18 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du livre 2013

                    printemps des poètes                    salon du livre

 

 

 

Le piège

Je le ferai ainsi :
Le miroir à la place de la pierre.
Et à la place du nom,
encore un autre miroir.
Ce sera comme un piège
Dans lequel vous tomberez
Enfin.
Peu m'importe que personne ne saura
L'endroit de ma tombe,
Lorsque vous irez vous pencher au-dessus d'elle
Curieux de voir
Qui y repose
Et où vous n'y verrez
Que vous-mêmes.

Anna Blandiana - L'architecture des vagues (in "Autrefois les arbres avaient des yeux") - 1990


17 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ana Blandiana au Salon du Livre 2013

salon du livre


Pour sa 33ème édition, le Salon du livre met à l'honneur les Lettres Roumaines. Vingt-sept auteurs roumains seront présents à Versailles du 22 au 25 mars.

Ana Blandiana

Ana Blandiana est née en 1942, près de Timişoara. C'est une poétesse dont l’œuvre est emblématique d’une littérature entre les tensions de l’oppression et une tradition vive de créativité. Auteur d’une œuvre délicate presque totalement méconnue en français en dépit de sa notoriété de femme engagée auprès de la société civile, Ana Blandiana est aussi l’auteur d’un roman polyphonique sur les conditions de la création littéraire dans une société fermée et totalitaire. Après la publication de son premier poème paru sous le pseudonyme d’Ana Blandiana, elle fut dénoncée comme « fille d’un ennemi du peuple » et empêchée de s’inscrire à la Faculté pendant quatre années consécutives. Après ce faux départ imposé par le régime communiste, elle se réinscrit en 1963 à la Faculté de philologie de Cluj et publie, en 1964, son premier recueil de poèmes au titre annonciateur de ses engagements futurs : La Première personne du pluriel. Ana Blandiana crée en 1990 l’Alliance civique, maillon essentiel dans la vie de la « polis » après la chute de la dictature. Elle fonde également le Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance, à Sighet (nord de la Roumanie). Elle a été traduite dans de nombreuses langues.

printemps des poètes

Jusqu'au 25 mars, dans le cadre du Printemps des Poètes, je présenterai chaque jour un poème d'Ana Blandiana, en hommage à cette dame, invitée du salon. Chaque page est extraite de l'un des recueils de la poétesse : "Autrefois les arbres avaient des yeux", édité au Cahiers Bleus/Libraire Bleue, en décembre 2005.

 

 

Rencontre

N'aie pas peur.
Tout sera tellement plus simple
Que tu ne comprendras
Que bien plus tard.
Tu attendras au début
Et tu n'auras de la peine
Que lorsque
Tu commenceras à croire
Que je ne t'aime plus,
Mais alors je mettrai
Un brin d'herbe à pousser
Dans un coin connu du jardin,
Qu'il arrive jusqu'à toi
Et te murmure :
N'ayez pas peur,
Elle est bien
Et vous attend
À mon autre bout

Anna Biandana - Cinquante poèmes (in Autrefois les arbres avaient des yeux) - 1970

Posté par C Martine à 06:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

16 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

Le masque

 

Une vie imaginaire
sur les villes est posée.
Partout de fausses lumières
sont peintes sur les paupières
des fenêtres enfermées.
Le pâle soleil qui luit
n'est que plâtre sur les pierres.

La vraie ville est dans la nuit.

Jean Tardieu - Le témoin invisible (1943)

Posté par C Martine à 06:08 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

15 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

 

Le Monde Immobile

 

Puits de ténèbres
fontaine sourde
lac sans éclat

présence épaisse
battement faible
l'instant est là

rien ni personne
une ombre lourde
et qui se tait

j'attends des siècles
rien ne résonne
rien n'apparaît

sur ce tombeau
l'espace bouge
c'est ma pensée

pour nul regard
pour nulle oreille
la vérité.

Jean Tardieu - Une voix sans personne (1951 - 1953)

Posté par C Martine à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

14 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

 

Locutions
ou
Les Commandements de Dieu

 

"Allez voir là-bas si j'y suis :
Vous trouverez à qui parler.
C'est à prendre ou à laisser.

Non, mais, pour qui me prenez-vous ?
Puisque c'est moi qui vous le dis :
ce n'est pas moi qui ai fait le coup.

Souvenez-vous de mes paroles,
mais si vous me prenez au mot
vous le sentirez passer.

Ah ! puis en voilà assez !"

Jean Tardieu - Monsieur Monsieur (1948 - 1950)

Posté par C Martine à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


13 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu, au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes 

 

Ni l'un ni l'autre

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses melleurs amis.

La nuit par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange,
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n'est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n'en point parler ici !

Posté par C Martine à 06:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

printemps des poètes

 

Épitaphe

Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l'écart de ma vie
je me suis arrêté.

Et les fleuves ont fui, l'ombre s'est reconnue
espace les yeux blancs j'écoute et parle encore
je me souviens de tout même d'avoir été.

 

Posté par C Martine à 06:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]

11 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Jean Tardieu au Printemps des Poètes 2013

En furetant sur le site officiel du "Printemps des Poètes", dans la catégorie "poèmes sur le(s) rire(s)", j'ai découvert qu'un hommage y est rendu à Jean Tardieu

Jean Tardieu,dont je pense qu'il est un poète précurseur, un précurseur inspiré, un inspiré visionnaire, un visionnaire utopiste, un assembleur de nuées.

À ma façon, je vais, moi aussi, rendre hommage à ce grand homme en publiant, chaque jour, l'un de ces poèmes. Et pour mettre un peu de piment, je laisserai un mot en suspens... qui le découvrira ? Qui en trouvera un qui fera bonne mesure ? À vous de jouer, en déposant votre mot en commentaire de chaque billet. Et de ces mots déposés, ensemble nous ferons un poème.

Dialogues à voix basse

Et celle qui riait sans pouvoir s'arrêter ?
- C'était pour t'avertir des plus graves dangers.

Et celle qui pleurait avec tant de finesse ?
- C'était pour t'éclairer sur ta propre faiblesse.

Et ce train qui partait, je le manquais de peu ?
- C'était pour égarer les ------ ombrageux.

Et le temps qui montait sans m'avancer d'un pas ?
- Comprends toi-même enfin ! Je ne te réponds plus.

 

Le témoin invisible - 1943


Point n'est besoin (ni obligatoire) de tenir un blog de lecture pour participer. 

Posté par C Martine à 06:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 mars 2013

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Anna de Sandre

 

 

printemps des poètes

 

 

Les regards habités

 

La ville résidait dans nos yeux
possédait chacun d'entre nous
nous n'y trouvions pas à redire
nous la logions elle nous hantait
le sommeil restait à sa porte
et ses lumières faisaient briller
ce que les autres prenaient souvent
pour une passion ou de la fièvre
nous l'abritions sous nos paupières
émus fanfarons et contents
et pour tout dire nous nous flattions
qu'elle nous habite pour pas un rond
et quand nous reprenions la route
transis fourbus mais pleins de force
c'est là dehors précisément
qu'elle s'acquittait de son loyer.

 

Anna de Sandre

Anna de Sandre - Un régal d'herbes mouillées
Éditions Les Carnets du Dessert de Lune - 2012

POÉTISONS


 

Dimanche dernier, nous avons poétisé ensemble : Aifelle,  AnneFlomarmoi.

(Clic sur les prénoms pour se rendre sur le site ou le blog)

Qui viendra, aujourd'hui avec nous, donner aux mots leur sensibilité poétique ? Poétisons ensemble, voulez-vous ?
La règle du jeu est ici

Même si vous n'êtes que de passage, même si vous n'avez pas pas de blog... pas de problème !

Surtout que, du 9 au 24 mars, c'est le PRINTEMPS DES POÈTES (clic pour aller sur le site officiel)

Des surprises, sur Littér'auteurs, à cette occasion.... à suivre....

Posté par C Martine à 06:16 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,

08 mars 2013

L'OMBRE DOUCE ; Hoai Huong Nguyen

l'ombre douce

Je ne fais pas vraiment dans la sensiblerie, ni dans la sentimalité quand je lis un roman. Je suis touchée, parfois émue, mais, je l'avoue avec humilité, j'ai été bouleversée par ce récit, troublée aux larmes. 

L'auteure, Hoai Huong Nguyen, est née en 1976 en France de parents vietnamiens. Son nom signifie « Se souvenir du pays », référence au déracinement de sa famille. De langue maternelle vietnamienne, elle a appris le français en allant à l’école. Détentrice d’un doctorat de Lettres modernes portant sur « L’eau dans la poésie de Paul Claudel et celle de poètes chinois et japonais », elle a déjà publié deux recueils de poésie : Parfums et Déserts. Elle enseigne actuellement la Communication dans un IUT. L’Ombre douce est son premier roman.

Et quel premier roman ! 

Yann, breton de Belle-Île, jeune homme mal aimé de son père, orphelin de mère, mal dans sa peau, s'enrôle dans l'armée. C'est 1954, et la guerre en Indochine trouve là un combattant prêt à en découdre (sans qu'il soit pour autant un guerrier très agressif). Yann est blessé. Il est hospitalisé dans un état grave, mais sauf. Mai, une jeune fille Annamite, circule entre les lits pour apporter quelque soulagement aux éclopés. Et ces deux-là se rencontrent. Yann et Mai. Que tout oppose. Réunis dans un amour fulgurant et flamboyant.Alors qu'hier, pour Yann, était noir et désespéré, qu'aujourd'hui, pour eux deux, est héroïque et courageux, que demain, pour Mai est sombre, ces deux-là sont dans l'immédiateté merveilleuse de leurs sentiments réciproques. Et rien ne peut attendre, parce que rien ne les attend si ce n'est la mort, la honte, la dégradation physique et morale.

Les mots pour le dire, les mots de Hoai Huong Nguyen, sont magistraux (ah que le vocabulaire me manque !). Tout est en nuance. Même dans le récit de la bataille de Điện Biên Phủ. Et pourtant que la relation des faits est sans concession ! C'est dur, très violent, brutal, sanguinaire. Et paradoxalement empreint d'une grande humanité, d'un douceur prodigieuse.

Il y a de la poésie, de la grâce, de l'honneur dans ce texte qui, pourtant, décrit la sauvagerie, la cruauté.qui environnent ces deux êtres infiniment purs, 

Cette rencontre fut pour moi un merveilleux et inoubliable moment de lecture.

Hoai Huong Nguyen est aussi poétesse (son roman est émaillé de poèmes). Voici un extrait, tiré de son recueil "Parfums, illustré par Valérie Linder, paru à l'Harmattan en 2005.

mon
âme
mon aim é
a - t - il
le parfum
de
l'eau 
vibrante
exulte
le
soleil

ô
son
visage
en fleur


C'est chez Anne (son commentaire, élogieux, est ici). Et ce matin, elle m'apprend qu'hier, à la Foire du Livre de Bruxelles ce titre a obtenu le Prix Première, un premier roman primé par un jury d’auditeurs de la radio publique francophone, dont elle a été membre !

Challenge a tout prix

Une belle occasion d'inscrire ce titre dans le challenge "À tous prix" de Laure.

Posté par C Martine à 09:11 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,