valser, dit la mère. J'aimerais un baiser, dit le père. Est-ce que vous m'aimez, dit la fillette.

J'ai quelques velléités d'écrire, dit l'auteur, en contemplant les volutes du lierre enroulé autour de la carrosserie rubigineuse du chemin de fer.

Immobile et engourdi.

© Martine Littér'auteurs - 25 avril 2015 

 page FB

 

ASPHODELE

Tous les mots de la collecte ont été utilisés, dit l'autrice, l'auteuse, l'auteure qui aime chercher chez Asphodèle des sources d'inspiration.

Allergie, velléité, brise, espérance, étincelle, écrire, déplaisir, censure, enfant, gourmandise, première, tramway, rides, éphémère, envie, amour, voyage, peluche, chocolat, tapir (l’animal ou le verbe au choix), envol, baiser (dans le sens que vous voulez), vibrer, volutes, valser, attendre.

Nous avons été nombreux à aimer ces mots, disent les plumitifs :

MonesilleGhislaine53Val-Grenouille59LilouSoleilMelle La DémoneThiébault de Saint-AmandSoèneJacou33,  Martine27Modrone-EeguabCériatPascal Bléval,Mélusine80Les mots d’IsabelleAstrid-ToinetteRéjanieEmilieBerdFred Mili-Choupi,Carnets ParesseuxBizak,MarlaguetteDimDamDom59Célestine.

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14 mars 2015

LES PLUMES D'ASPHODELE, COMPLETEMENT MARTIENNES

 

LES PLUMES

C’était un pays d’il n’y a guère, un pays de renaissance. C’était un pays fantastique, un pays de paresse. C’était un pays de contradictions, un pays qui se disait de liberté.

L’ubac s’était installé au sud ; le bernard-l’hermite n’était pas sans abri. L’animal, d’ailleurs, appréciait la chaleur de ce versant d’univers qui n’était pas au nord (et pas davantage qu'à l’est ou à l’ouest). Un beau matin, le crustacé décida qu’il y avait urgence à déserter. Mais avant de quitter sa douillette demeure, il secoua son édredon.

Quelle erreur !

Une plume s’en échappa, virevolta et se posa, tout en douceur, sur la nuisette d’une cigogne, qui, soit dit en passant, était un héron. Surprise, elle sortit de son sommeil et ouvrit grand ses ailes. Le printemps s’approchait à pas menus.  Le ciconiidé au long bec emmanché d’un long cou huma l’atmosphère : il la trouva vaporeuse à souhait et décida de prendre l’air.

Quelle erreur !

Dans ce pays d’il n’y a guère, fantastique et plein de contradictions, la volupté et l’insouciance étaient bannies ! L’oiseau s’abima en plein vol et s’écrasa sur le flaccide décapode, l’entraînant avec lui dans le silence éternel.

Moralité :

Que vous soyez pagure ou ardéidé
Choisissez bien, pour y demeurer,
Le pays o
ù vous exposerez vos idées.
Sinon, votre vie y laisserez.

© Martine Littér'auteurs - 14 mars 2015

https://www.facebook.com/martine.crasez


J'ai utilisé cette collecte, à l'invite d'Asphodèle (chez elle, c'est ici) qui, chaque mois, me fait prendre ma plume. 

Douceur, printemps, déserter, sommeil, chaleur, renaissance, air, bernard-l’hermite, édredon, paresse, plume, aile, volupté, insouciance, liberté, vaporeux, virevolter, cigogne, nuisette, ubac, univers, urgence

Pour rédiger une fable de 211 mots

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03 janvier 2015

DES LETTRES ET DES MOTS - Pour les Plumes d'Asphodèle

 

-      Consonne
-      Z
-      Consonne
-      N
-      Voyelle
-      O
-      Voyelle
-      O
-      Voyelle
-      I
-      Consonne
-      H
-      Consonne
-      R

 

Bien sympa la copine, de m’avoir inscrite à ce jeu télévisé où l’on jongle avec les lettres et les mots. Certes, je suis de nature joueuse, mais là j’ai l’impression que mon adversaire est complètement à donf. Il va m’épuiser, me mettre en fatigue, me donner la fièvre. C’est juste le premier round, et j’ai déjà besoin d’un remontant.

H O R I Z O N… j’ai trouvé un sept lettres ! Oui, mais c’est à lui de parler en premier.

-      Six lettres, annonce-t-il avec ravissement.

-      Yes !!! Je suis dans le rythme ! Sept pour moi ! Et, comme on dit au pays d’ovalie, la cabane est tombée sur le chien. Pourquoi le chien ? Pourquoi pas le cheval ? Ou la poule ? Tiens, une poule sur une échelle, ou une étagère, qui sait ! Une poule qui picoterait du pain dur, qui cherrait – du verbe choir – de son échalier, valdinguerait du rayonnage et terrirait –du verbe terrir – dans la cahutte. Décidément, ce jeu me transcende !

 

Partie suivante. Je vais le faire grimper au rideau. Et il n’a pas intérêt à en faire une montagne !

 

-      Voyelle
-      A
-      Voyelle
-      E
-      Consonne
-      N
-      Consonne
-      R
-      Voyelle
-      E
-      Consonne
-      C
-      Voyelle
-      U

 

C’est à moi de dire en premier… Là, tu vois, c’est presque l’ascenseur pour l’Éden : six lettres triomphales : N A C R E E. Pourvu qu’il tombe en panne ! Je marche sur des œufs. Et s’il montait au créneau ? Il se gratte la tête, me regarde en coin, tente une œillade. Oh non ! Je viens d’entrevoir un sept lettres que je n’avais pas vu : C E R N E A U ! Là, c’est sûr, il va l’emporter ; c’est sûr il va le forger ce mot.

drague

Va falloir que je sorte le grand jeu, que je lui fasse croire qu’avec moi il va monter au ciel : un petit battement de cils, la langue qui s’insinue entre mes lèvres que je me mordille en baissant les yeux, le nez qui se retrousse. Je tournicote une mèche de cheveux… Super cute !

Non, pas sept lettres ! Je croise les jambes sous le pupitre, heu non, les doigts sur le pupitre. Le chrono s’essouffle. Je vois mon adversaire qui vacille, qui flageole. Il se déconcentre, il se disperse, il se dilue, il s’entomate. Sait même plus quelles lettres sont en jeu. Le voici qui claironne : « On se retrouve tout de suite après l’émission ? »

 

G A G N É ! J’ai gagné !

 

des chiffres et des lettres

Je rentre à la maison. La télé est allumée. Mon mari n’est pas là. Sur la table un post-it : « Tu as perdu au jeu de l’amour et du hasard. Sache que les lettres peuvent aussi faire des maux ».

 

 

 

-      Consonne
-      D
-      Consonne
-      V
-      Voyelle
-      E
-      Voyelle
-      O
-      Consonne
-      R
-      Voyelle
-      I
-      Consonne
-      C

 

C O R V I D É… je savais bien que les corbeaux portent malheur !

Un autre sept lettres : D I V O R C E…. ça c’était pas le jeu !

 


ASPHODELE

Les dernières Plumes 2014, dans leur dernière version. Les mots de la collecte, sur le site d'Asphodèle, ici.

(horizonnaturecielcabaneéchellefatiguegrimperrideaucréneauascenseurÉdenmontagneétagèrefièvretranscenderpanneépuiserœufschevalravissementremontant - rythme) ne m'ont pas inspirée vraiment. Alors que le thème était "monter", je les ai paradoxalement trouvés plats. J'ai fait ce que j'ai pu !

Et puis, c'est au scrabble que l'on tire 7 lettres ; à ce jeu télévisuel, c'est 10. Quand je vous disais que j'ai fait ce que j'ai pu !

En 2015, les rythme de ces ateliers d'écriture change (1 atelier mensuel seulement), les consignes aussi. Seul le règlement s'accroche.

 

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08 novembre 2014

UN VOYAGE INATTENDU : FOLIE CHROMATIQUE

Cette semaine, j'ai réuni deux défis d'écriture en un seul texte.

- Les Plumes d'Asphodèle (c'est par ici)
- Les Impromptus Littéraires (c'est par là)

Deux consignes, donc.

- 24 mots collectés par Asphodèle, lundi, sur le thème de "la folie", à insérer dans un texte. (on avait le droit d'un laisser un : pour moi, ce fut bergère)
grain, conséquence, ordinaire, manquer, zinzin, camisole, extravagance, quotidien, douce, furieux, maîtrise, artiste, abandon, univers, psychose, conte, rêveur, bleu, aliéniste, bergère, escapade, onduler, outrageux, obsédant.

- "Dans un musée, une exposition, voire même en regardant une reproduction dans un magazine, vous êtes fasciné par un tableau, une photo, une affiche ... Vous ne pouvez plus en détacher votre regard. C'est alors que tout bascule brusquement : vous êtes projeté à l'intérieur même de l’œuvre"

Voici donc le résultat de mes élucubrations plumitives.

********************

CHAGALL

Elle connaissait l’extravagance parfois outrageuse de Marc Chagall, l’univers déconstruit des objets et de l’espace dans son œuvre, sa maîtrise des couleurs. Elle croyait tout connaître de cet artiste que d’aucuns décrivaient comme un peu zinzin, empreint de la psychose propre aux juifs déracinés qui auraient trouvé dans l’art un moyen de s’exprimer. Ce dont elle était sûre, c’est qu’elle aimait le monde rêveur, fantastique et obsédant qui habite toutes ses toiles. Obsessionnel, serait, même, plus approprié.

Lorsque, au Grand Palais, en cet été 2013, elle entre, elle est prête au plus total abandon. Prête à se laisser guider par ses émotions et les conséquences qu’elles pourront avoir sur son quotidien. Quitter, ne serait-ce que quelques heures, l’ordinaire de sa vie et ne rien manquer de cette explosion de chromatisme onirique qu’elle se prépare à explorer.

Sa lente déambulation entre les créations du célèbre cubiste la conduit de toiles en toiles. Elle s’arrête soudain, fascinée par une huile. Ce sont les verts qui attirent son œil, leurs grains nuancés, quelques-uns tirant sur le bleu ; la mise en perspective d’un bosquet de bouleaux dans l’encadrement d’une fenêtre. Elle s’avance, comme si elle voulait pénétrer à l’intérieur de cette cuisine ; elle avance ; elle pénètre dans la cuisine.

Sans bruit, pour ne pas importuner le couple d’amoureux qui contemple le spectacle d’une nature libre, elle avance. La voici qui regarde par la croisée, elle aussi. Ils ne l’ont pas vue, tout occupés qu’ils sont à s’unir dans cette douce contemplation. Elle s’immisce dans leur communion de pensée devant le merveilleux qui cogne à la fenêtre. Une prairie, une haie fleurie, les arbres élancés… La fenêtre de l’intime. Elle retient son envie de prendre l’une des pommes, posée sur les assiettes retournées. Elle a envie. Mais se retient. Ne pas déranger, ne rien déranger. Le rideau soulevé, le châle accroché, le sucrier, le pichet, la tasse… témoins paisibles de la vie domestique. Ne pas perturber, ne rien perturber. Ces regards vers l’extérieur. Une escapade poétique. Un ici et maintenant.

-      Mais que diable faites-vous ici !

-      Chut, vous allez les importuner !

-      Madame, ils ne peuvent plus être incommodés. Ils auront bientôt un siècle ! Sortez de cette pièce, immédiatement !

-      De cette pièce ? Mais de laquelle ?

-      Ne voyez-vous pas que vous êtes entrée dans la cuisine de Marc et Bella ? J’espère que vous n’avez pas croqué « LA » pomme, en plus !

-      « LA » pomme ? Mais…

-      Oui ! « LA » pomme ! ne me racontez pas des contes, comme l’autre folle furieuse, l’autre jour ! J’ai dû appeler des aliénistes pour qu’ils lui passent la camisole ! Elle voulait prendre la place de la petite aiguille, parce qu’elle se disait lointaine descendante de Guillaume.

-      Guillaume ?

-      Oui Madame. Guillaume. Blaise aussi, et Herwarth, et Ricciotto ….

CHAGALL - hommage à Apollinaire

Elle écarquille les yeux, n’en croit pas ses oreilles. À pas furtifs, elle quitte la cuisine. Dans le couloir, son regard s’abouche presque violemment avec une nouvelle toile : elle comprend mieux cette histoire de pomme, de « LA » pomme. Le temps s’enfuit avec le tic-tac d’une horloge humaine. « LA » pomme est là, symbole du péché premier. Ceignant le couple originel, ondule la forme spiralée du serpent tentateur. Aux pieds de l’être double qui tient le fruit de toutes les convoitises, un cœur percé d’une flèche. Quatre noms l’auréolent. Une touchante déclaration d’amour aux quatre personnages qui ont toujours soutenu l’incomparable créateur : Apollinaire, Cendrars, Walden, Canudo

Elle devient Ève. La clepsydre de son destin commence à s’écouler.

 

Première oeuvre : Fenêtre à la campagne - Marc Chagall - 1915
Deuxième oeuvre : Hommage à Apollinaire - Marc Chagall - 1911/1912

Littér'auteurs/2014/11/08

 

ASPHODELE

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25 octobre 2014

COMPLICITÉ pour les Plumes d'Asphodèle

Avec Asphodèle (ici), on écrit. 

Les mots, cette fois étaient : Regard, secret, main, larrons, tiroir, drap, couverture, partager, (se) tramer, connivence, confident, bêtise, proche, rival, neige, empathie, ensemble , amants (au pluriel), nacrer, nomade, noir.

Je n'ai pas utilisé "nacrer"

**********

Le regard
d’une cougar,
c’est un secret
sans intérêt.

Elle te prend la main,
mais c’est sans lendemain.
Ne fais pas le fanfaron,
de l’occasion tu n’es que le larron.

Pas de polichinelle dans le tiroir,
aucun risque de bavoir.
Même si beaux sont les draps
Elle est quand même au moins quadra !

À soi, elle tire la couverture.
Ce n’est pas une caricature !
Ce que tu aimerais partager
pourrait la faire déménager.

Quand tu crois que se trame
un terrible psychodrame,
oublie la connivence
qui n’est que de convenance.

Tu te penses son confident ?
Mais tu es outrecuidant !
Cesse là tes bêtises,
elle rit tant de ces sottises !

De toi tu la supposes proche.
Elle te semble sans reproche.
Tu t’imagines sans rival
Alors même qu’elle cavale.

Elle n’est pas blanche comme neige,
cette chafouine Blanche-Neige.
Elle ne te manifeste empathie
qui n’est guère que patati.

Quand vous êtes ensemble
qu’avec elle tu comptes marcher l’amble
comme deux amants
embéguinés imprudemment,


son amour est nomade
quand ton cœur bat la chamade.
Allez, ne broie pas du noir.
Ne cherche pas de mouchoir !

Littér'auteurs-24/10/2014

D'autres aussi se sont penchés sur ces mots (avec peut-être plus de bienveillance (clic sur leurs noms) : 
AdrienneValentyneNunziCélestineJanickMélanie,Mind The GapViolette Dame MauvePatchCathMarie et Anne (les Sorcières), La KatiolaiseJacou33Carnets ParesseuxIsabel, Fred Mili alias JC alias Chooupi ! CériatMartine27,Marlaguette,  Modrone-EeguabSharon,  EvalireMomo et bien sûr Asphodèle

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13 septembre 2014

Immort’Elle’s, pour "Les plumes", d'Asphodèle

 

LES PLUMES

 

Immort’Elle’s

 

Pas de regrets. Non. Surtout pas de regrets, se dit-elle.

« Je ne vais pas stocker les souvenirs, comme lorsque, fillette pleine d’espièglerie, je stockais les pots de confiture vides qu’avec jubilation j’avais subtilisés à ma grand-mère. Elle fourrageait dans tous les placards à leur recherche, pendant que, dans la marmite en cuivre, bouillonnait le sirupeux jus des fruits qu’elle m’avait obligée à aller ramasser. Et de sirupeux, le mélange devenait visqueux, poisseux, pour mon plus grand bonheur. Je suivais d’un œil attentif l’immédiate caramélisation de la marmelade pendant que grand-mère, maugréant, prospectait en vain toute la maison. Elle mettait cette confusion sur le compte de son âge ; disait qu’elle perdait la mémoire. Et pendant ce temps-là, la compotée devenait inconsommable. Une petite vengeance ».

Pas de regrets. Non. Surtout pas de regrets, se dit-elle.

 « Je ne vais pas raviver l’image de cette myriade d’hélianthes découverte un jour de flânerie, au détour d’une forêt. Le bleu cosmique capelait la marée flavescente ; l’ocre somptueux de cet océan imprévu m’avait emplie d’allégresse, m’avait offert un regain de fringance dans un moment de ma vie où la tempête faisait rage. Un instant d’ivresse qui m’avait ramenée à la sagesse, et m’avait fait respirer de soulagement ».


 Pas de regrets. Non. Surtout pas de regrets, se dit-elle.

Insomniaque
Telle une agrypnie déroutée
elle cherche le repos.

La lune et le soleil se sont mutuellement convoqués
Pour offrir à la noctambule désorbitée
qu’elle est devenue
un dépaysement complet.

Foin des verrines secrètement barbotées,
foin des tournesols lumineux. 

C’est dans une brume énigmatique
qu’ils entrainent
son errance.

Elle se laisse conduire
Sans question.
Sans pensée.

Ses pieds
s’enfoncent
doucement
inexorablement
dans
la
boue
du
marais.

Elle ne cherche pas à s’en dégager.

Elle avance.
Lentement.

Le sourire aux lèvres.


 Pas de regrets. Non. Surtout pas de regrets, se dit-elle.

Elle prête l’oreille au boulevari de la nuit qui sourd, silencieuse et ouatée. Une ombre subreptice accompagne son ambulation, qui lui rappelle une réplique de M le maudit : « Toujours, je dois aller par les rues, et toujours je sens qu'il y a quelqu'un derrière moi. Et c'est moi-même ! Quelquefois c'est pour moi comme si je courais moi-même derrière moi ! Je veux me fuir moi-même mais je n'y arrive pas ! Je ne peux pas m'échapper ! ». Une rainette clabaude soudain, entraînant un tintamarre de coassements dissonants. Un bond, un plouf. La lune d’eau trémule à peine. Et…

rien.


Il y avait des mots imposés (23) et des mots suggérés (14), chez Asphodèle (clic sur son blog) cette semaine. Une récolte sur le thème "Les humeurs du jour".

Tous les mots imposés figurent dans ce texte :

Regrets, engranger, boue, repos, découverte, hélianthe, regainbond, imprévus, recherche, espièglerie, confiture, allégresse, jubilation, noctambule, brume, respirer, dépaysement, magnifiquebleu, marais, maudit, myriade.

Et j’ai emprunté dix des termes suggérés (soulignés) :

Rien, sourire, montagne, déménagement, soleil, question, sagesse, océan, ivresse, tempête, lune, rêve, emménager, mer

 

Martine "Littér'auteurs" - 2014.09.10

02 août 2014

Les plumes de l'éternité chez Asphodèle

Petit à petit, depuis que je participe aux Plumes d'Asphodèle, je constitue sans en avoir l'air un assemblage sans prétention de petites "Nouv'Elles", dont le personnage principal est, justement, "Elle". Vous pouvez "La" retrouver dans :

  • Reviens ! Veux-tu (ici)
  • Rue de la sagesse (ici)
  • Plumes croisées (ici)

Désormais, je m'efforcerai de faire rimer en "elle" le titre de mon texte. Voici celui que m'ont inspiré les mots qu'a récolté Asphodèle dans son invitation à l'éternité : 

vacances - scolastique – immortalité – seconde – mémoire – longueur – ange – douleur -oubli – repos – cercle – passion – chemin – vampire – jour – cathédrale – lassitude – liane - lucarne.

 


Étinc’Elle

 

 

 

 

Source: Externe

Son mois de vacances se traîne en longueur et la lassitude la gagne chaque jour davantage. Même la liane de l’ipomée qu’elle a semée un jour d’avril dernier ne la transporte plus dans la métaphore d’une Amazonie endogène. La phrase d’André Gide, [venus des forêts, les vampires aux larges ailes, rôdant près des pêcheurs endormis, à leurs pieds nus, à leurs lèvres, suçaient la vie et les accablaient de sommeil au palpitement silencieux de leurs ailes], qui, d’ordinaire, l’entraîne loin, loin, loin, la maintient dans une venelle dans laquelle il lui semble s’embourber. La généreuse ipomée est devenue un turbith purgatif qui l’a conduite à son insu du sud de l’Amérique ensoleillée aux confins d’une bruineuse Asie.

Elle tente de secouer sa mémoire pour retrouver les embrasements qui l’animaient il y a quelques semaines encore. Ses années universitaires, par exemple. Les trois disciplines qui lui ont été imposées et dans lesquelles, contre toute attente, elle s’était engouffrée avec passion : la scolastique, la canonique et la mystique.

Elle sourit en pensant au cercle de ses amis conjecturant sur l’indicible douleur dans laquelle ils la croyaient plongée. Elle sourit. Puis éclate franchement de rire. Certes elle n’était pas un ange lorsqu’elle était jeune ! Et lorsqu’elle avait entrepris ces études avec ce qu’elles avaient de dogmatique, de figé mais aussi d’abstrait, tout le monde était resté bouche-bée. Beaucoup la plaisantaient et l’imaginaient en icône pieusement accrochée au mur d’une cathédrale. C’est ainsi, leur répondait-elle, qu’on accède à l’immortalité !

Au bout de quelques secondes d’intense et libérateur fou-rire, elle replonge dans ses pensées. Nombre de ses anciens amis ont emprunté le chemin de l’oubli ; d’autres s’en sont allés au pays du repos éternel. Elle est là, elle. Vaillante et vigoureuse à contempler [par une lucarne de son cœur restée ouverte]* son ipomée qui soudain l’enchante à nouveau. Elle sourit. Au soleil d’Amérique du Sud.

Soudain son téléphone bourdonne. C’est sa fille qui l’appelle. De là-bas, où elle étudie la botanique. Là-bas, au Sri Lanka.

-      Maman ! je viens d’ausculter un turbith. Je suis sûre que tu ne sais pas ce que c’est !

-      Je l’ai su, ma chérie. Mais je l’ai oublié. Dis-moi !

 

Source: Externe

Elle rit. À gorge déployée. Elle est si bien !

Littér'auteurs - 02/08/2014

* Gustave Flaubert

 

"Les plumes d'Asphodèle", c'est ici.

LES PLUMES

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19 juillet 2014

LES PLUMES DU SILENCE CHEZ ASPHODÈLE

le loup et l'agneau

Parmi les mots récoltés par Asphodèle, celui qui a immédiatement attiré mon attention - allez savoir pourquoi - c'est "agneau". Et la fable de Jean de La Fontaine m'a immédiatement trotté dans la tête. Alors, pourquoi pas remonter aux sources ? J'ai pris plaisir à pasticher les deux fables originales en y insérant les mots de la collecte : 

essentiel – réserve – regard – musique – félicité – observer – minute – nuit – agneau- son – muet – apaiser – méditation – angoissant – justesse – jacaranda - jouer

Et voici ce que ça donne : 

 

LE LOUP ET L’AGNEAU – Un pastiche de la fable d’Ésope

 

Un loup, observant un agneau qui buvait avec félicité à une rivière bordée de jacarandas, voulut alléguer un prétexte spécieux pour le dévorer. C’est pourquoi, bien qu’il fût lui-même en amont, il l’accusa de troubler sa réserve d’eau, de l’empêcher de la boire et d’en entendre la musique. L’agneau, cherchant à l’apaiser et croyant qu’il jouait, répondit qu’il ne buvait que du bout des lèvres, et que d’ailleurs, étant à l’aval, il ne pouvait troubler l’eau à l’amont. Le loup, ayant manqué son effet angoissant, reprit : « Une minute, jeune effronté, l’an passé, une nuit, tu as insulté mon père. — Je n’étais pas même né à cette époque, » répondit l’agneau. Alors, sans un regard, le loup reprit : « Quelle que soit ta facilité à te justifier, je ne t’en mangerai pas moins. » Le petit animal en devint muet d’effroi et aucun son ne put lui échapper lorsque le loup l’emporta.
Cette méditation pleine de justesse montre qu’auprès des gens décidés à faire le mal la plus essentielle défense reste sans effet.

LE LOUP ET L’AGNEAU – La fable d’Ésope

Un loup, voyant un agneau qui buvait à une rivière, voulut alléguer un prétexte spécieux pour le dévorer. C’est pourquoi, bien qu’il fût lui-même en amont, il l’accusa de troubler l’eau et de l’empêcher de boire. L’agneau répondit qu’il ne buvait que du bout des lèvres, et que d’ailleurs, étant à l’aval, il ne pouvait troubler l’eau à l’amont. Le loup, ayant manqué son effet, reprit : « Mais l’an passé tu as insulté mon père. — Je n’étais pas même né à cette époque, » répondit l’agneau. Alors le loup reprit : « Quelle que soit ta facilité à te justifier, je ne t’en mangerai pas moins. »

Cette fable montre qu’auprès des gens décidés à faire le mal la plus juste défense reste sans effet.

 

LE LOUP ET L’AGNEAU – Un pastiche de la fable de Phèdre

 

Un loup et un agneau étaient venus au même ruisseau, pour apaiser leur soif sous les jacarandas. Le loup se tenait en amont et l'agneau plus loin en aval. Alors excité par son gosier avide, le brigand invoqua un sujet de dispute. « Pourquoi, lui dit-il, le regard enflammé, as-tu troublé mon eau en la buvant ? » Le mouton sortit de sa réserve et observa avec justesse : « Comment puis-je, loup, je te prie, faire ce dont tu te plains, puisque le liquide descend de toi à mes gorgées, pour m’emplir de félicité ? »  L'autre se sentit atteint par la force de la vérité : « Ne joue pas avec mes nerfs. Tu as médit de moi, dit-il, il y a plus de six mois. — Mais je n'étais pas né, répondit l'agneau. — Attends une minute, par Hercule ! Ton père alors a médit de moi, fait-il. Es-tu devenu muet ? Plus un son ne sort de ta bouche ! ». Puis, la nuit venant, il le saisit, le déchire, et lui inflige une mort injuste.
Cette fable essentielle a été écrite à l'intention de ces hommes angoissants qui oppriment les innocents pour des raisons inventées. Puisse un jour un amphion la mettre en musique pour qu’elle devienne méditation.

 

LE LOUP ET L’AGNEAU – La fable de Phèdre 

Un loup et un agneau étaient venus au même ruisseau, poussés par la soif. Le loup se tenait en amont et l'agneau plus loin en aval. Alors excité par son gosier avide, le brigand invoqua un sujet de dispute. « Pourquoi, lui dit-il, as-tu troublé mon eau en la buvant ? » Le mouton répondit avec crainte : « Comment puis-je, loup, je te prie, faire ce dont tu te plains, puisque le liquide descend de toi à mes gorgées ? »  L'autre se sentit atteint par la force de la vérité : « Tu as médit de moi, dit-il, il y a plus de six mois. — Mais je n'étais pas né, répondit l'agneau. — Par Hercule ! ton père alors a médit de moi, fait-il. » Puis, il le saisit, le déchire, et lui inflige une mort injuste.
Cette fable a été écrite à l'intention de ces hommes qui oppriment les innocents pour des raisons inventées.

 

LES PLUMES

Chez Asphodèle (ici) , son texte, et les liens vers ceux des participants : ValentyneDame MauveJacou33MarlaguetteSoène,Modrone-Eeguab , Mind The Gap,. SharonNunziJanick, CériatAlphonsineMartine27Célestine.  Pierrot BâtonMomo. LilouSoleil.

 

05 juillet 2014

LES PLUMES D'ASPHODÈLE : Impossibles retrouvailles

Reviens ! Veux-tu !

« Ma chérie,

Depuis que tu as laissé ceux qui t’aiment dans le désespoir en partant sans un adieu, nous vivons sans joie. Reviens, veux-tu !

Je t’embrasse.

Maman »

Elle ne s’attendait pas à cela, en ouvrant l’enveloppe anonyme qui avait été glissée sous la porte de son appartement. Comment sa mère avait-elle pu retrouver son adresse ? Qui avait été chargé de cette missive ?

Elle reste là, les yeux dans le vague, quand, absurde et dérisoire, une romance, chantée par Tino Rossi dans les années 1900, la submerge : « Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Son grand-père. Elle, petite fille gonflée d’amour. Lorsqu’il entonnait ce refrain avec allégresse, elle sentait des larmes d’inquiétude monter inexorablement. Comme si l’irréparable allait se produire. Elle ne comprenait pas pourquoi cette émotion l’envahissait. Son grand-père non plus. Tout allait bien pourtant ! Les ripailles mettaient en joie la famille réunie pour ces fêtes…


« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».
Comme si la lettre, inopportune, de sa mère lui prescrivait de faire un bilan. Elle a froid, soudain. Son grand-père n’est plus. La petite fille a grandi. Grandi dans une révolte qu’elle a vécue intensément, dans une volonté impitoyable de balayer tout ce qui la rendait heureuse.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».
Cet ami avec lequel elle avait découvert sa féminité, qu’elle avait laissé sur le quai d’une gare, sans un regard en arrière : leur séparation avait été si facile ! Elle avait tourné le dos. Simplement. Sans qu’un mot ne soit échangé.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Non. Ne revoir personne. Sa vie n’a pas de sens.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Au goulot, elle ingurgite le contenu de la bouteille. Dans sa bouche, le cocktail létal…

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Elle brise sa vie.



Martine Littér'auteurs - 2014.07.02



LES PLUMES

Les "Plumes" chez Asphodèle, c'est, bimensuellement, écrire. Un plaisir que donner sens aux mots. Cette fois, il s'agissait de : 

ripaille – revoir – s’embrasser – froid – larmes – famille – fête – allégresse – bilan – amour – quai – adieu – joie – ami – séparation – inquiétude – irréparable – intensément 

 

Posté par C Martine à 06:00 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
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