23 décembre 2014

PETITS OISEAUX - Yôko Ogawa

PETITS OISEAUX

Petits oiseaux
Yôko Ogawa
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 03 septembre 2014
228 pages

 

 

Drôles d’oiseaux que ces deux frères inséparables. Drôle de cage que cette bulle dans laquelle ils vivent. Drôles de pépiements que le « pawpaw » dont ils usent pour communiquer entre eux.

Yôko Ogawa aborde dans ce roman, paru en rentrée littéraire de l’automne 2014, la fraternité et la différence. La vie et la mort, l’amour et l’amitié, la peur et la sérénité, les voyages immobiles, traversent l’existence de ces enfants devenus hommes, puis vieillards, dans un microcosme tiré au cordeau pour qu’aucun imprévu ne vienne perturber l’aîné des deux, réfugié dans un monde que seul son cadet semble comprendre et accepter dans sa complexité primitive.

Un monde de rituels, simples, quelque peu superstitieux et psychotiques. Un monde doux peuplé de gazouillis d’oiseaux, de regards complices, d’enfants, de friandises, de sons, de souvenirs effrangés.

Un monde qui cristallise en quelques pages celui que nous habitons, sans que nous en prenions conscience. Tout est là, condensé dans un récit poétique et subtil qu’il faut écouter en même temps que lire.

Un beau roman de cette auteure japonaise, qui m’a parlé de la fugacité du temps et de la permanence de la vie.

 

« Il avait ramassé les cristaux de mots qui s’étaient échappés du gazouillis des oiseaux »

« Les gens qui lisent des livres ne posent pas des questions superflues, ils sont paisibles »

« Il comprend la différence entre une oreille essayant d’entendre quelque chose d’important et une oreille ordinaire qui ne s’en soucie pas »

 

PM

C’est grâce à l’opération « Les Matchs de la Rentrée Littéraires 2014 », organisée par PriceMinister qu’il m’a été donné la chance de découvrir l’écriture de Yôko Ogawa. Sa bibliographie, dense, me fait de l’œil. Fort probable que « Le petit joueur d’échecs », paru en 2013, va venir rejoindre ces Petits Oiseaux qui m’ont été offerts. 

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22 septembre 2014

LA PORTE DES ENFERS - Laurent Gaudé

LA PORTE DES ENFERS - Laurent Gaudé

La porte des enfers
Laurent Gaudé
Acte Sud (Babel) - 29 mai 2010
Poche, 266 pages

 

Ainsi le Paradis n’existerait pas pour nos défunts, même les plus vertueux ? Ainsi, tous, emmenant avec eux une partie de nous, seraient inéluctablement condamnés à affronter de terribles épreuves souterraines, avant que l’oubli terrestre ne les engloutisse dans la mort ultime ?

C’est la thèse que Laurent Gaudé défend dans ce somptueux roman. Et cette thèse m’a conduite dans une réflexion profonde et intime sur le rapport que nous pouvons avoir avec la perte et le deuil.

Naples. La mort violente d’un enfant de six ans, tué d’une balle perdue au cours d’un règlement de compte mafieux, fait basculer la vie de ses parents. Un tel sujet aurait pu faire verser le texte dans un mélo poisseux et larmoyant, où il aurait pu être question de vengeance, d’incommensurable affliction, de prostration hébétée. Ces thématiques, omniprésentes, Laurent Gaudé les prend à contre-pied et leur donne une amplitude symbolique « Extra-Ordinaire ». Hors du rationnel, et pourtant si proche des bouleversements qu’impose un tel déchirement.

S’inspirant du mythe d’Orphée, le romancier emmène le père jusqu’au lieu où erre l’ombre de son enfant. Dans « les enfers », et non dans « l’enfer » embrasé de notre traditionnelle théosophie. Dans un lieu où les ombres des morts, avant leur évanouissement suprême, vaguent de salles en salles, implorant que le souvenir des vivants les maintiennent hors de la dissolution absolue.

Une thèse sur la perte et le deuil ; une thèse sur la mémoration, aussi.

Les personnages de ce roman sont un compendium de l’existence : un père, une mère, un enfant, un prêtre réprouvé par les Hautes Autorités Ecclésiastiques, un « professore » homosexuel à la limite de la pédophilie, un travesti extravagant et empathique, un tenancier de bar un peu sorcier…

Une seule femme, la mère. Synthèse du don de la vie et de la faculté d’oubli. Son rôle m’a quelque peu étonnée, d’ailleurs. Lorsqu’elle décide – choisit – d’oublier. D’oublier son enfant, d’oublier sa propre vie, de s’oublier. Surprise que Laurent Gaudé ne lui ai pas attribué le statut de gardienne de la mémoire de son fils. Après avoir exigé de son mari qu’il venge la mort de leur enfant ou qu’il le lui ramène, après avoir constaté qu’il ne peut accéder à sa demande, après avoir lancé sa malédiction, elle partira sur le chemin de l’oubli, du déni, du reniement et de la renonciation.

Le rôle des hommes de ce roman est prééminent : au fil du roman, ils s’élèvent en puissance au-dessus de ce et ceux qui les entourent. Le père, personnage central, porte le souvenir de son enfant dans la culpabilité : il a besoin de rédemption, il a besoin de participer au salut des mânes de son fils par l’expiation. Ses compagnons de quête, des silhouettes de l’ombre : le succédané d’une société anonyme, clandestine, androgyne.

Jamais je n’aurais lu ce fantastique ouvrage si Isabelle (son blog est ici) ne me l’avait offert pour mon anniversaire. Ni le titre, ni le thème, ni la couverture ne m’auraient engagée ne serait-ce qu’à le feuilleter. Je la remercie d’avoir forcé ma porte, de m’avoir emmenée sur les rives du Styx, et de m’avoir permis d’en revenir, fortifiée.

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