02 septembre 2013

CONTRE LES BÊTES, Jacques Rebotier

Jacques Rebotier peut être défini comme un créateur inclassable de par ses multiples activités : écrivain, poète, compositeur, comédien, metteur en scène. Son style est caractérisé par une constante proximité des marges et un malin plaisir à transgresser les codes.

2013

J'ai rencontré Jacques Rebotier, samedi dernier. Sur la place d'un village du Nord-Isère, il disait, il lisait, il jouait devant un auditoire clairsemé, mais attentif et subjugué. Entre les mains, il tenait un opuscule 13 x 15, de 56 pages, édité par "La ville brûle", qui reprend, dans sa page d'accueil, un extrait d'Électre de Jean Giraudoux : "Comment cela s'appelle-t-il quand le jour se lève comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l'air pourtant se respire, et que tout est perdu, que la ville brûle, que les innocents s'entretuent, mais que les coupables agonisent dans un coin du jour qui se lève ? [...] Cela s'appelle l'aurore". (1937)

Contre les bêtes _ Jacques Rebotier

Et ce que Jacques Rebotier dit-lit-joue s'est installé en moi comme une évidence. Cet homme est contre les bêtes, contre, tout contre, tout à fait pour, si près, vraiment si près... Mais pas d'angélisme, pas de gnan-gnan écolo-machin-chose, pas de retour en Ardèche avec les chèvres, les hérissons, les moutons et les moutonnes.

"Brebis, je suis votre acteur, je suis votre pasteur.
Je protégerai les vaches et les moutons des germes du loup, du bacille du furet, de la terreur terroriste, des Tazuniens, du renard-et-la-belette, des Germains !
Pour vous nous édifions un rempart de barbelés, au service du tout santé, du tout sécurité, et contre dent amère du loup. Hou !
On vous parque dans des parcs, mais c'est pour vous préserver. Les champs étaient trop grands... Les camps, même d'extermination, vous sauveront de l'extermination. Oui, vous pouvez nous remercier de vous sauver de votre liberté."

Jacques Rebotier dépeint l'Omme, sans sa (son) "H"ache. 

"Jeu.
Il existait, en 2000 et ses dernières poussières, un million d'hespèces menacées et une hespèce menaçante. Sauriez-vous la retrouver ?"

Le jeu que propose Jacques Rebotier, au fil de ce court texte (il lui a fallu une heure pour le déclamer), est le jeu du massacre, des massacres. Mais de quelles bêtes parle-t-il donc ainsi ? Oui; Ça fait réfléchir. Ça donne à penser. "C'est notre istoire, c'est l'istoire, c'est la belle votre istoire de civilisation."

Et c'est vraiment abile, cette manière dont il s'y prend pour nous ouvrir les yeux et le coeur et la tête, halouette. Pas de quoi s'ouvrir les veines, certes, mais une certaine façon de raconter l'umanité et les orreurs qu'elle génère. Et c'est vraiment écrit avec un umour complètement décapant.Un vrai réquisitoire rageur, poétique et... rieur.

Dans mon ent(h)ousiasme, j'ai emporté aussi avec moi l'un de ses recueils de poésie "Le dos de la langue" paru chez Gallimard - L'arbalète. À suivre, donc, pour l'un des prochains boudoirs....


Sur ce site, tenu par une chercheuse canadienne, Catherine Courtois, on peut lire des extraits des textes économiques et politiques de Jacques Rebotier