07 juillet 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Anne Bihan

enfant travail

 

Premier dimanche de vacances pour beaucoup d'enfants. Mais je dédie ce poème à tous les enfants qui ne peuvent pas se dire "en vacances", parce qu'ils n'ont pas accès à l'éducation, à l'enseignement,  à l'école.

Enfances pas

Enfances pas
facile pour un printemps
trop d'évidences.

Commence à l'envers !           Automne.
Tic-tac, tic-tac, le réveil seul effraie la ténèbre où terreur que tout
soit murs,
anges, cailloux, frère corps d'oiseau, sous la terre boîte à chaussures.
Vers la boule du pied de lit premier geste du matin
casquette.
Retour des fenêtres.
Ah, vous dirais-je grand-père la figure de mes tourments ?

Cric-crac, pluie drue contre ardoises dans la baraque, ciel gronde
et roule, vitesse-lumière fracas mur du son
noir.
Monte et danse la flamme d'huile, balançoire des murs.
Au creux du miroir de l'évier piqué un visage fait
sécession          moi/je ? Hiver je te plumerai
et les yeux et la langue.

Endimanchées ding ding dong les hirondelles, du grenier vu !
La fenêtre est dans le toit ; empreinte du front contre, dehors,
la clarté. Descends jouer ! Attends, un navire glisse sur les prés,
la Loire hors
de son lit tan-tandis vous m'en direz tat que le muguet
musarde et papa aime maman. Dis-donc veux-tu
sept fois bien entre tes dents          V'là l'printemps gnan gnan !
chantourner ta langue ?

Am stram tout chaud les escargots s'enjambent où         l'été.
Mouche verte au bout d'un fil, deux grenouilles sur une échelle,
soudain la pluie ! Sept chatons sous une pelle, petite fille àla
margelle du puits.
Grand-mère, grand-mère des ritournelles d'un coup dépiaute
les lapins, trou dans la tête du malicoin. Sur l'pont de Nantes
didi cècikikicè          noyés ?

Fin de la ronde des saisons, le miroir tend l'autre visage,
les eaux font le reste. Dernier bouquet,
dahlias glaïeuls et gypsophiles, papier journal
et vieilles mains.          Partir là où
hisse et ho flamboyants frangipaniers hibiscus
bougainvillées. Mais la nuit emmure toujours, loup es-tu ?
Ah qu'elle est jolie la petite chèvre....

Cette enfance encore oh !
pourvu qu'elle tienne jusqu'à
la morsure de l'aube.

Anne Bihan, poème inédit in Enfances, Regards de poètes, Éditions Bruno Doucey

 

POÉTISONS


Le jeu

Et vous ? Quels poètes vous inspirent l'enfance ? Poétisons ensemble...

La règle du jeu est ici.

Plus nous serons nombreux à faire parler la poésie, plus elle restera vive, créatrice et porteuse de beauté et de vérité..

Dimanche dernier, Laurence a poétisé avec moi.

À vous les mots !

 

Posté par C Martine à 06:00 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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16 juin 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Anne Bihan

Au marché de la poésie, j'ai fait de belles rencontres. Celle d'Anne Bihan, notamment. Je tournais et retournais devant le stand des Éditions Doucey, aux tentations plurielles, je prenais un livre, le feuilletais, le reposais, m'absorbais dans un autre recueil, revenais au premier... et voyais croître ma pile d'achats. Un ouvrage à la couverture bleu océan appelais mon regard et attirais mes mains. Je me suis finalement décidée à l'ajouter à l'amoncellement, quand j'ai entendu un "oh merci" qui m'a fait lever les yeux sur une très discrète dame : Anne Bihan ! 

Poète et dramaturge, Anne Bihan vit en Nouvelle-Calédonie après une enfance passée en Bretagne, entre fleuve et océan, Loire et Atlantique dont elle arpente les îles : Arz, Hoëdic, Houat, plus tard Bréhat… Puis ce sera Saint-Nazaire, ville portègne et ouvrière, et Douarnenez – Douar-an-Enez, la terre de l’île –. Avant Houaïlou, sur la côte Est de la Nouvelle-Calédonie, et Nouméa où elle réside aujourd’hui. Et quand elle parle de ses deux attaches, la Bretagne et la Nouvelle-Calédonie, l'émotion est manifeste. Anne Bihan, c'est de la douceur, de l'humilité, de la délicatesse.Je la remercie pour la belle dédicace qu'elle m'a offerte.

Douarnenez Eugène Boudin

Eugène Boudin - Douarnenez, la baie vue de l'île de Tristan - 1897

 

Deux ciels s'épousent à la césure des mers

de l'un je reconnais la langue goémonière
de l'autre les voix ouvertes à qui suit ses chemins

de l'un les pierres debout les nuits de grande lune
de l'autre les vallées qui puisent dans la chaîne

de l'un ce fleuve cette île le vent fort ce matin
la pâque du clocher qui sonna pour les miens
le père parti trop tôt la mère dans la violence
d'un novembre d'orage
le chant d'un coquelicot tremblant sur son corsage

de l'autre ce Noël flamboyant de soleil
d'amour de joie têtue d'étreintes enfantines
cette petite fille surgie sous ses ombrages
riant sous le manguier
où ses frères jouent à vivre dans d'autres paysages

il est des monnaies-plumes
des monnaies-coquillages
papillons notos et passereaux
dents poils de roussette et sapi-sapi
cauris couteaux fibres de cocos

deux pays s'étreignent là où je m'assemble
ce cahier est sans retour.

Anne Bihan - Extrait de ' Ton ventre est l'océan ' - Éditions Bruno Doucey - 2011

Anne Bihan

 

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