21 décembre 2014

LES AVENTURES IMPROBABLES DE PETER ET HERMAN - Delphine Jacquot

COUVERTURE

Les aventures improbables de Peter et Herman
Delphine Jacquot
Les fourms rouges (18 octobre 2013)
64 pages (10,2 x 1,3 x 25,8 cm)

Un espace vacant, au pied du sapin, entre une figurine-de-Sp*derman, une-console-de-jeux, une poupée-B*rbie, un camion-de-pompier, une dinette-pour-faire-comme-maman et une mallette-de-bricolage-pour-faire-comme-papa ? Une librairie ouverte jusqu’à minuit, le 24 décembre ?

Alors, vite, offrez un voyage : 25 escales d’un tour du monde hallucinant, rocambolesque et cocasse en compagnie de Peter et Herman, deux compères aventuriers, un peu british, juste ce qu’il faut. Peter, la Taupe et Herman, l’Échassier, l’un et l’autre affublés d’exotiques chapeaux et vêtements d’explorateurs.

MAPPEMONDE

Ils partent de Paris, tout feu tout flamme, à califourchon sur un avion aux couleurs de la France, et déjà la tête dans les nuages. Et tout au long de leur périple, de Bruxelles à Buenos Aires, en passant par Moscou, Tiébélé (au Burkina Faso), Uluru (en Australie), Machu Picchu (au Pérou), ils entraînent le lecteur dans d’extravagantes rencontres et d’improbables aventures, extraites toutefois de faits réels : les pyramides à Gizeh, les manchots en Terre Adélie, les kangourous en Australie, l’église Saint Sophie à Istanbul…

JAPON

Delphine Jacquot, signe à la fois le texte plein d’humour et les illustrations de ce magnifique petit carnet de voyage, publié par la maison d’éditions Les fourmis rouges, et pour lequel elle a été récompensée par le Grand Prix de l’Illustration 2014. Au fil des pages de l’album, elle nous transporte dans un monde très coloré aux détails foisonnants, que l’on dirait emprunté au Douanier Rousseau.

Ce livre au format inhabituel, à l’italienne, est juste une merveille.


26 novembre 2014

BOUCLE D'OURS - Stéphane Servant & Laetitia Le Saux

Billet d’humeur

2014

Notre société deviendrait-elle [F/R]igide au point de rejeter tout ce qui pourrait offrir aux enfants le droit de grandir en raisonnant ? Lorsque j’accompagnais (il n’y a guère) des jeunes élèves déficients légers, le fondement de mon projet pédagogique visait à développer leur capacité de penser. Parce que j’étais surprise – voire choquée – que, dans le circuit scolaire traditionnel d'où ils venaient, ils avaient surtout été conduits à appliquer dogmatiquement des règles dont le sens leur échappait. Mais cet enseignement étroit n’était seulement destiné qu’à ces gamins déficitaires. Leurs camarades, étiquetés comme « normaux », avaient, eux aussi, eu droit au même traitement. Je frémis à l’idée que nous devrions inculquer à nos enfants le principe du « tais-toi et obtempère ». Et il semblerait que je n’ai pas fini de frémir.

J’en veux pour preuve deux exemples.

 

  • Cet album, que je présente ici. Boucle d’Ours… (la référence est manifeste). Mais il ne s’agit pas d’un remake moderne du conte « Boucle d’Or et les Trois Ours », dont Bruno Bettelheim, dans son ouvrage Psychanalyse des contes de fées dit que « certains problèmes majeurs de l’enfance y sont abordés […] : la recherche d’une identité », notamment. Pile ! Boucle d’Ours, répond parfaitement au critère.

    2014

    C’est l’histoire d’une famille Ours qui se prépare pour le carnaval : Maman sera Belle au Bois Dormant et Papa, Grand Méchant Loup. Petit Ours, lui, veut se déguiser en Boucle d’Ours, avec une jupe rose et des couettes blondes. Soutenu par la complicité maternelle, il résiste vaillamment aux protestations stéréotypées paternelles ; c’est Grand Méchant Loup (le vrai), travesti en Chaperon Loup qui finira par convaincre le père du bien-fondé de la demande de son rejeton.

    C’est là, à ce que j’en sais, que le bât blesse. L’album fait partie de la sélection maternelle des Incorruptibles (prix de littérature jeunesse décerné par les jeunes lecteurs) (clic). Certains bien-pensants-à-la-place-des-enfants prétendraient que… voyez-vous…

2014

Ben oui ! Je frémis ! C’est toujours Bettelheim (avec lequel, vous l’aurez compris, je suis entièrement d’accord) qui dit que les contes doivent mettre l’enfant dans des situations de plaisir, d’inquiétude et de conflits, pour mieux l’aguerrir devant les difficultés de la vie réelle. Qu’ils doivent stimuler l’imagination, picoter l’intelligence… C’est pas ça, Boucle d’Ours ? Ah bon ! Qui c’est qui voit le mal partout ? Qui c’est qui a oublié ce qu’est une métaphore ? Et en quoi elle peut aider à grandir, voire être thérapeutique ?

 

2014

  • Le week-end prochain à Montreuil, la 30ème édition du Salon du livre et de la presse jeunesse. Et depuis quelques jours la polémique enfle, m’a-t-on dit, à propos de l’affiche d’Audrey Calleja choisie pour illustrer cet anniversaire. Il serait question d’une certaine théorie du genre (ou inversement). Je ne vais pas plagier l’excellent billet de « Actualitté » (que je vous invite à lire ici). Nous avons connu aussi l’épisode de Tous à Poil… Ce sont les adultes qui plaquent une morale ou chargent le livre d’intentions que l’enfant ne lui attribue pas (pas plus que l’auteur, souvent).

2014

Ben oui ! Je frémis ! Mais ça ne regarde que moi, finalement !

Et les enfants.

Et surtout les enfants.

 

10 avril 2014

EN FORME ; Ingrid Chabert

en forme

En forme
Ingrid Chabbert, Marjorie Béal
Éditeur : Langue au Chat (janvier 2014)
18  pages - cartonné

 

C’est un rond, c’est un carré, c’est un triangle. C’est rond comme un ballon, ou une planète. C’est carré comme une cabane, ou une boîte. C’est triangulaire comme un instrument de musique, ou comme le bonnet du chien…. C’est un livre-jeu, aux pages cartonnées (très épaisses), destiné aux tout petits bambins qui aiment mettre leurs toutes petites menottes un peu partout. Et leurs tout petits doigts vont pouvoir suivre le contour des trois formes, découpées en creux dans la page.
C’est surtout un livre à toucher. Le texte ne me semble pas vraiment porteur. Les planètes, par exemple. À deux ans, elles sont vraiment hors du champ des repères de l’enfant. Quant au bonnet du chien… certes je n’ai plus depuis longtemps les yeux d’un p’tit loup de 2 ans, mais le chien est aussi mystérieux que le bonnet. Les exemples auraient pu être plus proche des références quotidiennes ; le ballon, lui, rentre tout à fait dans ce cadre. La boîte aussi.
Le concept du livre à toucher, même s’il n’est pas récent, est bien exploité. L’illustration est agréable, sans plus. Couleurs vives en aplat ; pages épurées. Mais excepté les trois formes géométriques, objet principal de l’album, le reste semple « posé » là, un peu par hasard. Pas de lien, pas de sens…

carré

Dernière remarque : les formes évidées. Le contour n’est pas complet : la forme est présentée comme si elle était attachée à l’intérieur d’une fenêtre. (Confer la photo) Le petit doigt ne pourra donc pas suivre le chantournement dans son intégralité.

Un peu déçue par ce livre, reçu dans le cadre des opérations "Masse Critique" de Babelio (clic) (que je remercie).

masse_critique

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02 avril 2014

50 MINUTES AVEC TOI, Cathy Ytak

50 minutes avec toi - Cathy Ytak

50 minutes avec toi
Cathy Ytak
Actes Sud Junior - D'une seule voix (2010)
80 pages

 

 

 

 

 

 

C’est encore un enfant. Il n’a que 17 ans. Devant lui, gît son père, inconscient, peut-être mort. Huis clos.

Le jeune homme ne bouge pas ; n’appelle pas les secours. Il regarde son père. Pendant cinquante minutes. Le temps pendant lequel il va dérouler ses dix-sept années de vie.

Dix-sept années d’une violence indicible, d’une terreur sans nom. Dix-sept années d’humiliation, de vexations. Des coups aussi, anodins en apparence… une gifle par-ci, une autre par-là. Pas tout à fait dix-sept… c’est depuis ses sept ans que le narrateur subit les camouflets d’un père « bien sous tous rapports », certes strict, certes, aux yeux de son entourage, un peu exigeant. Mais l’éducation d’un enfant ne nécessite-t-elle pas que celui-ci apprenne à se soumettre à l’autorité ? Huis clos aussi, les rapports entre le père et son fils.

La mère est là. Oui. Une mère qui ne dit mot. Une mère qui ne voit pas. Qui ne peut/veut pas dire. Qui ne peut/veut pas voir. Huis clos au sein du couple parental.

Dix-sept ans. Pour complaire à son géniteur, il s’est attaché à réussir ses études. Un an d’avance en terminale. Bac en poche, mention très bien. Prêt pour une prépa. Pour de grandes études. Selon le désir paternel.

Dix-sept ans. Amoureux. De Camille. Amour partagé. Bonheur révélé : la vie n’est pas que mortification.

Amoureux d’un garçon. Camille est un garçon.

L’irascibilité du père en est décuplée.

C’est encore un enfant. Il n’a que 17 ans. Devant lui, gît son père, inconscient, peut-être mort. Le jeune homme ne bouge pas ; n’appelle pas les secours. Il regarde son père. Lui dit son amertume. Lui dit sa rancune. Et s’en va.

Retrouver Camille.

Un roman pour adolescents. Qui ne traite pas que de l’homosexualité. Qui traite aussi des interdépendances familiales. Des non-dits. Des exaspérations. Des haines. Des maltraitances. Un roman pour que beaucoup d’adolescents s’y reconnaissent. Même s’ils ne sont pas homosexuels. Même s’ils ne sont pas persécutés. Un roman qui aide à réfléchir, à devenir adulte.

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17 février 2014

TANTE HILDA ! Jacques-Rémy Girerd & Benoît Chieux

Tante Hiilda ! JR Girerd B Chieux

Tante Hilda !
Jacques-Rémy Girerd & Benoît Chieux
Éditions Flammarion Jeunesse
février 2014, 60 pages

 

 

Dans une campagne verdoyante et bigarrée. Tante Hilda a des parents, un papa et une maman un peu extravagants. Tante Hilda est botaniste parce qu’elle aime les fleurs. Tante Hilda a un ami, Michaêl qui l’aide à protéger les fleurs. Tante Hilda habite un paisible petit village, Beaumont-les-Vignes, probablement dans la Drôme, non loin d’Hauterives et du Palais Idéal du facteur Cheval.

Dans la zone industrielle de la grande ville sombre et inquiétante. Un laboratoire secret abrite les expériences du professeur Aldashin et de son assistant Julio Attilio. Le professeur se prénomme Michaël… La directrice, Dolorès. Dolorès dirige les laboratoires DOLO, spécialisés dans la recherche… dont on ne dira pas le nom tout de suite. Vous savez ? La recherche qui vise à rendre les plantes plus productives, plus grandes, étouétou. La recherche qu’il faut faire si on veut gagner beaucoup de sous, mais qu’on se moque des conséquences des trouvailles que l’on fait. D’ailleurs le président de la République, dans cette histoire-là, est dans le coup. Du côté de la ville, pas de celui de la campagne.

Contraste saisissant dans le graphisme, dans l’illustration, dans les couleurs. C’est sûr, c’est évident. Mais ça a le mérite de poser les choses. Ne pas oublier que « la cible » de ce conte écologico-loufoque, c’est de jeunes lecteurs. Et qu’il est probable qu’ils seront davantage attirés par le long métrage de la société de production Folimage qui vient de sortir sur les écrans.

Jacques-Rémy Girerd et Benoît Chieux signent des scénarios bien construits, pédagogiques mais pas didactiques, attrayants et édifiants. Qui permettent cependant que naisse la réflexion, que germe le discernement (comme les fleurs, dans les serres de Tante Hilda). De parti-pris, certes, mais comment pourrait-il en être autrement ? L’album qui accompagne le film d’animation explique clairement l’intention de ses auteurs. Les illustrations grossissent volontiers le trait (peut-être un peu trop à mon goût).

En tout cas, « Tante Hilda » prend dignement la suite de ....


La Prophétie des grenouilles 

 et de

 

Mia et le Migou


28 janvier 2014

LA LUMIÈRE VOLÉE, Hubert Mingarelli

LA LUMIER VOLEE MINGARELLI

La lumière volée
Hubert Mingarelli
Folio Junior. 2009. 140 pages. À partir de 12 ans.

 

 

 

Varsovie. 1942. Deux gosses. Deux mômes. Juifs.

Élie, onze ans, est venu trouver refuge aux côtés de Josef Cytrin auquel il se confie, quand l’ombre arrive et que les coups de feu retentissent dans la nuit. Il a quitté le ghetto et ne trouve sécurité nulle part ailleurs qu’auprès de Josef qui repose sous une stèle. Si, il y a aussi Clara qui lui fournit subsistance. Élie est orphelin. Son père lui a laissé quelques subsides qui lui permettent de payer ses repas.

Gad, à peine plus âgé. Un szmugler. Il vit dans le ghetto que, chaque matin, il quitte pour trafiquer et ramener à ses occupants de quoi s’alimenter un peu.

Ces deux gamins vont voler quelques nuits à la mort. Dans un cimetière. Adossés à une tombe. Quand l’ombre les enveloppe et que les coups de feu retentissent dans la nuit, toujours plus près de leur repère.

Le premier est encore un enfant, ingénu. Le second est déjà, aux yeux de la guerre qui sévit, un vaurien. Leur rencontre est émouvante et tragique. Chacun apporte à l’autre une part de son désir de vie. Jusqu’au bout de leur vie. De leur lumière.

Hubert Mingarelli a publié ce roman en 2009. Son écriture n’avait pas atteint la puissance qui s’exprime dans ses derniers opus, destinés aux adultes (Un repas en hiver, Quatre soldats). Pourtant. Serrements de cœur. Émotion. Poésie. Littérature. De l’authentique, de l’essentielle. De celle qu’il faut lire, sans modération. À partir de 12 ans, peut-être. Mais bien après, aussi. 

 

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16 janvier 2014

LE PREMIER QUI PLEURE A PERDU ; Sherman Alexie

Le premier qui pleure

Le Premier qui Pleure a Perdu
Sherman Alexie
Albin Michel, col. Wiz, novembre 2013
288 pages, 14,50 €
À partir de 11 ans

 

 

 

 

 

 

Du début « Je suis né avec de l’eau sur la tête » ... à la fin « Nous n’avons pas compté les points ».

« Je », c’est Junior. « Nous », c’est Rowdy et Junior.

Entre ces deux périodes, ce sont les péripéties à la fois émouvantes et facétieuses d’un jeune Indien Spokane*. Junior est né « avec trop d’huile dans le crâne », dit-il. C’est-à-dire avec trop de liquide céphalo-rachidien. Il explique que « le moteur qui [lui] permettait de penser, de respirer et de vivre a ralenti et s’est enlisé ». Et que son cerveau se noyait dans l’huile et qu’il a fallu une opération chirurgicale : « les médecins ont ouvert mon petit crâne et aspiré toute cette eau en trop avec un minuscule aspirateur ».

Il préfère prévenir tout de suite son lecteur : « toute l’histoire est rigolote et farfelue ». Sous cet angle, en effet, Junior a l’art et la manière de présenter les choses avec humour, fantaisie et désinvolture. Et ce sont de francs sourires qu’arrachent les portraits croqués par le jeune garçon. Portraits au deux sens du terme : narratifs et crayonnés. Parce que Junior dessine. « Je dessine parce que les mots sont trop imprévisibles. Je dessine parce que les mots sont trop limités. […] Je dessine parce que je veux parler au monde. Et que je veux que le monde m’écoute ». Un monde qu’il voit « comme une série de barrages rompus et d’inondations et [ses] dessins comme de tout petits petits canots de sauvetage ».
Ses croquis illustrent à merveille ses narrations qui sont aussi de petites pépites du genre. « Mes mains et mes pieds étaient gigantesques. En CE2, je chaussais du 46 ! Avec mes grands pieds et mon corps de crayon, j’avais l’air d’un L majuscule quand je marchais dans la rue ».

L’ensemble du roman est ainsi émaillé de croquades, écrites et dessinées, particulièrement bien venues et désopilantes.

Mais. Mais. Ce serait regrettable de ne s’en tenir qu’à cet aspect du livre, même si cette apparence lui confère un atout évident pour qu’un ado ose le prendre sans crainte de se roussir les doigts et les neurones. C’est drôle, délibérément drôle et c’est un excellent argument de « vente ».

Reste le fond, la charpente de ce roman.

Là, c’est du grand art ! Sherman Alexie déroule magistralement le fil dramatique de la vie sur la réserve Indienne de Spokane. Les « fils du soleil » n’ont visiblement pas bénéficié de la chaleur de sa lumière. Ils ont plutôt été brûlés par les radiations de l’astre. L’auteur sait de quoi il parle. Lui-même appartient à cette communauté Spokane, lui-même a grandi sur la réserve. Ce texte est complétement autobiographique. Déterminé à ne pas passer sa vie sur la réserve, il a cherché un meilleur enseignement à l'école secondaire de Reardan, où il était un des meilleurs élèves et un remarquable joueur de basket-ball. Comme son jeune héros. Les tableaux qu’ils brossent de la pauvreté, de l’alcoolisme, de l’exclusion, du rapport entre les blancs et les indiens, sont hurlants de vérité. Et pour cause. C’est sa mémoire, ses bouleversements, ses enthousiasmes, sa désespérance, sa haine parfois, ses découragements, ses espoirs, ses victoires sur lui-même… c’est tout ça « Le Premier qui Pleure a Perdu » (« The absolutely true diary of a part-time indian » titre original), c’est tout ça et tellement davantage ! C’est un roman de société qui nous est donné à lire, et si le tout est servi avec humour, c’est surtout sarcastique, caustique, corrosif. Mais plein d’espoir aussi, puisque le livre s’achève sur la force réconfortante de l’amitié et sur la victoire, les victoires.

 


*tribu indienne. Spokane, dans la langue indigène, signifie « fils du Soleil »

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10 janvier 2014

À COPIER 100 FOIS ; Antoine Dole

A-COPIER-100-FOIS-ANTOINE-DOLE

À copier 100 fois, Antoine Dole
Sarbacane, 2013, 54 pages, 6 €

 

 

 

 

C’est quoi être un homme ? C’est quoi être un père ? C’est quoi l’amitié ? C’est quoi l’amour ? Antoine Dole s’accorde à peine cinquante-quatre pages pour … non ! Pas répondre à ces questions ! … mais  proposer des pistes de pensées intelligentes. En donnant la parole à son jeune héros de 13 ans, il ouvre avec beaucoup de pudeur certes, mais aussi avec intensité, le champ d’une réflexion sur l’homosexualité adolescente et les dommages que les discours bien-pensants provoquent chez ces jeunes qui, dans une période d’extrême fragilité psychologique et affective, se découvrent une orientation sexuelle et sentimentale différente de la norme hétéro.

C’est vrai que les mots, dits dans ce que l’on croit être l’anodin du quotidien, ont parfois un dramatique pouvoir destructeur. Quand le père du jeune narrateur martèle « un garçon, ça pleure pas, ça se laisse pas faire », comment peut-il entendre cette injonction cent fois répétée ? Comment gérer les insultes, les coups, le mépris de Vincent et de ses potes qui le martyrisent constamment et méthodiquement ? « Non papa, je me suis assis en boule, j’ai attendu que ça passe, j’ai mal aux côtes, j’veux pas y retourner demain, steuplé va leur demander d’arrêter ».

Comment gérer une relation à un père enfermé dans le bien-disant ? Comment se construire avec des outils qu’on ne sait pas utiliser parce que leur mode d’emploi n’est pas rédigé dans un langage que l’on comprend ? Comment affronter et refuser « les vérités » d’un standard culturel et judéo-chrétien dont on a souvent oublié les sources ?

Bien sûr, il y a Sarah, un rayon de soleil dans la solitude, une respiration dans cette violence ordinaire. Elle aussi « aime les garçons » lui dit-elle avec humour, tact, tendresse et douceur en lui prenant la main pour le réconforter et tenter de le défendre contre les dérouillées de cette bande qui ne voit en lui qu’un pédé. Elle, c’est un soutien symbolique.

Antoine Dole sait dire l’angoisse, la boule au ventre, l’isolement, l’asphyxie, le désespoir. Il parle du rejet, de la différence. Il n’explique pas. Il dit. Il n’est pas sentencieux, il ouvre seulement la porte à la remise en cause des principes induits, à la prise de conscience. Cinquante-quatre pages destinées aux adolescents, qu’ils se situent dans « la norme » ou non, aux adultes bien-pensants qui pourraient oser penser autrement, aux parents – que leurs enfants soient « différents » ou non –, et à tous ceux qui ne voudraient pas rater une chance de se bousculer les neurones.

« Quand ma mère me disait que les monstres n'existaient pas, que fallait pas avoir peur, c'était pas vrai Sarah. Ces monstres-là, ils existent, moi j'en ai rencontré. On s'y fait et c'est le pire, on s'habitue à tout. »

 


Lara Fabian - La difference par DMagalhaes

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12 octobre 2013

LE LOUP QUI MANGEAIT N'IMPORTE QUOI, Manu Larcenet & Christophe Donner

 

le loup qui mangeait n'importe quoi

Il était une fois, près du bois de Saint-Cloud,
Un loup sans foi n loi, un peu relou.
Il avait faim, c'était l'hiver
Il était très très en colère.
Il n'avait pas mangé depuis le mois d'octobre,
Lui le grand, le méchant carnivore....

Et tout à l'avenant : ça rime, ça versifie, ça alexandrit.  Et ça excite les imaginaires "caca-boudin" des loupiots en âge de lire cet album. Pensez donc ! Un loup qui mange, qui dévore, qui engloutit... n'importe quoi. Plutôt n'importe qui. Il a tellement faim, cet animal, qu'il est prêt à toutes les compromissions. Et en mode "bassesse", il excelle.Parce que cet horrible claque-faim ne tient pas compte des mises en garde de ses proies qui ne sont pas anodines, malgré les apparences : une brebis,un goret, un écolier, deux jumelles. Tout ça ne remplit pas que l'estomac,contrairement à ce que l'on pourrait croire. Parce qu'un mets daubé, ça a quelques conséquences sur l'organisme... et ça flatule, et ça rote, et ça mange ses crottes de nez...

Tout le scato
Qu'il faut
Pour que ce soit rigolo.

Tiens je me prends à poétiser.

La plume de Christophe Donner, le crayon de Manu Larcenet, quand ils s'associent, ça donne un album plein de couleur, d'humour.

De l'humour en poésie de surcroît
Qu'il convient de lire à haute voix. 

Mais l'intention ? Je dirais qu'avec cet album, on peut évoquer (mais juste une toute petite touche) la mal-bouffe : quand on mange n'importe quoi, il peut nous arriver toutes sortes d'avatars... J'ai adoré, en imaginant le fou rire des petits (à partir de 5 ans) qui vont emprunter la quête affamée de ce loup qui paye très cher ses excès.

J'ai adoré aussi cette improbable fin
Qui du répugnant vorace n'apaise pas la faim.

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11 octobre 2013

L'HISTOIRE DU RENARD QUI N'AVAIT PLUS TOUTE SA TÊTE, Martin Baltscheit

L'histoire du renard qui n'avait plus toute sa tête

Renard est un Goupil. Un vrai de vrai qui sait user de toutes les ruses. Capable de faire semblant pour mieux abuser. Capable d'échapper à tous les chiens courants. Renard est un sage. Qui sait parler aux renardeaux. Qui sait enseigner les roublardises. Qui sait fricoter chèvres, lièvres et poulets qu'il a, dirons-nous par décence, prélevés. Renard, le goupil, le rusé, le sage, vit une longue vie. Une belle et longue vie.

Mais alors que la barbe de Renard blanchit, la mémoire de goupil commence à flancher. Bon, au début, il ne trouve plus certains des mots, puis le temps s'immobilise, ou se distend, c'est selon. C'est au tour des idées qui ne suivent plus leur cours habituel... Bof, se dit Renard.

Un jour, ou peut-être un soir, était-ce un lundi, ou alors un jeudi ? Renard ne retrouve plus le chemin de son chez lui. Un autre jour, ou peut-être un matin... Renard ne sait plus. Ne sait plus. Ne sait plus. Mais il sent, il sent qu'on prend soin de lui, il sent qu'il n'est jamais seul. Les renardeaux y veillent.

Un album tout en douceur, tout en amour, tout en tendresse, tout en chaleur. Un album qui traite avec pudeur et délicatesse de la prise d'âge de ceux qui accompagnent les enfants ; les papys, les mamies, les tontons, les tatas... qui, parfois, partent pour le Pays du Grand Oubli. La vieillesse, la dégénérescence des cellules, cette perte des réalités qu'entraînent Alzheimer et autres Parkinson, bouleversent et agresssent les petits qui ne comprennent pas, à juste titre, pourquoi ce grand-père, cette grand-mère pour lesquels ils avaient profond respect, auxquels ils demandaient avis et conseils (même s'ils faisaient semblant de n'en rien croire), retombent dans une enfance qu'eux-mêmes ont hâte de quitter.

Un bel album. Non, un album essentiel, émouvant, pas didactique, juste vrai et fort, qui aide l'enfant à grandir et à ... vieillir en prenant soin de lui et de ceux qu'il aime.

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