28 septembre 2014

LES ENFANTS DE LA DOUCEUR IMMOBILE - Danielle Berthier & Jean-Marie Berthier

LES ENFANTS DE LA DOUCEUR IMMOBILE

Je pleure pour eux

 

Mon enfant, pourquoi pleures-tu ?
Je pleure pour eux.

Mon enfant, pourquoi pleures-tu ?
Je pleure pour eux, là-bas, seuls, sans moi, sans le
monde, le jour, la nuit, ainsi, toujours.

Mon enfant, pourquoi pleures-tu ?
Je pleure pour les ruisseaux, pour les fleuves, je
pleure pour toute l'eau de la mer, je pleure pour la
lune et pour le soleil qui ne peut pleurer.

Que jamais ne cessent mes pleurs, qu'ils couvrent
le monde, qu'ils tombent au profond des gouffres,
des abysses, sur les bêtes sans âge, sur les sables
balayés inlassablement, sur les fluides, sur le minéral
englouti.

Par les grands fonds qu'ils reposent, au sein des
formes premières.

Mon enfant, pourquoi pleures-tu ?
Je pleure pour la vie, pour la mort qui ne peut
pleurer.

Jean-Marie Berthier


« Les enfants de la douceur immobile m’apparaît comme un requiem dont les thèmes s’imposent et se répondent. Il y a d’abord la douleur, la douleur avant le mot ; et le temps n’apporte pas l’oubli mais une forme de transcendance. Ici nulle religion ne propose sa consolation ni ses illusions d’éternité. Les disparus sont en nous qui sommes au monde. Et dans ce monde nous percevons la trace vive de leur présence…

Ce qui m’émeut avant tout, à l’écoute de cette double voix qui parle de vie, de mort, de douleur en unité, c’est le triomphe final de la douceur sur la douleur. » Jean Joubert, préface (extraits)


J'ai rencontré Danielle Berthier et Jean-Marie au Marché de la Poésie à Paris (Place Saint Sulpice) cette année. Nous sommes restés ensemble quelques longs et beaux instants à partager la douceur de nos douleurs. Un rendez-vous spontané, authentique, qui a résonné en moi, qui a fait écho...

Ce poème, je le dédie à ceux qui vivent et meurent dans le temps sauvage que nous habitons en ce début du XXI° siècle. Je le dédie à Hervé Gourdel, James Foley et Steven Sotloff, et à tous ceux qui perdent leur vie seulement parce qu'ils sont juste ce qu'ils sont.

Je le dédie aussi à Pierre, et à Mireille, et à Jean-Philippe.