27 juin 2013

FAITES-LE, Marek Halter

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Le regard de Marek Halter sur l'Histoire mondiale et son rôle d'intellectuel dans cette Histoire. Le sous-titre de cet essai, "Une mémoire engagée", donne le ton dès les premières pages.

Le titre m'a fait penser au mouvement DIY, dont le but est de "produire sa propre individualité, avec d’autres et en dehors de toute aliénation". Ses origines puisent leurs sources dans l’histoire de l’humanité, s’inspirent des savoirs des populations dites primitives, ou dans les Kibboutz. 

Kibboutz... référence manifeste pour cet écrivain loquace, qui revendique sa judaïté comme une force.

Soudain nous avons croisé une patrouille allemande.
"Jude ? [Juif ?] "
...
Ma mère m'avait répété des centaines de fois : "si des soldats allemands nous arrêtent et te demandent si tu es juif, tu réponds que non."
Dans mon inconscient d'enfant, la reconnaissance de ma judaïté était évidente, essentielle. Bref je ne voyais pas plus grand danger pour moi que de n'être rien. J'ai superbement ignoré la menace mortelle que portait la question du soldat. J'ai répondu :
"Juif ? Oui, bien sûr, oui !"
Les nazis éclatèrent de rire.
"Laissez-le passer, dit le plus gradé d'entre eux, l'enfant blague ! Un Juif n'aurait jamais reconnu qu'il était juif." (pages 14 & 15)

De cette force, l'auteur va tirer un enseignement qui va guider toutes ses actions.

"Si je ne suis pas pour moi, qui pourrait bien l'être ?" À moi d'agir pour ma propre cause, le premier, si je veux de l'aide. [...] Si je sais lutter pour moi-même, je saurai le faire pour les autres, à l'inverse des belles âmes qui prétendent commencer par les autres, cherchent la solution universelle, ne la trouvent pas et s'indignent pour tromper leur impuissance. Lorsqu'ils l'inventent, stalinisme ou marxisme, c'est encore pire. (page 15)

Son texte ne se veut ni roman, ni autobiographie, ni essai philosophique.

Curieusement, c'est Alexandre Dumas, Les Trois Mosquetaires et leur célèbre "Un pour tous, tous pour un", qu'il raconte à ses compères d'enfance, petits chenapans voleurs ouzbeks, pour qu'en retour ils lui procurent de la nourriture, qui marquent la suite de son existence. C'est aussi dela violence de ces petits voyous qui n'hésitaient pas à s'affronter physiquement au moindre différend qu'il comprend que la violence commence là où s'arrête la parole (page 21)

Et c'est justement du pouvoir (et des limites) de la parole qu'il est question dans ce livre. Inlassablement Marek Halter la met en oeuvre, la porte. Il va rencontrer les plus grands de ce monde : Golda Meir, Shimon Peres, Yasser Arafat, Anouar el-Sadate, Marguerite Duras, Jean-Paul II, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Vladimir Poutine ; lutter sur tous les fronts pour un monde plus juste : Israël, Palestine, Russie, Argentine, Afghanistan...

La parole n'a pas de lieu précis ni de nationalité. Elle est ou elle n'est pas. Elle porte ou ne porte pas. (page 36)

 L'express titrait, hier : "Un livre frais et enrichissant pour l'homme vers l'homme". "Une incitation à l'action", déclare le Crif.

Oui, Marek Halter n'est pas un homme de rêve, il est d'action. Il vient de demander une audience au nouveau pape François, pour une délégation d'imams de France. Il est inlassabe, Marek !

Posté par C Martine à 09:19 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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