05 avril 2015

DIMANCHE EN POÉSIE : Achille Chavée

Un clin d'oeil à Mina et Anne qui présentent de concert leur "mois Belge".

Achille Chavée est né à Charleroi, le 6 juin 1906. Il est décédé à La Hestre, le 4 décembre 1969. 

Poète belge de langue française, il est une figure du surréalisme hennuyer et wallon. 

"Le vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne" comme il aimait à se définir, ce Wallon de cœur et d’actes, est convaincu que la Wallonie restait terre de révolte et de poésie, terre surréaliste.

 

Mon absolu

Et voilà que je crois être une rose des vents
et que je suis le vent
et que je suis la rose
et que je suis l'espace

Voilà que je suis aussi ouvert d'une plaie
qui porte en elle
toutes les infections d'amour
toutes les décoctions d'absence

Mais tuez-moi donc
Redoutez de me voir en liberté
puisque je suis la liberté
aux cartouches de silence noir
puisque je suis un pavé de cette barricade
qui pleure un blasphème de neige

17 décembre 1961. Extraits de De vie et de mort naturelles, poèmes, Achille Chavée,
La Louvière, Éditions de Montbliart, 1965

l-homme-au-chapeau-melon-de-magritte-1964_133002_w460

L'homme au chapeau melon (1964)

MAGRITTE
 
    René François Ghislain Magritte, né le 21 novembre 1898 à Lessines dans le Hainaut (Belgique) et mort à Bruxelles le 15 août 1967, est un peintre surréaliste belge.

 

Posté par C Martine à 09:23 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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Commentaires sur DIMANCHE EN POÉSIE : Achille Chavée

    EXHORTATION
    Croyez-m’en bien mon vieil ami

    on a coupé mes ailes

    on a brûlé mon ciel

    on a miné la terre sous mes pas d’espérance

    on a tué mon ange

    on a brûlé mon âme

    on a drogué mon coeur

    on a sali mon rêve

    on a déchiré mon beau costume

    dans une bagarre d’ivrognes spirituels



    Croyez-m’en bien mon cher ami

    je m’amène chez vous

    dans un état très lamentable



    Voulez-vous bien me recueillir

    pour une nuit

    le temps de recharger

    soigneusement

    mes armes

    celles de la colère de la révolte et de l’amour



    Juillet 1962

    Posté par Anne, 05 avril 2015 à 10:30 | | Répondre
    • Je découvre ce poète, et je crois que je ne vais pas tarder à me plonger dans ses vers ! Merci, Anne, pour cette réponse qui ouvre encore davantage mon appétit de ses mots.

      Posté par M Littér'auteurs, 05 avril 2015 à 10:34 | | Répondre
  • Ce texte est ancré en moi depuis mes années de cours de Déclamation au Conservatoire, c'était un texte fameux à dire ! Je t'avoue, j'ai cherché illico un autre texte de Chavée pour dimanche prochain !

    Posté par Anne, 05 avril 2015 à 10:49 | | Répondre
    • Vivement dimanche... je viens de regarder de ci, de là... les recueils de Chavée ont l'air introuvables !

      Posté par M Littér'auteurs, 05 avril 2015 à 18:24 | | Répondre
  • Je l'ai découvert avec ce poème que je garde pour un jeudi-poésie maius je voulais d'abord en savoir plus sur l'homme... Avec le tableau de Magritte, c'est belge de bout en bout en bout ! Voici le poème mais je n'ai plus le titre !!!

    Mon cœur
    veine ou déveine
    aura des ailes
    dans les montagnes et dans la plaine
    des hommes meurent pour la liberté

    L'oiseau parle une langue inconnue
    il n'a jamais pensé à la chance
    mais la chance est pour lui
    dans les chansons mêmes de la peur
    la vie n'est qu'un signe
    pour ceux qui meurent dans la nuit
    trahis par la clarté lunaire
    par les regards obstinés du soleil

    Il y parfois un homme qui vient d'Albanie
    il parle de la liberté comme d'un sein de marbre
    il y a des hommes qui viennent des villages perdus
    ils parlent de la liberté comme d'une source pure
    il y a d'autres hommes qui viennent des montagnes
    ils en parlent par signes et par silences durs
    il y a des hommes aussi qui viennent de n'importe où
    aux comparaisons obscures et justes
    il y a les hommes simples les hommes qui boivent
    et les hommes qui ne boivent jamais
    qui confondent la liberté la mort l'amour le souvenir de leur maman
    l'histoire de leur vie de leur patrie
    de leurs amours
    en mots très simples et en gestes de neige

    (in Une foi pour toutes)

    Posté par Asphodèle, 05 avril 2015 à 12:03 | | Répondre
    • Il s'agit de LA BRIGADE INTERNATIONALE...
      Décidément, ce poète que je ne connaissais pas me met en grand émoi !

      Posté par M Littér'auteurs, 05 avril 2015 à 12:10 | | Répondre
  • Merci Ma Tine pour le titre !!! Tu veux des sels ???

    Posté par Asphodèle, 05 avril 2015 à 13:33 | | Répondre
  • Je découvre quant à moi ce poète avec toi, du moins au-delà de son nom. Chez les surréalistes, je connais plutôt Fernand Dumont (en espérant qu'il te plaira lui aussi) :

    Trop tard
    pour échapper à ce nuage éblouissant
    qui monte dans un ciel encombré de présages

    Nous serons pris par la tempête inoubliable
    celle où l'on voit avec stupeur
    les plus solides importances
    balayées comme des fétus de paille

    La mort du grand-père
    aucune importance

    La réputation
    merde

    C'est de vivre qu'il s'agit
    ni plus ni moins
    que pour ce fagot de branches noires
    dont nous nous demandions s'il était bien possible
    qu'il puisse encore un jour être couvert de roses

    (9 janvier 1937, dans A ciel ouvert)

    Posté par Mina, 05 avril 2015 à 16:34 | | Répondre
    • Merci Mina, ce poème me plaît beaucoup. Et je ne connaissais pas davantage Fernand Dumont.
      Mes goûts poétiques vont (entre autre) vers les surréalistes. J'aime la façon dont ils alliancent les mots, pour donner un sens à l'émotion.
      PS - Je sais, "alliancer" n'existe pas, en vrai... je viens de l'inventer, et je lui trouve une belle musicalité.

      Posté par M Littér'auteurs, 05 avril 2015 à 18:22 | | Répondre
  • Merci pour cette découverte et cette alliance de mots et de peinture
    Bonne soirée Martine

    Posté par Valentyne, 05 avril 2015 à 18:58 | | Répondre
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