20 décembre 2014

Noël, pour les PLUMES D'ASPHODÈLE

Je ne sais plus si l’emballage de cette papillote était orange ou verdâtre. La friandise ne m’avait pas emballé, c’est le mot. Boutade un peu douteuse, certes, mais la plus appropriée à la situation, c’est sûr. Je ne sais plus à quelle invitation j’avais répondu. En tout cas, il m’avait fallu bien du courage, ce soir-là, pour sortir de la torpeur de mes trois cent soixante-quatre nuits d’insomnie. Je ne sais plus dans quel quartier je suis allé traîner ma fatigue.

 

Certains se réjouiraient de n’avoir à travailler qu’une nuit par an ; mais que savent-ils de ma crainte que le chauffage n’ait pas été éteint dans la cheminée dans laquelle j’allais m’engouffrer ? Qu’un cannibale, gueule grande ouverte, ne m’attende à l’arrivée ? Qu’une castillane en mantille et caraco ne m’accueille avec son ustensile à inhalation parce qu’elle prétend que je ronfle trop fort ? Qu’une fuite incompressible ne vide les conduits des radiateurs ? Savent-ils seulement, ceux qui m’envient pour mes trois cent soixante-quatre jours de RTT annuels, que le progrès me contraint à me faufiler dans les tuyauteries des maisons pour parvenir à remplir cette mission inéluctable qui m’est assignée chaque année ? J’ai même dû suivre une formation complémentaire pour apprendre à m’adapter aux nouvelles technologies. Et quand je m’en suis tiré à l’examen final, vous pouvez croire que ma réussite m’a fait crier victoire !

 

Mais je digresse, là ! J’extravague.

 

À la réflexion, je ne sais plus non plus si les illuminations dans le ciel provenaient des étoiles ou des flocons qui tombaient dru, cette nuit-là.

 

Bébé père noël

Parce que la veille de cette nuit-là, pour moi fut un émerveillement : une journée d’attente à la maternité pour assister à la naissance de mon enfant. Quel apaisement après toutes ses années de désir et d’espérance ! La quintessence du bonheur !

 

Alors vous comprendrez sans peine que la démesure des agapes, que les balthazars pétillants, que les étrennes que les humains ont échangées cette nuit-là, que la couleur des sucreries qui m’attendaient près des sapins n’avaient guère d’importance pour moi !

 

Je suis devenu PÈRE !

 


Et voici ma participation aux "Plumes d'Asphodèle", dernière édition 2014. Elle avait organisé une double collecte et de son chapeau sont sorties deux listes, que nous avions le droit de mêler, démêler... J'ai pris tout le package :

ASPHODELE

Insomnie, torpeur, flocon, inéluctable, agapes, fuite, cheminée, démesure, verdâtre, orange, mantille, victoire, illumination, attente, invitation, emballer,  courage, chauffage, réussite, enfant, parole, quartier, quintessence, quelconque, fatigue, ronfler, étoile, cannibale, balthazar, réflexion, emballage, crainte, papillote, caraco, se réjouir, émerveillement, désir, étrennes, apaisement, inhalation, examen, maternité, mot.

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03 septembre 2014

Démenti’Elle

Je viens de [re]faire connaissance avec les Impromptus littéraires. Cette semaine il faut rédiger un texte comprenant les mots ou locutions suivants: rosier nain, pédicure, insomniaque et pipe à opium.

Littér'auteurs - 03/09/2014


PIPE A OPIUM

Elle se languit sur ce banc. Que diable a-t-elle accepté un poste de nurse dans cette famille qui se prétend so british ! Elle les observe tous les quatre, ces mioches enchifrenés qu’aucun mouchoir en papier ne parvient à débarbouiller. Si encore ils s’exprimaient en anglais correct ! Elle aurait pu revendiquer ce job d’été auprès de Madame Bacon, en septembre, quand elle s’échinerait sur une traduction hasardeuse. « Ce n’est pas de ma faute, aurait-elle expliqué, si ces quatre marmots sont béotiens dans leur propre idiome. Ce n’est pas dans la noble langue qu’ils s’expriment, mais dans un dialecte ponctué de strates d’onomatopées ».

À leur décharge, il faut avouer que leurs origines sont pour le moins plébéiennes ; que leur père utilise davantage la pipe à opium – « opium pipe », ça, ils savent le dire – que le stylo Parker* (qui n’est certes pas anglais) ; que leur pédicure de mère a découvert sa passion pour les pieds dans une fumerie Thaïlandaise. Les pieds – foot – pas ceux que l’on compte sur les doigts (de la main) pour rédiger un poème. C’est d’ailleurs là et ainsi qu’elle a rencontré l’homme de sa vie : ses pieds d’abord. Certes, on peut ne pas être une famille d’intellectuels et s’octroyer pourtant les services d’une jeune fille au pair, même quand on habite Belleville, dans le vingtième.

Elle se languit sur ce banc, à guetter les faits et gestes des quatre bambins embroussaillés de la famille Rosebush. Elle sent l’exaspération monter en elle. Morveux, hirsutes, incultes. Que diable a-t-elle accepté un poste de nurse dans cette famille qui se prétend so british !

Son regard erre dans le parc. Se dépose sur un rosier nain calamiteux plus nanti d’épines acérées que de fragrantes fleurs. Les quatre gosses criaillent et se trémoussent. Son regard va des uns à l’autre. Son exaspération se transforme progressivement en éréthisme. Nerveux, comme le décrit Marcel Proust. Les épines de l’églantier s’allongent, se gonflent. Se transforment en dents d’un peigne géant qu’elle s’égare à passer avec volupté dans les tignasses emmêlées, ignorant les cris de douleur de leurs propriétaires. Alors ses gestes se font plus bourrus encore, plus secs : avec les feuilles de la maladive plantule, elle démorve les frimousses qui s’empourprent sous la rugosité abrasive du feuillage.

Elle se languit sur ce banc. Que diable a-t-elle accepté un poste de nurse dans cette famille qui se prétend so british ! Soudain, elle sent sur son bras une caressante pression. Puis une autre sur la jambe. Et une nouvelle sur son épaule. Et une dernière sur sa joue. Elle tressaille. Quatre gracieux diablotins la contemplent en souriant. « Mademoiselle, lui disent-ils, dans un français parfait, mademoiselle vous vous êtes assoupie ! Nous avons veillé sur vous pour que personne ne viennent vous incommoder. » Elle revient à la réalité. Elle émerge de son rêve d’insomniaque.

D’agrypnie, comme le décrit Marcel Proust.

Posté par C Martine à 16:58 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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