17 mai 2015

DIMANCHE POÉTIQUE : NÂZIM HIKMET

Nâzim Hikmet

Légende des légendes


Nous sommes au bord de l'eau,
le platane et moi.
Notre image apparaît dans l'eau,
le platane et moi.
Le reflet de l’eau nous effleure,
le platane et moi.


Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi et puis le chat.
Notre image apparaît dans l’eau,
le platane, moi et puis le chat.
Le reflet de l’eau nous effleure,
le platane, moi et puis le chat.


Nous sommes au bord de l’eau,
le platane, moi, le chat, et puis le soleil.
Notre image apparaît dans l'eau,
le platane, moi, le chat, et puis le soleil.
Le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat et puis le soleil.
Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil, et puis notre vie.
Notre image apparaît dans l'eau :
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
Le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.


Nous sommes au bord de l'eau,
le chat s'en ira le premier,
dans l'eau se perdra son image
Et puis je m'en irai, moi,
dans l'eau se perdra mon image.
Et puis s'en ira le platane;
dans l'eau se perdra son image.
Et puis l'eau s'en ira,
le soleil restera,
puis à son tour il s'en ira.


Nous sommes au bord de l'eau,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.
L'eau est fraîche,
le platane est immense,
moi j'écris des vers,
le chat somnole,
nous vivons Dieu merci,
le reflet de l'eau nous effleure,
le platane, moi, le chat, le soleil et puis notre vie.

 

Nâzim Hikmet

 

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19 avril 2015

DIMANCHE EN POÉSIE : Werner Lambersy

2015

 

Werner Lambersy
DERNIÈRES NOUVELLES D'ULYSSE
Avis de recherche

Préface d'Hubert Hadad

Peintures d'Anne-Marie Vesco
Éditions Rougier V.- mars 2015

Il y a
Dans la lumière
Des zones de silences

Que jamais nous
Ne pourrons entendre

Il y a
Dans la voix
Des zones de ténèbres

Où nous
Ne pouvons pas entrer

Il y a dans l'âme
Des zones si lointaines

Qu'on en
Devine à peine
Les fièvres sur la peau

Sans fin est la route
Des matrices muettes

Et antérieur le chant
Sans origine
Sans bornes ni bords

Et sans fin la matière
Celle qui résiste
Au désir

L'homme
Son désir son ouvrage
Sont sans fin

 

Werner Lambersy, poète belge, né à Anvers en 1941,  vit et travaille à Paris où il est actuellement responsable de la promotion des lettres belges de langue française à Paris. Il est avant tout poète, un des plus importants de la Belgique francophone à l’heure actuelle. Tout en variant dans leur ton et leur forme de l’extrême dépouillement à une respiration ample, sa poésie, à travers quelque 40 ouvrages publiés, poursuit une méditation ininterrompue sur le dépassement de soi dans l’amour (tant charnel que mystique) et l’écriture. Son œuvre maîtresse à ce jour, Maîtres et maisons de thé (1979), est largement reconnue comme un des sommets de la poésie française depuis la guerre pour la puissance de ses images et la profondeur de sa vision. Un autre de ses livres, Quoique mon cœur en gronde… (1985) a été publié en version bilingue au Canada (Despite my Growling Heart, Guernica 1990, avec une traduction de Daniel De Bruycker).

D'autres poèmes ici.

 

Werner Lambersy

retrouvez l'actu de Werner Lambersy sur http://wernerlambersy.hautetfort.com/

http://evazine.com
Un peu tardive, mais c'est ma participation du jour au mois belge organisé par Anne et Mina 

 

05 avril 2015

DIMANCHE EN POÉSIE : Achille Chavée

Un clin d'oeil à Mina et Anne qui présentent de concert leur "mois Belge".

Achille Chavée est né à Charleroi, le 6 juin 1906. Il est décédé à La Hestre, le 4 décembre 1969. 

Poète belge de langue française, il est une figure du surréalisme hennuyer et wallon. 

"Le vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne" comme il aimait à se définir, ce Wallon de cœur et d’actes, est convaincu que la Wallonie restait terre de révolte et de poésie, terre surréaliste.

 

Mon absolu

Et voilà que je crois être une rose des vents
et que je suis le vent
et que je suis la rose
et que je suis l'espace

Voilà que je suis aussi ouvert d'une plaie
qui porte en elle
toutes les infections d'amour
toutes les décoctions d'absence

Mais tuez-moi donc
Redoutez de me voir en liberté
puisque je suis la liberté
aux cartouches de silence noir
puisque je suis un pavé de cette barricade
qui pleure un blasphème de neige

17 décembre 1961. Extraits de De vie et de mort naturelles, poèmes, Achille Chavée,
La Louvière, Éditions de Montbliart, 1965

l-homme-au-chapeau-melon-de-magritte-1964_133002_w460

L'homme au chapeau melon (1964)

MAGRITTE
 
    René François Ghislain Magritte, né le 21 novembre 1898 à Lessines dans le Hainaut (Belgique) et mort à Bruxelles le 15 août 1967, est un peintre surréaliste belge.

 

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20 mars 2015

L'INSURRECTION POÉTIQUE DU PRINTEMPS DES POÈTES : Nâzim Hikmet

 

Dimanche

C'est dimanche aujourd'hui.
Pour la première fois, aujourd'hui
ils m'ont laissé sortir au soleil
et moi,
pour la première fois dans ma vie,
j'ai regardé le ciel sans bouger
m'étonnant qu'il soit si loin de moi
qu'il soit si bleu
qu'il soit si vaste.
Je me suis assis par terre
plein de respect
et j'ai collé mon dos contre le mur blanc.
Il n'est pas question en cet instant
de me jeter dans les vagues.
Pas de combat en cet instant
pas de liberté et pas de femme
Terre, soleil et moi
Je suis un homme heureux.

Nâzim Hikmet
Dimanche (1938), in C'est un dur métier que l'exil 
Éditions Le Temps des Cerises ; février 2014

 


2015

« Je suis né en 1902 
Je ne suis jamais revenu sur le lieu de ma naissance 
Je n'aime pas me retourner »

Et le « géant aux yeux bleus » ne revint jamais à Salonique...

Ambiance feutrée à Istanbul : Nâzim, enfant, est bercé par la poésie de son grand-père Pacha, un haut fonctionnaire ottoman, et par sa mère, Djélilé, artiste férue de culture française.

Révolté par l'occupation d'Istanbul par les puissances alliées après la première guerre mondiale, exalté par la lutte des paysans turcs pour l'indépendance et enthousiasmé par la révolution d'Octobre, il a tout juste vingt ans quand il part à Moscou, en 1922.

Il retourne en Turquie en 1924, après la guerre d'indépendance, mais, victime de persécutions, car c'est désormais un « rouge », il repart à Moscou en 1926 et multiplie les allers-retours.

Moscou bouillonne alors. Il y fait la rencontre de Maïakovski et des futuristes russes, dont l'influence bouleverse sa poésie, et travaille avec Meyerhold.

Communiste parce qu'il aime tout, passionnément, la liberté, son pays, son peuple et ses femmes, il devient le génie en exil de l'avant-garde turque.

De retour en Turquie, il est condamné en 1938 à vingt-huit ans d'emprisonnement, car il a publié, en 1936, un éloge de la révolte, L'Epopée de Sheik Bedrettin, ou le combat d'un paysan contre les forces de l'Empire ottoman. Il est libéré en 1949 grâce à l'action d'un comité international de soutien, formé à Paris par ses camarades Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso et Paul Robeson.

C'est avec ce dernier et Pablo Neruda qu'il partage en 1950 le Prix mondial de la paix. In absentia, car Hikmet, affaibli par une longue grève de la faim ainsi que de graves problèmes cardiaques, ne peut se déplacer à Varsovie, où la cérémonie a lieu.

« Une bien triste liberté »

 

Hikmet est constamment surveillé. Il échappe miraculeusement à deux tentatives de meurtre, mais ne parvient pas à être exempté du service militaire, qu'on lui demande d'effectuer à cinquante ans. C'est la guerre froide, et il milite contre la prolifération de l'armement nucléaire. Que faire si ce n'est fuir, se réfugier en Union soviétique, laissant femme et enfants ?

Devenu membre très actif du Conseil mondial de la paix, le poète chante l'Internationale, mais ne tait pas son rejet du stalinisme. Le « communiste romantique » célèbre la lutte, synonyme de vie, une liberté que ronge, selon lui, l'autorité.

Citoyen polonais suite à la perte, immense, de la nationalité turque, il voyage partout, pour tromper l'exil. En Europe, en Afrique et en Amérique du Sud seulement, car les Etats-Unis lui refusent un visa.

« Malgré le poids dans ma poitrine, 
Mon coeur bat toujours avec les étoiles lointaines »

Nâzim Hikmet meurt à Moscou en 1963. Son coeur a cessé de battre la mesure de la perte, mais le vent souffle toujours entre les arbres doux d'Anatolie, sur les visages de ses femmes, qu'il a aimées aussi fort que le monde.

 


2015

17e Printemps des Poètes 

 

7 au 22 mars 2015

 

 

 

L'INSURRECTION POÉTIQUE

 

 

 


"La poésie peut encore sauver le monde en transformant la conscience" Lawrence Ferlinghetti

 

Fait de langue, la poésie est aussi, et peut-être d'abord, « une manière d'être, d'habiter, de s'habiter » comme le disait Georges Perros. 
Parole levée, vent debout ou chant intérieur, elle manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l'homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l'avoir et du pouvoir, le voeu d'une vie intense et insoumise. Elle est une insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est le « sentiment du oui ». Elle invite à prendre feu. 

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes (il faut aller ici

 

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15 mars 2015

DIMANCHE EN POESIE : Luc Bérimont

berimont8

Originaire du Nord de la France, André Pierre Leclercq,, dit Luc Bérimont, est né le 16 septembre 1915 et décédé le 29 décembre 1983.

En 1938, pour ses débuts en poésie, il imprime avec Félix-Quentin Caffiau, en taillant les caractères au couteau, une revue appelée Prairie qui reçoit les encouragements de Jean Giono et Max Jacob. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il sera mobilisé et il combattra en Lorraine avant d’entrer dans la résistance.

Un résistant le fera justement entrer à Radio Paris où il sera chargé plus particulièrement des émissions de poésie. Et c’est en 1948 que Luc Bérimont entre à la RTF dont il deviendra un des créateurs et des animateurs pendant plus de deux décennies.

Sa volumineuse œuvre poétique comprend  pas moins de trois tomes. Partisan d’une poésie sensuelle et chaleureuse, il fut sur les ondes de la RTF puis de Radio France, dans ses émissions, La Fine Fleur,  le défenseur de la grande chanson française des Brel, Brassens, Béart et Ferré.

 


Le Printemps des Poètes célèbre le centenaire de sa naissance.

 

Madame à Minuit (NOËL)

Poème de Luc Bérimont
Musique de Léo Ferré

Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté,
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Et ton souvenir m’arrache le coeur.

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Voici l'interprétation de Léo Férré, son compositeur


08 mars 2015

DIMANCHE EN POÉSIE : Isabelle Pellegrini

Pour ne pas perdre la pluie

Pour ne pas perdre la pluie
Et le clapotis mat des gouttes au carreau
Pour ne pas perdre l’aube qui rosit 
Et l’envol de l’oiseau dans les traînes du vent
Pour ne pas perdre l’ivoire 
Et les ombres dorées quand la lune se courbe
Pour ne pas perdre l’été 
Et le feu du soleil sur tes paupières closes

2015

 

Pour ne pas perdre le blanc du rocher
Tellement blanc au soleil que tu plisses les yeux
Pour ne pas perdre le balancement de tes jambes sur l’eau 
Et le chatouillement de la vague
Pour ne pas perdre le miel de sa bouche
Et le chant des abeilles de ses lèvres à ton cou
Pour ne pas perdre l’heure qui file aussi tranquillement
Que le goéland dans le ciel
Pour ne pas perdre le jour d’avant
Les jours paisibles
L’âge d’or

Pour ne pas perdre la vie
Quand bien même l’oubli

2014

 

Écris dans chaque instant, mon ami
Écris dans l’infini

 Isabelle Pellegrini

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22 février 2015

DIMANCHE EN POÉSIE : JEAN ROUSSELOT

2015

J'écris pour apaiser...

J'écris pour apaiser les scrupules de l'herbe,
Pour mettre un peu d'amour dans le foyer du vent,
Pour permettre à l'oiseau de s'éveiller proverbe,
Pour agrandir l'espace, éterniser l'enfant.

Pour opposer des faits d'écorce et de pelage
Aux dénis du lexique, aux gommes du savoir,
Si je dis que le hêtre est une vierge sage,
Je retarde d'un feu l'enchère et l'abattoir.

J'écris pour réchauffer blé neuf et jeune vigne
Dieu plus encor que l'homme à la merci du gel ;
J'écris pour rassurer, j'écris pour rendre digne,
Pour que la solitude ait un nom de famille,
Pour implanter un lieu qui ne soit pas mortel.

Jean Rousselot, Maille à partir, 1961
in L'insurrection poétique, Manifeste pour vivre ici
Éditions Bruno Doucey

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25 janvier 2015

PIERROT DE RIEN - Françoise Lison-Leroy & Anne Leloup

"Les messages s'entassaient sous la vitre, l'écran demeurait blanc. Rien qu'un grésillement d'insecte apeuré. Celui que l'on redoute dans la chambre mortuaire, à l'heure de l'ultime échappée. Celui qui hèle l'invisible, l'imparable, l'inouï. Parce qu'un signe suffit."

Françoise Lison-Leroy


2015

Cache-cache cigüe

vous avez fermé la lourde porte/ derrière
mes mains/ vous avez tatoué mon âge/ mes
pas d'écolière/ mes armures/ et dans cette
cour carrée/ j'apprends à voler quelques songes/
à sangloter sans bruit ni mouchoir/ à compter
les carreaux de tous nos tabliers


sans tendresse/ vos silhouettes gardent
nos jeux/ épient nos fausses lettres/ ne pas
dormir/ ne pas céder/ grapiller encore et encore/
mille instants/ seule à seule avec rien/ il faut
tenir la rampe/ faire craquer l'escalier de bois/
le parquet/ pour se savoir pesante


vous trônez sur un siège/ et chacune
vous salue/ vous reniflez les rires/ les parfums
coupables/ et lacérez le rouge/ de quelques joues
trop roses/ combien donneriez-vous/ pour voir
nos fronts baissés/ nos certitudes calcinées


le silence est de mise/ nous abordons
le jour suivant/ entre tartines et leçons/
les tables sans issue/ les cratères/ vous
cadenassez nos dents/ le pain trop froid me
gifle/ ceinture/ faut-il éventrer la coupable

Fraançoise Lison-Leroy

Inédit, pour le printemps des poètes

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18 janvier 2015

ILS ONT MIS DES FRONTIÈRES - Dominique Cagnard

frontière au Mexique

Ils ont mis des frontières entre les sables,
dressé des barrages aux icebergs,
isolé les cormorans de la banquise.
mais ils n'attacheront jamais les ailes du vent!

Prisonnier de l'inutile,
nous avons rompu le fil
qui relie le ciel et la terre.
Fortunés bac plus dix,
nous n'osons plus marcher
sur la sente déserte.
Tapis dans nos pavillons,
nous ne connaissons plus le chaud et le froid.
La vitesse a tout emporté sur son passage
et le silence a eu peur.

Il existe un bateau de nuit perdu au fond d'un jardin,
une pleurésie grimpante,
une neige qui ne fond jamais,
une étable pour s'asseoir dans la lumière de midi.

Dominique Cagnard

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11 janvier 2015

PRENEZ LA PAROLE - Lawrence Ferlinghetti

2015

Et une vaste paranoïa déferle sur le pays
Et l’Amérique transforme l’attentat contre ses Tours jumelles
En début d’une Troisième Guerre Mondiale
La Guerre contre le Tiers-Monde

Et les terroristes de Washington
Expédient tous les jeunes gens
Une fois de plus vers les champs de tuerie

Et personne ne dit rien

Et l’on débarque
Tout ce qui porte turban
Et l’on évacue
Tous les douteux immigrants

Et ils expédient tous les jeunes gens
Une fois de plus vers les champs de tuerie

Et personne ne dit rien

Et lorsque se réuniront
Tous les grands écrivains les poètes les peintres
Le Cercle National des Arts de Complaisance
Ne dira rien
Alors que tous les jeunes gens
Une fois de plus tueront tous les jeunes gens
Dans les champs de tuerie

L’heure est venue pour vous de parler
Vous tous amants de la liberté
Vous tous amants en quête du bonheur
Vous tous amoureux et dormeurs
Enfoncés dans vos rêves intimes
L’heure est venue de vous prononcer
Ô majorité silencieuse
Avant qu’ils viennent vous chercher !

Lawrence Ferlinghetti, extrait de PRENEZ LA PAROLE, in Blind Poet, ed. Maëlstrom & Le Veilleur, Traduit de l\'anglais (USA) par Marianne Costa