26 janvier 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : John Montague (2 poèmes)

john montague 2

TRACES

 

La vaste chambre,
salle aérienne,
nos corps liés
qui reposent.

Quand je me retourne pour poser
mes lèvres sur tes longs cheveux
noirs et sur tes petits seins,
la chaleur monte de
ton odorante peau qui s'embrase,
tes yeux s'agrandissent quand
plus profondément, avec plus d'assurance
et à maintes reprises, je pénètre en cherchant
à prendre possession
du lieu où ton être
se cache dans ta chair.

Derrière nos paupières
un paysage s'ouvre,
un horizon violet
que des pélerins traversent avec peine,
un ciel de couleurs
qui changent, font éclater
des étoiles en éventail,
l'éclair mental du sexe
illuminant les parois du crâne ;
un dôme de plaisir qui flotte.

Tu vas me manquer,
grince le miroir
dans lequel la scène
disparaît bientôt :
la vaste chambre,
salle aérienne, où les
traces de nos corps
s'effacent, cependant
que des femmes de chambre poussent
en gloussant un chariot de linge
frais tout le long du couloir.

 

LES ADIEUX DE DON JUAN

john montague 1

 

Dames auprès de qui j'ai reposé
          dans des chambres à la lumière tamisée
doux frisson de la chair
          derrière les stores ombreux
longues barres de lumière
          en travers de seins chavirés
monticules chauds de
         suave douceur palpitante
jeune chair embaumant
          les roses que l'on froisse
la tendre anxiété
          de la femme entre deux âges
chandelle dont la lueur errante
          cache des veines bleues
épuisement ô combien éloquent
          à regarder décroître la lumière
quand votre partenaire engourdie
          dérive vers les
chaudes rives du sommeil
          et que vous vous réveillez lentement
pour affronter de nouveau
          l'illusion séduisante
de chercher à travers
          le corps docile d'une autre
quelque chose qui manque
          à votre moi isolé
tandis que la nuit profonde
          pareille à un cygne noir
passe en lissant ses plumes.

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13 septembre 2013

LE TRAIN DE 5 H 50, Gabrielle Ciam

Le train de 5

Au petit matin, sur le quai d'une gare francilienne, une femme attend le train qui va l'emmener à Paris. Elle a ses habitudes, auprès des employés, dans le wagon, à la même place. toujours. Elle y poursuit doucement sa nuit, comme la plupart des voyageurs, d'ailleurs.

Un matin, agacée, elle découvre qu'un homme s'est installé sur le siège d'en face. Qui est-il, cet intrus, qui a osé effracter(*) son espace,  sa bulle ? Il somnole. Non. Il semble somnoler. 

À travers les yeux mi-clos de la femme et de l'homme, les regards se croisent, s'enlacent, s'étreignent, se jaugent, se soupèsent. Et le désir naît, en eux, entre eux, sans qu'un seul mot soit échangé. Discrets frôlements de jambes d'abord, puis pressions plus prononcées.

Ce roman, c'est l'histoire d'un libertinage, de la lente et inexorable montée d'un éros entre deux inconnus qu'aucun ne cherche à contenir. De matins en matins, les rendez-vous entre les deux voyageurs précisent l'attrait sensuel qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Sans échange verbal. Ce roman, c'est un délicat et subtil texte érotique, pas totalement allusif, et assez suggestif pour que l'imaginaire du lecteur entre dans le jeu pygocole. "Ne rien savoir, pas même son prénom, lui plaît. Elle l'observe en silence, et son regard débarrassé de toutes ces choses qu'elle ne sait pas, prend de lui l'essentiel. Elle le tient tout entier dans ses yeux, et jamais elle ne s'est sentie aussi proche d'un homme. Rien ne les attache et, pourtant, voilà que remontent ce trouble, cette envie de lui qui parlent si bien à son ventre".

Mais "le temps des confidences vient toujours après celui des gestes tendres". Et c'est là que s'installe mon propre regret. Pourquoi ces deux-là éprouvent-ils le besoin de se parler, de se présenter l'un à l'autre, de se dire ? Le réaliste prosaïque prend la place de l' éro[man]tique merveilleux. 

Le trait final de ce roman a transformé cette sensuelle rencontre en banale histoire d'amour. Déçue par la chute.

 

(*) dictionnaire latin EFFRINGO

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