03 novembre 2014

ENCYCLOPÉDIE DE L'ÉCHEC SENTIMENTAL - Khun San

Khun San - Encyclopédie de l'échec sentimental

ENCYCLOPÉDIE DE L’ÉCHEC SENTIMENTAL – KHUN SAN

Editeur : Asphodèle (28 décembre 2010)

Collection : NOUVELLES

90 pages

 

 

 

 

Ici, l’Apocalypse est simple, le Brouillard intime, le Ciel clandestin, la Déclaration amnésique, la Folie lucide, l’Histoire vraie, le Sens unique, …, le Zoo humain.

Ici, c’est l’ABéCéDaire du genre humain qui se décline au fil des pages de ce recueil de nouvelles. Vingt-six histoires courtes qui ne relatent pas des histoires d’amour, au sens où le titre pourrait le laisser croire.

L’échec sentimental, c’est la solitude de l’être. Un mot qui n’apparaît dans aucun des titres de ces nouvelles. Qui pourtant est omniprésent dans la vie des vingt-six personnages qui les habitent.

Ici, on mange, on boit, on coupe, on hache. Des macarons, du Musigny, des tomates, du basilic, du lait de chamelle, du thé, des testicules. On baise, on couche, on fornique. On croit s’aimer et on est sûr de se désaimer. Mais la chair est morte, comme celle que fantasme une jeune femme en regardant les mains de son compagnon qu’elle imagine boucher, « plongées dans des masses de chair »

Ici, la sexualité est ubiquiste, à fleur de peau, mais jamais extatique. « Je verse [le vin] sur mon ventre, forcément il le lèche, enfonce sa langue et ça continue comme tous les soirs. Ce n’est pas si mal au fond, c’est juste qu’avec le chinois je jouis » (Brouillard intime).

Ici, les mots sont rares, presque insolites. « …, dit l’homme tranquillement et sans accent ». (Folie lucide).

Une nouvelle que j’aime beaucoup, c’est Lunettes noires. Elle résume l’ensemble du recueil : « Entre la vie et moi il y a un nom ». Ce nom qui s’interpose entre la vie et le personnage, qui fait tout comme lui et « met des lunettes noires ». Ce nom qui rend impossible le rapport à autrui, qui définit le moi comme la seule réalité. L’autre existe-t-il ?

À la fin de la lecture de ces vingt-six nouvelles, on est [presque] convaincu que – NON – il n’y a pas « d’autre » que soi-même. Avec un peu de recul et de discernement, je me suis dit que, malgré tout, l’autre, c’est quand même bien qu’il existe et que je le reconnaisse. C’est convier la philosophie cartésienne, qui, dans l’épreuve du doute, met en question l’existence de toute chose dans la mesure où ceci pourrait n’être qu’illusion. Et pour m’obstiner à étaler ma culture, je ferai appel à Jean-Paul Sartre dont tout le monde connaît la célèbre phrase : « L’enfer, c’est les autres », qu’il a expliqué ainsi : « Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous, même pour la propre connaissance de nous-mêmes. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres nous ont fournis. Quoi que je dise sur moi, quoi que je sente de moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Je veux dire que si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors en effet je suis en enfer. Il existe quantité de gens qui sont en enfer parce qu’ils dépendent du jugement d’autrui »..

Un superbe recueil, dans lequel je me replonge très souvent. Une belle révélation que cette auteure. Lauréate des 2èmes Gouttes d'Or de la nouvelle (2008), organisée par l'association Du souffle sous la plume, Khun San reste pour moi une mystérieuse nouvelliste que j’ai eu plaisir à rencontrer et découvrir.

Une participation au MOIS DE LA NOUVELLE, chez Flo (ici)

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26 février 2014

PROMESSES, Julia Billet

201

Promesses

Julia Billet
Éditions Le Muscadier
Collection Place du Marché (ados)
Juin 2013, 64 pages

 

 

 

 

Quatre enfants habitent ce petit recueil, quatre enfants qui découvrent l’amitié et la font vivre.

Deux nouvelles, courtes. De celles qui peuvent plaire aux lecteurs adolescents, parce qu’elles ne sont pas « prise de tête », mais qu’elles évoquent et donnent sens à quelques unes des importantes questions que l’on se pose à cet âge.

Promesse(s). De rendre pérenne une amitié d’enfants et de la conduire jusqu’à l’adultité.

Déracinement(s) aussi.

Celui de deux garçons, Ankidou et Agostino, dans la première nouvelle, éponyme. Déboussolé, Ankidou, dans la grisaille d’un pays d’accueil qui ne sait guère l’accueillir, malgré de louables efforts. Dérouté par une culture complètement étrangère à la sienne. Mutique, Agostino, qui cache dans un silence obstiné son drame familial. Ils ne parlent pas la même langue. Et pourtant. Ils vont inventer leurs propres codes de communication (qui passera même par l’oralité !) et créer un lien indestructible grâce à une promesse qu’ils honoreront chaque année, jusqu’au bout de leur vie.

Quel est ce « fil invisible » qui lie Sarah et Fred, dans le deuxième texte ? Un fil qui résistera au temps, aux aléas. Un fil si solidement tissé que les deux enfants défieront tous les périls, les incertitudes, pour construire, en union, une harmonie de vie et de passion communes.

Ces deux nouvelles m’ont ravie. Pas de prétention didactique. Un partage, pour que la capacité de penser se développe. Pour que le sens se révèle. Une petite musique qui donne envie de croire que la relation à l’autre, la vraie, celle qui tonifie ceux qui la partagent, est capitale.


Chez Flo, (clic),  c’était le mois de la nouvelle. J’ai apporté avec plaisir quelques petits galets (dans ma plaine de Bièvre, la particularité architecturale ce sont les galets « roulés », mêlés au pisé, qui ornementent les façades), quelques galets donc à la mise en lumière d’un genre littéraire pas assez estimé.

Posté par C Martine à 20:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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