05 mars 2013

LÀ OÙ VONT NOS PÈRES, Shaun Tan

Ceux qui me connaissent, et/ou me lisent, savent ma difficulté à lire et comprendre les Bandes Dessinées. J'ai glané ce titre, la semaine dernière, chez Anne, conseillée par une experte, Mo'.Pourquoi pas, après tout ? Puisque mon problème vient de mon incapacité à relier texte et graphisme ! Pourquoi pas, donc, une BD muette, qui, de surcroît, a retenu en son temps l'attention d'une grande partie de la blogosphère littéraire et reçu beaucoup d'éloges.

là ou vont nos pères


Là où vont nos pères... la couverture est belle ; elle suggère une histoire du temps passé. Un homme, une valise à la main, observe, incrédule, une drôle de bestiole. Soixante portraits, soixante regards d'hommes et de femmes, sont alignés sur les deux premières pages. Comme des photos d'identité. 

Identité. L'un des mots, jamais écrit, mais toujours sous-entendu de ce long voyage qu'entame, un matin, un homme, mari et père. Il part... laissant sa femme et sa fillette, n'emportant d'elles qu'un portrait de famille, soigneusement emballé dans sa pauvre valise. Il part. Il quitte sa ville misérable. Jusqu'à la gare, sa femme et sa fille l'accompagnent, tenant sa main serrée dans les leurs.Il part. Pendant qu'elles, elles retournent à la maison, tristes et seules.

Son voyage est long. Il traverse la mer. Il part. Et avec lui, sur le pont du bateau, d'autres comme lui, qui partent aussi.

Ils partent.Ceux qui sont partis arrivent dans un monde inconnu, peuplé d'êtres étranges, aux allures de Goliath. Et lorsqu'accoste le navire, la foule de ceux qui viennent d'arriver découvre le gigantisme d'une ville, des animaux inconnus, des moeurs inconnues, et une langue inconnue. Étrange étranger.

C'est, bien sûr, de l'immigration dont il s'agit. Peinte sans mot(s), toute en nuance(s). Dessinée au crayon, couleur sépia ou dans des gris doux. L'homme qui part, le mari, le père, emmène avec lui une étrange étrangeté : celle de son appartenance qui, à petites touches uchroniques, se confrontent au "nouveau monde". Étrangeté de l'étrange. Il plane dans ce livre (oui, ce livre) qui se présente un peu comme un album photos, où l'ordre chronologique illustre la vie des personnages principaux : l'homme, sa femme, sa fille... et ceux qui vont aider l'homme à se "re"construire dans un pays inconnu (""), à dessiner son nouvel espace de vie ("OÙ VONT"), et à maintenir les liens familiaux ("NOS  PÈRES").

J'ai aimé, cette bande dessinée, s'il faut l'appeler ainsi. J'ai été sous le charme d'une narration silencieuse qui a stimulé et nourri mon imaginaire. Cette histoire graphique (je crois que c'est comme cela qu'elle se nomme) emmène le lecteur (m'a emmenée) en dehors du temps. Cet homme, représenté par Shaun Tan, en quête de points de repère, outre sa propre expédition dans une autre culture... m'a conduite à  découvrir une autre culture littéraire, avec d'autres repères... Belle aventure ! Mais qui ne me rapproche toujours pas de la BD (que je dirais traditionnelle).

 

 

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03 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean-Paul Valla

Instant suspendu

Michelangelo MERISI dit LE CARAVAGE
Riposo durante la fuga in Egitto, vers 1594


Instant suspendu

 

Cet instant
Un instant
L'instant qui désigne
L'intervalle qu'il représente.

Celui qui nous dit le drame
Le souffle interrompu
Le doigt pointé vers l'interrogation de tous les temps.

Deux bornes proclament l'inattendu :
L'évènement qui marque sa place à l'instant juste
Entre le moment suspendu
Et le retour au calme temps qui s'allonge.

Et que devient cette forme singulière
La particularité de son épaisseur soudaine
Après l'accent qui s'efface
Pour ne plus occuper le temps ni l'espace

Dans les trous noirs de l'univers
Que devient l'instant de vie ?

Jean-Paul Valla,

Héra - 2012
Éditions de Belledonne


POÉTISONS

Dimanche dernier, nous avons poétisé ensemble : Aifelle,  Anne, FlomarFransoaz, LaurenceMarilyne et moi.

(Clic sur les prénoms pour se rendre sur le site ou le blog)

Qui viendra, aujourd'hui avec nous, donner aux mots leur sensibilité poétique ? Poétisons ensemble, voulez-vous ?
La règle du jeu est ici

Même si vous n'êtes que de passage, même si vous n'avez pas pas de blog... pas de problème !

 

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24 février 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR ; Boris Pasternak

Définition de la poésie

C'est un bruit de glaçons écrasés, c'est un cri,
         Sa strideur qui s'accroît et qui monte,
C'est la feuille ou frémit le frisson de la nuit,
          Ce sont deux rossignols qui s'affrontent,

C'est la suave touffeur d'une rame de pois,
          L'univers larmoyant dans ses cosses,
Le jardin potager où Figaro s'abat
          En grêlons du pupitre et des flûtes.

C'est cela qu'à tout prix retenir veut la nuit
          Dans les fonds ténébreux des baignades
Pour porter une étoile au vivier dans les plis
          De ses paumes mouillées, frissonnantes.

On étouffe, plus plat que les planches sur l'eau
          Et le ciel est enfoui sous une aune.
Il siérait aux étoiles de rire aux éclats,
              Mais quel trou retiré que ce monde !

Boris Pasternak - 1917
Ma soeur la vie et autres poèmes
Poésie Gallimard - 2003

 

poésie russe

 

 


POÉTISONS

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23 février 2013

MA LANGUE AU CHOCOLAT, Fabienne Gambrelle & Michel Richart

ma langue au chocolat

J'ai flâné de blog en blog, d'idées en idées, d'envies en envies. Et, un jour, ce titre a bidouillé quelque chose dans mes papilles et mes pupilles... mais qui est celui qui a dit le premier (qu'il se dénonce !) ? Ce n'est pas au chat que je donne ma langue, c'est au chocolat, et, ma foi, c'est parfaitement délicieux, vous en conviendrez (meilleur que le chat, enfin je crois, parce que je n'en ai jamais mangé).

Trêve de tergiversations gourmandes.

La mythologie Maya Quichés dit que "les dieux fabriquèrent les êtres humains avec du maïs, cueilli sur des collines où abondaient les sapotilliers, les cerisiers, les pruniers et les cacaoyers sauvages".

Deux parties dans cet ouvrage : "Le parler chocolaté" et "Recettes". 

Ce sont les inévitables étymologies amérindiennes qui commencent le glossaire du "parler chocolaté" : ka'kau et khocol'ha. Olmèques, Mayas, Toltèques et Aztèques s'occupèrent de domestiquer ces amandes "aussi précieuses que des yeux", jusqu'à ce que les Espagnols, conduits par un certain Hernan Cortés, au début du XVI° siècle, les utilisent, outre comme boisson fortifiante, curative et magique, comme monnaie.

S'ensuit alors, dans la première partie du livre, dont la couverture donne le sentiment de tenir une plaque de chocolat entre les mains, toute une série de considérations pédagogiques, sur la chimie du cacao (connaissez-vous la "théobromine" qui est une purine, comme la caféine ?), le langage des chocolatiers (papillotes, barre, Death by chocolate, toppings, ganache...), le chocolat en cuisine (je conseille le mole poblano, ou la "macreuse en ragoût au chocolat" d'Alexandre Dumas, la "soupe au chocolat" de Raymond Roussel, ou encore le "submarino" lait chaud, servi à Buenos Aires, dans une tasse à punch, accompagné d'une petite tablette de chocolat noir à laisser fondre dans le liquide brûlant). Médecins et pharmaciens trouvent, eux aussi, des vertus au chocolat : énergétique, riche en calories, en magnésium, phosphore, potassium, fer, cuivre, calcium. Les afficionados se rassurent en prétextant ses qualités antidépressives.

Gare, malgré tout, aux addictions ! C'est notre degré de dépendane qui va nous étiqueter : "chocolativore", "chocophyle", "chocolâtre", "chocomaniaque", "chocoholic", ou encore "chocolatomane", comme Irène Frain.

Mais bon. Oui, bon ! Parce que, bon ! Bon, le chocolat !

C'est avec Casanova, Brillat-Savarin, Pouchkine, Daudet, Zola, Huysmans, Proust, Desnos, Joyce, Colette, Rouff, Faulkner, Marinetti, Agatha Christie, Prévert, Alejo Carpentier, Roald Dahl, Makoto Ôishi, Jorge Amado, Sartre, Perec, Michel Tournier, Yoko Ogaroa, Philippe Delerm, Joanne Kathleen Rowling, Joanne Harris, que nous entrons dans la danse des préparations au chocolat.
Recettes inspirées ou extraites de leurs oeuvres, qui donnent envie de courir acheter des tonnes de chocolat et de se mettre en cuisine.

Que diriez-vous d'un "chocolat au lit", d'un "chocolat avant duel", d'un "gâteau de Nancy", du "soufflé au chocolat de l'oncle Bachelard", d'un "chocolat à deux sous" ? 

Vous l'aurez compris, ce recueil regorge de savoureuses recettes de concoctions toutes aussi chocolatées les unes que les autres. 

J'ai aimé cette idée de chocolat, intégrée aux textes d'auteurs : petits rappels en littérature qui donnent envie de se replonger dans les classiques, calé dans un bon fauteuil, une plaque de chocolat à la main.

 

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20 février 2013

LA DÉBAUCHE, Jacques Tardi & Daniel Pennac

Pennac - la débauche

Il faut bien que ce soit "du Pennac"... celles et ceux qui me connaissent un peu n'igorent pas mon blocage pour la BD, totalement inexplicable, d'ailleurs ! Mais quand Pennac propose une collaboration avec un illustrateur aussi étroite et réussie que celle-ci, j'essaie quand même !

Et le premier personnage qui me saute aux yeux, c'est "la patronne" de l'antenne de police judiciaire : bon sang, mais c'est bien sûr ! C'est comme cela que je me représente Van Thian, cet inspecteur d'origine asiatique qui hante les pages de "La petite marchande de prose", de "La fée Carabine" de "Au bonheur des Ogres" : une horrible mémère, au nez épaté, un barreau de chaise fumant entre les lèvres. Une mémé qui met tout de suite au parfum les petits malfrats qui croient l'intimider en dégainant leur cutter. Voici le premier décor posé : une équipe de poulets dirigée par une antiquaille atrabilaire.S'agirait-il donc d'un polar ?

Moui. Mais pas que, surtout pas que.

"Aux virés, aux lourdés, aux dégraissés, aux restructurés, aux fusionnés, aux mondialisés. Bref, à tous ceux qui se retrouvent sur le carreau." Je cite ici la dédicace de l'album, écrite évidemment de la main de Pennac. C'est alors que le sens du titre saute aux yeux (attention les yeux, après la patronne de la PJ...). "La débauche". Point question de libertinage, à priori, quoiqu'ici l'inspecteur Justin chasse plus "les gonzesses" que les truands. Non. débauche vient du verbe débaucher dans l'acception "licencier". S'agirait-il donc d'une satire sociale ?

Moui aussi. Bref, du Pennac dans le texte (et, à ce qu'on m'a dit, du Tardi dans l'image). 

Ceci décodé, on s'embarque alors dans une de ces histoires loufoques, extravagante, un brin rocambolesque, digne de l'écrivain bien connu pour ses facéties littéraires. L'inspecteur Justin est tombé en amour pour Lili, la ravissante et experte vétérinaire du Jardin des Plantes. Un soir, alors qu'il vient chercher sa conquête au travail, il la trouve en train d'extirper un matou (vivant) de l'estomac du tigre Georges (c'est quand même la troisième fois qu'il engloutit le mistigri, parce qu'il "bouffe tous ceux qui l'emmerdent", affirme l'adorable Lili).

débauche-pennac

En traversant le parc bras dessus bras dessous, ils voient un attroupement devant une cage, s'en approchent et y découvrent un SDF déguenillé, cerné de boites de conserve pour chiens et contemplé par un vieux téléviseur. Contemplé aussi par une foule de badauds et de journaleux : "L'atroce simplicité du spectacle dit toute la tragédie du chômage", ânonne intelligemment la reporter internationale, en désignant la pancarte judicieusement accrochée aux barreaux de la cage.

L'utlisation du symbole du chomage, phénomène de société, ne va pas se transformer en diatribe endiablée. Ce serait mal connaître Daniel Pennac, qui va utiliser ce motif pour dare-dare rebondir énergiquement sur le fond du problème (ou sur le problème de fond). Ou, après que l'on ait retrouvé trucidé, on va découvrir qui était vraiment ce SDF...au domicile très très fixe, à vrai dire. Comme si le personnage échappait à l'auteur et vivait sa vie (en l'occurence sa mort) de façon totalement indépendante.

C'est ce qui fait le sel des romans de Pennac, cette propension à profiter d'un fait divers pour tirer les ficelles de son art narratif "anecdotico-métaphorique" (ça ce n'est pas de moi). Le schéma actanciel est à la fois limpide et enchevêtré, sobre et alambiqué. L'histoire est à la fois amusante et saisissante, légère et grave. C'est du Pennac tout craché qui pose un regard sarcastique sur la vie, les gens, l'argent, le pouvoir, peint des personnages décalés mais terriblement authentiques. C'est passionnant et bourré d'humour.

débauche-pennac

Né de la complicité de deux talentueux croqueurs de personnages, cet album est sorti en 2000, chez Futuropolis. Il a été réédité par Folio en 2012.


challenge-daniel-pennac

Et voici ma cinquième contribution au challenge "Pennac", managé par George (ici)

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18 février 2013

ACCABADORA, Michela Murgia

Accabadora

Accabadora....Chercher la traduction de ce mot sarde équivaudrait à déflorer le sujet de ce magnifique roman. Michela Murgia plonge le lecteur dans les années 50 d'une Sardaigne rurale et frustre. À Soreni, vit et meurt une communauté de femmes, d'hommes, d'enfants, ancrés dans des traditions que l'on peut penser millénaires. Le monde y est supersticieux et tous les moments de la vie, de la naissance au dernier souffle, sont ritualisés.

C'est un roman sur le "Vivant" qu'a écrit Michela Murgia, même si la "Mort" rôde sans cesse dans chaque mot, dans chaque ligne, à chaque instant de l'existence des personnages. L'auteure a déclaré dans une interview : "J'ai écrit une histoire inventée sur du vrai". Le vrai que sa grand-mère lui a transmis, lorsqu'elle était enfant et qu'elles partageaient leur vie.

Le vivant... celui de cette enfant, Maria Listru, "doublement engendrée, de la pauvreté d'une femme et de la stérilité d'une autre", Maria Listru qui "constituait une erreur après trois réussites', Maria, la fill'e anima, la fille d'âme de Tzia Bonaria Urrai, la couturière du village. Elle a six ans, Maria, lorsque Bonaria l'adopte. C'est coutumier, dans cette île, en ces temps, que de donner son enfant contre bons soins et quelques deniers, lorsqu'il représente une charge, une bouche de plus à nourrir.

Le vivant... celui de cette femme, Tzia Bonaria Urrai, qui coud le jour et hante les rues la nuit. " La nuit des âmes, les cloches ne sonnaient pas. Peu importait l'heure qu'il était, cela n'y changeait rien. [...] Coutumière de cette nuit plus que de tout autre de l'année, la grande femme qui rasait les murs marchait d'un pas rapide et décidé, enveloppée dans un châle sombre". De cette femme qui a aimé, qui fut aimée, qui a connu le Vivant de la vie et qui s'est retrouvée veuve avant d'avoir été épousée. "Je voudrais que tu reviennes. Peu importe comment. Il suffit que tu ne sois pa mort", avait-elle déclaré à son amoureux.

Le vivant... celui de Nicola Bastiu, qui, pour avoir voulu récupérer un bien qui lui avait été volé, se retrouve mutilé et désire la mort. "Passer toute mon existence au lit, vous appelez ça un miracle ? Aller chier, porté sur une chaise, vous appelez ça un miracle ? Avant, oui, j'étais un miracle, j'étais un homme comme il n'y en a pas deux à Soreni. Maintenant je suis un éclopé, un type qui ne vaut pas l'air qu'il respire. Je préfère cent fois être mort !".

Mais "il y a des choses qui se font, et d'autres qui ne se font pas", et tout l'art de Michela Murgia sera de dénouer les fibres du Vivant pour rendre la Mort soutenable.


Ce roman a obtenu, en 2010, le priix Campiello (Primo Levi l'avait reçu, notamment en 1963). Juste ce qu'il faut à ce texte impressionnant pour que je puisse inscrire ma deuxième participation au challenge "À tous prix" de Laure (ici)

Challenge a tout prix

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17 février 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu

 

Étude en DE mineur

 

Le ciel était de nuit
la nuit était de plainte
la plainte était d'espoir.

Les yeux étaient de lèvres
les lèvres étaient d'aube
la source était de neige

Ma vie était de flamme
ma flamme était de fleuve
le fleuve était de bronze

le bronze était d'aiguille
l'aiguille était d'horloge
l'horloge était d'hier :

elle est de maintenant.
Maintenant est de terre
maintenant est de pierre
maintenant est de pluie.

Ma rive est de silence
mes mains sont de feuillage
ma mémoire est d'oubli

Jean Tardieu, Monsieur Monsieur - 1987

van_gogh_nuit_etoilee1

Van Gogh, La nuit étoilée (musée d’Orsay, Paris), 1888

 


POÉTISONS

Dimanche dernier, nous avons poétisé ensemble :  Marilyne,  AnneFransoaz, Florence et moi.

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La règle du jeu est ici

 

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13 février 2013

SAHARA, Daniel Pennac & Antonin Louchard

Sahara Pennac

Tout va vite, trop vite, autour du "petit" : le "grand", qui partage sa chambre et danse "un machin apache" sur son lit, l'Oncle qui passe très vite en faisant pousser des immeubles. Et des ponts. Et des autoroutes. Tout va trop vite, alors que le petit a appris à l'école "qu'un rien dérange les atomes et qu'ils se communiquent le mouvement jusqu'à l'autre bout du monde".

Très subtil, cet album pour enfants que Daniel Pennac a signé en 1999, en complicité avec Antonin Louchard ! L'illustrateur a su brosser avec perspicacité les états d'âme de cet enfant qui prend conscience du remue-ménage qui l'enveloppe. Le petit observe et médite : les propos que lui offre l'auteur sont empreints de simplicité et de sagesse. "Je veux juste regarder". Et il découvre que même les pierres sont vivantes.

C'est une histoire sensible, douce, poétique que Pennac transmet ici. Son intention de "pédagogue" est plus suggérée qu'explicitée : que peut produire l'immobilité ? La capacité à éprouver l'invisible pour exister vraiment ?

Cette fable risque de déstabiliser les adultes, surpris de la concision du texte. Je pense, en revanche, qu'elle peut avoir les faveurs des enfants parce qu'elle leur donne à rêver, à se projeter.


Et voici ma quatrième contribution au challenge "Pennac", managé par George (ici)

challenge-daniel-pennac

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12 février 2013

PAGE : ma sélection dans la sélection des libraires

 

 

pagePage est une - grosse - revue bimestrielle, publiée par des libraires. "Tandis que siffle au dehors une bise glacée, un vent de renouveau souffle sur la littérature : la rentrée d'hiver est là, forte des ses 520 romans",  écrit Sandrine Maliver-Perrin, de librairie Sauramps, à Montpellier.

Le thème du numéro 158 (février-mars 2013) est Féminin Pluriel. "Combattantes, historiennes, femmes de lettres, femmes de tête... Amoureuses, ambitieuses, insaisissables, irrévérencieuses... Épouses, mères, emmes d'hier, d'aujourd'hui et de demain... Elles ont mille facettes... [...] Nous avons la liberté de penser, de dire et d'écrire. Nous avons aussi celle de lire. Profitons-en !".

Dès que je reçois la revue, à laquelle je suis abonnée, je la feuillette avec curiosité et empressement. Et je marque PAGE d'une multitude de signets de toutes les couleurs qui disent mes envies de lire, mes envies d'acheter... mes envies, tout court, que je ne réaliserai pas toutes. J'ai envie, aujourd'hui, de faire part de cette sélection toute personnelle, dans la sélection des libraires.

Profanes Benameur

JEANNE BENAMEUR - PROFANES (Actes Sud) : "C'est un livre de l'apprivoisement, de l'apprentissga 'une vie mise en commun, d'une réconciliation où chacun doit trouver sa place, sa juste place... [...] Un livre lumineux, salvateur, grandiose d'humanité et de générosité..." (Jean-Marc Brunier - Librairie le Cadran Lunaire - Mâcon) 

lesbre

 

 

MICHÈLE LESBRE - ÉCOUTE LA PLUIE (Sabine Wespieser) : "... Une allusion à peine déguisée à la notion de l'instant comme "apparition disparaissante" développée par Jankélévitch, philosophe dont on peut dire que Michèle Lesbre traduit en littératue la pensée sur la fuite du temps". (Marie Hiricoyen - Librairie Le Jardin des Lettres - Craponne)

 

 

 

la main d'Iman

RYAD ASSANI-RAZAKI - LA MAIN D'IMAN (Liana Lévi) : "Il faut se méfier de la main qui donne tout, car en se retirant, elle laisse démuni." (citation de l'auteur), présenté par Émilie Pautus - Librairie La Manoeuvre - Paris 11°.

 

 

 

un notaie peu ordinaire

YVES RAVEY - UN NOTAIRE PEU ORDINAIRE (Minuit) : "Yves Ravey décortique avec férocité les raports sociaux entre bourgeois, notables et petites gens, les rapports de force et de pouvoir". (Béatrice Putégnat - Librairie Pages après Pages - Paris 17°)

 

 

 

silhouette

JEAN-CLAUDE MOURLEVAT - SILHOUETTE (Scripto - Gallimard) - Littérature Jeunesse/Ados : "Dès le livre refermé, le doute s'installe alors... Jean-Claude Mourlevat serait-il un escroc ? Ça, je ne le crois pas". (Céline Boujou - Librairie Doucet - Le Mans)

 

 

 

Maman est là

ICHINNOROV GANBAATAR & BAASANSUREN BLORMAA - MAMAN EST LÀ  ! (Syros) - Littérature jeunesse/petite section : "Maman est là ! est une invitaton à découvrir les traditions mongoles. Si le conte se veut traditionnel, les illustrations classiques mais douces inspirent la chaleur maternelle et montrent que les mères sont prêtes à tout pour sauver leurs petits". (Clémence Rocton - Médiathèque Louis Aragon - Le Mans)

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11 février 2013

LIZKA ET SES HOMMES, Alexandre Ikonnikov

Ikonnikov

1940. Union Soviétique. Une bourgade : Lopoukhov. Vladimir Ogourtsov voit le jour. Il a trente ans lorsqu'y naît sa fille Elizaveta.

Lizka, c'est justement cette Elizaveta, qui, à 17 ans, décide de quitter son village de naissance pour se rendre dans la ville de G. Elle a connu son premier ébat amoureux avec Pacha : "Tout se produisit avec une telle rapidité qu'en dehors de la douleur et de la sensation d'avoir reçu une souillure à l'intérieur de son corps, elle n'éprouva rien". Elle s'inscrit dans une école d'infirmières, et loge dans une chambre d'un foyer de travailleurs, en collocation avec trois autres jeunes filles.

Dès lors, le lecteur médusé va suivre le nomadisme sentimental de Lizka (surnom péjoratif de son prénom), mais aussi, au gré de ses aventures amoureuses, la construction de la personnalité de la jeune demoiselle. C'est aussi une rencontre avec la Russie des années 90 que nous propose Ikonnikov,, celle de Mikhaïl Gorbatchev et de la perestroïka, de la fin du rôle directeur du Parti communiste, mais aussi du putsch contre Gorbatchev et de l'arrivée au pouvoir de Boris Eltsine. Période mouvementée, comme la Russie en a connues et en connaît encore. "Une fois de plus le pays sombra dans la folie. On respecta une coutume qui plongeait ses racines au fond des âges : c'est à dire qu'on se mit à casser l'ancien sans avoir la moindre idée de ce à quoi allait ressembler le nouveau".

La carte du Tendre de Lizka est faite de dix étapes... dix profils d'une société russe plutôt gangrenée, sur laquelle l'auteur porte un regard sans concession. Chacun des dix hommes de la vie de Lizka est une des facettes de cette communauté déliquescente et dépravée. Ils se suivent, mais ne se ressemblent pas : si l'un est un escroc, l'autre est secrétaire du Comité de Komsomol (Parti Communiste) ; un autre encore est Tatar (Lizka va l'épouser)... Dix hommes qui vont petit à petit éroder la naïveté de Lizka et la faire devenir une jeune femme forte et autonome : "Comment pouvait-on vivre au nom d’objectifs aussi misérables, alors qu’il y avait un ciel, de l’eau, et, là-dessus des étoiles ! Et comment avait-elle pu rester si longtemps sans comprendre cela ! Lizka tout à coup avait envie de se mettre à crier, de tenir des discours à tous et à toutes. Qu’ils cessent de satisfaire leur propre chair, et que, comme elle en ce moment, ils considèrent la vie avec ravissement, avec enthousiasme !".

Tout le talent d'Ikonnikov, c'est de dépeindre cette misère sociale, humaine, politique avec humour et dérision. Lizka et ses amies du foyer de travailleurs, sont pleines de vie, d'entrain et de projets, malgré leur dénuement. Les hommes de Lizka ne sont pas complètement dépourvus d'atouts, malgré l'alcool, la carambouille, les intrigues, la corruption. Certes, les propos de l'auteur sont crus, impitoyables, et sans doute réalistes. Mais pas de misérabilisme, de commisération. Pas de discours lénifiant, mais la tonicité communicative de Lizka, de l'énergie à revendre, des idées neuves, une capacité à rebondir qui donne à penser qu'en Russie, il y a de la matière positive, réactive et, comme l'héroïne, prête à en découdre pour sauver sa peau et son bonheur.

Alexandre Ikonnikov signe là son deuxième texte, après "Dernières nouvelles du bourbier", un recueil d'une quarantaine de nouvelles satiriques, cocasses, mais caustiques et percutantes sur la société russe post-communiste. Une chronique éclairée de cet opus ici, chez Marilyne et son site Lire & Merveilles.

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