03 janvier 2015

DES LETTRES ET DES MOTS - Pour les Plumes d'Asphodèle

 

-      Consonne
-      Z
-      Consonne
-      N
-      Voyelle
-      O
-      Voyelle
-      O
-      Voyelle
-      I
-      Consonne
-      H
-      Consonne
-      R

 

Bien sympa la copine, de m’avoir inscrite à ce jeu télévisé où l’on jongle avec les lettres et les mots. Certes, je suis de nature joueuse, mais là j’ai l’impression que mon adversaire est complètement à donf. Il va m’épuiser, me mettre en fatigue, me donner la fièvre. C’est juste le premier round, et j’ai déjà besoin d’un remontant.

H O R I Z O N… j’ai trouvé un sept lettres ! Oui, mais c’est à lui de parler en premier.

-      Six lettres, annonce-t-il avec ravissement.

-      Yes !!! Je suis dans le rythme ! Sept pour moi ! Et, comme on dit au pays d’ovalie, la cabane est tombée sur le chien. Pourquoi le chien ? Pourquoi pas le cheval ? Ou la poule ? Tiens, une poule sur une échelle, ou une étagère, qui sait ! Une poule qui picoterait du pain dur, qui cherrait – du verbe choir – de son échalier, valdinguerait du rayonnage et terrirait –du verbe terrir – dans la cahutte. Décidément, ce jeu me transcende !

 

Partie suivante. Je vais le faire grimper au rideau. Et il n’a pas intérêt à en faire une montagne !

 

-      Voyelle
-      A
-      Voyelle
-      E
-      Consonne
-      N
-      Consonne
-      R
-      Voyelle
-      E
-      Consonne
-      C
-      Voyelle
-      U

 

C’est à moi de dire en premier… Là, tu vois, c’est presque l’ascenseur pour l’Éden : six lettres triomphales : N A C R E E. Pourvu qu’il tombe en panne ! Je marche sur des œufs. Et s’il montait au créneau ? Il se gratte la tête, me regarde en coin, tente une œillade. Oh non ! Je viens d’entrevoir un sept lettres que je n’avais pas vu : C E R N E A U ! Là, c’est sûr, il va l’emporter ; c’est sûr il va le forger ce mot.

drague

Va falloir que je sorte le grand jeu, que je lui fasse croire qu’avec moi il va monter au ciel : un petit battement de cils, la langue qui s’insinue entre mes lèvres que je me mordille en baissant les yeux, le nez qui se retrousse. Je tournicote une mèche de cheveux… Super cute !

Non, pas sept lettres ! Je croise les jambes sous le pupitre, heu non, les doigts sur le pupitre. Le chrono s’essouffle. Je vois mon adversaire qui vacille, qui flageole. Il se déconcentre, il se disperse, il se dilue, il s’entomate. Sait même plus quelles lettres sont en jeu. Le voici qui claironne : « On se retrouve tout de suite après l’émission ? »

 

G A G N É ! J’ai gagné !

 

des chiffres et des lettres

Je rentre à la maison. La télé est allumée. Mon mari n’est pas là. Sur la table un post-it : « Tu as perdu au jeu de l’amour et du hasard. Sache que les lettres peuvent aussi faire des maux ».

 

 

 

-      Consonne
-      D
-      Consonne
-      V
-      Voyelle
-      E
-      Voyelle
-      O
-      Consonne
-      R
-      Voyelle
-      I
-      Consonne
-      C

 

C O R V I D É… je savais bien que les corbeaux portent malheur !

Un autre sept lettres : D I V O R C E…. ça c’était pas le jeu !

 


ASPHODELE

Les dernières Plumes 2014, dans leur dernière version. Les mots de la collecte, sur le site d'Asphodèle, ici.

(horizonnaturecielcabaneéchellefatiguegrimperrideaucréneauascenseurÉdenmontagneétagèrefièvretranscenderpanneépuiserœufschevalravissementremontant - rythme) ne m'ont pas inspirée vraiment. Alors que le thème était "monter", je les ai paradoxalement trouvés plats. J'ai fait ce que j'ai pu !

Et puis, c'est au scrabble que l'on tire 7 lettres ; à ce jeu télévisuel, c'est 10. Quand je vous disais que j'ai fait ce que j'ai pu !

En 2015, les rythme de ces ateliers d'écriture change (1 atelier mensuel seulement), les consignes aussi. Seul le règlement s'accroche.

 

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20 décembre 2014

Noël, pour les PLUMES D'ASPHODÈLE

Je ne sais plus si l’emballage de cette papillote était orange ou verdâtre. La friandise ne m’avait pas emballé, c’est le mot. Boutade un peu douteuse, certes, mais la plus appropriée à la situation, c’est sûr. Je ne sais plus à quelle invitation j’avais répondu. En tout cas, il m’avait fallu bien du courage, ce soir-là, pour sortir de la torpeur de mes trois cent soixante-quatre nuits d’insomnie. Je ne sais plus dans quel quartier je suis allé traîner ma fatigue.

 

Certains se réjouiraient de n’avoir à travailler qu’une nuit par an ; mais que savent-ils de ma crainte que le chauffage n’ait pas été éteint dans la cheminée dans laquelle j’allais m’engouffrer ? Qu’un cannibale, gueule grande ouverte, ne m’attende à l’arrivée ? Qu’une castillane en mantille et caraco ne m’accueille avec son ustensile à inhalation parce qu’elle prétend que je ronfle trop fort ? Qu’une fuite incompressible ne vide les conduits des radiateurs ? Savent-ils seulement, ceux qui m’envient pour mes trois cent soixante-quatre jours de RTT annuels, que le progrès me contraint à me faufiler dans les tuyauteries des maisons pour parvenir à remplir cette mission inéluctable qui m’est assignée chaque année ? J’ai même dû suivre une formation complémentaire pour apprendre à m’adapter aux nouvelles technologies. Et quand je m’en suis tiré à l’examen final, vous pouvez croire que ma réussite m’a fait crier victoire !

 

Mais je digresse, là ! J’extravague.

 

À la réflexion, je ne sais plus non plus si les illuminations dans le ciel provenaient des étoiles ou des flocons qui tombaient dru, cette nuit-là.

 

Bébé père noël

Parce que la veille de cette nuit-là, pour moi fut un émerveillement : une journée d’attente à la maternité pour assister à la naissance de mon enfant. Quel apaisement après toutes ses années de désir et d’espérance ! La quintessence du bonheur !

 

Alors vous comprendrez sans peine que la démesure des agapes, que les balthazars pétillants, que les étrennes que les humains ont échangées cette nuit-là, que la couleur des sucreries qui m’attendaient près des sapins n’avaient guère d’importance pour moi !

 

Je suis devenu PÈRE !

 


Et voici ma participation aux "Plumes d'Asphodèle", dernière édition 2014. Elle avait organisé une double collecte et de son chapeau sont sorties deux listes, que nous avions le droit de mêler, démêler... J'ai pris tout le package :

ASPHODELE

Insomnie, torpeur, flocon, inéluctable, agapes, fuite, cheminée, démesure, verdâtre, orange, mantille, victoire, illumination, attente, invitation, emballer,  courage, chauffage, réussite, enfant, parole, quartier, quintessence, quelconque, fatigue, ronfler, étoile, cannibale, balthazar, réflexion, emballage, crainte, papillote, caraco, se réjouir, émerveillement, désir, étrennes, apaisement, inhalation, examen, maternité, mot.

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22 novembre 2014

TAKE OFF Pour LES PLUMES


 

CHAT VOLANT

Take off

 

Celui qui observe le vol d’un essaim de chats
(absolument chauves,
pour ne pas faire dans la guimauve)
dans le silence d’un petit matin forcément voluptueux
pense qu’il souffre de l’ivresse des voyages
sans sommeil.
Je dirais plutôt que cette sarabande
n’est que le prologue
d’une billevesée musicale 
(érotique,
c’est plus sympathique)
qui transfigure et surnaturalise la solitude des passeurs d’utopie :
ils espèrent ainsi se ressourcer dans chaque recommencement
de fêtes étoilées
à faire rêver
tous les ténébreux qui croient que
les raminagrobis flottants ne sont que de blancs
pavillons lépidoptériens,
voltigeant
autour d’un fondement mafflu.
C’est le pourquoi de la chanson
(de fesse,
je le confesse).

C’est évident, mon histoire est complétement extravagante.
Elle m’est apparue, ce matin, au terme d’une nuit épuisante,
lorsque je me suis arrachée des coquecigrues de ma nuiteuse torpeur.

Sans doute ma nouvelle tisane du soir ! C’est mon petit-fils qui me l’a préparée : 
« Tiens Mamie, m’a-t-il dit en me tendant la tasse, tu vas faire de beaux rêves ! ».

 

 

LES PLUMES

C'est sur le thème de LA NUIT qu'Asphodèle a emmené notre joyeuse bande de plumitifs. 

Les mots issus de nos imaginaires débridés : 

vol, chat, transfigurer, chauve, blanc, solitude, silence, matin, se ressourcer, ivresse, ténébreux, épuisant, insomnie, étoilé, fête, rêver, sommeil, voyage, chanson, fesse, recommencement, voluptueux, sarabande, passeur, prologue, pavillon.

Je les ai tous employés.

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08 novembre 2014

UN VOYAGE INATTENDU : FOLIE CHROMATIQUE

Cette semaine, j'ai réuni deux défis d'écriture en un seul texte.

- Les Plumes d'Asphodèle (c'est par ici)
- Les Impromptus Littéraires (c'est par là)

Deux consignes, donc.

- 24 mots collectés par Asphodèle, lundi, sur le thème de "la folie", à insérer dans un texte. (on avait le droit d'un laisser un : pour moi, ce fut bergère)
grain, conséquence, ordinaire, manquer, zinzin, camisole, extravagance, quotidien, douce, furieux, maîtrise, artiste, abandon, univers, psychose, conte, rêveur, bleu, aliéniste, bergère, escapade, onduler, outrageux, obsédant.

- "Dans un musée, une exposition, voire même en regardant une reproduction dans un magazine, vous êtes fasciné par un tableau, une photo, une affiche ... Vous ne pouvez plus en détacher votre regard. C'est alors que tout bascule brusquement : vous êtes projeté à l'intérieur même de l’œuvre"

Voici donc le résultat de mes élucubrations plumitives.

********************

CHAGALL

Elle connaissait l’extravagance parfois outrageuse de Marc Chagall, l’univers déconstruit des objets et de l’espace dans son œuvre, sa maîtrise des couleurs. Elle croyait tout connaître de cet artiste que d’aucuns décrivaient comme un peu zinzin, empreint de la psychose propre aux juifs déracinés qui auraient trouvé dans l’art un moyen de s’exprimer. Ce dont elle était sûre, c’est qu’elle aimait le monde rêveur, fantastique et obsédant qui habite toutes ses toiles. Obsessionnel, serait, même, plus approprié.

Lorsque, au Grand Palais, en cet été 2013, elle entre, elle est prête au plus total abandon. Prête à se laisser guider par ses émotions et les conséquences qu’elles pourront avoir sur son quotidien. Quitter, ne serait-ce que quelques heures, l’ordinaire de sa vie et ne rien manquer de cette explosion de chromatisme onirique qu’elle se prépare à explorer.

Sa lente déambulation entre les créations du célèbre cubiste la conduit de toiles en toiles. Elle s’arrête soudain, fascinée par une huile. Ce sont les verts qui attirent son œil, leurs grains nuancés, quelques-uns tirant sur le bleu ; la mise en perspective d’un bosquet de bouleaux dans l’encadrement d’une fenêtre. Elle s’avance, comme si elle voulait pénétrer à l’intérieur de cette cuisine ; elle avance ; elle pénètre dans la cuisine.

Sans bruit, pour ne pas importuner le couple d’amoureux qui contemple le spectacle d’une nature libre, elle avance. La voici qui regarde par la croisée, elle aussi. Ils ne l’ont pas vue, tout occupés qu’ils sont à s’unir dans cette douce contemplation. Elle s’immisce dans leur communion de pensée devant le merveilleux qui cogne à la fenêtre. Une prairie, une haie fleurie, les arbres élancés… La fenêtre de l’intime. Elle retient son envie de prendre l’une des pommes, posée sur les assiettes retournées. Elle a envie. Mais se retient. Ne pas déranger, ne rien déranger. Le rideau soulevé, le châle accroché, le sucrier, le pichet, la tasse… témoins paisibles de la vie domestique. Ne pas perturber, ne rien perturber. Ces regards vers l’extérieur. Une escapade poétique. Un ici et maintenant.

-      Mais que diable faites-vous ici !

-      Chut, vous allez les importuner !

-      Madame, ils ne peuvent plus être incommodés. Ils auront bientôt un siècle ! Sortez de cette pièce, immédiatement !

-      De cette pièce ? Mais de laquelle ?

-      Ne voyez-vous pas que vous êtes entrée dans la cuisine de Marc et Bella ? J’espère que vous n’avez pas croqué « LA » pomme, en plus !

-      « LA » pomme ? Mais…

-      Oui ! « LA » pomme ! ne me racontez pas des contes, comme l’autre folle furieuse, l’autre jour ! J’ai dû appeler des aliénistes pour qu’ils lui passent la camisole ! Elle voulait prendre la place de la petite aiguille, parce qu’elle se disait lointaine descendante de Guillaume.

-      Guillaume ?

-      Oui Madame. Guillaume. Blaise aussi, et Herwarth, et Ricciotto ….

CHAGALL - hommage à Apollinaire

Elle écarquille les yeux, n’en croit pas ses oreilles. À pas furtifs, elle quitte la cuisine. Dans le couloir, son regard s’abouche presque violemment avec une nouvelle toile : elle comprend mieux cette histoire de pomme, de « LA » pomme. Le temps s’enfuit avec le tic-tac d’une horloge humaine. « LA » pomme est là, symbole du péché premier. Ceignant le couple originel, ondule la forme spiralée du serpent tentateur. Aux pieds de l’être double qui tient le fruit de toutes les convoitises, un cœur percé d’une flèche. Quatre noms l’auréolent. Une touchante déclaration d’amour aux quatre personnages qui ont toujours soutenu l’incomparable créateur : Apollinaire, Cendrars, Walden, Canudo

Elle devient Ève. La clepsydre de son destin commence à s’écouler.

 

Première oeuvre : Fenêtre à la campagne - Marc Chagall - 1915
Deuxième oeuvre : Hommage à Apollinaire - Marc Chagall - 1911/1912

Littér'auteurs/2014/11/08

 

ASPHODELE

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22 octobre 2014

LA PEAU DE L'OURS - pour les Impromptus Littéraires

Je suis très attirée par les formes d'écriture que les OuLiPiens ont créées. À priori, elles semblent faciles à écrire, plus qu'à lire. En réalité, elles sont autant difficiles à lire qu'à écrire. 

Pour cet exercice de style, je me suis imposée la contrainte du "PERVERBE", ce procédé d'écriture qui associe deux (ou plusieurs) morceaux de proverbes ou locutions et permet de créer de nouvelles. Une certaine forme de détournement qui m'a réjouie !

L'idée était de composer sur le proverbe : "Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué". J'ai invité des cordonniers, des imbéciles, des chats, des chèvres, des loups, des grives et des merles à vendre leur peau avant d'avoir tué l'ours.

 

PERVERBES

 

Il ne faut pas vendre la peau des ours les plus mal chaussés
avant d’avoir tué les cordonniers.

Variante :

Il ne faut pas vendre la peau des cordonniers
avant d’avoir tué l’ours qui est le plus mal chaussé.

*****

Il ne faut pas vendre la peau des imbéciles
avant d’avoir tué l’ours qui ne change pas d’avis.

*****

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours, quand on vous tient le menton.
Avant de l’avoir tué, il est facile de nager.

*****

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours, si le chat garde les chèvres ;
qui attrapera les souris, avant de l’avoir tué ?

Variante :

Il ne faut pas vendre la peau du chat qui garde les chèvres
avant d’avoir tué l’ours qui attrape les souris.

*****

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours, quand on parle du loup :
avant de l’avoir tué, on en voit la queue

*****

Les chiens aboient : « il ne faut pas vendre la peau de l’ours ! »
La caravane passe avant de les avoir tués.

*****

Il ne faut pas vendre la peau de l’ours, faute de grives.
On mange des merles avant de les avoir tués.

 

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07 octobre 2014

PAR LE BOUT DU NEZ...

À l'invite hebdomadaire des IMPROMPTUS LITTÉRAIRES (ici)
j'ai répondu.
Sur le thème
d'un labyrinthe des odeurs
que j'ai voulu littéraire.

Par le bout du nez

« Madame. Nous avons le grand plaisir de vous inviter à participer à notre grande chasse aux écrivains, le … ». À la réception de ce carton, elle s’étonne : certes, elle est lectrice assidue, mais de là à pister les auteurs… Curieuse, elle se décide à se rendre à cette invite. Elle s’apprête soigneusement, convaincue d’y rencontrer quelques plumes célèbres.

Accueillie avec solennité par un majordome caudataire (tiens ! son allure lui rappelle sa lecture du « Voyage en Italie » d’Hyppolyte Taine), elle est conduite dans une sorte de hammam ; là, on l’invite à se dévêtir et à se plonger dans une eau cristalline et singulièrement inodore. Elle qui se préparait aux fragrances de l’Orient ! Puis on la revêt d’une longue toge blanche terriblement inodorante, elle aussi. Puis, après lui avoir bandé les yeux, on la mène dans un quelque endroit. Insonore. La porte se referme derrière elle. Elle tente de calmer les battements désordonnés de son cœur en inspirant profondément.

Tout est là : l’odeur des livres ! Celle du papier jauni par le temps.  Celle, cuirée, des couvertures. Et celle des encres fraîchement estampillées sur les pages des ouvrages. Par son odorat, tous ses sens se renseignent et se mettent en alerte. Elle a enfin compris la raison pour laquelle elle est là… Elle avance à tâtons, les bras en avant. Ses mains, soudain affleurent une jaquette. Dont elle s’empare et qu’elle approche de son visage. Un souffle d’herbes sèches, de pins, de rocailles brûlantes et de bois calciné parvient jusqu’à elle …Henri Bosco[1], murmure-t-elle. Elle a compris et fébrile, elle cherche, à l’aveugle, un autre ouvrage. Celui-ci lui renvoie une bouffée d’ambre, de musc, de benjoin et d’encens ; Charles Baudelaire[2] s’impose soudain. Elle poursuit sa quête. « Des odeurs de nuit, de terre et de sel »… la voici aux côtés d’Albert Camus[3]. Le parfum maléfique de fruit mûr blessé des lys des rivages qui s’élancent de la terre sourd d’un autre livre : c’est Colette[4], qui émerge de la collection. Elle croit détecter un effluve d’eau de Javel. Elle rassemble ses souvenirs : Yann Quéffélec[5] se présente à sa mémoire. Mais Gustave Flaubert[6] le bouscule et lui apporte l’odeur salée de l’Océan. Voici, un peu plus loin, un livre qui pue la fourmi. Intriguée, elle cherche qui pouvait produire cette exhalaison nauséabonde. Mais oui ! C’est Honoré de Balzac[7] qui parlait ainsi de sa cousine ! Vite, une fragrance plus délicate ! C’est au marché qu’elle trouve Philippe Delerm[8], lorsqu’il achète du mimosa.

Elle se sent lasse, incapable de poursuivre cette collecte enivrante. Elle s’appuie contre une étagère. Elle entend une voix douce et grave : « Tous ces extraits pouvaient être mélangés pour obtenir d'autres nuances[9].... Revenez quand bon vous semble, Madame ! Nous serons toujours là pour vous accompagner au cœur des essences de la vie ! Puissent les vallées être vos rues et les verts sentiers vos allées, afin que vous puissiez vous chercher les uns les autres à travers les vignes et revenir avec les parfums de la terre dans vos vêtements ».[10]

 

Martine-Littér’auteurs – 2014/10/07



[3] - Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes.
L’Étranger

[4] - Ces lys des rivages qui s’élancent de la terre, grandissent si vite qu’on ose pas les regarder, épanouissent leur corolle et leur parfum maléfique de fruit mûr blessé, puis retournent au néant
La naissance du jour

[5] - Le public retenait son souffle. Voilà qu'au moment d'envoyer Antigone à la mort, il avait cru détecter sur la comédienne un parfum d'eau de Javel. Le rire avait aveuglé son attention, submergé la tragédie, gagné les autres comédiens avec la vélocité d'un virus : la troupe s'était fait siffler.
Le maître des Chimères.

 

[6] - Et l'arôme de tout cela lui apporte l'odeur salée de l'Océan. (...) le grand parfum des bois.
La Tentation de Saint-Antoine

 

[7] - Comme elle pue la fourmi ! (...) Je ne l'embrasserai pas souvent ma cousine !
La cousine Bette.

 

[8] - Le lendemain matin, ils allèrent au marché. Arnold acheta du mimosa qui sentait loin, jusqu'à l'enfance.
Il avait plu tout le dimanche.

 

[9] - Michel Baudet, Les parfums antiques. 

 

[10] - Khalil Gibran, Le passant d’Orphalèse

24 septembre 2014

ESSENTI'ELLE, pour les Impromptus Littéraires

Le thème d'écriture est, cette semaine : "le voyage d'une goutte". Celle-ci est d'Or.

 


 

plan du quartier en 1850

Essenti’Elle

Elle sort, encore ensommeillée, du métro Barbès-Rochechouart. Il est tôt et frisquet, mais elle est décidée : il est essentiel qu’elle fasse ce pèlerinage.

Traversée du Boulevard de la Chapelle ; la circulation est déjà dense et les klaxons retentissent. À sa gauche, la rue des Islettes dans laquelle elle s’engouffre. C’est la première étape de son circuit. « Je me prends pour le Christ sur son chemin de croix, pense-t-elle, émue. Mais pour moi il n’y aura pas autant de stations ». Oui, c’est en quelque sorte un chemin de croix qu’elle entreprend. Un retour à petits pas sur son passé. Ce passé qu’elle recherche depuis si longtemps et qui, de générations en générations, a été tu, dissimulé, supprimé. C’est à la hauteur du n°12 qu’elle s’arrête.

C’est sinistre ; elle frissonne. Une porte de garage en bas d’un immeuble en béton. Et là, dans l’angle, le gourbi d’un sans-abri. Un pauvre sourire s’esquisse sur ses lèvres. Ce n’est pas comme cela qu’elle imaginait le domicile de sa quadrisaïeule ! Certes, en 1830, il n’y avait ni métro, ni parking. Mais déjà la misère et la pauvreté régnaient dans ce quartier ; elles ont traversé le temps et survivent encore. Pas de trace, non plus, du lavoir dont elle a récemment découvert l’existence du temps de son ancêtre. Mais une place. Bétonnée, elle aussi. Déserte.

Ce quartier ne lui dit rien qui vaille, on y sent le dénuement, l’impécuniosité.

Elle sort de son sac le plan qu’elle a retrouvé au fond d’une armoire, dans la datcha de ses grands-parents. Il est daté de 1850. Il ressemble à un vieux parchemin. On pourrait la croire occupée à une chasse au trésor !

Elle tente de se repérer, de faire le lien entre le passé et maintenant. C’est pour cela qu’elle est venue ici. Établir un pont entre sa lointaine Russie et ce quartier de Paris Le pont de son histoire. Elle se sent perdue, minuscule goutte dans une heuristique complexe et secrète. Clandestine. Inavouée. Obscure.

Elle s’égare, s’affole, dans ces rues enchevêtrées. Elle avance, revient, repart… cherche la plaque sur le mur qui lui dira qu’elle est arrivée chez elle, enfin. Elle ne veut pas demander son chemin, persuadée que son sang parlera, que l’objectif sera atteint. La mission qu’elle a promis à son fils d’accomplir quelques jours avant qu’il ne meure.

Soudain. « Rue de La Goutte D’or ». C’est là. C’est là qu’Anna Coupeau, en 1852, est née. Anna, dite Nana, son arrière-arrière-grand-mère née de l’union de Gervaise Macquart et de Coupeau. Nana, qui lors de son séjour en Russie, en 1869, avait donné naissance à une fille où elle l’avait abandonnée, l’année suivante, pour retrouver, à Paris, son fils Louiset et le suivre dans la tombe atteinte de la variole qu’il lui avait transmise.

Elle a retrouvé son origine.

Littér’auteurs – 2014/09/23

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18 septembre 2014

NOCTU'ELLE pour les Impromptus Littéraires

Noctu’Elle

 

 

isabelle-femelle papillon

Isabelle Noctuelle, éblouie par l’obscurité de la chambre, se sent portée vers une trouble clarté aux contours imprécis. Elle se cogne contre la vitre, meurtrit ses ailes, relance sa quête improbable vers la nitescence enténébrée ; s’abat, étourdie, sur une bordure de fenêtre pruinée d’années d’abandon. Elle s’ébroue, commotionnée. Erre, désemparée, sur le rebord de la tabatière. S’empêtre dans le canevas englué d’une toile arachnéenne. Sa flamboyance de vitraux de soleil couchant, s’agite, éperdue.

Isabelle Noctuelle est posée.
Là.
Scrute, à petites impulsions.
Pose une patte gracile.
Palpe.
Masse.
Pelote.
Sonde.
Se décide à explorer.
Tourne le dos à la lumière.
Heurte de ses flagelles une étrangeté : glaciale, austère, inerte.
Sensilles en alerte, elle furette.
Elle chasse quelques grains de poussière pour s’approcher au plus près de la matière de cette saugrenuité.
C’est glissant,
c’est glaçant.
C’est sombre.

Et pourtant elle distingue un reflet. Elle parvient malaisément déployer à nouveau sa voilure chamarrée. Ne se tourne surtout pas vers la lumière qui l’attirerait irrésistiblement. Il faut qu’elle sache ce qu’est cet objet.

Isabelle Noctuelle est rentrée dans l’objet.
Elle étouffe,
s’asphyxie,
s’étiole,
se brise,
suffoque,
se noie.
Sombre.
Succombe.

Littér’auteurs - 2014/09/17

« Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire
Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire
Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,
Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence. »

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « Le Flacon »


IL

La contraine d'écriture était, cette semaine d'inspiraton photographique. Et c'est ce superbe papillon nocturne, l'Isabelle (ou papillon vitrail) qui m'a fait découvrir ces lieux, que Charles Baudelaire semble, lui aussi,avoir visités.

19 juillet 2014

LES PLUMES DU SILENCE CHEZ ASPHODÈLE

le loup et l'agneau

Parmi les mots récoltés par Asphodèle, celui qui a immédiatement attiré mon attention - allez savoir pourquoi - c'est "agneau". Et la fable de Jean de La Fontaine m'a immédiatement trotté dans la tête. Alors, pourquoi pas remonter aux sources ? J'ai pris plaisir à pasticher les deux fables originales en y insérant les mots de la collecte : 

essentiel – réserve – regard – musique – félicité – observer – minute – nuit – agneau- son – muet – apaiser – méditation – angoissant – justesse – jacaranda - jouer

Et voici ce que ça donne : 

 

LE LOUP ET L’AGNEAU – Un pastiche de la fable d’Ésope

 

Un loup, observant un agneau qui buvait avec félicité à une rivière bordée de jacarandas, voulut alléguer un prétexte spécieux pour le dévorer. C’est pourquoi, bien qu’il fût lui-même en amont, il l’accusa de troubler sa réserve d’eau, de l’empêcher de la boire et d’en entendre la musique. L’agneau, cherchant à l’apaiser et croyant qu’il jouait, répondit qu’il ne buvait que du bout des lèvres, et que d’ailleurs, étant à l’aval, il ne pouvait troubler l’eau à l’amont. Le loup, ayant manqué son effet angoissant, reprit : « Une minute, jeune effronté, l’an passé, une nuit, tu as insulté mon père. — Je n’étais pas même né à cette époque, » répondit l’agneau. Alors, sans un regard, le loup reprit : « Quelle que soit ta facilité à te justifier, je ne t’en mangerai pas moins. » Le petit animal en devint muet d’effroi et aucun son ne put lui échapper lorsque le loup l’emporta.
Cette méditation pleine de justesse montre qu’auprès des gens décidés à faire le mal la plus essentielle défense reste sans effet.

LE LOUP ET L’AGNEAU – La fable d’Ésope

Un loup, voyant un agneau qui buvait à une rivière, voulut alléguer un prétexte spécieux pour le dévorer. C’est pourquoi, bien qu’il fût lui-même en amont, il l’accusa de troubler l’eau et de l’empêcher de boire. L’agneau répondit qu’il ne buvait que du bout des lèvres, et que d’ailleurs, étant à l’aval, il ne pouvait troubler l’eau à l’amont. Le loup, ayant manqué son effet, reprit : « Mais l’an passé tu as insulté mon père. — Je n’étais pas même né à cette époque, » répondit l’agneau. Alors le loup reprit : « Quelle que soit ta facilité à te justifier, je ne t’en mangerai pas moins. »

Cette fable montre qu’auprès des gens décidés à faire le mal la plus juste défense reste sans effet.

 

LE LOUP ET L’AGNEAU – Un pastiche de la fable de Phèdre

 

Un loup et un agneau étaient venus au même ruisseau, pour apaiser leur soif sous les jacarandas. Le loup se tenait en amont et l'agneau plus loin en aval. Alors excité par son gosier avide, le brigand invoqua un sujet de dispute. « Pourquoi, lui dit-il, le regard enflammé, as-tu troublé mon eau en la buvant ? » Le mouton sortit de sa réserve et observa avec justesse : « Comment puis-je, loup, je te prie, faire ce dont tu te plains, puisque le liquide descend de toi à mes gorgées, pour m’emplir de félicité ? »  L'autre se sentit atteint par la force de la vérité : « Ne joue pas avec mes nerfs. Tu as médit de moi, dit-il, il y a plus de six mois. — Mais je n'étais pas né, répondit l'agneau. — Attends une minute, par Hercule ! Ton père alors a médit de moi, fait-il. Es-tu devenu muet ? Plus un son ne sort de ta bouche ! ». Puis, la nuit venant, il le saisit, le déchire, et lui inflige une mort injuste.
Cette fable essentielle a été écrite à l'intention de ces hommes angoissants qui oppriment les innocents pour des raisons inventées. Puisse un jour un amphion la mettre en musique pour qu’elle devienne méditation.

 

LE LOUP ET L’AGNEAU – La fable de Phèdre 

Un loup et un agneau étaient venus au même ruisseau, poussés par la soif. Le loup se tenait en amont et l'agneau plus loin en aval. Alors excité par son gosier avide, le brigand invoqua un sujet de dispute. « Pourquoi, lui dit-il, as-tu troublé mon eau en la buvant ? » Le mouton répondit avec crainte : « Comment puis-je, loup, je te prie, faire ce dont tu te plains, puisque le liquide descend de toi à mes gorgées ? »  L'autre se sentit atteint par la force de la vérité : « Tu as médit de moi, dit-il, il y a plus de six mois. — Mais je n'étais pas né, répondit l'agneau. — Par Hercule ! ton père alors a médit de moi, fait-il. » Puis, il le saisit, le déchire, et lui inflige une mort injuste.
Cette fable a été écrite à l'intention de ces hommes qui oppriment les innocents pour des raisons inventées.

 

LES PLUMES

Chez Asphodèle (ici) , son texte, et les liens vers ceux des participants : ValentyneDame MauveJacou33MarlaguetteSoène,Modrone-Eeguab , Mind The Gap,. SharonNunziJanick, CériatAlphonsineMartine27Célestine.  Pierrot BâtonMomo. LilouSoleil.

 

05 juillet 2014

LES PLUMES D'ASPHODÈLE : Impossibles retrouvailles

Reviens ! Veux-tu !

« Ma chérie,

Depuis que tu as laissé ceux qui t’aiment dans le désespoir en partant sans un adieu, nous vivons sans joie. Reviens, veux-tu !

Je t’embrasse.

Maman »

Elle ne s’attendait pas à cela, en ouvrant l’enveloppe anonyme qui avait été glissée sous la porte de son appartement. Comment sa mère avait-elle pu retrouver son adresse ? Qui avait été chargé de cette missive ?

Elle reste là, les yeux dans le vague, quand, absurde et dérisoire, une romance, chantée par Tino Rossi dans les années 1900, la submerge : « Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Son grand-père. Elle, petite fille gonflée d’amour. Lorsqu’il entonnait ce refrain avec allégresse, elle sentait des larmes d’inquiétude monter inexorablement. Comme si l’irréparable allait se produire. Elle ne comprenait pas pourquoi cette émotion l’envahissait. Son grand-père non plus. Tout allait bien pourtant ! Les ripailles mettaient en joie la famille réunie pour ces fêtes…


« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».
Comme si la lettre, inopportune, de sa mère lui prescrivait de faire un bilan. Elle a froid, soudain. Son grand-père n’est plus. La petite fille a grandi. Grandi dans une révolte qu’elle a vécue intensément, dans une volonté impitoyable de balayer tout ce qui la rendait heureuse.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».
Cet ami avec lequel elle avait découvert sa féminité, qu’elle avait laissé sur le quai d’une gare, sans un regard en arrière : leur séparation avait été si facile ! Elle avait tourné le dos. Simplement. Sans qu’un mot ne soit échangé.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Non. Ne revoir personne. Sa vie n’a pas de sens.

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Au goulot, elle ingurgite le contenu de la bouteille. Dans sa bouche, le cocktail létal…

« Reviens ! Veux-tu ! Ton absence a brisé ma vie ! ».

Elle brise sa vie.



Martine Littér'auteurs - 2014.07.02



LES PLUMES

Les "Plumes" chez Asphodèle, c'est, bimensuellement, écrire. Un plaisir que donner sens aux mots. Cette fois, il s'agissait de : 

ripaille – revoir – s’embrasser – froid – larmes – famille – fête – allégresse – bilan – amour – quai – adieu – joie – ami – séparation – inquiétude – irréparable – intensément 

 

Posté par C Martine à 06:00 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
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