16 mai 2015

DES PLUMES À CRAQUER chez ASPHODÈLE

 

2015

Corrigations

Il va s'y mettre.

Il repousse ce moment depuis quelques jours ; mais les élèves attendent la correction. Il a proposé à sa classe de seconde un sujet libre en suggérant aux lycéens de se lâcher. De s'évader. De se laisser porter par le souffle de leur inspiration, comme une abeille turbulente occupée à faire ses courses de fleurs en fleurs.

Il va s'y mettre.

Il va prendre son courage à deux mains, pour ne pas céder à l'ennui qui déjà s'empare de lui, à la simple idée de devoir lire – et peut-être s'extasier d'une pharisienne admiration – un texte qui l'aura fait pleurer de consternation.

Il va s'y mettre.

Il allume d'abord un feu de branches mortes dans la cheminée de son bureau. Ce serait folie pour ses articulations, pense-t-il, que de travailler dans le froid. Et puis, ça lui fait plaisir d'entendre les craquements des ramilles.

Il va s'y mettre.

Il dépose une tablette de chocolat à croquer sur l'angle droit de son bureau. Et, sur l'angle gauche, son paquet de clopes (pourvu que les élèves n'emploient pas ce terme vulgaire !) et une boîte d'allumettes. Il ajoute un sachet de caramel. Quelques douceurs ne pourront que le réconforter.

Il va s'y mettre.

Il a les nerfs en pelote. Ses pensées vagabondent comme les abeilles qu'il a évoquées devant ces jeunes dont il a la charge de raccommoder l'inculture et le vernis de futurs playboys en quête d'amours éphémères. Ce lycée de fils à papas pleins de thunes le débecte.

Il va s'y mettre.

Il a bien l'intention de les faire raquer : il va étudier leur prose sous toutes les coutures, dénicher les fautes de syntaxe, débusquer les barbarismes, leur mettre le nez dans leur ignorance, repérer les solécismes, triturer les contresens. Il sent le ressentiment monter en lui, prêt à éclater comme un coup de tonnerre.

Il va s'y mettre.

Il ne supporte pas ces jean-foutre pas même capables d'installer un logiciel correcteur d'orthographe qui lui éviterait de devoir déchiffrer leur jargon phonétique.

Il va s'y mettre.

Il prend une grande inspiration.

Il rassemble le paquet de copies.

Délicatement le pose sur les flammèches.

Il allume une cigarette,

Soulagé.

© Martine Littér'auteurs - 16 mai 2015 

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ASPHODELE

Pour tout dire, c'est ASPHODÈLE (mais oui ! cliquez donc !) qui orchestre ce jeu d'écriture. Elle propose un mot, les futurs particpants proposent des mots que leur évoque ce vocable. Et de mots en mots, de mots par mots, de mots à mots... chacun devient créateur d'un texte unique, comme une pièce de collection.

Cette fois-ci, il fallait mettre en harmonie :

Feu, chocolat, pelote, courage, croquer, branche, pleurer, folie, logiciel, admiration, couture, s’évader, play-boy (ou playboy), abeille, clope, plaisir, raquer, tunes (ou thunes), caramel, articulations, céder, raccommoder, vernis, allumette, amour, courses (dans le sens de shopping),  tonnerre.

 

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25 avril 2015

LES PLUMES DU DÉSIR, chez Asphodèle

plumes

J'emporte ma peluche, dit l'enfant. Tu sais bien qu'elle me donne des allergies, dit la mère. Je prends du chocolat, dit le père.

Ils attendent tous les trois le tramway. Quelle idée que d'emprunter cette machine pour partir en voyage d'amour !

Ce sera un nouvel envol, dit le père. Pourvu qu'il ne soit pas éphémère, dit la mère. C'est la première fois qu'on part, dit la petite.

Laissez-vous vibrer, dit la brise.

Oubliez la censure du déplaisir, dit l'étincelle.

Gardez l'envie des gourmandises de la vie, dit le tapir plein de rides.

J'ai besoin de valser, dit la mère. J'aimerais un baiser, dit le père. Est-ce que vous m'aimez, dit la fillette.

J'ai quelques velléités d'écrire, dit l'auteur, en contemplant les volutes du lierre enroulé autour de la carrosserie rubigineuse du chemin de fer.

Immobile et engourdi.

© Martine Littér'auteurs - 25 avril 2015 

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ASPHODELE

Tous les mots de la collecte ont été utilisés, dit l'autrice, l'auteuse, l'auteure qui aime chercher chez Asphodèle des sources d'inspiration.

Allergie, velléité, brise, espérance, étincelle, écrire, déplaisir, censure, enfant, gourmandise, première, tramway, rides, éphémère, envie, amour, voyage, peluche, chocolat, tapir (l’animal ou le verbe au choix), envol, baiser (dans le sens que vous voulez), vibrer, volutes, valser, attendre.

Nous avons été nombreux à aimer ces mots, disent les plumitifs :

MonesilleGhislaine53Val-Grenouille59LilouSoleilMelle La DémoneThiébault de Saint-AmandSoèneJacou33,  Martine27Modrone-EeguabCériatPascal Bléval,Mélusine80Les mots d’IsabelleAstrid-ToinetteRéjanieEmilieBerdFred Mili-Choupi,Carnets ParesseuxBizak,MarlaguetteDimDamDom59Célestine.

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16 avril 2015

MARTINE GARDIENNE D'OIE

oie

Dans mon billet, hier, j'ai évoqué la présence d'une oie dans ma vie de petite fille. Certaines souhaitant connaître mes aventures, j'en ai fait texte ci-dessous.


Cette bestiole vivait dans la basse-cour familiale qu'elle partageait avec poules, pintades, canards, lapins et pigeons. La relation que j'entretenais avec tout ce petit monde était très étroite, alors que mes parents le considéraient plutôt comme de la viande à pattes. Dans un cas comme dans l'autre nous les entourions de soins attentifs : moi, parce que je les adoptais, mes parents parce qu'ils les engraissaient.

Ma mère prétendait que l'oie, pour revenir à nos… moutons, au point de tige, avait besoin d'air et d'herbe. Sans doute n'avait-elle pas tort, mais c'était à moi qu'incombait la charge de lui procurer ces deux ingrédients indispensables à sa bonne santé.

Il fallait remonter la longue allée qui traversait le potager, pour parvenir à un espace herbu destiné aux ébats de la demoiselle. Longue était l'allée, pour mes petites jambes de sept ou huit ans; long était le parcours parce qu'il fallait empêcher le volatile de prélever en passant les légumes qui nous étaient réservés.

À ce moment de mon histoire, je pense que vous, lecteurs, sentez l'irritation qui ascensionnait vers mon cerveau beaucoup plus vite que le palmipède claudicant qui me précédait.

Cahin-caha cependant, l'équipage arrivait à bon port. Je m'asseyais sur une grosse pierre, me saisissais du bout de tissu vert sur lequel paissait inlassablement un mouton devant une barrière et entreprenais mes fastidieux travaux d'aiguille.

L'oiseau se campait devant moi, tête haute et me fixait intensément. Jamais au grand jamais elle ne consomma un brin de verdure, toute occupée qu'elle était à me contempler, impassible. Je ne sais celui qui, du mouton ou de l'oie, m'exaspérait le plus ; le fait est que ma nervosité se muait petit à petit en crispation qui devenait progressivement fureur.

C'est l'oie, cet animal indigne et de surcroît narquois, qui faisait les frais de ma colère : prestement je la giflais, et sa tête au bout de son cou oscillait sans que leur propriétaire en prenne, en apparence, quelque ombrage. Alors, je réitérais mon geste : j'allais bien parvenir à la faire sortir de son impavidité !

Après quelques taloches, en effet, la belle au long cou commençait à se lasser ; elle ouvrait le bec, soufflait et … chargeait. Je n'avais plus qu'à prendre les jambes à mon cou, si je ne voulais pas me faire pincer les mollets. La longueur de l'allée, par un miracle que je me suis jamais expliqué, s'était considérablement raccourcie. Il n'empêche que c'est complètement essoufflée, avec une oie furieuse aux trousses, que j'arrivais devant ma mère qui, sans poser de question, m'appliquait une calotte pour venger la bête des camouflets que je lui avais infligés.

Bien sûr, le mouton ne nous avait pas suivies dans cette course-poursuite ! Il me fallait retourner le chercher. Dieu ! Que cette allée était longue !

©Martine Littér'auteurs - 16 avril 2015

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29 mars 2015

JEU DE LETTRES

J'ai rencontré ce jeu chez Lady Marianne. Je m'y suis amusée.

FLABELLIFORME

Voici la règle du jeu :

"Avec les lettres proposées, faire des mots de 5 lettres au moins et au moins 5 mots, puis les inclure dans un texte sur un thème de votre choix ou pour corser faire le texte en rapport avec le mot trouvé".

Et voici mon texte :

Ils sont là, tous les deux, à arpenter les travées de la jardinerie, indécis sur le choix des plantes qui pourraient embellir leur jardin. Fébrile, elle s’arrête devant un superbe bromelia.  

-       Regarde ! Cette hampe florale ! On dirait qu’elle flamboie ! Et cette abeille affolée qui croit pouvoir en tirer un nectar miellé !

-       Je te rappelle que nous sommes ici pour le jardin, pas pour décorer le salon. Que dirais-tu de cet arbre ? Nous pourrions distiller une fiole de mirabelle avec ses fruits.

-       Mais c’est de la folie, c’est interdit, se rebiffe-t-elle. Moi ce que je veux, ce sont des arbres qui nous fassent de l’ombre. Tu te souviens de l’énorme filao qui nous avait abrités pendant notre voyage de noce ? Sa ramée nous avait servi d’ombrelle et nous avait protégés des rayons du soleil.

-       Alors nous pourrions acheter un érable. Et le merle morfal que tu nourris tous les matins pourrait y nicher. Il va quand même falloir que nous nous décidions !

-       Ce dont je raffole ce sont des arbres dont les feuilles sont en forme d’éventail. Crois-tu qu’ils en ont ici ? Un ginkgo biloba, par exemple. On pourrait l’installer dans l’allée du fond. En automne, la couleur jaune ambrée de ses feuilles pourrait émailler le vieux mur pourri de la ferme du maire qui nous sape le moral.

Tout occupés à discuter joyeusement, ils découvrent soudain un vendeur en train de bailler d’ennui derrière une ombellale. Il a entendu leur conversation. Il s’approche du jeune couple :

-       Si j’ai bien compris, messieurs-dames, c’est un arbre flabelliforme que vous recherchez ? J’ai le ginkgo qu’il vous faut. C’est une fille. Attention, monsieur, il vaudra mieux ne pas vouloir distiller ses fruits qui ressemblent à s’y méprendre à de petites prunes jaunes. Chaque petite bille libère une odeur pestilentielle. Mon chien en a trouvé une l’autre jour, et il l’a flairée : il est parti en hurlant, ce n’est pas une fable ! Il était à filmer ! Faudra-t-il vous l’emballer ?

Les jeunes gens se regardent, perplexes. Elle est un peu affolée par cette perspective ; elle s’aperçoit qu’il a blêmi, qu’il ne fait plus le mariolle et qu’il ne frime plus. Si cette histoire n’est pas une faribole, ils planteront une ormaie

 

© Martine Littér'auteurs - 29 mars 2015

 

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14 mars 2015

LES PLUMES D'ASPHODELE, COMPLETEMENT MARTIENNES

 

LES PLUMES

C’était un pays d’il n’y a guère, un pays de renaissance. C’était un pays fantastique, un pays de paresse. C’était un pays de contradictions, un pays qui se disait de liberté.

L’ubac s’était installé au sud ; le bernard-l’hermite n’était pas sans abri. L’animal, d’ailleurs, appréciait la chaleur de ce versant d’univers qui n’était pas au nord (et pas davantage qu'à l’est ou à l’ouest). Un beau matin, le crustacé décida qu’il y avait urgence à déserter. Mais avant de quitter sa douillette demeure, il secoua son édredon.

Quelle erreur !

Une plume s’en échappa, virevolta et se posa, tout en douceur, sur la nuisette d’une cigogne, qui, soit dit en passant, était un héron. Surprise, elle sortit de son sommeil et ouvrit grand ses ailes. Le printemps s’approchait à pas menus.  Le ciconiidé au long bec emmanché d’un long cou huma l’atmosphère : il la trouva vaporeuse à souhait et décida de prendre l’air.

Quelle erreur !

Dans ce pays d’il n’y a guère, fantastique et plein de contradictions, la volupté et l’insouciance étaient bannies ! L’oiseau s’abima en plein vol et s’écrasa sur le flaccide décapode, l’entraînant avec lui dans le silence éternel.

Moralité :

Que vous soyez pagure ou ardéidé
Choisissez bien, pour y demeurer,
Le pays o
ù vous exposerez vos idées.
Sinon, votre vie y laisserez.

© Martine Littér'auteurs - 14 mars 2015

https://www.facebook.com/martine.crasez


J'ai utilisé cette collecte, à l'invite d'Asphodèle (chez elle, c'est ici) qui, chaque mois, me fait prendre ma plume. 

Douceur, printemps, déserter, sommeil, chaleur, renaissance, air, bernard-l’hermite, édredon, paresse, plume, aile, volupté, insouciance, liberté, vaporeux, virevolter, cigogne, nuisette, ubac, univers, urgence

Pour rédiger une fable de 211 mots

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28 février 2015

LES PLUMES DE FÉVRIER

 

2015

Comme je n’avais pas trouvé l’inspiration ce matin, je me suis prise à méditer sur la question. C’est ce moment qu’a choisi un hypocrite goéland pour venir tourbillonner autour de mon turban. Armée d’un tison qui rougeoyait là par pur hasard, j’engageai la bataille contre cette bestiole inattendue qui avait le culot de venir troubler ma réflexion. À ma grande surprise, il fit preuve de souplesse en fonçant sur son objectif : le merveilleux gâteau que j’avais préparé pour accompagner mon thé matutinal. Ma décision fut instantanée. C’est sans merci, ni hésitation, que je [lui] volais dans les... Plumes… d’Asphodèle !

© Martine Littér'auteurs - 28 février 2015

2015

 


Tous les mots de la collecte sont là ! Merci aux généreux donateurs !

ASPHODELE

"Question, inattendu, merci, gâteau, méditer, souplesse, culot, surprise, hasard, décision, inspiration, trouver, hypocrite, goéland, bataille, réflexion, objectif, tourbillonner, turban, tison".

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28 janvier 2015

CAHIERS DU JOUR - Semaine du 26 janvier au 1er février

aujourd'hui

Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.

Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici

Valentyne, sur son blog "La jument verte", Fred Mili, sur "Histoire et Nouvelles", Marlaguette, sur "Destinée de pacotille", Jacou, sur "Les mots autographes", Dominique, sur "Un esprit sain dans un corsage",  se livrent aussi à cet exercice quotidien et périlleux.


 

26 janvier ¨ Aujourd'hui numéro[s] en couleur.

 

 

ÉCUREUIL

 

 

Deux
Fulgurances mordorées
Sur le tronc du tilleul.

Le ciel peluche
De mille flocons
Blancs
Qui se posent
Délicatement
Sur les fourrures
Fauves.

Ils se poursuivent
Jouent à cache-cache
Dans les branches dénudées
Par la rigueur
De l’hiver.

Sous l’œil impassible
D’une mésange

Bleue.


27 janvier ¨ Aujourd'hui journée des pieds.

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Aujourd’hui, j’étais sur le pied de guerre : j’avais une mission et c’est pied au plancher que j’ai parcouru les kilomètres qui me séparent de la boutique du ressemeleur qui m’attendait de pied ferme et déjà à pied d’œuvre ; on ne peut pas dire que je l’ai pris au pied levé ! Pas besoin de lui casser les pieds : il a immédiatement compris la raison de mon irruption. Comme il n’a pas les deux pieds dans le même sabot, il n’a pas mis les pieds dans le plat en me demandant ce qui était arrivé à ces chaussures.

 


28 janvier ¨ Aujourd'hui bu.

 

20150128_070528.jpg

 

Ce matin, comme tous les matins, bu ce pur nectar ambré.

Une explosion de succulence, quand les quintessences des fruits, des épices et du thé rouge fusionnent et s’harmonisent. Quand l’astringence de la cardamome et de la robe d’orange aiguise et révèle la fragrance de la cannelle et du girofle dont quelques pétales de rose tempèrent l’âpreté.

Bu avec volupté, accompagné de pain d’épice, sur lequel je dépose quelques subtilités d’orange amère.


29 janvier ¨ Aujourd'hui une princesse.

30 janvier ¨ Aujourd'hui oublié de.

31 janvier ¨ Aujourd'hui moment lumi­neux.

1er février ¨ Aujourd'hui coup.


Les cahiers du jour du 5 au 11 janvier 2015 sont ici
Les cahiers du jour du 12 au 18 janvier 2015 sont ici 
Les cahiers du jour du 19 au 25 janvier sont ici

25 janvier 2015

CAHIERS DU JOUR - Semaine du 19 au 25 janvier 2015

RÉELS

Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.

Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici

Valentyne, sur son blog "La jument verte", Fred Mili, sur "Histoire et Nouvelles", Marlaguette, sur "Destinée de pacotille", Jacou, sur "Les mots autographes", Dominique, sur "Un esprit sain dans un corsage",  se livrent aussi à cet exercice quotidien et périlleux.


19 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui dilemme.

2015

Ma photo de neige, prise à 20 h 30, je la mets en couleur, ou en noir et blanc ? 
En couleur, ça fait un peu pisseux. Le réverbère municipal ne réverbère pas grand chose.
En noir et blanc, ça fait un peu drame.
Certes. La neige pour moi, c'est drame. Mais je ne suis pas obligée de le dire à tout le monde !
Ah oui, je vais la jouer carte postale à l'ancienne.


20 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui sans pitié.

Pitié, dit le pinson à la mésange,
Qui ce matin se goinfre de tournesol et d’arachide !
S’il te plaît, fais-moi une petite place sur la mangeoire.
La neige couvre le sol et mes pattes sont gelées.

Mais la demoiselle impassible continue à picorer
Jetant un œil courroucé à quiconque viendra
Becqueter quelques graines.

2015

Pitié, dit le rouge-gorge au pinson
Je suis plus petit que toi !
J’ai froid, j’ai faim !

Quand la mésange s’envole
Le pinson prend la place
Jetant un œil courroucé à quiconque viendra
Becqueter quelques graines.

Les petits oiseaux ont la dent dure !


21 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui dégoût et des couleurs.

 

orange-moisie-4197106

Je l’aime ce marché du mercredi matin à Beaurepaire ! Une bourgade rurale Iséroise qui s’anime chaque semaine à la mode provençale. « Qui c’est qui veut des oranges ? Messieurs-dames, en passant, regardez mon cageot ! Regardez comme elles sont belles mes oranges ! J’en ai un plein cageot ! Bonjour Madame... » Comme disait Fernand Reynaud… Tiens, justement, en parlant d’oranges. C’est sûr que, ce matin, elles en avaient la couleur, celles du dessus du cageot. Mais celles du dessous… Dites ? Vous savez pourquoi elles n’étaient plus complètement orange ?


22 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui la force.

baillon

Force est de constater que cette personne n’a pas de force d’âme et que je ne suis guère de force à affronter les mauvais procès qu’elle me fait. Il est au-dessus de mes forces de combattre la rouerie, la suspicion. C’est donc par la force des choses que j’ai demandé à être relevée de mes fonctions de correspondante de presse sur la commune dont elle est maire depuis quelques mois. Elle croit avoir fait un coup de force dont elle semble se réjouir. Elle ignore sans doute qu’en cas de force majeure, ce sont ses opposants qui uniront leurs forces.

 

 


23 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui mélange.

 

mots

Mélange des mots avec un groupe de petits bouts de 5 et 6 ans. Chaque vendredi après-midi, je conduis un atelier d’écriture, dans le cadre des TAP (temps d’activités périscolaires). En ce moment c’est le cycle des plus jeunes, non scripteurs pour la plupart, mais déjà poètes. Ils sont tout étonnés de réussir à élaborer des petits textes collectifs, qui « font de la musique », disent-ils. Ce temps passé avec eux m’est très précieux. Mots-murmure, mots-mélodie, mots-poésie, mots-babil, mots-friselis, mots-chuchotis…


24 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui c'est long.

 

0005 - 9 mars 1988

C’est long, une vie, quand elle a été mutilée

C’est long, une vie, quand l’essentiel est parti

C’est long, une vie, quand elle n’a plus de sens

C’est long, une vie, quand on a perdu la substance

C’est long, ma vie, sans toi, mon enfant.

 

 

 


25 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui ce qui vous empêche d'écrire.

crayon-sur-clavier-ordinateur

Alors que je suis amenée à écrire à longueur de journée et que, pour cela, j’utilise l’ordinateur ou le smartphone, je me suis trouvée un peu démunie, cet après-midi, pour rédiger un petit post-it. Impossible de mettre la main sur un stylo en état de s’épancher sur mon minuscule ticket flavescent.

« C’est en écrivant qu’on devient écrevisse »… Qu’aurait pensé Alphonse Allais du vocable « tapuscrit », lui qui ne produisait que des « manuscrits » ?


Les cahiers du jour du 5 au 11 janvier 2015 sont ici
Les cahiers du jour du 12 au 18 janvier 2015 sont ici

18 janvier 2015

CAHIERS DU JOUR - Semaine du 12 au 18 janvier 2015

2015

Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.

Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici.


Lundi 12 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui description du comportement des humains.

Trois millions sept cent mille, s'exclament les médias. Tous dans un même mouvement collectif ! Debout, droits dans leurs bottes. Y en a-t-il seulement un(e) qui a crié : "je suis juste là, parce que j'ai peur pour ma peau, pour ma vie pépère, pour ma bagnole, pour mon compte en banque et que je fais dans mon froc ? Et que de Charlie, je m'en fous un peu".

Le collectif n'est que l'addition d'individualités égocentriques. C'est humain.


Mardi 13 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui ce qui ne fonc­tionne pas.

Mon inspiration


Mercredi 14 janvier 2015¨Aujourd'hui transparences.

"Poésie, le dernier phare sur la mer qui monte" ; in Poésie, Art de l'insurrection ; Ferlinghetti ; maelstrÖm reEvolution

Transparences des mots....


Jeudi 15 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui j'attends.

J'ai attendu toute la journée à attendre quelques chose. Je ne savais trop pas ce que j'attendais... Attendez ! Ne me dites pas que vous attendiez aussi ! Vous attendiez quoi,, au fait ? En tout cas, il fait nuit, et j'attends que le sommeil arrive


Vendredi 16 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui mal.

Ni mal de mer, ni mal du pays. Pays... j'ai dit Pays ? C'est qu'il me fait un mal de chien, mon pays qui divague ! Le mal est fait, depuis ce jour sinistre où la liberté a été flinguée. Ces gens sont l'incarnation du mal. Ils ne distinguent pas le bien du mal. Et je crains les remèdes qui vont être prescrits à ces grands maux. Ça risque d’aller de mal en pis ! Je ne veux du mal à personne, je ne songe pas à mal et il ne faudra surtout pas rendre le mal par le mal.


Samedi 17 janvier 2015 ¨ Aujourd'hui, film dont vous êtes le héros.

Je ne suis pas cinéphile.
La vie sur les écrans,
Les grands et les petits,
M’ennuie et m’anesthésie.

Je ne suis pas cinéaste
Ni metteur en scène
Ni réalisateur.

Le film de cette journée
C’est juste
Quelques séquences
Quelques rencontres
Quelques émotions
Quelques gestes.

Les yeux d’une vieille dame
Embruinés par les années
Dans lesquels j’ai vu
Quatre-vingt-dix ans
D’une vie.

L’héroïne, c’était elle
Aujourd’hui

Pour son anniversaire.
J’en fus la spectatrice,
Attendrie et émue.

N’est-ce pas mieux
Qu’au cinéma ?


Dimanche 18 janvier 2015 ¨ Fragment d'aujourd'hui raconté en recette de cuisine.

 

Liste des ingrédients :

-         Une salle de bain

-         Un tapis

-         Un jeans

-         Un pull

-         Un rendez-vous

-         Une montre

-         Chaussettes, chaussures…

 

  1. Commencez par vous prendre les pieds dans le tapis, et glissez-vous sous la douche
  2. Oubliez d’analyser d’où viendra la giclée d’eau froide et poussez un cri de surprise glacée
  3. Lavez-vous, sans oublier les oreilles et …
  4. Cherchez slip et soutif
  5. Surveillez l’heure et sautez dans le jeans, le pull, les chaussettes et les chaussures
  6. L’heure du rendez-vous est passée et vous êtes toujours à poil
  7. Recouchez-vous

Le cahier du jour du 5 au 11 janvier 2015 est à lire ici

11 janvier 2015

CAHIERS DU JOUR - D'après EXERCICES DE STYLE de Raymond Queneau

EXERCICES DE STYLE - QUENEAU

Les 366 réels à prise rapide correspondent à un exercice d’écriture de Raymond Queneau tiré des Exercices de Style. Il s’agit d’écrire chaque jour un texte sur un thème proposé sous la forme “Aujourd’hui [quelque chose]“.

Les règles sont les suivantes : écrire sur le vif, ne pas écrire plus de 100 mots, rapporter des éléments réels de sa journée sans en inventer et sans se référer à un jour antérieur, suivre la thématique de la date correspondante. La liste des thèmes et le règlement sont ici.

J'ai vu ce défi sur plusieurs blogs, notamment  (Chez La Jument Verte) ou , ou là... Ça me plaît bien , cette idée ! Mais tiendrai-je tous les jours de toute l'année ? À suivre !


Lundi 5 janvier 2015 : "Aujourd'hui acheté"

Rien.
Enfin, si.
Deux tranches de gigot
Pas bon
Plein de nerfs
Et de gras.
Et mon gratin de navets
Avait tout du navet.


Mardi 6 janvier 2015 : "Aujourd'hui que deviendra cet enfant plus tard ? "

Assise par terre, au pied d'une caisse automatique de parking, une dame Roumaine, plus très jeune. Elle souhaite la bonne année à tous les passants, et explique aux automobilistes comment se servir de la machine à payer. Dans ses bras, un enfant endormi. Il fait froid. L'enfant dort. Certains jettent une piécette, d'autres les ignorent. L'enfant dort. D'un sommeil naturel ?


JE SUIS CHARLIE

Mercredi 7 janvier 2015 : "Aujourd'hui surprise"

Charlie Hebdo. Douze morts. Onze blessés. 

Épouvante.
Horreur.
Monstruosité.
Ignominie.
Inhumanité.
Barbarie.

 

 


Jeudi 8 janvier 2015 : "Aujourd'hui, une question lue quelque part"

 Pourquoi ?


Vendredi 9 janvier 2015 : "Aujourd'hui, tentative de liberté"

 Entendu, ce soir, au cours d'un reportage sur une cérémonie des voeux d'un maire de tout petit village de l'Isère : "Que l'avenir ne soit plus ce qui va arriver, mais ce que nous allons en faire."  Henri Bergson.


VIVE LA LIBERTE

Samedi 10 janvier 2015 : "Aujourd'hui, livre posé"

 "Vive la Liberté", publié chez Bruno Doucey. Des poèmes rassemblés autour d'un idéal. "Yo no canto por cantar / ni por tener buena voz / canto porque la guitarra / tiene sentido y razon". Victor Jara

 

 

 

 

 

 

 

 


Dimanche 11 janvier 2015 : "Aujourd'hui, à midi pile"

 

Je suis correspondante de presse. À midi, la maire d'un village dont j'assure la couverture, présentait ses vœux à ses concitoyens et demandait une minute de silence, pour Charlie et pour la liberté d'expression. Une heure plus tard, elle me téléphonait pour s'inquiéter de "ce qu'aurait pu me dicter" l'un de ses conseillers avec lequel "on m'aurait vue partir". Ce sont ses mots. Elle s’adressait… à la presse locale, et lui demandait le S I L E N C E !!!