07 février 2014

UN TROU ÉNORME DANS LE CIEL, Jean-Pierre Luminet

UN TROU ÉNORME DANS LE CIEL - LUMINET

Un trou énorme dans le ciel (°)
Jean-Pierre Luminet
Poésie. Éditions Bruno Doucey,
Janvier 2014, 56 p.

 

 

 

 

 

 

Lorsqu’un parent, père, mère, voit son enfant partir, quoi de plus naturel ? C’est pour cela que les parents « naissent » : pour accompagner leurs enfants et les aider à grandir, à partir, à quitter les jupons maternels, à cesser de s’agripper à la jambe paternelle.

….

Lorsqu’un parent, père, mère, voit son enfant partir, quoi de plus terrifiant ? Amande Luminet a écrit avant son départ.

« J’étais petite, je suis tombée dans le néant et ma tête s’est fracassée au fond » (*)

Anéantir. Détruire. Atomiser. Désagréger. Pulvériser …. FRACASSER.

Amande est la fille de Jean-Pierre. Quand elle est partie, elle avait 29 ans. Amande est l’enfant d’un astrophysicien de renom, dont un astéroïde porte le nom (la 5523). Mais Amande, depuis 2011, ne plus porte plus le nom de son père qu’à titre posthume.

Jean-Pierre est le père d’Amande. Il travaille sur les trous noirs et la cosmologie. Une science qui étudie les lois de l’Univers, de son fonctionnement dans son ensemble. Mais Jean-Pierre, depuis 2011, porte l’absence d’Amande au cœur de son Univers de Père.

Mettre en mots la perte de son enfant. Lui donner sens en poésie. Explorer le chaos de l’absence. Exorciser l’effroi.

« Un trou énorme dans le ciel », c’est le trou noir que le père d’Amande ne pourra jamais sonder, ausculter. Le cœur de ce père est devenu le ciel dans lequel l’absence de sa fille a excavé une déchirure qu’aucun nouvel astéroïde ne pourra pacifier.

La perte et le deuil, la révolte et la nécessité de vivre. Un recueil de poèmes, intime.

Extraits

[…] donnez-moi le temps de récupérer
c’est fatigant d’essayer d’être
normal tout le temps
être malheureux c’est mieux qu’être idiot
tout le monde me déteste
en secret
je pourrais avoir tout ce que je veux
j’aimerais rester seul
simplement dormir
[…]

[…] c’est quoi le silence
une sorte de tristesse
ou de peur peut-être
tout le monde à peur
de dire ce qu’il ne faut pas
[…]

[…] comment vas-tu bien merci
je n’y vois plus
personne ne peut nous renseigner
tout le monde est seul
on ne s’occupe pas des morts
après le coucher du soleil
[…]

[…] les journées seront longues
et les nuits
[…]

[…] ma vie toute entière s’est effondrée
personne n’a fait pression
vous savez de quoi je parle
les idées noires passent
j’ai décidé de rester
[…]

[…] mais en voyant le verre cassé
j’ai eu la nette impression
qu’il valait mieux ne rien dire
comme si rien n’était arrivé
il est tard je dois rentrer
il y a un trou énorme dans le ciel
[…]

[…] j’ai l’habitude de me sentir seul
et là je découvre la solitude plus profonde encore
alors chaque jour est important
[…]

Je ne peux me mettre à la place
de ce Père
je ne peux qu’être
à la mienne
c’est pour cela que
depuis
2010
inlassablement
je scrute
le trou énorme dans le ciel
j’ai décidé
d’y voir
une étoile

MC


(°) Masse critique, de Babelio, m'a permis de rencontrer ce recueil. Merci.(clic sur "Babelio" pour suivre le len)

(*) Amande Luminet

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02 février 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Bernard Mazo

BERNARD MAZO

Cette absence infinie
Bernard Mazo
L'Idée Bleue, 2004, 177 pages.

 

 

 

 

UNE ATTENTE JAMAIS COMBLÉE

Un seul poème
pour dire
la totalité du monde

ce qui nous sépare
de la vie rêvée

et moi
avec tous ces mots
au bord des lèvres
pour la décrire

tout à coup
muet

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26 janvier 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : John Montague (2 poèmes)

john montague 2

TRACES

 

La vaste chambre,
salle aérienne,
nos corps liés
qui reposent.

Quand je me retourne pour poser
mes lèvres sur tes longs cheveux
noirs et sur tes petits seins,
la chaleur monte de
ton odorante peau qui s'embrase,
tes yeux s'agrandissent quand
plus profondément, avec plus d'assurance
et à maintes reprises, je pénètre en cherchant
à prendre possession
du lieu où ton être
se cache dans ta chair.

Derrière nos paupières
un paysage s'ouvre,
un horizon violet
que des pélerins traversent avec peine,
un ciel de couleurs
qui changent, font éclater
des étoiles en éventail,
l'éclair mental du sexe
illuminant les parois du crâne ;
un dôme de plaisir qui flotte.

Tu vas me manquer,
grince le miroir
dans lequel la scène
disparaît bientôt :
la vaste chambre,
salle aérienne, où les
traces de nos corps
s'effacent, cependant
que des femmes de chambre poussent
en gloussant un chariot de linge
frais tout le long du couloir.

 

LES ADIEUX DE DON JUAN

john montague 1

 

Dames auprès de qui j'ai reposé
          dans des chambres à la lumière tamisée
doux frisson de la chair
          derrière les stores ombreux
longues barres de lumière
          en travers de seins chavirés
monticules chauds de
         suave douceur palpitante
jeune chair embaumant
          les roses que l'on froisse
la tendre anxiété
          de la femme entre deux âges
chandelle dont la lueur errante
          cache des veines bleues
épuisement ô combien éloquent
          à regarder décroître la lumière
quand votre partenaire engourdie
          dérive vers les
chaudes rives du sommeil
          et que vous vous réveillez lentement
pour affronter de nouveau
          l'illusion séduisante
de chercher à travers
          le corps docile d'une autre
quelque chose qui manque
          à votre moi isolé
tandis que la nuit profonde
          pareille à un cygne noir
passe en lissant ses plumes.

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25 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (7)

2014

DÉDICACE À PERSONNE

 

Pour recueillir, comme au futur. Pour perdre
dans le passé. Pour attendre, pour piétiner,
pour se morfondre, comme au présent.
Une suite de jours dispersée, déchirée, entre
l'insomnie et le songe. Une vie qui n'appartient
à personne, pas même à moi.
Une route qui ne conduit nulle part ailleurs
qu'en ce point où tout se dissipe et disparaît.
(Est-ce la récompense ?)
Au vertige vécu. À l'immobile. Au retour sans fin.

 

Da capo, Jean Tardieu, Gallimard, 1995

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24 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (6)

2014

RÉCATONPILU
(Ou le jeu du poulet)

 

Si tu veux apprendre
des mots inconnus,
récapitulons,
récatonpilu.

Si tu veux connaître
des jeux imprévus,
locomotivons,
locomotivu.

Mais les jeux parfaits
sont les plus connus :
Jouons au poulet.

Je suis le renard
je cours après toi
plus loin que ma vie.

Comme tu vas vite !
Si je m'essoufflais !
Si je m'arrêtais !

Comme ceci comme cela, Jean Tardieu, Gallimard, 1979

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23 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (5)

2014

ÉPITHÈTES

 

Une source - corrompue
Un secret - divulgué
Une absence - pesante
Une éternité - passagère
Des ténèbres - fidèles
Des tonnerres - captifs
Des flammes - immobiles
La neige - en cendre
La bouche fermée
Les dents serrées
La parole niée
muette
bourdonnante
glorieuse
engloutie.

 

Formeries, Jean Tardieu, Gallimard, 1976

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22 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (4)

2014

NATURE

 

C'est un oiseau qui s'approche en pleurant
c'est un nuage qui parle en rêvant
un rocher roule pour passer le temps
un roseau s'admire dans le miroir d'un étang
les arbres de la forêt
sont là comme des gens et des gens.
Tout cela fait une foule qui attend,
- Mais l'homme, - absent, absent, absent....

Histoires obscures, Jean Tardieu, 1961

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21 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU (3)

2014

LE CAP

 

Dans la contrée où l'âme est profonde,
Je vins pour la première fois,
Triste et seul, à l'âge où le monde
Me sépara de vous et de moi.

D'étranges feux dans l'air grimaçaient,
Mais les sources coulaient pour l'espérance
Et tendre, tendre était l'impatience
Des fruits tombant dans les vergers secrets.

J'entrai, nageant sous les grands nuages,
À jamais loin des tranquilles jours ;
Là-haut, les traits des chers visages
M'abandonnaient à chaque détour.

Quelle nuit tout à coup, mais quel espace !
Je reconnus la voix de toujours
Qui pour moi demeure et par moi passe...
Et quelle puissance, loin de l'amour !

Je laissais mourir et renaître
Et mourir encor la clarté
Moi, je creusais mon obscurité
Et j'apprenais à ne plus être.

Cependant, on murmurait : "L'ombre
Va l'engloutir !" Ah ! j'entends le vent
Répondre par les feuilles sans nombre :
"Cet homme a franchi les postes du temps !"

Accents, Jean Tardieu, Gallimard 1939

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19 janvier 2014

News : Juan GELMAN est décédé

Juan Gelman

Juan Gelman, poète argentin vient de décéder, le 14 janvier dernier.

Le 4 aôut dernier, je le présentais (ici) dans l'un des recueils de ses poèmes L'OPÉRATION D'AMOUR.

Je consacrerai la semaine poétique de février à cet homme, né en 1930, qui était également connu pour son militantisme politique. Très engagé contre la dictature, la vie de ce poète concentre à elle seule toutes les horreurs de la dictature argentine. Son fils Marcelo, âgé de 20 ans, a été assassiné par ce régime. Sa belle fille, Maria Claudia Garcia, est enlevée en 1976 à Buenos Aires, alors qu'elle était enceinte. Emmenée en Uruguay dans le cadre du plan Condor, un programme de répression des opposants à l'échelle internationale, elle accouche d'une fille qui sera donnée illégalement à la famille d'un policier uruguayen, puis disparaît. Juan Gelman se bat pour retrouver sa petite-fille. En 2000, 24 ans après, il y parvient.

Commentaire LIV (homero manzi)

amour qui taille / polit / met

dernière main et perfection /

là ne prend pas fin ton travail /

tu répands des refuges comme

 

des laits de feu afin que nul

ne cogne sur son amertume /

sur sa douleur / enfants que tu 

protèges des murs de la nuit

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16 janvier 2014

Semaine poétique : JEAN TARDIEU


SEMAINE JEAN TARDIEU

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