31 mars 2014

MONDE SANS OISEAUX, Karin Serres

MONDE SANS OISEAUX - KARIN SERRES

Monde sans oiseaux
Karin Serres
Éditeur : Stock, 2013
112 pages

Il m'a fallu démarrer trois fois la lecture de ce roman avant de parvenir à la conduire jusqu'à son épilogue. Difficile, vraiment, d'entrer dans le monde de « Petite Boîte d'Os » ! Les conditions de sa naissance m'ont déjà laissée pantoise. L'attribution de son prénom m'a déconcertée. Quant aux cochons fluorescents, génétiquement modifiés qui flottent imperturbablement à la surface du lac, ils m'ont complètement désarçonnée ! J'ai dû aussi m'habituer aux maisons sur roulettes, et aux défunts dans leurs cercueils qui reposent au fond de ce lac. Quelques lapins verts à apprivoiser plus tard...
J'ai enfin réussi à lâcher prise pour suivre le parcours de Petite Boîte d'Os.

 


SE LAISSER PORTER par l'onirisme, par le conte, par la fable, par le fantastique d'un monde « borderline » dont l'on ne sait s'il va vers sa fin ou s'il est en pleine mutation


ESCORTER Petite Boîte d'Os dans sa quête de vie, candide et sincère


TROUVER DU CHARME, comme elle, au vieux Joseph, surnommé Le Cannibale, et l'aimer infiniment


ACCOMPAGNER les naissances


CORTÉGER les décès


GUETTER les crues imprévisibles d'un lac qui recèle tous les mystères de la vie et de la mort et qui, inexorablement, monte, monte


REDOUTER « la ville »


S'ÉMOUVOIR la poésie limpide du texte


ÊTRE FASCINÉE par l'authenticité des sentiments


MÉDITER


Un monde sans oiseaux, parce qu'ils n'ont pas survécu aux mouvements du monde. Un monde dans lequel Petite Boîte d'Os évolue, sereine. En pleine conscience de la vie qui passe et de l'inéluctable issue.


Un roman


DÉLICAT INTELLIGENT SUBTIL MYSTÉRIEUX LUCIDE PÉNÉTRANT ÉMOUVANT DENSE 

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30 mars 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Rose Ausländer

BLINDER SOMMER

Blinder Sommer / Été aveugle
Rose Ausländer
Æncrages & Co (15 juin 2010) – Voix de chants
Traduit de l’allemand par Dominique Venard

 

 

 

 

 

Le temps d’une respiration

 

Le temps d’une respiration
l’air a changé de couleur
L’herbe et les feuilles en séchant se teintent
au ciel un drapeau de paille pend

Le temps d’une respiration
une forme dans mes nerfs se glace
j’entends la silhouette d’un ange qui s’estompe

Il est temps de
construire le rêve en gris
il s’est agité s’est déjà
posé dans mes
cheveux le temps d’une respiration

Entre-temps le soleil s’est vitrifié et
fendillé je cherche à retrouver sa
forme intacte dans le Hudson mais
dans ses yeux devenus gris les
contours se sont noyés
Du nord vient une
main preste qui chasse
les gouttes vers
l’océan Atlantique
le temps d’une respiration

Rose Ausländer
Poétesse d’origine juive allemande (1901-1988)

 

BLINDER SOMMER 2

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29 mars 2014

PORTRAITS D'AUTOMNE, Roger Wallet

PORTRAIT D'AUTOMNE ROGER WALLET

Portraits d’automne
Roger Wallet
Gallimard (28 novembre 2001)
108 pages

 

Je n’avais pas vraiment craqué pour le récit de ce livre mystère, choisi spécialement pour moi par un Jérôme-clin-d’œil ; mais j’ai craqué l’enveloppe, hier, qui en dissimulait le titre et l’auteur.

J’avais raison, je n’avais jamais rien lu de Roger Wallet. Pourtant, depuis ce premier roman, récompensé par le Prix du livre de Picardie, en 2000, l’écrivain a publié six autres opus, outre des nouvelles, des essais, des poésies, des textes de chanson, des pièces de théâtre… On peut trouver tout cela sur son site (clic).

Roger Wallet avait été reçu par Bernard Pivot. Le grand honneur ! Et pourtant, quelques années plus tard, il s’irrite de la médiatisation offerte à son roman : « C’est loin d’être mon meilleur texte et je ne suis pas loin de penser que cela illustre le côté « snobisme parisien » de l’édition. Il ne faut pas se laisser embarquer dans cette médiatisation outrancière. Ce dont un écrivain a le plus besoin, c’est de savoir se situer, de savoir analyser ce qu’il fait. « Portraits d’automne » est une jolie histoire assez banale. J’avais des choses plus fortes à écrire ».

Grand défendeur de la « Picarditude », cet ancien enseignant, (jusqu’en 1992, avec un intermède d’un an entre 1981 et 1982 à la direction du Centre d’animation culturelle de Compiègne et du Valois, puis chef de cabinet de l’inspecteur d’académie jusqu’en 1999, et directeur du centre départemental de documentation pédagogique jusqu’en 2006, année de son départ à la retraite), est devenu un ami de Jérôme. Ensemble, ils ont parfois collaboré à l’écriture de « les années », en tout cas, c’est ce que m’a expliqué mon expéditeur (qui n’est pas resté mystérieux longtemps). Merci à lui pour cette découverte qu’il m’a permis de faire !

Et si Roger Wallet, par hasard, vient à lire mon billet sur son roman (ici), j’espère qu’il pardonnera mon manifeste manque d’enthousiasme pour un texte qui, pourtant, a fait ressurgir beaucoup de mes propres souvenirs.

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27 mars 2014

LE MONDE MERVEILLEUX DU CACA, Terry Pratchett

2014

Le monde merveilleux du caca
Terry Pratchett
L’Atalante (24 octobre 2013)
Traduction : Patrick Couton
Illustrations : Peter Dennis
135 pages

Dans ce livre, il n’est question que de « ça », du caca. Mais point de scatologie, point. Un délicieux petit roman, absolument jubilatoire et humoristique.

Terry Pratchett est un écrivain britannique, très prolifique, qui a créé le « disque-monde » en 1983, un monde absurde et comique, irrationnel, satirique, délirant et complétement décalé. Un monde plat et circulaire, porté par quatre éléphants, eux-mêmes juchés sur la carapace d’une tortue gigantesque qui navigue dans le cosmos.

L’auteur, spécialiste de la Fantasy, profite de sa plume agile et bien aiguisée pour piqueter la société, en utilisant, entre autre, magie, dragons, croyances irrationnelles…

Pour revenir à nos moutons – ou plutôt à nos excréments – Terry Pratchett prête sa faconde à Mlle Félicité Bidel qui, d’emblée, explique que « ce qu’il faut révéler aux enfants sur les réalités du monde humain [doit être] un sujet de préoccupation pour tous les parents » et « qu’en s’interdisant de parler aux enfants de ce qui entre dans leur organisme et en sort on en fait un sujet tabou qui prête le flanc aux ricanements ». Et de rajouter : « Ce que nous mangeons puis excrétons joue un rôle primordial dans la société humaine, surtout dans celle que nous nous plaisons de qualifier de civilisée. […] Adopter la politique du chat et croire que ce qu’on ne voit pas n’existe pas n’est pas une attitude digne d’une société honnête ».

Geoffroy, petit garçon, est envoyé chez sa grand-mère dans la grande ville d’Ankh-Morpork, pendant que sa maman se prépare à donner naissance à un « heureux évènement », le temps que la situation « s’éclaircisse ». Pas très rassuré, le bonhomme. Pourtant il est accueilli par un « j’imagine que du gâteau te ferait plaisir », qui le rassure un peu. Sa grand-mère n’est pas si revêche qu’il le craignait. Tout de même, pour fuir son angoisse, lorsque la vieille dame – haute silhouette mince toute vêtue de noir, le nez chaussé de lunettes redoutables – l’invite à explorer le jardin, il accepte volontiers la suggestion. Se baladant « sous les pommiers ancestraux, il [sent] quelque chose lui atterrir sur la tête »… Du caca d’oiseau. Qui porte bonheur. (1)
Dès que l’enfant apprend cela, il se met en tête de créer un musée qui rassemblera tous les cacas possibles et imaginables. « Après tout, sans caca, le monde exploserait ». Il bénéficie de la complicité du jardinier et de celle, inattendue, de grand-maman qui salue son « esprit novateur ». Inattendue, mais très efficace. Une collecte complètement aléatoire issue de rencontres complètement improbables. La première rencontre, c’est le « lieu d’aisance » de la maison de sa grand-mère : « Geoffroy se faisait l’impression d’être un roi sur son trône. À la vérité, comme beaucoup de souverains, il se tenait en équilibre précaire sur le bord, conscient qu’il risquait de glisser s’il ne se méfiait pas ». Dès lors, la récolte de crottes en tout genre va devenir son occupation principale : crottes de souris, de poules (2), de ver de terre, de chat (3), de chien (bien évidemment). Quand le petit collectionneur fait la connaissance de Louis, il découvre qu’un certain tire profit des déjections canines : sire Henri Roi auquel Madame interdit de ramener du boulot à la maison. Alors il entrepose « de la pure » dans de grandes cours en dehors de la ville. Allusion ? Mais c’est bien sûr !

Geoffroy, désormais, ne va pas se contenter de récoltes ordinaires. Et son enthousiasme pour les pièces uniques est communicatif : dragon (4), gargouille, babar l’ermite  des terres d’Howonda, musaraigne aquatique de Ker-Gselzehc, suricates acrobates (qui, entre nous, se font leur cinéma), chameaux calculateurs (très pointilleux quant aux nombres entiers à virgule flottante), élan porte-manteau de Néantfjord, tout ce monde hétéroclite va fournir au collectionneur ce qu’il faut pour alimenter son assortiment en cacatologie.

Je dévoile déjà beaucoup trop de cette réjouissance.

2014

Mais je n’ai pas encore tout dit, pourtant. Un ouvrage à la couverture cartonnée, à l’ancienne, comme la sexagénaire que je suis se rappelle la distribution des prix. Des illustrations de Peter Denis, qui, elles aussi, rappellent le bon vieux temps. Celui où je découvrais à peine le bonheur de lire.

Et je vais conclure par « the » dédicace, signée par Terry Pratchett : « Je dédie donc ce livre à mon vieil ami sire Henri Roi, l’homme qui transmue la crotte en or ! »

Toutes les notes suivantes sont de l’auteur.

PS – C’est extrêmement bien écrit….

(1)   La croyance voulant qu’un oiseau qui vous défèque sur la tête porte bonheur est commune à un grand nombre de cultures. Quand on demande pourquoi, une réponse triviale revient régulièrement : « Ben, c’est pas une vache ».

(2)   Les œufs de poule ont souvent du caca collé sur la coquille car les poules se fichent de savoir où elles font leurs besoins. Dans l’empire agatéen, on gratte soigneusement le caca pour en faire de la soupe, mais, à tout prendre, il vaut mieux laver l’œuf avant de le plonger dans l’eau bouillante, surtout si, comme certains, on se sert de la même eau pour le thé.

(3)   Les chats shling-shlang-bang du Contrepoids sont vénérés pour le caractère agressif de leur caca, qu’on sèche soigneusement, puis dont on se sert pour les feux d’artifices.

(4)   Le caca de draco nobilis rappelle celui de n’importe quel carnivore, mais, si des chevaliers en armure ont figuré au menu récemment, les dragons excrètent de petites rondelles en fer-blanc, comme celles du bœuf salé, ou plutôt du bœuf scellé dans le métal, comme qui dirait.

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22 mars 2014

LIVRE MYSTÈRE ~ Écrivain mystère

livre mystère

Un ouvrage-mystère, à l’initiative de Jérôme, m’est parvenu, il y a peu. Un livre bien scellé, où toute indication d’expéditeur, d’éditeur, de date, d’auteur et de titre bien sûr est camouflée. Pas neuf, pages un peu jaunies, pas épais, juste une centaine de pages, pas grand, format livre de poche. Un livre posté de Beauvais… mystère, mystère….

Je soupçonne bien Jérôme et sa « loustic-band » d’être pour quelque chose dans cet envoi. Mais bon.

Posté de Beauvais, disais-je. Et dont l’intrigue de déroule à… Beauvais (ou dans les parages). Je situe ce récit dans les années 50 ou immédiatement postérieures (la TV noir et blanc est encore à l’honneur). Mhummm… quel(le) est cet(te) expéditeur(trice) qui souhaite me faire découvrir l’histoire de sa région (de naissance ou d’adoption) ?

Parce que d’histoire-terroir il est question (pas péjoratif). L’histoire « simple » d’un instituteur remplaçant tout frais bachelier, qui est administrativement contraint de quitter le pays d’oc et se retrouve dans celui d’oïl. Pas bien sûr d’être motivé, tant par la fonction qu’il va occuper que par la région où il va devoir demeurer, le jeune homme ; 18 ans et, comme il le dit, l’âme tourmentée.

Ce parcours, personnel et professionnel, dans une Picardie qu’il va devoir apprivoiser et qui devra l’adopter, va être relaté à petites touches narratives, descriptives, actancielles. Et, hors de l’histoire-terroir, le juvénile candide va découvrir ici, l’amitié (avec un jeune garagiste), la liberté (grâce à sa voiture brinquebalante), les amourettes des salles de cinéma, et le sentiment d’amour. Quant à sa rencontre avec l’enseignement, elle est pour le moins fastidieuse. Les minois « enchifrenés » de ses élèves ne l’émeuvent guère et leurs difficultés à ingurgiter les premiers rudiments de la lecture le laissent froid. Jusqu’au jour où… l’un des écoliers, Michel, retient son attention. Ce serait plutôt la maman de Michel qui … Autour de cet enfant, dont la santé chancelante entrave la progression scolaire, va se nouer entre la mère et l’enseignant une intrigue qui, certes, restera platonique, mais qui n’en sera pas désincarnée pour autant. L’exaltation du jeune homme à la vue et au contact de cette femme, belle et sensuelle, est subtilement dépeinte, comme une toile impressionniste qui se dévoilerait lentement.

Je suis absolument sûre de n’avoir jamais rien lu de cet auteur. Et j’affirmerais volontiers qu’il s’agit d’UN auteur. La plume me semble très masculine. Ce roman m’a fait faire un formidable retour dans le passé. C’est à la fin des années 60 que j’ai quitté l’Aude (pas natale, comme celle du personnage, mais l’Aude quand même), pour être propulsée, à 20 ans tout juste sonnés, dans le Pas de Calais, nantie d’une nomination de remplaçante, avec pour seul bagage un baccalauréat (et un livret de famille qui me conférait le statut de « madame »). Et mon insertion n’a guère été plus facile que celle de ce jeune enseignant.
Cependant, cette lecture m’a seulement « intéressée » ; pas émue, pas passionnée, pas captivée. L’écriture est déliée, les intrigues s’enchaînent habilement, le style est distingué. Mais j’ai ressenti comme une sorte de « fadeur », de manque de relief, dans ce texte qui me semble être un témoignage sur les régionalismes de la moitié du siècle dernier, sur les partis pris provinciaux, J’espère que l’auteur, s’il est toujours de ce monde et s’il lit ma chronique, ne me tiendra pas rigueur de faire une analogie entre son livre et celui de Germaine Acremant, « Ces dames aux chapeaux verts ». Et aussi, celui de Marcel Pagnol, dans « La gloire de mon père », qui, d’ailleurs, est cité dans cet opus.

Une expérience intéressante et amusante que cette lecture à l’aveugle. Je n’ai pas encore soulevé le voile (ni déchiré la couverture), parce que j’attends de mes lecteurs des propositions d’auteurs et/ou de titre. Histoire de savoir si elles résonnent dans ma bibliographie personnelle.

Alors, à vous les hypothèses… jusqu’au 29 prochain.

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09 mars 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR ; Louis Aragon

aragon poésie

Le roman inachevé
Louis Aragon
Gallimard (2 juin 1966)
Poésie, 255 pages

 

 

 

Je chante pour passer le temps

Je chante pour passer le temps
Petit qu’il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le coeur content
A lancer cailloux sur l’étang
Je chante pour passer le temps

J’ai vévu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j’ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n’est plus pareil
J’ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent
Comme le front d’avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir 
Les nuages plus bas que nous
Et l’alouette à nos genoux
Allons que ces doigts se dénouent

Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues 
Qu’importe à présent qu’on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s’est mise en Commune 
Nous avons fait des clairs de lune

Et j’en dirais et j’en dirais
Tant fut cette vie aventure
Où l’homme a pris grandeur nature
Sa voix par-dessus les forêts
Les monts les mers et les secrets
Et j’en dirais et j’en dirais

Oui pour passer le temps je chante
Au violon s’use l’archet
La pierre au jeu des ricochets
Et que mon amour est touchante
Près de moi dans l’ombre penchante
Oui pour passer le temps je chante

Je passe le temps en chantant
Je chante pour passer le temps

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08 mars 2014

PAR LA FONTAINE DE MA BOUCHE, Maram al-Masri

Journée internationale des droits des femmes

 

Pour ma perte
j'ai joué
mes cartes gagnantes
je me suis immolée devant sa beauté
et suis devenue

 

la femme

 

 

Al-Masri

Extrait de
Par la fontaine de ma bouche
Maram al-Masri
Éditions Bruno Doucey, mars 2011

02 mars 2014

LA POÉSIE DANS LE BOUDOIR : Ivan A. Bounine

IVAN BOUNINE - MON COEUR PRIS PAR LA TOMBE

Mon coeur pris par la tombe
Ivan A. Bounine
Éditions La Différence, 1992
Coll Orphée
Traduit du russe par Madeleine de Villaine

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les hauteurs, au sommet enneigé,
J'ai taillé un sonnet avec un couteau d'acier.
Les jours passent. Il se peut que jusqu'à maintenant
Les neiges aient gardé ma trace solitaire.

Dans les hauteurs, là où les cieux sont si bleus,
Où rayonne avec allégresse la lumière de l'hiver,
Seul le soleil regardait le stylet
Tracer mon poème sur le glacier émeraude.

Et je jubile à la pensée qu'un poète
Me comprendra. Que jamais dans la vallée
Ne le réjouisse le salut de la foule !

Dans les hauteurs, là où les cieux sont si bleus,
J'ai taillé à l'heure de midi un sonnet
Pour celui qui est dans les hauteurs, et pour lui seul.

1901

01 mars 2014

Semaine en poésie : JUAN GELMAN # 7

2014

XV

ta voix est obscure
de baisers que tu ne m'as pas donnés /
de baisers que tu ne me donnes pas /
la nuit est poussière de cet exil /

tes baisers suspendent des lunes
qui gèlent mon chemin / et
je tremble
sous le soleil /

Extrait de "Salaires de l'Impie"


Ce poème est le dernier de la semaine poétique de février. J'espère vous avoir fait découvrir et aimer Juan Gelman, disparu cette année en janvier.

La prochaine semaine poétique aura lieu du 15 au 22 mars.

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